‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 32 sur 143 · I . C'est en i · texte numérisé non relu

I . C'est en i

l'armée estoit campée et logée à Monte-Rotondo, où le camp estoit assigné. M. de Pienne (gentil cavallier s'il en fut oncques, et qui avoit lors deux compaignies de gens de pied soubs M. de Nemours, couronnel de l'infanterie) fut parrain de Prouillan, et croy que Paulo Jordan estoit celuy de l'Italien. Estant entrés dans le camp, solemnités toutes faictes, la fortune voulut que l'Italien donna un grand vilain coup d'espée sur le jarret de Prouillan, qui tumba par terre sans se pouvoir plus relever; et luy, usant de courtoisie, en rabillant de parolles ce qu'il ' avoit dict pour l'honneur de la nation, il se contenta, et ne le poursuivit jusqu'à la mort comme il eust pu; et, ayant pris les armes de son ennemy, sortit hors du camp; et, avecques son parrain, confidens et amis, monte dans un coche, et, les armes de son ennemy portées devant en signe de triomphe, s'en alla à Rome, et y entra avecques grande resjouissance et applaudissement des siens, et grand cry qu'un chascun faisoit : Victoria ! Victoria ! honor dclapatria salva^. Monsieur le mareschal de Biron, qui estoit lors en ceste armée, commandant à deux cents chevaux-legers, s'en pourra bien ressouvenir, et qu'il y eut un peu de risée : car un seul combat, et particulier, ne peut rabiller l'honneur de tout un gênerai 3 par les lois du duel. Ayant après entré dans l'église, et faict ses prières et rendu grâces à son Dieu, se retira fort loué et honnoré de ceux de sa nation, pour l'obligation qu'elle luy debvoit. Prouillan se fit panser, mais non si bien que je ne l'aye veu despuis fort

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