‹ Discours sur les finances de la province de Québec [microforme]Chapitre 45 sur 48 · L'HONORABLE CHEF DE L'OPPOSITION EL LA VENTE DU CHEMIN · texte numérisé non relu

L'HONORABLE CHEF DE L'OPPOSITION EL LA VENTE DU CHEMIN

À un seul membre de cette Chambre, je conteste le droit de nous reprocher, à nous de la majorité, la vente du chemin de fer du nord, et ce membre c'est l'honorable chef de l'opposition. Je respecte, sans la partager, l'opinion de ceux qui étaient hostiles à la vente. Lorsque, l’année dernière, les contrats de vente ont été soumis à notre approbation, nous avions le droit de les approuver ou de les condamner. Bien plus. c'était notre devoir de nous prononcer après une étude sérieuse et consciencieuse de la question. Ceux qui, comme la grande majorité de la Chambre, comme moi-même, étaient convaincus que les transactions faites par le gouvernement étaient bonnes et avantageuses, devaient voter pour approuver les contrats Ceux qui étaient con. vaincus du contraire, devaient voter contre. La ligne de conduite était toute tracée pour cette question comme pour toutes les autres. Tous les membres de cette Chambre l'ont suivie à l'exception d’un seul, l'honorable député de St. Hyacinthe (M. Mercier), celui que l’opposition a choisi pour la diriger.

Cette Chambre se rappelle et la province n’a pas oublié que dans les circonstances si solennelles de la dernière session, lorsque dans cette enceinte nous étions à discuter une des plus grandes questions d’intérèét public sur lesquelles les mandataires du peuple aient eu à se prononcer, lorsque l’upinion était en éveil, qu’elle se renseignait sur les conditions de la vente du chemin, sur le principe de cette politique, lorsque toute la presse commentait longuement les contrats que nous avions à approuver ou à rejeter, un homme public, qui avait été ministre de la Couronne, un député reconnu comme un des chefs de son parti, seul était indifférent à tout ce qui se passait. Seul il n'avait pas d'opinion à exprimer. Presque toujours absent de son siége, quand par hasard il y était il restait muet. Au moment des votes, on ne le voyait point paraître. Dans les nombreux votes enregistres sur cette question, son nom ne figure qu’une couple de fois, et il est encadré une fois dans ceux de la majorité, dans ceux des partisans de la vente. Il a voté avec nous contre l'amendement proposé par l'honorable député de Kamouraska. Cet homime public, ce chef de parti, cet ancien ministre de la Couronne, qui n’a pas parlé et qui n’a pas voté dans cette enceinte sur la question de la vente du chemin de fer du

nord, c’est l'honorable chef actuel de l'opposition, c’est l'honorable député de St. Hyacinthe (M. Mercier). A lui je nie le droit aujourd’hui de critiquer ce que la majorité de cette Chambre a fait l’année dernière.

A lui, qui n'a pas parlé et qui n’a pas voté, je nie le droit de nous reprocher un acte que nous avons accompli dans toute la sincérité d’une opinion éclairée par la réflexion, par l'étude, par la discussion, par le sens profond de notre responsabilité, par le sentiment que nous devions avoir le courage de braver les clameurs pour remplir un grand devoir public.

A lui, qui n’a pas parlé et qui n’a: pas voté, je nie le droit de nous demander compte d’une décision que nous avons prise parce que nous étions convaincus que nous allions rendre, comme de fait nous avons rendu, un immense service à notre province,

A lui, qui a été muet lorsqu'il aurait dû parler, qui a brillé par son absence lorsqu'il aurait dû être à son poste, je nie le droit de blâmer ceux qui, plus soucieux du bien public et plus fidèles à y travailler, ont énergiquement défendu de leur parole et de leurs votes une politique qu’ils croyaient bonne, qu'ils savaient avantageuse au pays.

A lui, qui pour s'occuper de ses affaires personnelles, s’est éloigné de

cette enceinte où se débattait une aussi importante question, je nie le droit de me reprocher mes paroles et mes votes, à moi qui, comme tous mes honorables collègues le savent, ai courageusement sacrifié les intérêts les plus pressants de ma famille pour accomplir ce qu'après de laborieuses recherches, de longues études et de profondes méditations, j'ai considéré comme mon impérieux devoir.

