‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 97 sur 143 · Humbert · texte numérisé non relu

Humbert

î. Amédée V.

4. Voyant une bonne occasion. On dit actuellement : voir la belle (avec un substantif féminin sous-entenduj.

i63 DISCOURS

paix, et que laschement il avoit en son absence envahy ses terres contre son serment; et, à ceste occasion, qu'il le desfîoit corps à corps, ou puissance contre puissance ; et qu'il l'estimoit si grand prince qu'il sortiroit au combat en camp pour soustenir son honneur ; autrement, il le reputoit lasche et meschant. Le Dauphin ne fît autre response à ce cartel, si-non qu'il dit de bouche au héraut : « Mon amy, dis à ton maistre que la force et la vertu d'un prince ne consistent point en force corporelle, et que, s'il se veut tant vanter d'estre fort, nerveux et robuste, je luy respons que je n'ay toreau qui ne soit plus fort et roide que luy : par quoy, quand il s'y voudra esprouver, je luy en envoyeray. Et quant à l'armée, dis-luy que s'il est bien pourveu et fourny à ceste heure de gens, que je le seray une fois à mon tour, et puis je l'yray trouver là par-tout où il sera. » Ce qu^il fît au bout de quelque temps, et luy desfit tout son arriere-garde, chargée de butin, qui se retiroit.

Ceste histoire, on la trouve dans la Chronique de Savoye, Voylà comment le gallant se desfit du cartel à luy envoyé, auquel pourtant il debvoit respondre par faict d'armes, puisque le comte le louoit et le tenoit si homme de bien qu'il n'y faudroit '. Toutesfois, s'il fut un peu offensé par le refus, il le rabilla un peu par la desfaicte qu'il fit en la victoire qu'il eut : car enfin les grands, en quelque sorte qu'ils obtiennent victoire , ils acquièrent honneur et louange; mais pourtant le camp accepté l'eust honnoré davantage parmy les gallans cavalliers ; et me semble qu'il

I , N'y faudrait, n'y manquerait.

SUR LES DUELS i63

fit une quasy semblable response que fit Corbane à ces braves seigneurs François croisés de jadis en la Terre- Sainte, lesquels, tenans Antioche assiégée, où eux estans plustost assiégés qu'assiegeans, à cause de la misère du long siège, de la famine, de la fatigue et incommodité de toutes choses qu'ils avoienl paty là devant, et menacés aussj du grand secours qui leur venoitàdos, ils envoyèrent Pierre THermite vers ledict Corbane pour luy remonstrer et faire trouver bon, de la part de tous les princes chrestiens qui estoient là, que, s'il vouloit mettre quelqu'un de ses capitaines en camp clos, ils en mettroient un autre pour là débattre et vuyder leur différend. S'ils en vouloient mettre davantage, il en mettroit davantage; si-non, armée contre armée, et en lieu pareil. Mais Corbane, rusé, respondit que c'estoit au vainqueur de donner les conditions et faire les lois ; que, puisque les chrestiens ne cognoissoient pas encor leur malheur, ou faignoient ne le cognoistre, ils n'auroient jà de luy ceste faveur de choysir la mort dont ils voudroient mourir. Beau mot, certes ! Quant aux princes, il les envoyeroit à l'empereur des Perses tous prisonniers ; quant aux simples soldats, il les feroit esclaves, ou les tailleroit en pièces, ainsy qu'il verroit, comme un arbre malheureux qui ne porte point de fruict. Quelle sentence, si elle eust sorty à effet ! Mais les chrestiens, par la grâce de Dieu, emportèrent la ville. Paule Emilie raconte ceste histoire.

Meshuy ' il est temps de faire une fin ; mais pourtant, qui voudroit rendre ce discours parfait, il faudroit dire et

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