XII LES METAMORPHOSES
poursuivre les rencontres d'aspect régulier et de physionomie correcte, combien n^ai-je pas vu de nos magistrats, après avoir requis ou prononcé, selon qu'ils étaient président ou ministère public, la condamnation à l'amende, voire à la prison, de quelque échappé du terrain, coupable de ce délit, auquel le code ne voulut pas faire l'honneur de le nommer, serrer la main dans la coulisse à son justiciable et le féliciter, à huis clos, de sa bravoure!
Tout récemment une grande révolution s'est accomplie dans Vempire du duel et l'a transformé au point de vue légal. Nos magistrats, que leurs études antérieures ne semblaient pas avoir préparés pour ce rôle, se sont réveillés, un beau matin, arbitres des rencontres et juges en ces matières délicates dont l'appréciation leur était jusque-là demeurée étrangère. La jurisprudence qui prévaut désormais se rapproche fort de Vopinion de Merlin, aux yeux de qui le duel n'était punissable que si les conditions stipulées entre les parties dans leurs conventions préalables n'avaient pas été loyalement observées. Nous avons donc aujourd'hui une sorte de tribunal d'honneur, institué en fait, sinon en droit, et connaissant des querelles privées, avec cette notable différence entre ses attributions et celles de la magistrature spéciale dont l'investiture remonte à l'édit rendu par Louis XIV en 1643 qu'il n'intervient dans les différends suscepti^ blés d'être traités par la voie des armes qu'après l'événement et lorsque quelque infraction parait avoir été commise à la loi que les parties et leurs représentants avaient juré de religieusement observer. Ce que durera ce traitement nouveau appliqué à la maladie qui ne parait point en voie de rémission, ce qu'il produira, nul ne le saurait prévoir à coup sur. Il nous paraît surtout remarquable comme un aveu fait par les interprètes du Code et par les législateurs de leur impuissance à sévir