‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 55 sur 143 · I. Quei/ion, querelle. De l'italien questions · texte numérisé non relu

I. Quei/ion, querelle. De l'italien questions

eustsceu veoyr ; ses beaux faicts en ont faictia preuve. II fut concerté entr'eux deux que leurs seconds, bien qu'ils fussent tres-braves et vaillans, ne se battroient point, car ils estoient fort grands amys. Celuy de monsieur le baron visita Millaud, et celuy de Millaud visita le baron, pour veoyr s*ils n' estoient point armés. Aucuns des parens et parentes du baron disoient et affirmoient que le second du baron fut trompé, d'autant que, combattans en chemise, ainsy que celuy du baron voulut visiter Millaud et le taster, Millaud, desfaisant le devant de sa chemise du costé de la poictrine, la luy monstra à plein, laquelle ne visitant autrement, et croyant que ce fust sa propre chair, le laissa; mais voicy le pis que disoient ceux que j'ay dict, queledict Millaud estoit couvert d'une petite légère cuyrassine sur la chair, laquelle estoit peinte si au naturel et au vif de la chair que par ainsy ledict second fut trompé en sa veue. C'est à sçavoir si cela fut, et si un peintre peut ainsy représenter une chair sur du fer. Je m'en rapporte aux bons peintres si cela se peut faire. Autres disoient qu'il y pourroit avoir quelque apparence, d'autant que l'espée du baron se trouva fort faucée par le bout, et que ledict baron, ayant affronté son ennemy, luy tira deux grandes estoquades coup à coup, dont en fît reculer trois ou quatre pas son ennemy; et, voyant que par ces estoquades il n'y gaignoit rien, il se mit aux estramassons; sur lesquels l'autre parant, et prenant le temps, et s'advançant, luy donna une grande estoquade, de laquelle il tumba; et aussy tost, s'advançant sur luy de plus prés, luy donna trois ou quatre grands coups d'espée dans le corps, et l'acheva, sans luy user d'aucune courtoisie de vie. Ainsy le baron avoit tué son père M. de Millaud ; aussy de mesmes M. de Millaud avoit tué son frère le baron de

Tiers. Ainsy mourut le brave baron, vaincu après plusieurs belles victoires par luy obtenues sur ses ennemys. Ainsy mourut encor ce brave baron, vieux routier d'armes et tant de fois victorieux sur d'autres, par la main d'un jeune homme qui n'avoit que peu ou du tout point encor faict de grandes armes, si-non que, sortant hors d'ostage et de prison en Allemaigne, vint s'esprouver tout du premier coup contre un des vaillans et déterminés de la France. Voylà ce qu'en disoit le monde pour lors, et l'heur qu'on en donnoit à l'un, et le malheur que l'on donnoit à l'autre. Ce fut un très-beau coup d'essay pour l'un, et une fascheuse et cruelle fin pour l'autre, [mais pourtant point deshonteuse, ains fort honnorable.

J'ay ouy conter à un tireur d'armes qui apprit à Millaud à en tirer, lequel s'appelloit le seigneur Jacques Perron, de la ville d'Ast, qui avoit esté à moy (il fut despuis tué à Saincte-Basille en Gascongne, lorsque M. du Mayne l'assiégea, luy servant d'ingénieur, et, de malheur, je l'avois adressé audict baron, quelque trois mois auparadvant, pour l'exercer à tirer, bien qu'il en sceust prou; mais il n'en fit conte ; et, le laissant, Millaud s'en servit, et le rendit > fort adroict) ; ce seigneur Jacques doncques me raconta qu'il s'estoit monté sur un noyer assez loing, pour en veoyr le combat, et qu'il ne vit jamais homme y aller plus bravement, ny plus résolument, ny de grâce plus asseurée ny déterminée. Il commançade marcher de cinquante pas vers son ennemy, relevant souvent ses moustaches en haut d'une main ; et, estant à vingt pas de son ennemy (non plustost), il mit

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