‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 7 sur 143 · DU DUEL XI · texte numérisé non relu

DU DUEL XI

que « Us duellistes faisant tels combats avec armes à feu sont fort dangereux pour le juge et gardes de camp, et que les coups peuvent aller et porter sur eux aussi bien que sur les deux combattants ». Ces raisonneurs sont, pour ainsi dire, les seuls mortels soigneux de leur peau que l'on rencontre chez noire historiographe du duel, et ils méritent bien quon les salue en passant, comme une exception insigne dans cette ronde macabre de soldats du point d^honneur que la mort entraîne et qui la suivent sans regarder derrière eux.

Quand nous contemplons aujourd'hui d*un ail impartial et désintéresse tous les édits, toutes les lois, tous les règlements, qui ont eu pour but les uns de supprimer, les autres de canaliser le rouge torrent du duel, on en arrive à conclure que peut-être l'anarchie présente, tempérée par la sagesse et l'expérience de quelques hommes bien élevés à qui l'opinion reconnaît un mandat de juges bénévoles, est le régime qui convient le mieux à cet acte dont l'appréciation échappe à la raison et quon ne sait comment qualifier, tant il est vrai qu'il mérite à la fois tous les noms selon les hommes, selon les circonstan^ ces : tantôt héroïque et tantôt criminel, tantôt ridicule et tantôt sublime. Saint Louis a défendu dans ses Etats « l'usage absurde et immoral du duel » ; Richelieu a couvert la France d'échafauds dédiés aux duellistes ; je ne me rappelle plus Iç nom de ce roi de France, auteur, comme les autres, d'un édit concernant la matière, et, bien entendu, prétendant extirper le mal, qui disait à ses intimes : « // est bien singulier que l'on vienne me demander justice, lorsqu'on porte à son côté l'épée à l'aide de laquelle on peut se la faire. » C'est surtout en fait de duels que l'on est bien forcé d'admettre la pluralité des morales et la contradiction du langage officiel et de l'épanchement familier. Du temps que l'on n'avait pas encore renoncé à

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