‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 91 sur 143 · I. Faire carous ou carrousse, boire avec quelqu'un · texte numérisé non relu

I. Faire carous ou carrousse, boire avec quelqu'un

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£t, pour retourner et abréger, je dis que les Turcs se mocquent fort de nos querelles, combats et tueries. Au combat de feu mon oncle de La Chastaigneraje, parmy la grande et superbe assemblée qu'il y avoit, s'y trouva grande quantité d'ambassadeurs honnorables, voire de toutes parts, et entre autres celuy du grand sultan Solyman, lequel s'estonna fort, et trouva fort estrange ce combat de gentilhomme françois à françois, et sur-tout d'un favory du roy à un autre, les allant le roy mettre ainsy et exposer en un tel carnage et massacre. Eux ne font pas cela, et tout leur poinct d'honneur le mettent à bien servir leur prince et soustenir et prendre sa querelle en guerre. Nous autres chrestiens, nous sommes plus qu'eux , car nous nous sçavons battre en combats singuliers et généraux et sçavons très-bien faire et l'un et l'autre ; en quoy sommes doublement à louer, et à n'endurer ny parolles injurieuses ny desmentys : car qui les endure n'est nullement courageux, ny ne peut estre vray noble, comme disoit le roy François I.

Les Grecs anciens disoient que ces combats appartenoient aux barbares. Les anciens braves Romains ont esté de la mesme opinion que les Grecs et les Turcs, et n'ont nullement approuvé tous ces duels et combats, ny ne se sont enfoncés en nos poincts d'honneur de nous autres chrestiens, ainsy que j'en ay veu discourir à des gens sçavans et grands capitaines, qui ont mis le nez dans les lettres et recherches de ces combats. Nous lisons le combat furieux des Horaces et Curiaces. Nous lisons bien dans la vie de Marcellus, de Plutarque, qu'il avoit plusieurs fois combattu en camp clos, et tousjours sorty vainqueur, et force autres de mes-

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mes qui ont combattu. Nous lisons d'un Statilius, qui avoit combattu vingt-deux fois en duel, et tousjours vainqueur; mais c'estoit d*ennemy à ennemy, d'estranger à estranger, comme Torquatus et Corvinus. Scipion ' aussy tua en Espaigne un grand et fort barbare qui l'avoit provoqué.

Nous lisons bien dans Tite-Live que ce mesme brave Scipion fit exhiber des jeux en Espaigne très-beaux pour les honnorables obsèques de ses feus père et oncle; et, pour les rendre plus célèbres, s'y firent plusieurs combats et battailles singulières, et entre autres, estant sorty différend entre deux cousins, Ortua * et Corbis, pour certaine jurisdiction, ils se rapportèrent à ce qu'en decideroit l'espée par devant Scipion. Nous lisons aussy, dans le mesme Tite-Live, d'un combat qui se fit devant Capoue, d'un Jubellius, Capouan, et d'un Asellus, Romain, à la veue des deux camps, et se desfierent par le congé de leurs généraux. Là mesmes se lit aussy un beau desfi et combat d'un autre Capouan nommé Badius contre un Romain nommé Quintius Crispinus; et fut plustost de gayeté de cœur que pour autre subject : car ils avoient esté paradvant fort grands amys ; et le Romain alla au combat mal voluntiers pour cela, disant et s'excusant qu'ils avoient, et l'un et l'autre, assez d'ennemys dans leurs camps pour s'entrebattre et s'entretuer, sans qu'il fallust qu'eux deux vinssent là. Le Capouan le bravant fort en l'outrageant et i'appellant poltron et sans cœur, enfin le Romain, poussé des siens, qui luy remonstrerent l'infamie qu'il encouroit,

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