‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 45 sur 143 · Bandon (esp. et ital. bando), ban, proclamation · texte numérisé non relu

Bandon (esp. et ital. bando), ban, proclamation

François I et Henry II ont practiqué. Enfin, ce n'est pas jus verd, mais verd jus. En France et Angleterre, et autres lieux chrestiens oùledict concile n'a esté receu ny approuvé, les combats s'y peuvent faire encor, mais il ne s'en fait

plus.

Un autre grand abus en ces duels estoit que les combattans cstoicnt visités, tastés et fouillés les uns les autres par leurs confidans, pour sçavoir s'ils n'avoicnt point sur eux aucuns caractères et charmes, et autres parolles meschantes, et billets negromanciens sur eux : ce qui fut un poinct qui fascha et colera feu mon oncle de La Chastaigneraye, quand, avant qu'aller à son combat, un confîdant de Jarnac le vint ainsy fouiller et taster. « Comment! dit-il, penseroit-on que, pour combattre tel ennemy, je me voulusse ayder de ces choses là, et que j'allasse emprunter autre secours pour le combattre que mon bras ? » Et, de faict, plusieurs en Italie en sont esté visités de ceste façon, d'autant qu'il s'en est trouvé aucuns saisis de ces drogueries et sorcelleries; jusques-là que, craignans aucuns aussy d'estre descouverts par ces recherches, a-on ouy parler que, quelque temps avant qu'entrer aux combats, se sont fait raser la teste, et là-dessus se sont fait escrire et imprimer (comme en Espaigne on fait aux esclaves au visage) force tels caractères et parolles enchantées, pour se rendre invincibles et plus asseurés à vaincre. Comme de vray s'est-il trouvé force personnes, et là et ailleurs, et aux guerres, chargées de tels billets qu'on a veu leur porter de grandes vertus et contre le fer et contre le feu. J'en ay veu et cognu une infinité auxquels aux uns ces sortilleges ont réussi, aux autres non. Voylà comment tels abus en tous

lieux sont ridicules. J'ay bien ouj dire qu'on n'est point repris pour porter une chemise de Nostre-Dame de Chartres, ou quelques sainctes reliques de Hyerusalem, de Nostre- Dame-de-Laurette, de Mont-Serrat, et autres choses sainctes, jusqu'à des sainctes oraisons, que j'ay ouy dire les confidans et parrains ne pouvoir oster, ains les y peuvent laisser : en quoy pourtant il y a dispute, si l'un s'en trouvoit chargé, et l'autre non : car, en ces choses, il faut que l'un n'aye pas plus d'advantage que l'autre.

Un grand abus en ces combats : en arriva un, et fort plaisant, parmy deux capitaines espaignols de la garnison de Gayette, l'an i558, que l'on me dit en ce mesme lieu et en mesme temps, moi passant par là, dont le conte est tel. Il y eut un gentilhomme Lunel, cavallier arragonnois, estant en une certaine rue parmy autres cavalliers et soldats, entre autres un cavallier castillan appelé Pedro Tamayo, estans tous en une mesme conversation, devisans et causans ensemble, il y eut un paysan qui avoit apporté un plein panier de pesces ' très-beaux, comme il y en a là force. Tamayo les vint tous achepter, à quoy Lunel luy en vint prendre le plus beau, ce qui fascha à Tamayo. Lunel luy en fit toutes les excuses du monde; de quoy Tamayo ne s'en contenta, encor que l'autre luy dist que pour celuy qu'il avoit pris il luy en payeroit une charge. Mais, venant de plus en plus de parolles en parolles picquantes, Tamayo luy dit qu'il se servoit de serviteurs et creasts * plus gens de bien que luy. Il n'eut pas dict plustost le mot que Lunel

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