I. //, c*est M. de La Chastaigneraie
hauts faicts, il eut besoing des faveurs, supports et bons offices de ses amis : car mesmes je Tay veu en ses plus grands advancemens d'estats et de charges autant affamé et nécessiteux de faveur qu'un autre, pour les charités que j'ay veu moy-mesme et ouy à la cour luj prester. Vojlà pourquoy je m'estonne encor un coup que luy, ayant trouvé un si bon et franc amy que feu mon oncle à la cour, et tel qu'il estoit tres-favory du roy et de monsieur le Dauphin ses maistres, et de tous les plus grands, ne debvoit, après sa mort, avoir passé ce mot d'avoir perdu l'honneur : car nul ne le perd en ce jeu, s'il ne se rend comme un poltron pour sauver sa vie ; mais il ne se rendit jamais, disant tousjours: Tuez-moy; et fit-il bien plus : car, ainsy qu'on lepansoit, de despit s'arracha ses emplastres, et rendit ses playes plus grandes qu'elles n'estoient, par ses mains, ses doigts et ses ongles, contre la force et le gré de tous ceux qui le tenoient et de ses chirurgiens. Feu M. de Guise (dict lors M. d'Aumalle), son parrain, fît faire son tombeau tel et digne de la valeur de son filleul, qui dit autrement que M. de Montluc. Il est à la mode antique romaine, en latin, que je ne mettray icy selon son original, pour fuyr une longueur, mais selon sa version.
AUX MANES PIES DE FRANÇOIS DE VIVONNE CHEVALLIER FRANÇOIS TRES -VALEUREUX
Passant, afin que lu ne sois le seul passant sans avoir regardé, la larme à l'ail, et d'un regret religieux, le deuil d'un roy et de tout un royaume envers François de Vivonne, l'un des premiers chevalliers d*une des premières familles de France, sçache que, favorisé des heureux auspices et veuils de Henry II,
SUk LES DUELS ^^
roy de France tres-auguste, mais pourtant par fortune ad" vtne, il combattit armé en un combat singulier, qui, sans armes, n'eust cédé à son ennemy. Ah! quel malheur et quel sort misérable des humains, et indigne vicissitude des choses ^ que celluy qu'on prétend avoir esté vaincu Vayt esté tout armé, que desarmé il estoit invincible, Vempeschement des armes et l*art l'ont ainsy voulu. Je te conjure doncques, par les dieux et par les hommes, toy passant et natif de la France, que tu ne dédies à une ingrate oubliance, par un je ne sçay quel petit combat legier, la mémoire de tant de beaux faicis d*ar^ mes dont autres fois ce valeureux chevallier, luy vivant^ en a donné tant de preuves pour le service de son roy et du bien public. Si que les bien-faicts ne s'oublient pour si peu de chose, ny pour un tel desastre. Et, afin que tu ne croyes pas pour chose feinte et fabuleuse ce que je t'en dicte, un grand prince lorrain et françois, et très-excellent chevallier, gran* dément triste et fasché d'un tel advenement inopiné, a dédié ce tumbeau aux mérites de ce brave et vaillant chevalier poitevin. Voyez, vivez, et adieu,
Pour parier de cest empeschement d'armes et en esclait'» circe qu'en dit ce tumbeau, il faut sçavoir que M. de La Chastaigneraye fut de son temps l'un des plus forts et adroicts gentilshommes de France en toutes armes et façons; et, pour la lutte, il n'y avoit aussy si bon lutteur breton, ou autre fust-il, qu'il ne portast par terre : car, outre sa force, il y avoit une grande adresse. Il estoit de moyenne taille, et de la belle, fort nerveux et peu charnu.
Le seigneur de Jarnac et luy s'estoient fort souvent esprouvés du temps qu'ils estoient compaignons d'armes et de cour, bien qu'il fust plus haut et grand que mondict
oncle de deux grands doigts, et plus vieux de dix ans : car mon oncle n'avoit que vingt-huit ans lorsqu'il mourut. M. de Jarnac donc, craignant qu'on ne vinst aux prises, y pourveut fort bien par Tadvis et invention (que prouva le capitaine Caize, Italien, qui luiapprenoit à tirer des armes pour ce combat) d'un certain brassard tout d'une venue, qui ne plioit nullement, ains faisoit tenir le bras gauche du bouclier tendu et roide comme un pau ' : ce qui fut un grand desadvantage pour mondict oncle, d'autant que de son bras droict de l'espée il estoit aucunement estropié, au moins peu remis encor, à cause d'une grande harquebusade qu'il avoit receue à l'assaut de Conys en Piedmond, y estant allé des premiers, car il estoit à tout, lorsqu'il fut assiégé par l'amiral d'Annebaut.
Voylà donc mondict oncle ainsy empesché et gesné de ses deux bras, comme vous voyez; en quoy M. d'Aumalle, son parrain, et messieurs ses confidans, eurent très-grand tort de ne desbattre point ce brassard gesnant et empeschant ainsy son bras, puisqu'il avoit esté dict expressément par les cartels de combattre avecques armes usitées parmy gentilshommes, ce qui n'a jamais esté veu ny practiqué parmy gentilshommes, ny nos gendarmes, capitaines et soldats, de telle sorte; et debvoient ces messieurs rejetter ceste forme d'armure comme fausse monnoye, descriée et point de mise; et ne falloit passer plus outre, ains les contester par vives et bonnes raison .
Mais ces messieurs s'excusèrent, et remirent le tout sur Tardeur du courage de mondict oncle, qui vouloit combattre en quelque façon que ce fust, et s'opiniastra à rece-