‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 70 sur 143 · Voglio, volonté · texte numérisé non relu

Voglio, volonté

que fait le dieu Neptune au marinier qu'il a sauvé d*un grand nauffrage, et puis, se fiant encore en luj d'une grande grâce, rebat la mer, où il se trouve plongé et trèsbien noyé. D'autres raisons se peuvent alléguer là dessus, et pro et contra^ sur ce subjcct, que je laisse à discourir à des plus capables que moy.

Surtout aussy il n'est bien séant que le vainqueur fasse par trop sa parade de sa courtoisie de vie donnée, et ne publie tant sa victoire au mespris par trop du vaincu, et trop vaine ostentation pour luy, car ce seroit par trop prophaner la grâce que Dieu luy a faicte, comme de triumpher de ses armes et chevaux, les monstrer à un chascun, les appendre à une église en signe de trophée, ou par bravade, ou dévotion, ou vœu que l'on a faict à Dieu, lequel ne se soucie guieres de ces offrandes, comme jadis les dieux Mars et Neptune se plaisoient fort en tels presens d'armes et despouilles, et comme aux champs solemnels jadis cela se faisoit, et comme aussy j'en sçay un qui, emprés un pareil camp, en voulut faire de mesmes en une grande église de ce royaume ; mais il en fut dissuadé par aucuns de ses amys : car résolument, s'il l'eust faict, il eust esté tué dans deux jours, en despit de tous les vivans : il estoit trop bien aymé et apparenté'. Le temps passé cela se faisoit, voyre pis, comme j'ay dict cy-devant, et estoit sacrilège de les despendre.

Il faut donc en cela se gouverner sagement, et recognoistre en autre façon la grâce que Dieu vous a faicte. J'en parle maintenant en chrestien, sans alléguer ne reço-

it C'est du vaincu qu'il s'agit.

Page 1