I. De toute façoo
ii8 DISCOURS
de ne s'entredemander rien, ny s'entrebattre sur peine de la vie, si là dessus le roy, le prince, ou leur lieutenant gênerai, viennent à mourir, les querellans sont aussy tost exempts de toute deffense, et ont toute pleniere liberté de faire ce qu'ils voudront : car, deffaillant et mourant Tautheur de la deffense, deffaut aussy et meurt la deffense, si elle n'est renouvellée par le nouveau roy, ou prince, ou gênerai succédant.
Plusieurs exemples en ay-je veu que j'alleguerois. Je me contenteray de cestuy-cy, qui arriva à Orléans après la mort du roy François II, lequel ayant deffendu à MM. de Loue et Bueil, bastard du comte de Sancerre, tres-braves et vaillans gentilshommes, de ne se rien demander l'un à l'autre touchant une grosse querelle qu'ils avoient ensemble, la deffense fut très-bien tenue et observée tant que le roy autheur de la deffense vesquit ; mais il ne fut pas plustost mort que, le lendemain bon matin, M. de Loue prit l'occasion bien à poinct, et vint à assaillir Bueil, et l'estendit mort sur le pavé, et se sauva. Il y en eut aucuns qui trouvèrent ce faict estrange, veu ces deffenses faictes, et que la majesté royale en estoit offensée ; mais les bien raffinés et entendus duellistes les renvoyèrent bien loing, comme je vis, et leur respondirent qu'ils estudiassent leur leçon : car, le prince autheur de la deffense estant mort, la deffense n'avoit plus de lieu, et les mains liées se deslioient. Que si l'on en eust advisé de bonne heure le roy Charles, et que la deffense fust esté par luy renouvellée, elle estoit à propos.
Il y a pourtant remède à ces deffenses qu'ont trouvé jadis les duellistes, d'appeller son ennemy en pays estrange et hors de la subjection et des loix du prince qui vous a
faict les deffenses ; à quoy qui est appelle n'j doit faillir pour son honneur, s'il n'alleguoit des empeschements trèsgrands et tres-extresmes, ou que le lieu luy fust suspect, ou que par pauvreté ne peust faire si loingtain voyage et si grande despense, ou pour autres force raisons ' qui se peuvent là dessus alléguer. Toutesfois, pour le lieu suspect, il y a remède, disent les duellistes : car il faut que sa partie luy fasse donner un sauf-conduit du prince (ainsy que j'en allègue icy un exemple) du lieu du combat et de la retraite en seureté ; et si la partie en fait difficulté, et s'excuse de ne luy en vouloir point envoyer, il faut de soy-mesme gaigner par tous moyens le prince, et le prier pour luy en envoyer un, ou un de ses principales trompettes, ou son tambour gênerai ; ce que le prince, par honnesteté et courtoisie, ne doit refuser. Tout cela se faisoit le temps passé, advant que le concilie de Trente fust proclamé et observé, mais, aujourd*huy]qu'il a vogue en plusieurs régions, cela est deffendu, et les combats par luy ne sont accordés ; mais en France, Angleterre, Escosse, Flandres, et aucuns lieux d'Aïlemaigne et autres pays où le concilie se cache, tout cela se peut faire comme le temps passé. Encor peut plus le prince, qu'est de commettre juges (s'il ne le veut estre) pour mieux accommoder toutes choses et asseurances par leurs présences. Il . y a pourtant un poinct : que si le prince est suspect, et qu'il favorise l'un plus que l'autre, ou bien que l'on aye offensé le prince et forfaict envers luy, et qu'il le recherche de la vie ou de la prison, il s'en faut excuser et fuyr cela comme peste. Voylà ce qu'en disent les docteurs.