‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 68 sur 143 · I. Claude de Fourquevaux, tué en i · texte numérisé non relu

I. Claude de Fourquevaux, tué en i

lo.

vaillant homme du monde est subject, soit ou qu'il désempare son espée, ou qu'elle se rompe, ou bien qu'il tumbe par terre, ainsy qu*il arriva dernièrement et de frais à M. de Sai'nct-Gouard, qui tumba devant M. de La Chastaigneraye, qui ne le voulut tuer, ains luy permit de se relever; mais aussy tost furent séparés, car le combat fut fait quasy à la veuede la cornette du roy,qui marchoit, s'esta nt mis à l'écart.

Un de ces ans advint un combat entre le seigneur Amadeo, frère bastard de M. de Savoye', et M. de Crequi, gendre de ce grand M. des Diguieres. Je ne me veux amuser d'en dire le subject, car il est ailleurs escrit, et aussy que force gens le sçavent, pour en estre la nouvelle récente. Tant y a qu'estans venus au lieu assigné du combat, la fortune fut si bonne pour M. de Crequi qu'il blesse son ennemy et le met à tel poinct de demander la vie, qu'il luy cède fort gentiment et librement; ce qu'ayant sceu M. de Savoye s'en colera si fort contre son frère qu'il luy dit et commanda de retourner au combat aussy tost après estre guery, quoy qu'il fust : à quoy il ne faillit, et non plus le seigneur de Crequi de comparoistre. Ce fust en une petite islette du Rosne. D'en dire les formes, les seconds et appellans, c'en seroit une chose superflue. Pour la fin du combat, fait à l'aspect de plusieurs arregardans deçà et delà le Rosne, la fortune fut encor si bonne pour le seigneur de Crequi qu'il abbat son ennemy et le tue sans en avoir plus de mercy ; dont en cela il usa fort bien de sa

I. Philippin, autre frère bâtard du duc de Savoie, qui fut tué à ce duel.

SUR LES DUELS ii5

fortune, que Dieu luy donna encor ce coup, possible par la volonté de Dieu. Que s'il l'eust espargné encore, il luy en eust mal pris à la troisiesme lutte, n'ayant sceu ou voulu user de la grâce qu'il luy avoit octroyé, dont il s'en fust repenty, et l'eust-on aussy tost fort blasmé de ne s'estre ajdé de ceste grâce que Dieu luy avoit faict.

M. de Savoye, lorsqu'il vint dernièrement en France ', il fut curieux de saluer tous les gallans de la cour, fors mondict sieur de Crequi. Les uns disent parce qu'il ne luy eust pas esté bien séant (comme de vray et de raison) de saluer le meurtrier de son frère. D'autres disent que M. de Savoye se plaignoit qu'il l'avoit tué tumbé en terre et abbattu; en quoy M. de Savoye ne debvoit avoir esgard, disoient aucuns : car, puisqu'il avoit repris sondict frère bastard d'avoir demandé la vie au premier combat, et contraint et commandé d'en recommencer un autre, que pouvoit faire moins M. de Crequi que de penser à revenir au tiers combat, et, pour ce, en voyant avoir son beau jeu, d'en achever la partie tout à trac *, sans plus la remettre ? Voylà donc pour fin de ce combat l'exemple que l'on y doit prendre à tuer ou à espargner son ennemy en tels accidens : tels coups d' espargné pour la première fois, mais nullement pour la seconde, où l'on doit fermer les yeux à tout mercy et miséricorde.

Sur ce conte et raisons alléguées, je feray ceste petite disgression, afin qu'on sache comme d'autres fois se sont

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