‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 76 sur 143 · I. A sa connaissance · texte numérisé non relu

I. A sa connaissance

iSt DISCOURS

juges et tesmoings honnorabies pour en juger, et par emprés de ne retomber par cas fortuit en mesme controverse et contestation. Mais le malheur est que tel qui quelquefois pense, comme j'aj dit, r'abiller sa cause, qu'il la perd, et tel le roj pense gratifier par un octroy de combat, qu'il s'en repent, pour perdre un homme de bien et de valeur qui luy eust faict du service beaucoup : en quoy le roj ou le prince doit estre bien considéré, car il n'y a que Dieu seul qui puisse juger du sort des armes. Par quoy un bon accord est le souverain remède à tout cela ; et si aucun se ressent touché en Tame, qu'il ne se désespère point pour cela, et qu'il entreprenne un beau voyage de guerre, et là se fasse tant signaler par ses vaillantises (ainsy que fit Fandilles, que j'ay dit cy-devant, et force autres), et qu'il fasse paroistre au monde que son desastre est venu plus par un certain destin malheureux, comme j'ay dict, que par faute de courage. Ce mot icy, et puis plus.

J'ay ouy parler d'aucuns, lesquels se sont ainsy jactés ' et vantés d'avoir donné ainsy ces grâces de vie, qui n'en meritoient si grand los> comme l'on diroit bien : car possible ne sçavoient-ils pas bien tuer leur homme, soit qu'ils n'en ont pas bien l'asseurance, ou qu'ils en apprehendoient son fantosme et son ombre après sa mort, ou soit autrement, ou bien qu'ils laissoient la victoire à demy, pour n'avoir pas l'esprit ny la resolution de la sçavoir bien poursuivre, soit ou que le jugement leur failloit, ou que trop d'ardeur les perdoit, ou qu'ils n'avoient le cœur de para-

Page 1