‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 4 sur 143 · VI LES METAMORPHOSES · texte numérisé non relu

VI LES METAMORPHOSES

Brantôme est perplexe, et il s'en tire, comme il lui arrivera plus d'une fois au cours de ses Mémoires, en se lavant les mains dans la cuvette de Ponce-Pilate, « Je m'en raporte, dit-il, aux bons discoureurs, meilleurs que moi. » Il ne se donne pas pour un a docteur duelliste », autre expression qu'il affectionne; il s'en remet volontiers aux casuistes fieffés du terrain du jugement à porter sur les coups. Quant à lui, il les narre, et, quand ils touchent à fond, on sent qu'il est volontiers avec le vainqueur. Les jours de coups de balai, j'imagine que c'est du côté du manche qu'il aurait fallu chercher messire Pierre de Bourdeilles,

Dans ce combat qui coiïta la vie à Jacques de Quélus et

qui est demeuré une date illustre dans les annales du duel,

;j les témoins, pour la première fois, dégainèrent les uns contre

les autres. Les seconds de Quélus étaient Livarot et Maugiron, ceux de Charles d^Antragues, Kibérac et Schomberg. Ils n'y allèrent pas de main morte plus que leurs clients : sur quatre, trois furent frappés mortellement. Le seul Livarot survécut à ses blessures. De pareils témoins avaient, pardieu, autre chose à faire que de protester contre la dague d'Antraguet et « d* arrêter le combat », comme nous n eussions pas manqué de le faire, nous autres témoins pacifiques, formalistes, jurés peseurs des moindres gouttes de sang humain.

Certes, on n'a pas oublié, parmi les « docteurs duellistes » d'aujourd'hui, F histoire de ce malheureux, un de ces friands de la lame que le boulevard avait surnommés les mousquetaires de Bougival, qui finit par être tué par un novice. On s'aperçut post mortem qu'il se faisait d'un certain bandage, développé plus que de raison et plus perfide encore que herniaire, une façon d'enveloppe protectrice du bas-ventre; et, là-dessus, que d'indignation légitime puisée dans les écritoires et dé-

DU DUEL vu

pensée dans les chroniques que provoqua l'événement! Eh bien, lisez Brantôme, et vous y- verrez un bien autre tour : le jeune baron de Millau tua le baron de Vitaux, qui lui avait, il est vrai, tué son père. Mais voici qui diminue singulièrement la prouesse du jeune Millau et interdit de le com^ parer au Cid vengeant Vinjure paternelle : a Millau estoit couvert d'une petite légère cuyrassine sur la chair, laquelle estoit peincte si au naturel ei au vif de la chair que par ainsy le second du baron {de Vitaux) fut trompé en sa veue, » // eut le tort, ce second trop confiant, de se contenter de voir^ sans tàter. C'était le cas d'être incrédule comme saint Thomas, Brantôme se garde de s'indigner à son habitude; il pose seulement une question d'exécution artistique à propos de ce meurtre : « C'est à sçavoir si cela fut, et si un peintre peut ainsy représenter une chair sur du fer. Je m'en rapporte aux bons peintres si cela se peut faire, ,i>

M, de Vitaux y bien que Brantôme le qualifie sans vergogne de « brave baron y>, n était d^ailleurs rien moins que ce que nous appelons, en notre jargon, un personnage sympathique. Mais il avait du prestige; dans le combat avec le second Millau, — le jeune héros à la cuyrassine^ — oà il succomba, un spectateur monté sur un noyer le vit marcher de cinquante pas vers son ennemi, relevant souvent ses moustaches en haut d'une main et, à vingt pas, tout en marchant, faire voler le fourreau de son épée en l'air d'une secousse. Il paraît que c'était le fin du fin. C'est du bon mélo, dirions-nous à présent.

Vitaux et Millau aussi, d*ailleurs, tenaient que la fin justifie Us moyens et greffaient volontiers l'assassinat sur le duel. Vitaux avait expédié par surprise et dans de véritables guetsapens k baron de Soupez, à Toulouse; puis, Gonnelieu,

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