I. La rattlU, la raie
contre trois (il avoît pris pour second et tiers Lognat et Genissat, braves et vaillans certes), contre le sieur de Ca« rancy, ayant pour second et tiers Estissac et La Bastye, braves et vaillans aussy. Monsieur le baron de Byron et Carancy estoient les deux principaux contendans et chefs de la querelle ; les autres , pour servir leur amy, ou par gayeté de cœur (ainsy que firent ceux d'Antraguet et Quielus), s'en voulurent faire de feste et s'entrebattre, bien qu'aucuns fussent amys et parlassent avant souvent ensemble. Ils s'allèrent bravement battre, sans faire nul bruit, à une lieue de Paris ', dans beaux champs, pour n'irriter le roy, qui y estoit et ne vouloit point ces combats. Ce fut pour un beau matin qu'il neigeoît à outrance, sans appréhender le mauvais temps. Nul ne vit ny le commancement ny la fin, tant ils conduisirent secrettement leur entreprise, si-non quelques pauvres gens passans. La fortune fut si bonne pour monsieur le baron et ses deux confidans que chascun tua bravement son homme et l'estendit mort par terre. Aucuns dirent que monsieur le baron de Byron , prompt et soudain de la main (ainsy qu'en tous arts aussy bien qu'en celuy de Mars il y a des artisans plus prompts et diligens à faire leur besoigne que les autres), depescha son homme le premier, et alla ayder aux autres ; en quoy il fit très-bien, et monstra qu'avecques sa valeur il avoit du jugement et de la prévoyance, bien qu'il fust encor fort jeune, et n'avoit poinct encor faict tant d'expertises d'armes comme il en a faict despuis, qui l'ont rendu l'un des plus grands et vaillans capitaines de la chrestienté, ainsy
I . D*après L'Estoile, le combat eut lieu entre Montrouge et Vaugirard, le 8 mars i586.
que je le descris dans mon livre des Grands Capitaines françois et espaignols, que j'ay faict.
Geste susdicte prévoyance luy faisoit sa leçon pour ne se fier trop en ce dieu Mars , qui est le plus ambigu et le plus doubteux dieu de tous les autres. Que si on se laisse trop aller à sa fiance, et ne fasse-on cas de Tadvantage qu'il vous a donné une fois, il le vous oste bien par amprës ', et le vous fait cher couster; ainsy que possible mal eust pris, ou à M. de Byron, ou ^ ses compaignons, s*il les eust veu et laissé faire, et ne les eust assistés. Aussy estoit-il trop courageux pour ne jouer la partie qu'à demy et en veoyr le passe-temps. Ainsy doibt faire tout cœur généreux, et soustenir son compaignon jusqu'à la dernière goutte de son sang, si n'estoit que le camp fust esté conditionné, ainsy que les Espaignols conditionnèrent le leur que j'ay dict cy-dessus contre les François, qu'ils limitèrent sous tel pache *, qui passeroit outre le camp demeureroit vaincu et prisonnier, et ne combattroit plus de tout le jour; pareillement , celuy qui seroit mis à pied ne combattroit non plus; et, au cas que jusqu'à la nuict l'une bande n'eust pu vaincre l'autre, et n'en demeurast-il que l'un à cheval, le camp seroit fini, et en pareil honneur, et pourroit ramener tous ses compaignons francs et quittes, lesquels sortiroient en pareil honneur que les autres hors du camp. Voylà de bizarres conditions de camp, cautes et subtiles, aussy à l'espaignolle, et plaisantes aussy, qui me font souvenir du jeu des barres, que l'un rachette tous ses compaignons pris. Voylà pourtant de grands cas, estre ainsy lié à ne