‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 50 sur 143 · Pache, pacte, convention · texte numérisé non relu

Pache, pacte, convention

secourir son compaignon. Ainsj le veut la loi donnée. Que si elle n'est, il faut mener les mains quoy qui soit. Autrement il y a un grand reproche.

Voicy un miracle de trois combats tout à coup que je vais conter pour] quasy incroyable. Je Tay ouy conter, à Naples,' à un seigneur plein de foy et vérité, d'un gentilhomme de là mesme. L'un fut appelle par un autre pour quelques parolles qu'il disoit avoir tenu de luy. Ce gentilhomme s'en alla à l'estoquade sur la parolle de celuy qui le vint appeller et d'un autre tiers, auquel il se fioit fort pour sa prudhommie et gentillesse d'armes, luy tout seul, sur la parolle de l'appellant. Estant dans le camp, tue son ennemy ; et, s'en voulant retourner, l'appellant luy dit qu'il luy desplaisoit fort de veoyr un tel espectacle, et que mal il luy sieroit s'il luy estoit reproché à son retour s'il n'avoit vangé la mort de son amy, et qu'il ne se battist contre luy. L'autre luy respondit tout froidement : « Ne tieot-il qu'à cela? vrayment, je le veux. » Et, venant aux mains, le gentilhomme napolitain le tua aussy tost de gallaot homme. Le tiers, qui fut spectateur de tout, et qui estoit aussy vaillant que les autres, luy dit : a Vrayment, vous vous en retournez avecques une fort heureuse et belle victoire. Que si vous n'estiez si las comme je vous vois, pour avoir eu tout à coup affaire à deux, j'essayerois de vous oster la moictié de vostre heur et honneur, car résolument nous nous battrions ; mais, ayant esgard à vostre lassitude, je remets la partie à demain, vous priant de vous trouver à telle heure en ce mesme lieu, où je ne faudray m'j trouver : car il me fasche fort de veoir mes compaignons morts, que je ne vange leur mort. » Ce gentilhomme

8o DISCOURS

luj dit : « Rien moins que cela. Je ne suis point las. J^ayme autant me battre tout chaud tout à ceste heure et annuit' que demain, et me sens aussj frais comme si je n'eusse point combattu. Parquoj passons-en nos fantaisies de tous deux sans remettre à demain. » L'autre le prit au mot; et, venans aux mains, ce Napolitain en fit de mesme comme des autres deux, et le tua de pareil heur; et, les laissant là tous trois morts à la garde de Dieu pour estre enterrés, s'entourna sain et sauve.

Voylàun grand miracle de Mars; et jamais ne s'en parla d'un tel, durant les chevalliers errans, parmy les histoires, car elles sont fausses; et ce conte, s'il est vray, c'est un grand faict, et autant admirable qu'il peut estre véritable. En quoy se peut noter beaucoup de particularités que je laisse à plusieurs discourir : entr'autres de la fiance que prit ce brave gentilhomme de ces trois, pour s'^aller battre sur leur paroile sans nul second ; puis l'asseurance et la braveté qu'il eut de se battre ainsy contre ces trois l'un après l'autre, dont, selon toutes lois duellistes, légitimement il se pouvoit excuser, et remettre la partie au lendemain ou autre jour. De plus, faut noter la fortune grande qui l'accompaigna, dont on n'ouyt jamais parler de telle. Je donne ce conte pour tel qu'on me l'a donné.

Du temps du feu roy Charles IX, dernier mort, fut faict un combat en l'isle du Palais, entre un gentilhomme de Normandie (dont j'ay oublié le nom) et le petit chevallier de RefFuge; petit, dis-je, car il estoit des plus petits hom-

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