Ortua^ Orsua
iS6 DISCOURS
ayant demandé congé à son gênerai, luy bailla un coup de lance à Tespaulle, qu'il luj perça de part en part; et le voulant achever, et mettant pied en terre, l'autre le prévint, et se sauva à la fuyte tout à pied.
Mais de combat de Romain à Romain on n'en trouve guieres, ou point ' ; et, en cas qu'il ne soit vraj, nous en avons un très-beau exemple, qui nous le monstre dans les Commentaires de Cxsar, d'un Pulfio et Varennus, lesquels estoient en picque perpétuelle sur le poinct de l'honneur : cela s'appelle à qui mieux fairoit, et à qui précéderait son compagnon à la guerre. Ne failloient tous les ans d'avoir de grosses disputes et grosses querelles touchant cela. Sur quoy un jour l'occasion s'appresta très-belle pour eux^ en un combat que firent les Romains contre les François qui les tenoient assiégés soubs la charge du jeune Ciceron ^^ plus vaillant certes que le père. Et l'un de ceux-cy, qui estoit Pulfio, cependant qu'on estoit au plus fort du combat sur le haut du rempart, dit à Varennus : a A quoy songes-
1 . it Vous trouvez bien dans la vie de Sertorius, en Plutarque, comment il desfia Metelius en Espagne, de sa personne à la sienne, et que leurs soldats, tant d'une part que d'autre, le trouvèrent fort bon de capitaine à capitaine, et de Romain à Romain ; possible ce que Metelius refusa, tant pour ce quMl estoit fort vieux et cassé, et Sertorius en la fleur et verdeur de son aage, et aussi qu'il falloit qu'un capitaine (disoit Theofrastus) mourust en capitaine, non pas en simple soldat; les soldats pourtant s'en mocquerent bien fort, et luy n'en fit que rire. Tout cela estoit bon. Mais, pourtant, faut noter que, bien que ce fust Romain contre Romain, ils tenoient divers partis ; et l'un n'estoit censé plus Romain, mais ennemy des Romains. Tant y a qu'en quelque façon que ce fust, Metelius ne voulut point combattre ainsy de Romain à Romain ; peu s'en trouve-t-il de ces combats. » (Note de Brantôme.)