Aujourd’hui, comme lundi dernier dans la première réponse que je lui ai faite à ce sujet, et chaque fois qu’il osera rompre le silence prudent qu’il devrait garder sur la vente du chemin de fer du nord, je demanderai à l’honorable député de St-Hyacinthe où il était l’année dernière lorsque cette question a été discutée et réglée? Que pensait-il des transactions faites par le gouvernement? Pourquoi n’exprimait-il pas son opinion dans cette enceinte? Pourquoi, à l’exception d’une couple de fois, ne votait-il pas sur les diverses propositions soumises à cette Chambre ?

Je place l’honorable chef de l’opposition (M. Mercier) dans ce terrible dilemne :

Ou il approuvait les contrats de vente du chemin de fer du nord, où il les condamnait.

S'il les approuvait, il devait avoir le courage de le dire, de se séparer entièrement de ses amis sur ce point au lieu de se contenter de leur faire faux bond en s’abstenant, S'il les approuvait, il était de son devoir de déclarer pourquoi, de faire connaitre les raisons pour lesquelles il appuyait la politique ministérielle pour la vente du chemin, de mettre au service de cette cause d'intérêt public et national l'influence et l’éloquence de sa parole, le prestige ct l'autorité de sa position politique et de son expérience, le poids de son vote.

Si, au contraire, il les condamnait, il devait avoir également le courage de le dire, de combattre avec ses amis au lieu de leur faire défaut dans un des moments les plus importants de la lutte parlementaire, S'il les condamnait, il était également de son devoir de donner à cette Chambre et au public les raisons de sa désapprobation, d’opposer à la’ politique ministérielle tout ce qu'il avait d'énergie, de talent, de vigueur de parole, d’éloquence. Il devait enregistrer ses votes contre la ratification des contrats soumis à cette Char:bre.

Dans les deux cas, il a donc manqué à son devoir, parce que dans cette enceinte, où comme nous il a toutes les obligations et les responsabilités d’un député du peuple, il n’a parlé, il n’a voté ni pour n contre la vente du chemin du nord,

Assurément, il ne nous dira pas qu'il était incapable de se former une opinion l'année dernière, parce qu’il se reconnaïtrait une incompétence que cette Chambre, qui sait l'intelligence dont il est doué, serait. unanime à nier. ailleurs, en supposant, ce que pour un je ne puis point croire un seul instant, qu’il n’avait pas d'opinion, à la session dernière, au sujet de la vente du chemin du nord, s’il était ou non dans l'intérêt bien entendu de la province de continuer l'exploitation de la ligne par le gouvernement, s’il ne fallait pas mieux remettre cette tâche

à des compagnies et réaliser pour le trésor, en paiement de la dette e

publique, la somme obtenue par les contrats de vente, il ne serait certainement pas mieux qualifié cette année pour se prononcer sur la question. N'ayant pu se former une opinion quand il en était temps, il aurait sans doute perdu tout droit de blâmer ceux qui ont sincèrement cru que leur devoir était de voter en faveur de la vente du chemin. Mais ce qui rend la position de l'honorable député de St. Hyacinthe le plus inexcusable, c’est que, de fait, il était, l’année dernière, pour la vente du chemin de fer, En dehors de cette enceinte jl n’avait pas caché son opinion, il n'avait pas hésité à dire qu'il était dans l'intérêt de la province de se départir de cette propriété, Avant même le

résultat des négociations que le gouvernement conduisait, avant que ces négociations ne fussent même terminées, bien avant que l’on connût les conditions des contrats, l'honorable député de St. Hyacinthe était non-seulément eu faveur de la vente du chemin, maïs il disait ouvertement quelle était la somme pour laquelle, dans son opinion, la province pouvait le vendre. Ses paroles ne tardèrent pas à être connues du public. Elles circulèrent dans la presse ct se répétèrent de bouche en bouche. Lorsque l'honorable M. Chapleau expliqua devant cette Chambre ja politique de son gouvernement pour la vente du chemin et is contrats que le ministère avait faits, il s’appuya entre autres sur l'autorité des paroles de l'honorable député de St. Hyacinthe, un de ses plus grands adversaires, pour prouver que cette politique était bonne et avantageuse à la province. Voici ce que je lis aux pages 637 ct 638 des Débats de cet Législature, compte-rendu du discours de l'honorable M. Chapleau, fait l’année dernière dans cette Chambre :

