‹ Discours sur les finances de la province de Québec [microforme]Chapitre 11 sur 48 · SA A · texte numérisé non relu

SA A

LE

d'attention ce que nous faisons? Il a tort de se bercer de cet espoir, et puisqu'il a commis la grave imprudence de s’exposer à être pris en flagrant délit de contradiction, il est de mon devoir de prouver à cette Chambre et au public qu’il se soufflette lui-même en condamnant cette année ce qu’il a approuvé l’année dernière.

Dans ce montant de $37,67r, qui fait le sujet de la proposition de censure sur laquelle nous sommes appelés à nous prononcer, sont compris les traitements additionnels des honorables ministres votés à la dernière session, Un projet de loi nous était soumis en mai dernier pour élever à cinq mille piastres par année le traitement de l’honorable premier ministre de cette province, et à quatre mille piastres celui des autres membres du gouvernement. Qui a été le plus ardent, je dirai le plus éloquent défenseur de cette proposition de loi, de cette politique ? Je vais au devant de la réponse unanime qui serait faite par la Chambre à cette question, en affirmant que le plus ardent et le plus éloquent défenseur de l'augmentation du salaire des ministres a été honorable député de St. Hyacinthe, le chef actuel de l'opposition. Nous nous rappelons tous avec quel empressement il se levait, l’année dernière, pour déclarer avec fermeté qu’il appuierait le projet de loi du ministère. Il n’hésitait pas à se séparer de son chef, de ses amis, de ceux qui sont aujourd’hui ses partisans, pour exprimer sa profonde conviction qu'il était juste d'augmenter le traitement des ministres ; que le peuple, s'il veut être bien servi, ne peut pas s'attendre que ses gouvernants administrent ses affaires, sans être raisonnablement rémunérés pour le temps et le travail qu'ils lui consacrent, et un peu indemnisés pour les sacrifices que la carrière administrative et publique leur impose.

Dans le cours de ses remarques, certainement les plus sages que nous Jui ayions entendu faire dans cette Chambre, il se donnait lui-même comme exemple. Il nous disait, ce que nous avons cru sans peine, parce que nous savions que c’est le cas pour tous ceux qui sont appelés à prendre part au gouvernement, que son séjour au pouvoir dans le ministère de l'honorable député de Lotbinière (M. Joly), avec le modique traitement alors payé, lui avait occasionné des pertes considérables, par les dépenses qu’entraînait sa position de ministre de la Couronne. Il ajoutait que tout en voulant faire convenablement et dignement les choses dans la position qu’il occupait, cependant il avait été loin d’être extravagant. Ne nous disait-il pas, en termes réellement éloquents—je m'en rappelle comme si je venais de

espoir, et tre pris en er à cette

nant cette

ion de cennt compris la dernière rnier pour honorable s celui des it, je dirai

de cette it faite par t et le plus stres a été opposition.

uit, l’année + de loi du es amis, de fonde constres ; que re que ses nent rémubeu indemblique leur

ès que nous t lui-même sans peine,

qui sont r au pou- (M. Joly), des pertes de minisire conve-

occupait, t-il pas, en

venais de

les entendre, tant 1ls sont restés gravés dans ma mémoire par l'énergie et la chaleur de l'expression, et par le bon sens et la raison qui les caractérisaient, en leur donnant ure force vraiment convaincante—que si jamais 1l était de nouveau appelé à former partie d’un ministére, il voulait qu'il fût bien compris qu'il n'y entrerait pas au détriment des intérêts de sa famille, qu'il ne voulait pas compromettre l'avenir de ses enfants pour servir le public, avenir qu'il lui serait d'autant ;ius difficile de refaire qu’il aurait, pendant plus d'années, négligé ses affaires personnelles pour consacrer tout son temps, son intelligence et son travail aux intérêts de la province. C'était le dix mai dernier qu'il prenait cette position dans cette Chambre. L’honorable député de Lotbinière, alors le chef de l'opposition, avait proposé un amendement contre l’augmentation du salaire des ministres. En se prononçant contre l’amendemen: de l'honorable député de Lotbinière, alors son chef, l'honorable député de St. Hyacinthe, entre autres choses, disuit :

