‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 41 sur 143 · I . Excortement, adroitement · texte numérisé non relu

I . Excortement, adroitement

SUR LES DUELS 6l

armes, les mena si dextrement qu'il en donna aussy tost dans le corps de son ennemy et qu'il le porta mort par terre. Certainement, ces supercheries d'armes sont cent fois pires que celles que l'on fait assassinant les personnes aux cantons' des rues, ou en un coing de bois, et ne sont nullement pardonnables ; mais pourtant, par ces lois antiques du duel, cela a esté.

Moy estant à Naples, pour la première fois que j'y fus jamais, j'ouys faire un plaisant conte, que, du temps du roy Charles, lorsqu'il le conquit, il s'y fit un combat d'un Gascon et d'un capitaine italien. Il toucha ^ au Gascon de donner les armes. Que fit-il? Il les prit à son advantage, et \a envoyer à son ennemy une bonne grosse arballeste de passe, qu'on appelloit en ce temps, et appelle-on encor, à Varmatotf avecques son bandage qu'on pendoit à la ceinture. L'Italien, son parrain et confîdant, refusèrent aussy tost ces armes, disans qu'elles n'estoient point usitées, et du tout estrangeres. Ceux du Gascon alléguèrent leurs raisons, et mesmes que tant s'en falloit qu'elles fussent estrangeres que ceux de leur nation d'autresfoiss'en estoient dicts des premiers et meilleurs maistres qu'avoient esté les Genevois, lesquels du temps de la guerre saincte en avoient faict rage et beaux effects, et mesmes que le roy Philippes de Vallois en avoit envoyé quérir jusqu'à Gesnes, pour s'en ayder à sa malheureuse battaille de Crecy (mais pourtant ils n'y firent rien qui vaille, ce disent les Chroniques de France), Pour fin, tout calculé et rabattu, il fallut au Gascon

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