‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 95 sur 143 · Bastant, suffisant · texte numérisé non relu

Bastant, suffisant

i6o DISCOURS

que les deux soldats romains, sans couver si longuement une hayne, eussent mieux fait, toute deffense et service public mis à part, d'entrer au combat, et en eussent esté à jamais plus estimés, comme firent ces Horaces et Curiaces, desquels la mémoire demeure immortelle, tant ils desmeslerent si vaillamment leur combat et si furieusement que (comme dbent aucuns qui ont escrit), ainsy qu'ils alloient au combat, et comme ils revinrent à approcher de trente pas, il y eut des uns auxquels le cœur attendrit et les larmes vinrent aux yeux d'une telle horreur de s'entretuer les uns aux autres, estant ainsy si proches parens; mais, ressongeans après qu'il y alloit du salut et service publi'c, par paciîon' faite, obstant^ toute considération, d'une rage cruelle s'entrecoururent les uns contre les autres, et se combattirent, que le massacre s'en ensuivit tel que nous lisons dans Tite-Live. J'ay veu ce combat mieux représenté que je vis jamais chose en la maison de la ville de Lucques, là où vous verrez une furye de combattant peincte dans le visage, qu'il n'y reste rien que la parolle, et en tous six toutes diverses sortes de postures et de gardes; si bien qu'il n'y reste aussy que le seul mouvement. Et croy que nos tireurs d*armes nouveaux d'Italie en ont tiré patron en plusieurs de leurs jeux d'armes qu'ils nous ont appris.

Nous lisons de Marc-Antoine comme il desfia Octave Caesar au combat de sa personne à la sienne, encor qu'il fust plus vieux que luy ; mais Octave le refusa, disant qu'il y avoit assez de diverses sortes et manières de mourir, sans

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