MO DISCOURS
gnoistre le dieu Mars, mais nostre souverain, qui veut que l'on ne se hausse par trop en sa victoire, mais que ron s'humilie et qu'on luy rende tres-humbles mercjs de tout ; autrement il sçait bien rabaisser ces hautains, comme j'en alleguerois force exemples. Voylà comment un bon chrestien se doit gouverner; et, s'il est tant contraint par la voje et devoir chevalleresque de se rebattre, il faut se recommander à Dieu, et le supplier de luy estre autant favorable ceste fois comme l'autre, et qu'il ne retourne au combat pour abuser de sa première grâce qu'il a receue de luy, ny pour vengeance ou inimitié animée, ains pour l'amour de la loy de l'espée qu'il luy a mis au costé, et pour le debvoir de la noblesse où il l'a colloque.
Il y a aussi une autre dispute que l'on fait sur la différence des mots que l'on dit ; ou : « Je te donne la vie par courtoisie et gentillesse » ; ou : « Je ne te veux pas achever, j'en serois bien marry » ; et autres pareils mots courtois ; ou bien de dire : c Rends-toy, ou je te tueray; demandemoy la vie, ou je t'acheveray. » Certes, ces mots derniers sont fort fascheux à proférer à un homme de cœur, qui aymeroit mieux mourir cent morts que les prononcer, comme il s'en est veu forcer Par quoy, pour le mieux, il est plus expédient de donner la vie gentiment et gracieusement, sans ainsy contraindre son ennemy à parler tels mots, qui semblent plus une ostentation et façon de s'en prevalloir après qu'une courtoisie receue, ny pour l'amour de Dieu ou charité que l'on doit à son prochain ; et, par ainsy, ce vaincu se pourroit rebattre, mais non autrement.