‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 75 sur 143 · I. Beaucoup d'autres raisons · texte numérisé non relu

I. Beaucoup d'autres raisons

i3o DISCOURS

excepté qu'ils ne veulent pas qu'on aille combattre en terres de Mores, de Turcs et infidèles, comme j'ay dit cjdevant.

Disent encor ces docteurs que, si une deffense a esté faicteà deux querellans par des lieutenans-generaux en leurs provinces ou armées, ils peuvent s'en despartir et venir se battre en autres provinces ou changer de généraux : car, de gênerai sur gênerai, la puissance ne s'estend point; ainsy que j'ay ouy dire de deux braves soldats signalés de Piedmont, lesquels ayant querelle ensemble, M. de Brissac leur ayant commandé de ne se battre sur la vie, son camp estant devant le siège de Vallance en Piedmont ', ils concertèrent ensemble de sauter viste dans le camp de M. de Guyse, tirant vers l'Italie, et estant aussy devant Vallance, où là, absous de la deffense de M. de Brissac, et en franchise dans le camp de M. de Guyse, se battirent et se blessèrent fort bien, sans courir aucune fortune de la deffense de M. de Brissac ordonnée chez luy : brave invention certes, et brave courage aussy de ces deux braves gens.

Il y a encor un poinct : que, si le roy ou le prince naturel de l'appelle luy deffend expressément et sur la vie de n'aller à l'assignation de l'appellant en pays estrange, il ne luy doit obeyr, parce, disent les duellistes, qu'il faut préférer l'honneur au prince, à son mandement, à la vie et à tout. Ces messieurs en parlent bien à leur ayse, comme si c'estoit peu de chose que de desobeyr à son roy. Ils disent pourtant que la loy de l'honneur commande tellement que.

I, En 1577.

SUR LES DUELS iSi

si on pere accuse son fils de crime de leze majesté divine et humaine, ou de quelqu'antre dont il puisse estre deshonnoré, le fils ne pouvant monstrer son innocence autrement, il peut appeller justement le pere en dnel, d'autant que le pere Iny fait plus de tort et de mal de le deshonnorer qu'il ne luj a faict de bien de le mettre au monde et luy donner la vie.

Pour reprendre encor un peu nostre propos sur la donnaîson de la vie, il y a un poinct qu'il faut bien adviser : que, si elle se desbat par les deux parties d'une diverse façon, et qu'elles ne s'accordent en leur faict et en leur dire, que l'une en raconte d'une sorte et l'autre de l'autre, ainsj aussj que l'on en voit aucuns pleins de vent qui se vanteront l'avoir donnée, d'autres de mesme gloire le nieront ; bref, en quelque sorte que ce soit, si lesdites parties ne s'accordent en leur dire et se contredisent en variations, il faut que le roy ou le prince, si cela vient en sa notice', délègue, pour esclaircir le tout et pour les accorder mieux, de bons capitaines pour juges. Voyre ! s'ils y appellent quelques gens de justice, il n'y a point de mal : car ces gens là, ils sont fort subtils et rompus de tirer les vers du nez de la vérité ou de la vray-semblance pour les causes criminelles qui vont tous les jours par devant eux ; et puis, sur cela, s'ils se puissent accorder, qu'ils les accordent ; si-non, que le prince les fasse rebattre, en faisant pourtant à cognoistre au monde les raisons justes pourquoy il leur ordonne le combat. Voyre faut-il qu'il ordonne

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