‘6 On aura beau dire, le vrai scutiment public est que le gouvernement ne continue pas à se plonger dans les déficits, qu’il évite la taxe directe, sentiment exprimé par mon honorable ami le député de St. Hyacinthe, lorsque pensant à quitter l’arêne politique, il se rendait à Montréal, et dissit aux débuts de la campagne électorale : ‘ Le pays est avec moi ; le pays ne veut pas de la taxe directe, ” Il ajoutait. Au ‘6 gouvernement qui procurera au pays une transaction favorable pour la vente de ‘ son chemin. ct jl mentiannait le chiffre qu’il avait en vue, —‘ je donnerai mon ‘ concours.”

‘ La première chose que nous avons à faire, ajoutait-il,--c'est de dégrevex notre ‘budget. Nous payons tous les ans pour intérêts et fonds d'amortissement $900.- 46 000. Tant que cet état de choses existera, il sera impossible de faire faire à la pro- ‘€ vince les progrès qu’on doit attendre d’un gouvernement bien constitué, Onne peut ‘6 arriver à ce résultat que par la vente du chemin de fer. Sion pouvait en disposer ‘ d’une manière qui ne serait pas préjudiciable aux intérêts futurs de la Province, ct ‘6 si on pouvait en obtenir le montant que le gouvernement a annoncé lui avoir été ‘€ offert $8,000,000 —Ce serait une bonne transaction, ”

M. Mercier ajoutait encore au programme que le gouvernement devait avoir, certains articles qui ne se rapportent pas à la discussion actuelle. Cependant on disait que l’hon. député de St. Hyacinthe avait brulé ses vaisseaux ; que, dans sa retraite, il attendrait l’occasion favorable pour venir mettre au service de son pays les talents incontestables qu’il possède. Je pourrais bien ajouter, M. l'Orateur, que lorsqu'il a été connu dans Montréal que le gouvernement avait complété l’arrangement qui est maintenant soumis à cette Chambre, M. Mercier a dit publiquement que si le premier ministre avait réellement réussi à faire cette transaction, il avait accompli un acte dont tout le pays devait lui savoir gré. Et il ajoutait : ‘ Il ne doit pas y avoir de poli- ‘tique sur cette question. La nation entière y est intéressée. ”?

Ces paroles de l'honorable M. Chapleau ont été reproduites dans le compte-rendu de son discours qui a été publié dans-la plupart des jour-

naux decette province, et subséquemment dans un pamphlet distribué à plusieurs milliers d'exemplaires. Si elles n'étaient pas l'expression vraie de la pensée et de l'opinion de l'honorable député de St. Hyacinthe, pourquoi ne les at-il pas relevées? Pourquoi ne les a-t-il pas contredites dans cette enceinte ? Pourquoi n'a-t-il pas déclaré qu’il était hostile à la vente du chemin? Il n’en a rien fait. Ila acquiescé par son silence à l'opinion favorable à la politique ministériclle, que le chef du gouvernement, l'honorable M. Chapleau, lui prêtait en s’autorisant de ses paroles pour prouver à cette Chambre et à la province qu’il était si important de vendre le chemin du nord que l’un de ses adversaires les plus ardents était obligé de l’admettre. Appuyé sur une preuve aussi concluante, j'ai donc le droit de dire que l'honorable député de St. Hyacinthe était, l’année dernière, comme la grande majorité de cette Chambie, en faveur de la vente du chemin de fer du nord. La différence entre lui et nous, c’est que nous avons eu le courage de notre opinion, que nous avons eu le patriotisme d'en

prendre la responsabilité, et qu'aujourd'hui nous navans pas la faiblesse de la renier,

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