‹ Discours sur les finances de la province de Québec [microforme]Chapitre 47 sur 48 · LES INSINUATIONS DE L'HONORABLE DÉPUTÉ DE ST. HYACINTHE · texte numérisé non relu

LES INSINUATIONS DE L'HONORABLE DÉPUTÉ DE ST. HYACINTHE

Par les insinuations tardives que l'honorable chef de l'opposition fait dans cette Chambre, veut-il atteindre l'honorable M. Chapleau, le chef du gouvernement qui est responsable de la vente du chemin du nord ? Alors il est temps de vider une question entre lui et nous, de ia majorité, qui avons approuvé la vente. En insinuant des accusations qu’il n'ose pas formuler ouvertement, il se met dans une position bien peu enviable, A la session dernière, l'honorable M. Chapleau était à son siége. Pourquoi ne l’a:t-il pas alors attaqué? Pourquoi l'honorable député de St. Hyacinthe ne s'est-il pas levé pour porter ces accusations, lorsque l'accusé était ici pour lui répondre ? Il n’y à pas encore un an, tous deux ils siégeaient dans cette enceinte. Ils étaient à une distance de quelques pieds. C'était le temps pour l’accusateur de se mesurer avec son adversaire et de demander à la Chambre et au public de se faire juges entre eux. Cependant il s’est tu, il a gardé le silence, il est resté muet, Et aujourd'hui que l'honorable M. Chapléau est à plus de mille lieues de distance, souffrant, peut-être atteint d’une maladie mortelle, on voit l'honorable chef de l’opposition faire contre lui les insinuations les plus graves. Ce n’est pas chevaleresque, tant s’en faut.

L'honorable chef de l'opposition ne le dit pas ouvertement, mais de ses paroles il est facile de conclure qu’il veut faire comprendre que tout na pas été honnête dans cette transaction de la vente du chemin, et c'est surtout contre l’ancien premier ministre que portent ses insinuations. Je le suis hardiment sur ce terrain et je lui dis, en le plaçant dans un nouveau dilemne dont il ne pourra pas sortir :

Ou vous savez que la transaction a été malhonnête, ou vous ne le savez pas.

Si vous le savez, alors votre devoir est tout tracé. Formulez votre accusation en termes précis, dites sur votre honneur ce que vous connaissez, prenez l’engagement solennel d’en faire la preuve, en mettant votre siége et votre avenir politique en jeu. |

Si vous ne le savez pas, alors cessez donc vos insinuations malveil: lantes contre le caractère d’un des principaux hommes publics du pays, contre un de vos compatriotes,

Quant à nous de la majorité, notre position est des plus faciles à définir, Nous avons approuvé les contrats de vente du chemin de fer, parce que nous étions convaincus que la saine politique était de le

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vendre, que les conditions et les garanties stipulées aux contrats étaient très avantageuses à la province, qu’elles étaient les meilleures qu'il fût possible d'obtenir, la question jugée à tous ses points de vue, que si nous les rejetions nous allions plonger la province dans de grandes diffcultés financières, ct que nous détruirions la valeur commerciale de notre chemin par des exigences dont n'auraient tenu aucun compte les grandes compagnies avec lesquelles on aurait espéré pouvoir transiger plus tard. 11 y a quelques jours, l'honorable chef de l'opposition posait en affaires un principe vrai que je vais retourner contre lui. Il disait : une transaction peut être parfaitement honnête et cependant être malhabile, maladroite. De mon côté, je retourne l'argument ct je dis : une transaction peut être avantageuse, habile,ct être cependant entachée de malhonnêteté

L'année dernière, tout comme aujourd’hui, nous avions confiance dan5 l’honorabilité personnelle du chef du ministère et de ses collègues, Nous étions convaincus que les transactions qu’ils nous demandaient de ratifier avaient été conclues d’une manière parfaitement honnête. Nous le sommes encore. Si l’ombre d’un doute avait existé dans notre esprit sur ce point, notre décision aurait été bien différente. Rien, absolument rien ne nous justifie aujourd’hui de douter de la bonne foi et de. l'honneur de ceux qui étaient nos chefs à la session dernière,

En présence de ces insinuations répétées dans cette Chambre par l'honorable député de St Hyacinthe, je n’hésite pas à dire : s’il est à la connaissance de quelqu’un que la transaction de la vente du chemin de fer du nord a été entachée de malhonnêteté, c’est son impérieux devoir de le déclarer, d'en donner la preuve certaine. I1 le doit à la province, il le doit à cette Chambre, il le doit à sa propre conscience. C’est une sommation que je fais, et je la fais au nom de la majorité de la Chambre, au nom de nos concitoyens, au nom de ce qu'il y a de plus sacré dans la vie politique d’un peuple, l'honneur de ses hommes publics.

Le chemin du nord est vendu, c’est une question réglée, c’est vrai, mais s'il y a des coupables vous pouvez encore les atteindre. Vous pouvez les frapper dans ce qu’ils ont de plus cher, leur honneur, dans leur avenir ; vous pouvez briser leur carrière, Si vous les savez coupables, n'hésitez pas, faites votre devoir, faites le courageusement. Je crois que je puis vous dire que vous pouvez compter sur l'appui de la majorité de cette Chambre, Donnez vos preuves, et nous vous aiderons à proclamer la déchéance de ceux que vous aurez flétris.

