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SUR LES DUELS i53
son pays, et outre avoit pratiqué TEspaigne et en parloit fort bien la langue. Un jour, ayant pris querelle contre le sieur d'Avaret, brave gentilhomme aussy, et Tun des braves et galans de la cour, guydon de M. de Genlis, du temps des guerres espaignolles (et mourut à Orléans huguenot, et de peste, mort non digne de luy), luy donc prés de mettre la main à Tespée, survint par cas fortuit un gentilhomme que je ne nomme point, et qui est aujourd'huy un tres-bon capitaine et grand seigneur, lequel dit : « Tout beau ! tout beau ! Gensac. Je ne souffriray pas que mon compaignon se batte que je ne m'en mesle. Pourquoy, arrestez-vous. » A quoy promptement, sans s'estonner, respondit Gensac : « Eh, comment! N'a-t-on jamais vu un homme seul se battre contre deux? Et, mort Dieu! les histoires en sont toutes pleines. Et pourquoy n*en ferois-je tout autant ? Çà, venez donc vous deux. » Mais, ainsy qu'ils estoient à en venir là, ils furent séparés : en quoy on loue la rodomontade dudit Gensac, aller faire telle allégation d'histoires, comme s'il eust discouru avec quelqu'un de sang froid, ou qu'il eust beu ou fait carous ' à tous deux. Et quand on lui demanda ce qu'il pensoit faire après estre séparés et sur l'accord, il respondit naïfvement : « Eh , mort Dieu ! je me voulois faire mettre dans les Chroniques. » Sa partie pourtant ne fust pas esté bien faicte, car il avoit affaire à deux mauvais garçons et rudes joueurs.
Je me suis possible un peu extravagué en ceste disgression; mais elle n'est entrevenue non possible mal à poinct.