‘€ Le pays ne doit pas s'attendre d'avoir les services de ses hommes publics pour rien. Moi-même si j'étais appelé à entrer dans le cabinet, je ne le ferais qu’à condition qu'on me paye un salaire raisonnable, parce que je me dois avant tout à ma famille. Pour ces raisons, étant complétement libre de toute liaison de parti, me considérant parfaitement à l'aise à l'égard de mes commettants, je ne crains pas d: déclarer que J'appuierai la résolution du gouvernement. ”

rs ..... ‘Le pays doit payer pour ses ministres, pour ses députés et nous ne sommes pas ici les victimes du patriotisme, Nous devons, tout en rendant service à ceux qui nous envoient, trouver une compensation aux sacrifices que nous fai! sons, à la perte de temps que nous enlevons à l'exercice de nos professions. Je prétends qu'un salaire de 3,000 piastres pour un mimistre n'est pas assez élevé, J'ai été moimême membre d’un cabinet, et bien que Je n’aic jamais cessé de mener une vie tres modeste, J'ai été cependant obligé de demander de l'argent à mon bureau, mes appointements de ministre ne suffisant pas pour payer mes dépenses. La province doit payer ses ministres, 1ls ne sont pas les premiers venus, 1ls sont les représentants autorisés de toute la population. Dans d’autres pays voyez ce qui se fait; en Angleterre, par exemple, Les ministres sont grassement ct largement payés. On me dira qu'ils doivent consacrer tout leur temp: à l'admimstiation publique, mais 1l en est ainsi dans notre province. Les membres dù gouvernement avec un pauvre salaire de 3,c00 piastres paï année doivent travailler plus qu'ils ne Ie font à l'exercice de leurs professions. Si comme avocat Je touche 3,009 à 4,090 piastres par année, est-ce que je serais justifiable d'abandonner cela pour venir servir mon pays, quand celui-ci n'aurait pas la sagesse de comprendre qu'il doit payer raisonnablement mes services, si ces services sont utiles à la provinc:.

‘€ Un avocat qui, à force de labeur, s'est crée unc clientele enviable et qui par malheur se livre à la politique, voit bientôt ses clients s’éparpiller aux quatre coins

du vent, pendant qu'il consacre son temps, soit comme député, soit comme ministre, au service du pays. Et l'on viendra prétendre que cette personne doit faire ce sacrifice

sans recevoir une compensation de Ja part du public ! Je sais que le peuple n'aime pas parfois à entendre dire de ces vérités, mais je ne puis dissimuler que parfois on a été excessivement injuste à l'égard des hommes publics. ”

Tel était le langage de l'honorable député de St. Hyacinthe, l'année dernière. Je le reconnais, et je lui en rends le témoignage, il parlait, en cette circonstance, en véritable homme politique, en homme d'Etat. Il abandonnait hardiment le tsrre-à-terre des préjugés, sur lequel 1l paraît se complaire depuis le commencement de cette session pour s'élever à des considérations frappantes de justesse, de raison, et de vrai patrio. tisme, Dans la même séance du ro mai 1882, peu d’instants après avoir terminé son discours, il votait avec la grande majorité de cette Chambre, avec nous du parti ministériel, pour rejeter l'amendement de l'honorable député de Lotbinicre désapprouvant l'augmentation du salaire des ministres telle que proposée par le gouvernement avec l'autorisation du représentant de la Couronne.

Que voyons-nous aujourd'hui? L’honorable député qui représente la division électorale de St. Hyacinthe dans cette Chambre est bien le même que l’année dernière, qu’à la séance mémorable du dix mai dernier. Il n’y a pas à s’y tromper, c’est bien le même homme. Nous le reconnaissons tous. Eh bien, l'honorable député qui, à la dernière session, prononçait de si fortes paroles en faveur de l'augmentation du traitement des ministres, est celui-là même qui nous propose aujour d’hui de censurer le gouvernement pour une prétendue augmentation de dépenses dans laquelle sont compris les traitements additionnels des ministres, qu'il a vigoureusement défendus de sa voix éloquente, et qu'il a courageusement sanctionnés de son vote en déclarant ne pas craindre d'en prendre la responsabilité. C’est mon devoir d'attirer l'attention de mes honorables collègues et de tous les électeurs de cctte province sur | la gravité de l’inconséquence de la conduite de l'honorable chef de à l'opposition (M. Mercier), et sur l’odieux de la contradiction dont il se rend coupable, C’est un changement d'opinion qui ne s'explique pas, qui se conçoit encore moins, et qu’on ne saurait excuser. Je suis convaincu que lorsqu'il y réfléchira sérieusement, l'honorable député de St. Hyacinthe regrettera de s’être donné un aussi violent soufflet en face de toute la province, pour la vaine satisfaction de lancer contre le ministère un trait qui se retourne contre lui.

Page 1