Voulez-vous atteindre l’honorable M. Chapleau ? Il a été notre chef dans cette Chambre, il est encore un de nos chefs sur le grand théâtre de la politique fédérale. Prouvez qu’il est coupable, mais prouvez-le, et je vous promets qu’il n’y aura parmi ses amis et ses admirateurs qu’une voix pour dire qu'il a perdu tout droit à notre confiance et qu'il doit disparaître de la scène. Pour un, je l’avoue, je le dirai avec des larmes dans les yeux, en regrettant qu’une aussi belle intelligence ait succombé dans un moment de faihlesse.

Mais cette preuve, on ne la fera pas, parce qu’elle n’existe pas. Ces insinuations, on se donnera bien le garde de les formuler en propositions précises, formelles, de les changer en accusations portées sur l'honneur de celui qui les ferait, parce qu’on ne serait pas capable de les prouver. Ces insinuations sont fausses, nous en sommes convaincus. Je suis certain que pas un seul des honorables membres de cette Chambre, pas plus l’honorable chef de l'opposition qu’un seul autre, n’osera relever le défi que je viens de porter. Non, on ne le fera pas, car on sait que ceux qui le tenteraient succomberaient à la tâche, en se mettant pour toujours au front le stigmate d’odieux et de misérables calotuniateurs.

Pourquoi donc alors ne pas faire régner dans nos luttes politiques des sentiments plus élevés, plus chevaleresques, des idées de véritable justice. Les luttes de la politique, les luttes parlementaires, telles que jeles conçois, doivent être celles de l'intelligence et du patriotisme. Ce sont celles des généreuses aspirations, d’une énergique et vigoureuse émulation pour le bien public. N’en faisons donc pas une guerre de corsaires, en ne cherchant le succès et l'avancement que dans la destruction de l’honneur et du caractère de ceux que nous ne devons combattre avec la plus grande loyauté que sur le terrain des principes. Ce regrettable systeme de dénigrement ne peut avoir pour résultat que de détruire dans l'esprit de la population la confiance et l’estime que les hommes publics doivent toujours lui inspirer, quand même elle ne partage pas leurs opinions et leurs vues sur la manière la plus efficace de faire le bien du pays.

Je ne puis m'empêcher d’éprouver un profond sentiment de regret lorsque j'entends l'honorable chef de l’opposition faire remonter ses insinuations jusqu’à celui qui, il y a à peine quelques mois, était le chef du gouvernement de cette province. Je n'ai pas mission particulière de défendre l'honorable M. Chapleau. Je n'ai pas eu avec lui, comme l'honorable député de St. Hyacinthe, de longs rapports d’amitié personnelle, Nous nous sommes rencontrés sur le terrain politique, com-

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battant pour la même cause, la cause conservatrice qui est aussi celle de l1 province. Il était et il est encore l’un des chefs de l’armée dans les rangs de laquelle je suis entré bien june, dès que j'ai commencé à m'occuper activement des intérêts publics. J’at admiré son talent, j'ai souvent été ému par les accents de sa parole éloquente. Longtemps on entendra dans cette enceinte les échos de sa grande voix.

L’honorable chef de l'opposition, lui, a vécu dans la même région de la province que l'honorable M. Chapleau. Ils se sont connus bien jeunes. Ils ont d’abord été amis politiques. C'était au temps où l'honorable député de St-Hyacinthe s’honorait de faire partie de la phalange conservatrice, Depuis ils ont été adversaires, mais je ne crois pas qu’ils aient jamais été ennemis. Pourquoi l'honorable chef de l’opposition ne respecte-t-il pas assez les sentiments d'autrefois, pour ne pas faire contre celui auquel il a si souvent tendu la main de l’amitié dans cette enceinte, des insinuations qu’il regrettera certainement lorsqu'il ne sera plus aiguillonné par le désir d'obtenir un succès politique, un succès de parti, sans trop regarder au peu de justice du moyen employé? Ce serait plus libéral dans le vrai sens du mot, plus généreux, plus beau.

Il y a eu quelques divergences d’opinion dans le parti conservateur au sujet de la vente du chemin de fer. Je respecte les opinions sincères de tout le monde. De ce que l’on peut quelquefois différer d'opinion sr une mesure importante das un même parti, 1l n’en est pas moins le devoir de tous les membres de ce parti, une fois cette question prticulière réglée, de continuer à combattre pour le t'iomphe des idées et des principes qu’ils croient les plus propres à faire le progrès du pays sous toutes ses formes désirables. Perpétuer inutilement des causes de division, c’est évidemment nuire au succès de la cause à laquelle nous avons consacré tout ce que nous avons de cœur et d'intelligence.

Nous qui avons approuvé la politique du gouvernement précédent au sujet de la vente du chemin de fer du nord, nons avons eu, peu de temps après la dernière session, la satisfaction de recevoir la haute approbation, d'une manière indirecte, des chefs de notre parti par le fait que l'honorable M. Chapleau a été appelé à entrer dans le gouverne” ment fédéral. Il est aujourd’hui le collègue de Sir John A. Macdonald, le chef illustre du parti conservateur, de Sir Hector 1. Langevin, ie chef politique distingué de la province de Québec, qui compte tant d'années de services si précieux et si honorables, de l'honorable M.

aron qui, lui aussi, est arrivé si jeune à jouer un rôle si utile. Puisque nos chefs se sont adjoints l'honorable M. Chapleau, il me semble que nous avons raison de nous féliciter d’avoir cru à la sagesse de sa politique en donnant une solution définitive à cette question du chemin de fer du nord.

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