Tout un général, tout un peuple. V. plus haut, p
et la salvation de son prince; et que le meilleur est songer à bien mener les mains à une bonne affaire qu'à toutes ces vanités ou animosités.
Du règne du roy Charles VII, il se fît un pareil desfî et combat, prés d'Argentan, de vingt Anglois contre vingt François. Les Anglois furent desconfîts et vaincus. Oncques puis ils ne firent bien leurs besoignes, et perdirent en un an peu à peu la Normandie.
Du règne du roy Henry II, fut faict en Piedmont un pareil desfi entre M. de Nemours et le marquis de Pescayre, trois contre trois. Tout n'alla pas bien. J'en parle en la Vie de M. de Nemours, en mon livre qui traicte des grands capitaines qui ont esté de nos temps despuis cent ans. J'alleguerois force autres pareils combats anciens, mais ils sentiroient trop leur rance. Pour ce je les obmets, et viens à nos modernes que nous avons veu en nostre France despuis vingt ans en ça.
J'accommanceray par celuy de Quielus et d'Antraguet, principaux querelleurs, et ce pour dames. Riberac , et Chombert le jeune. Allemand , secondoient et tierçoient Antraguet. Maugiron et Livarot secondoient et tierçoient Quielus; qui tous seconds et tiers s'offrirent à se battre, plus par envie de mener les mains que par grandes inimitiés qu'ils eussent ensemble. Ce combat fut très-beau, et l'accompara-on lors à celuy des Curyasses et Horaces, les uns Albans et les autres Romains, pour n'en avoir veu en France de long-temps tel, et de tant à tant, et sans armes aucunes deffensives : reste que de cestuy-cy en resta deux en vie,
qui furent Antraguet et Livarot, et de l'autre des Romains et Albaus un seulement. Antraguet avoit à faire avecques Quielus, Riberac avecques Maugiron , et Livarot avecques Chombert. Ils combattirent vers les ramparts et porte de Sainct-Antoine, à trois heures du matin, en esté; de sorte qu'il n'y eut aucun qui les vit battre que quelques trois ou quatre pauvres gens, certes chetifs tesmoings de la valeur de ces gens de bien, qui pourtant en rapportèrent ce qu'ils en avoient veu, tellement quellement. M. de Quielus ne mourut pas sur la place, mais il survesquit quatre ou cinq jours par la bonne cure des chirurgiens et la bonne visite du roy, qui Taymoit fort. Enfin il mourut, car il estoit fort blessé. Il se plaignit fort d'Antraguet, de quoy il avoit la dague plus que luy, qui n'avoit que la seule espée : aussy, pour parer et destourner les coups que l'autre luy donnoit, il avoit la main toute découpée de playes. Et, ainsy qu'ils se voulurent affronter, Quielus dit à Antraguet : « Tu as une dague, et moy, je n'en ay point. » A quoy répliqua Antraguet : « Tu as doncques faict une grande faute de l'avoir oubliée au logis. Icy sommes- nous pour nous battre, et non pour pointillés ^ des armes. » Il y en eut aucuns qui dirent que c'estoit quelque espèce de supercherie d'avoir eu l'advantage de la dague, s'il n'en avoit esté convenu de n'en porter point, mais la seule espée. Il y a à disputer là dessus; mais Antraguet disoit n^en avoir esté parlé. D'autres disoient que, par gentillesse chevaleresque, il debvoit quitter la dague. C'est à sçavoir s'il le debvoit. Je m'en rapporte aux bons discoureurs, meilleurs que moy.