‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 31 sur 143 · I. Le danger passé, l'on se moque du saint · texte numérisé non relu

I. Le danger passé, l'on se moque du saint

sa seule valeur, n'emprunta aucune seule defTense ny assistance de Dieu, si-non de son bon cœur, son espée et valeur; mais Lancelot ne faisoit que se recommander à Dieu et le prier, dont c'estoit grand signe qu'il n'avoit pas bonne opinion ny fiance de luy, et qu'il avoit peur, et pour ce appelloit Dieu à son ayde pour combattre pour luy. Si est-ce qu'il n'y a que de se recommander à ce grand Dieu et avoir en luy sa seule fiance, et non ailleurs. De mesmes en disoit-il de feu mon oncle et du seigneur de Jarnac, et en faisoit pareille comparaison. Je me suis un peu extravagué en ce discours; mais le pardon m'en doit estre faict, puisque la cause me touche.

Pour retourner donc à nos premières erres, je dis que quelquesfois on fait des courtoisies aux ennemys vaincus, pour plusieurs raisons qui seroient trop longues à desduire, dont je m'en remets aux gallans hommes qui ont veu et en ont discouru ; mais je feray ce conte. Au voyage que fit feu M. de Guyse le grand en Italie et au royaume de Naples', il se fit, prés de Rome, à Monte-Rotondo, un combat entre un capitaine italien (estant au service du roy pourtant) et un capitaine gascon, nommé le capitaine Prouillan. Le subject de leur querelle estoit grand : car Prouillan avoit dict que tous les Italiens estoient bougres (c'estoît trop). Le capitaine italien, qui estoit un bon et brave capitaine, et qui avoit une fort belle façon à mon gré, de belle et haute taille, maigre et sec, et noiraut, voulut purger ceux de sa nation de ce vice par combat de son corps à Tautre, et le desfia en camp clos par un cartel. Pour lors, toute

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