Bandello, sixième histoire
ta DISCOURS
Il se lit aussy, du tems du roy Louys le Bègue, que i<* Ingelgerius, comte de Gastinois, une nuict estant couché
avecques sa femme, trespassa auprès d'elle, qui ne s'en ; j apperceut aucunement, jusques au matin qu'elle le trouva
tout mort auprès d'elle ; c'est à sçavoir : si fît aussy tost appeller tous les gentilshommes, chevalliers, dames et damoiselles, pour leur monstrer à tous ce piteux espectacle, dont elle en fit un très-grand deuil. Il y eut un gentilhomme du lignage du comte, qui s'appelloit Contran, qui en aci I cusa la comtesse et de la mort et d'adultère, et qu'elle
s'estoit mesfaicte en maryage envers son mary, et que, pour mieux maintenir et à son ayse sa vie lubricque, elle avoit meurtry son seigneur. De ce desbat fut adverty le roy Louys le Bègue, qui devant luy fît venir la comtesse et Contran, car il aymoit fort le comte trespassé. Leurs raisons ouyes, tant de l'un que de l'autre, et qui negissoient' guieres bien en preuves apparentes, Contran jetta son gage contre la dame ou autre qui voudroit sa querelle soustenir. La dame faisoit serment solemnel que l'accusation estoit fausse. Messire Contran, ne se contentant de cela, offrit en champ de battaille contre tout homme son dire soustenir, et prouver par son corps qu'ainsy estoit. Si fut la matière assez longuement desbattue des barons par plusieurs raisons alléguées d'un costè et d'autre ; mais enfin fut déclaré (eu esgard à la coustume observée en France), puisque l'accusateur vouloit par battaille prouver son dire et jetter son gage, que la dame se devoit pareillement deffendre par un champion qui le combat pour elle entreprît. De
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