‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 5 sur 143 · VIII LES METAMORPHOSES · texte numérisé non relu

VIII LES METAMORPHOSES

Millau père et Louis Berenger du Guast, U premier favori de Henri III, Les pages qui concernent les querelles hérédi^ taires et enchevêtrées des Millau et des Vitaux, dans Bran^ tome, rappellent les plus belles vendettas transversales de l'iU de Corse.

« Pour fuyr prolixité », comme dit Brantôme quand il commence à s'ennuyer d'une des historiettes qu'il conte, je me garderai dUnumérer les incorrections, disons mieux, les crimes qui passaient entre duellistes du bon vieux temps comme lettre à la poste. Une fois, c'est un gentilhomme qui, ayant dépêché son ennemi, vient prêter main-forte à son second qui était plus long à en finir avec le sien, et, à eux deux, ils tuent ce mal^ heureux. Un autre jour, c était en Limousin; il [y avait partie entre un gentilhomme nommé Komefort {je reproduis Vor^ thographe de Brantôme) et un Frédaigues. Un ami du pre^ mier, qui était allé appeler celui-ci de la part de Komefort, s'habille en palefrenier, — // avait été convenu qu^il n*y aurait d'autres témoins que les valets pour tenir les chevaux pendant l'affaire. — Le faux palefrenier avait évidemment V intention de se joindre, en cas de besoin, à son ami; mais Frédaigues ne lui laissa pas le temps d'accomplir ce mauvais dessein, n'ayant fait qu*une bouchée de M. de Komefort. Là-dessus, le palefrenier du vainqueur tombe sur celui du vaincu, qu'il avait sans doute reconnu pour être d'une autre étoffe que luimême, et si gaillardement qu'il le force à gagner du pied. « Dieu le voulut ainsi, dit sentencieusement Brantôme, une fois par hasard résigné à se prononcer, car la supercherie estoit trop grande, »

Je ne sais si les éditeurs artistes qui viennent d'ouvrir leur collection chère aux bibliophiles à ces Mémoires de Brantôme touchant les duels se sont proposé de réhabiliter la façon

DU DUEL îJt

dont Us modernes accommodent leurs affaires d'honneur, avec force protocoles, révérences, cérémonies et, finalement, la plus grande épargne possible de la vie humaine, S*ils n'y songeaient point, je pense qu'ils auront atteint ce but, sans le viser. Il n'est pas un de nous, peut-être^ auquel il ne soit arrivé, en ces dernières années surtout , de sentir en soi la tentation, — et plus d'un y a cédé, — de railler nos duels formalistes et l'escrime prudente des témoins sur leur terrain, qui est le procès-verbal, aussi bien que celle des combattants sur le leur, quand enfin il est décidé qu'on en viendra aux mains et qu'il n'y a pas moyen d'éviter cette extrémité. Le plus souvent, et Dieu en soit loué! la montagne accouche d'une souris, après avoir rempli la ville de ses clameurs. Cela ne vaut-il pas mieux, en somme, que les massacres sans merci et si souvent sans loyauté que Brantôme nous retrace avec l'impassibilité de son dilettantisme ?

Nos duels revus, corrigés et considérablement diminués, satisfaits d*un peu de sang, datent, à vrai dire, du siècle dernier, qui vit, à la fois, par la plus étrange contradiction, les mœurs s*adoucir, apprivoisées par une civilisation de plus en plus raffinée, puis la plus extrême férocité se donner carrière au temps de la Terreur, qui ressemble au règne d*une ménagerie en liberté. Sous Louis XV, les duels sont nombreux ; les duels tragiques deviennent rares. Ces derniers se retrouvent en quantité sérieuse sous la Restauration, favorisés par r ardeur des colères politiques. Ils semblent alors une forme réduite de la guerre civile qui s*agite au fond de bien des caurs, et, jusque dans les querelles privées, on retrouve presque toujours un combat de drapeau contre drapeau. Certes, nous avons toujours des duels politiques; je doute même qu'en aucun temps ils aient été aussi communs que de nos jours; mais la plupart de ceux-là surtout qui ont pour berceau l'en-

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