‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 30 sur 143 · I . Animé, passionné, malintentionné · texte numérisé non relu

I . Animé, passionné, malintentionné

menteries et animosités, et sottises, et imprimeries. Bien estvray que souvent M. de Montluc m'a dict que la gloire ravoit faict perdre, et la trop grande outre-cuydance qu*il avoit de son vaillant cœur, et son adresse et valeur, et le mépris grand qu'il faisoit de son ennemy : car d'autresfois ils s'estoient veus, cognus aux guerres, et tasté leurs forces, et sçavoient quelles estoient, et ce qu'ils sçavoient faire; ce qui le perdit, car, par telle si grande fiance et presumplion de soy, il eut peu de soucy aussy d'implorer son Dieu et Tappeller à son ayde; et mesmes le jour de son combat passa légèrement par l'église et la messe ; si bien que, conviant ce jour ses amis et amies à se trouver à la veue du combat, il leur disoit ces propos : « Je vous convie un tel jour à mes nopces. » Ah ! quelles nopces ! Au lieu que l'autre, longtemps avant, ne faisoit autre chose que hanter les églises, les monastères, les couvens, faire prier pour luy et se recommander à Dieu, faire ses pasques ordinairement, et sur-tout le jour du combat, après avoir ouy la messe trèsdévotement. Despuis il s'en désista bien, pour accomplir le proverbe : Passaio il pericolo, gabbato il sanio ^, car il se fil huguenot très-ferme. Sur quoy le susdict M. de Sansac, grand capitaine en son temps, lequel, quelquesfois se mettant en ses rêveries et discours de guerre, et mesmes sur les chevalliers errans de la Table-Ronde, il disoit en jurant et blasphémant, aussy bien que si ce fust esté une chose fort sérieuse et de grande conséquence, parlant des vaillances de Tristan et de Lancellot du Lac, que Tristan estoit cent fois plus vaillant et courageux que Lancellot, parce que, quand il fallut se combattre, Tristan, se fiant en

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