I . Comme il »*en eu vu beaucoup
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Car vouloir combattre son second père et bienfaicteur, c'est offenser Dieu, qui est grand ennemy des ingrats et trèsjuste vengeur.
Il y a encore un poinct : que, si un trouvoit en une rue ou aux champs, et du premier abord il attaquast son ennemy sans dire gare, et luy donnast une grande estoquade à travers le corps, ou luy coupast la main de Tespée, et le laîssast là à demy mort, ou le blessast en autre sorte de supercherie, et puis après qu'il dist luy avoir donné la vie, ce trait seroit fort vilain, et faict en trahison, et la vanterie fort folle et ridicule^ et dont on s'en pourroit rire ay sèment et se mocquer.
J'en ay cognu un qui en fit de mesmes et de mesmes s'en vanta; mais il fut bien mocqué, et fut payé de mesmes. Là dessus, venant le pauvre blessé à se guérir, il peut non pas l'appeller, mais luy en faire de mesmes, voyre avecques un canon, le porter avecques luy, s'il se pou voit, pour le tuer.
Enfin, toute vie bien et honnestement donnée, elle est recognoissable par tout le monde, sans une seconde recherche de combat; mais le plus beau et le meilleur est que les roys, les princes souverains, les mareschaux de France et autres grands capitaines passent tout cela soubs un bon accord, et que jamais il n'en soit plus parlé ; et si le vaincu en sent en soy quelque charge de conscience et d'honneur, et qu'il luy semble que quelqu'un en parle, il faut qu'il s'attaque à luy, et le fasse taire à bon escient par une bonne espée : car il vaut mieux, si la disgrâce est telle, qu'il soit vaincu de luy ceste fois seule que s'il venoit à l'estre de l'autre encor une seconde fois ; ou bien il faut que les grands-juges en leur accord fassent comme je vis une fois
faire à feu M. de Martigues, lorsque le roy Charles IX, avecques ses mareschaux et grands capitaines, ayant accordé dans son cabinet messieurs de Frontenay, dit le jeune Rouan, et de Querman, tous deux grands gentilshommes et seigneurs de Bretaigne, où il y alloit plus de Pun que de Tautre : car Querman avoit esté blessé, et Frontenay aussy, tous deux bien fort ; mais Querman disoit tousjours que ce n'avoit pas esté Frontenay qui l'avoit blessé, mais un autre gentilhomme, que je ne nommeray point. Enfin ils furent accordés ; et sortans du cabinet en la chambre du roy, M. de Martigues les tenant tous deux par la main, il crya tout haut, où il y avoit plus de deux cens gentilshommes qui|en attendoient Tissue : « Messieurs, le roy m'a commandé de vous dire à tous vous autres qu'il a accordé ces deux messieurs à esgal honneur, et qu'il n'y va rien de l'un ny de l'autre ; et qui voudra dire le contraire, et qu'ils ne soient tous deux gens de bien, d'honneur et valeur, il en a menty. » Plusieurs là-dessus, en goguenardant et riant, respondirent : a Monsieur, nous ne voulons point combattre le roy sur ce desmenty. Il n'y a rien à redire puisque le roy y a passé le ballais. » Oncques puis n'en fut autre chose.
En quoy j'ay veu faire une dispute parmy les duellistes, à sçavoir si l'on se peut ainsy remettre de son différend et de son honneur entre les mains d'un empereur, d'un roy, d'un autre prince souverain, et d'un gênerai ou d'un grand capitaine. Aucuns ont dit que si autres non ; et disent que l'honneur perdu se doit reconquérir par la valeur propre de celluy qui Ta perdu, et non par celle d'autruy ; que, si les -empereurs et roys jadis ont faict des loix de
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leurs propres mouvemens et authorités sur plusieurs subjects, ils n'en ont jamais pu faire contre l'honneur des hommes.
Sur quoy il me souvient qu'une fois à la cour, s' estant esmeue une querelle entre le seigneur de Gcnlis le jeune, dit Yvoy, que le duc d'Albe desfit en Flandres, et M. de Mareuil, de Bretaigne, tres-brave et vaillant gentilhomme et fort haut à la main, ainsy qu'ils sortoient de la salle du bal de Fontainebleau, du temps du roy Henry II, pour s'aller battre, M. de Montberon, quatriesme fils de monsieur le connestable, jeune seigneur tres*brave, vaillant et gentil, ainsy qu'il le monstra à sa mort, dont j'en parle ailleurs, les empescha de sortir, et sur le coup les voulut mettre d'accord, en leur demandant s'ils ne s'en vouloient remettre à luy de ceste querelle et de leur honneur. M. de Mareuil, fort escalabreux ' et vieux routier d'armes et de guerre, luy respondit : « Mon honneur, mort-Dieu ! et c'est tout ce que je voudrois faire que de le confier et remettre entre les mains de monsieur vostre père, qui est l'un des grands capitaines de la chrestienté. » Ce mot fut trouvé bon, tant de mondict sieur le connestable, de M. de Guyse, que d'autres grands capitaines qui furent assemblés pour les accorder.
Si faut-il pourtant, en matières de querelles et d'accord, s'en rapporter et se fier tousjours aux grands roys, capitaines, connestables et mareschaux, lesquels, par leurs valeurs et grandes expériences, ont acquis leurs beaux titres et qualités ; et est à présumer et croire qu'ils doivent
I . Escalabreux, pour escabreux, de l'espagnol escabroso : rude, intraitable.
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blasonner ^ des annes, de leni^ deâ>ats el accords, mienx que nous autres pauvres diables, qui sommes novices an prix d'eux: car ils sça voient excogiter et trouver tons les jours des inventions nouvelles et extraordinaires qu'on ne pourroit pas croire, ainsj que font nos grands sénateurs' en leurs coun et casses, pour les juger et amoderer selon les loix de Tequité et justice.
Sur quoj je feraj ce conte de feu M. de Gujse le grand, da temps du roj François II, comment il se porta pour l'accord d'une querelle assez vieille entre feu M. de Maagiron et le capitaine Rance, de Champaîgne. Elle avoit esté esmene dés le voyage d'Allemaigne qu'y fit ledîct ro j Henry II ; et, d'autant que le roy avoit defiendn les combats en son royaume nommément, ceste querelle avoît tOBsîours demeuré en suspens jusqu'à l'advenement dudît roy François II à la couronne ; et, pour ce, la deffense faillie par la mort du roy Henry, M. de Rance prend l'occasion et se résout de combattre M. de Maugiron et en demander le combat. M. de Guyse, qui gouvemoît tout pour lors, prie le roy de le leur deffendre et de les accorder. £t, pour ce, les ayant fait venir tous deux devant luy en son cabinet, devant M. de Guyse et autres grands capitaines j appelles, furent accordés, avec un grand esbahissement de force gens qne j'en vis à la cour, d'autant que ledîct capî«> taine Rance avoit eu un doigt de la main coupé, ce qui fat un grand cas : car un membre osté et à dire 3 ne se peut pas bonnement reparer par un accord, sinon 'que l'on