‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 58 sur 143 · Charles IX · texte numérisé non relu

Charles IX

gea jusqu'à ce qu'il vint faire un autre coup, qui fut celuy de Millaud. Mais, premier, je diray pourquoy ledict baron tua ledict Gounellieu : parce que ledict Gounellieu avoit tué son jeune frère, jeune garçon de Taage de quinze ans, mal à propos, disoit-on, et avecques supercherie; qui fut dommages certes, car ce jeune garçon promettoit beaucoup de luy ; tous deux suivoient feu M. d'Allançon. Vojlà comment ledict baron revancha la mort de son jeune frère. Estant doncques de retour d'Italie, il sceut que, après le siège de La Rochelle ^, Millaud se pourmenoit dans Paris à son ayse, qui le pensoit encor en Italie, et ne le jugeoit jamais avoir le courage ny la resolution de retourner, à cause de la fureur du roy. Néanmoins il retourne, et se pourmeine par la ville en habit d'advocat, espie et recognoit le tout, et de son mieux, ayant laissé venir sa barbe fort longue, si qu'il estoit irrecognoissable, se loge l'espace de quinze jours en ceste petite maison qui est au bout du quay des Augustins, veoit et reveoit passer son homme par plusieurs fois, ainsy qu'il m'a dict despuis; puis, voyant son bon 2 et qu'il estoit temps, sort un jour de son logis, avecques les deux Boucicaux frères, Provançaux, seulement, braves et vaillans hommes certes, aussy les appelloit-on les Ljons du baron de Vitaux, et attaque Millaud, accompaigné de cinq ou six hommes, passant tout devant son logis, le charge, le tue, avecques peu de résistance, et se sauve bravement hors la ville et aux champs. Mais le malheur fut pour luy qu'en tuant ledict Millaud, un de ses coups d'cstramassons, par cas fortuit, tumba sur un des Boucicaux à

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