I. Meshuy, aujourd'hui, maintenant, désormais
i64 DISCOURS
discourir, à sçavoir mon ' si toutes gens doibvent estre receus aux combats et estaquades, et mesmes les vassaux et subjects contre leurs seigneurs. A quoy les docteurs duellistes qui en ont escrit disent que, si le seigneur offense mal le vassal premier, le vassal le peut desfier et se deffendre par les armes : car le droit des armes est aussy bien deu à l'offensé comme celuy des lois; mais, si le vassal offense le premier, il n*est point receu en aucun desfy, d'autant qu'il est rebelle à son seigneur, et par conséquent perd son droit des armes à l'endroit de son seigneur^ et celuy de vasselage.
Faudroit discourir aussy et sçavoir si un soldat peut combattre un capitaine, ou le sien mesme. J'en vis ceste dispute débattre à Malthe par monsieur le grand-maistre, le marquis de Pescayre et autres capitaines; et voulut monsieur le grand-maistre que M. de Beilegarde y fust appelle, d'autant qu'il s'entendoit fort bien en ces disputes de querelles. Le tout se desbattoit sur ce sujet, à cause d'un soldat qui avoit appelle son capitaine au combat. Il fut arresté que : tout soldat qui a porté les armes deux ans durant son intervalle, et qu'en ce temps il en aye fait digne profession et belle preuve en se trouvant à toutes les belles factions et hasardeuses, et le prouvant, il peut combattre tout capitaine duquel il aura receu injure, voire le sien propre, en s'ostant de sa compaignie.
Je vis quasy pareille dispute entre le capitaine Busq, qui
1 . A sçavoir mon, à savoir. Mon, qu'on dit venir du grec /asv, et qui correspond au latin quidem, est une particule qui a le sens affîrmatif.
SUR LES DUELS i65
mourut à laTerciere', et le capitaine Brevet, son lieutenant, tous deux Provençaux, et braves et vaillans capitaines. L'on trouvoit estrange que le capitaine Brevet desfioit ainsy son capitaine; mais pourtant M. de Strozze, leur couronnel, et autres capitaines, luy dirent que ledict Brevet le pouvoit faire en le quittant. Il est bien vray qu'il y a différence entre un lieutenant et un soldat, car le lieutenant est capitaine.
J'estois présent à ceste dispute, où M. de Strozze m'avoit faict appeller et prié d'y assister pour en dire mon advis, où j'y vis alléguer force raisons et pro et contra, entre autres ceste maxime que j'ay dict cy-devant, où il paroist que le soldat qui a porté deux ans les armes en belles factions pouvoit combattre un capitaine ; et cela a eu lieu parmy les Italiens, mais peu parmy les Espaignols, et encor parmy nos François de jadis; d'autant que ce mot de capitaine estoit et est si sacré que le soldat qui offensoit seulement si peu un capitaine estoit griefvement puny : car n'estoit appelle à cest estât qui n'en fust grandement digne. Si que j'ay veu tels capitaines, voire plus de cinquante en ma vie, parmy nos bandes, qui meriteroient d'estre aujourd'huy couronnels, et tel soldat qui meriteroit d'estre aujourd'huy maistre de camp. Mais, aujourd'huy que nostre infanterie est si corrompue, despravée et desreiglée, que les maistres de camp (la pluspart) et capitaines se font par douzaines, ainsy que la nécessité le porte, et faute de paye, et si pourtant s'estiment autant que les plus braves et famés; en quoy il y a différence : car tel capi-