Il toucha, il échut
estre maistre en son eslection, et à l'Italien à les prendre. Le Gascon, qui estoit maistre passé (car de longue main la nation le porte sur toutes autres), vous eut bandé et rebandé, et tiré deux fois dans le corps du pauvre Italien, qu'il n'eut le loysir ny l'adresse de bander son arbateste, quelque leçon que luy eussent donné ses maistres, parrains et confidans; si bien qu'il fut vaincu.
Ces combats par telles armes, ny d'harquebuse, ne sont pas approuvés par les docteurs duellistes, « d'autant, disent-ils, qu'il faut qu'un combat, pour qu'il soit honnorable, se fasse et se finisse par la valeur et vertu des personnes, et non par les armes » . C'est une raison tres-froide, car et comment combat-on autrement qu'avecques les armes? Il faut rapporter et l'un et l'autre, et la vertu et les armes tout ensemble. A aucuns j'ay veu tenir pourtant que deux soldats portans leur harquebuse, et en faisant profession tous les jours, se peuvent combattre avecques leurs harquebuses. Au reste combien avons-nous veu despuis quelque temps force desfis et combats s'estre faicts à cheval avecques des pistoUets par de braves et vaillans gentilshommes, et la mort d'aucuns s'en estre ensuivie? J'en nommerois bien deux ou trois, mais je m'en passeraj bien. La plus belle raison que peuvent apporter ces duellistes, c'est qu'ils disent que, faisans tels combats avecques armes à feu, sont fort dangereux pour le juge et gardes du camp, et que les coups peuvent aller et porter sur eux aussj bien que sur les deux combattans. Grand mercj. Messieurs les juges et autres, qui estes ainsy soigneux de vos corps 1 Bref je n'aurois jamais faict si je voulois mettre par escrit tous ces abus, ou plustost rébus du temps passé, inventés et fort bien
practiqués par les Italiens, lesquels y ont esté fort subtils et diligens scrutateurs de telles inventions, dont j'en ay ouy tant et tant discourir en Italie que, si je n'avois autre chose à faire que les mettre par escrit, je pense que j^en donnerois plaisir aux lecteurs.
Un autre abus j a-il eu : c'est que, si Tun des combattans, fust ou en se retirant, ou se desmarchant ', ou en parant les coups, ou se desmeslant, venoit à toucher tant soit peu la lice, la barrière ou la corde, ou l'estaquade du camp, il estoit dict vaincu ; ce qui estoit un peu trop rigoureux : car il advient bien souvent que, pour mieux sauter, on recule un pas ou deux, ou trois, soit pour attirer son ennemy à soy et le faire varier, ou luy faire perdre sa desmarche, ou le troubler en allant à son ennemy, soit pour plus après aller rudement contre luy. Enfin, force considérations et raisons se présentent à luy pour se desmarcher en arrière ; et si, par cas de fortune, sans y penser, en se desmarchant ainsy, il vient à toucher ceste barrière, il n'y a nulle raison de justice ny de droict de le dire vaincu.
Je ne dis pas, comme j'ay ouy dire, que cela s'est faict, et que pour plus adoucir la rigueur de ceste loy, que si l'ennemy pressoit l'autre de telle furie, et que l'autre reculast comme mal asseuré, et qu'il ne fist que parer aux coups, ou bien que si l'un des deux tenoit son ennemy aux prises, et qu'au lieu de le jetter par terre, ou en se tournant et virant il menast son ennemy jusqu'à luy faire toucher la barrière, que cela ne fust très-juste de le censer