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une portion où l'autre de la famille doit avoir -varié de son type primitif, de manière à franchir, jusqu'à un certain degré, les limites de la race à laquelle on peut supposer qu'elle a appartenu. On pourrait peut-être, retrouver la trace d'un autre changement dans 1a même famille. Vous vous souvenez sans doute que, dans notre dernière entrevue ; je suis entré dans une explication assez détaillée sur les rapports qui existent entre les Tartars et les Mongols, et je vous ai lait observer que les meilleurs écrivains et les plus modernes sur la classification dés langues, Ahel Rémusat, Balbi, Klaproth et Pallas^ placent les deux langues dans la même famille. Je fis observer aussi que* leui$ propres traditions les représentent comme descendants de deux frères, et que, dans le onzième siècle, ils formèrent deux tribus de quatre réunies en corps de nation. Tout ceci semblerait assurément indiquer une commune origine aussi loin qu'on peut remonter par des arguments historiques, traditionnels ou philologiques. Et cependant on ne peut révoquer en doute que les extrêmes des deux nations ou familles ne soient aussi dissemblables que possible, et que les Tartars n'appartiennent à la race caucasienne *. On a dit quelquefois que les Turcs doivent leurs belles formes et leurs belles figures au grand mélange de sang circassien introduit par les esclaves de ce pays qu'ils prennent pour femmes. Mais cette théorie , qui a été appliquée dans d'autres cas semblables , peut à peine se soutenir, si nous considérons qu'un pareil mélange de sang étranger *ne peut jamais atteindre la grande masse de la nation , mais doit être restreinte aux riches qui seuls pourraient ressentir l'effet de cette cause. Je vous ferai voir plus tard que des siècles accumulés d'inter-mariajges n'ont pas pu effacer les traits caractéristiques des deux nations qui anciennement occupaient l'Italie. Mais, outre cela, nous pouvons faire observer que les OsmànHsou Turcs présentaient les mêmes traits avant que la spécieuse raison que l'on indique puisse avoir été mise en pratique d'une manière très-active ». -
* Voyez page 185.
* Au moins si nous supposons que -la coutume n'a commencé qu'après la consolidation de la puissance turque. Un ancien historien décrit ainsi Mahomet le Grand , premier empereur des Turcs ; « Son teint étaï
Mais, il y a plus; >1ai fait observer déjà que quîtyH*» tribus lar tares, comme les Kirghjs, se rapprochent du ty{K mongole assez près pour fermer une sorte de lien intermédiaire entre fcs de**. Le docteur frichafd attribue encore ceèi à des înter-maria- . ges;mais il serait, je pense t très difficile Rétablir l'existence de cette* cause* * r
Blumenbach , dans sa Catteetian de mines , a donné celui d'un Tartare Yakout qui a tons les caractères, de la rare mongole *. Ceci peut être un cas individuel; - mais Dohell semble admettre que cette tru>u de Tartajres* s'approche un peu des- Mongols. Car Û remarque que Ton peu/ présenter des presf.es d'une certaine crédibilité* qu'ils descendent des Mongols , mais leur origine la ptus probable est tartare... Les traits (Tun Yakout et toute l'expression de sa physionomie appartiennent plus à la race mongole qu'à la tartare ».
La race à laquelle nous appartenons présente un phénomène semblable. Quelle que soit l'hypothèse que nous nous déterminions à adopter, la prédominence d'un langage essentiellement le même de l'Indexa l'Islande prouve que les nations qui le parlent ont une commune origine. Cependant les habitants de la péninsule indienne diffèrent de nous parla forme et la couleur , assez matériellement pour être classés dans une autre race. Klaprotfo , pour se cendre compte de cette circonstance, imagine que les nations indo-germaniques se sont sauvées du déluge sur deux chantes de montagnes rrHimmalay a et le Caucase. De la première, selon lui, descendirent les Indiens au 'sud, et les Goths au nord; de l'autre vinrent les Mèdes, les Perses et les Pélasges. U suppose alors que la couleur rembrunie des Indiens a été produite par
celui desTartaars, olivâtre, blême, et il avait un air de mélancolie, comme la plupart de ses prédécesseurs les rois othomans ; son regard el son aspect étaient sévère* $ les yeux perçants, couverts et même un peu ' • enfoncés dans la tète, > et le ne* si. grand et si recourbé qu'il touchait presque la lèvre supérieure. » Rnolles , Hist. des Turcs, cinquième édit , p. 433.
» Deca.à. i . Cranter. , pW xv, p. io.
» Yoyages dans le Kamtchatka et la Sibérie. Lond. 1 83e, vol. I , n.
le mélange avec une race noirâtre qui se trouvait là avant eux et qui avait échappé au même fléau sur les montagnes du Malabar «. Mais tout ceci est une pure conjecture, sans le plus léger fondement, soit dans l'histoire ou la tradition locale. Et ceci a été simplement inventé pour échapper à la difficulté , qui se résout plus facilement en admettant qu'une nation peut assez changer de signes caractéristiques, pour passer dans une famille différente de celle à laquelle son langage prouve quelle a primitivement appartenu.
Ces exemples cependant ne vous feront nullement penser que les deux extrêmes, les blancs et les noirs, puissent jamais avoir été une seule et même race; car le rouge ou le cuivré ne peuvent pas se considérer comme des points intermédiaires, et nous devons chercher des exemples de transi&m directe d'un extrême à l'autre; et ceci est assurément le nœud le plus difficile que nous ayions 4 délier dans le cours de notre recherche. Je ne parlerai pas des grandes discussions soutenues par plusieurs savants relativement à la couleur primitive de la race humaine ; plusieurs, comme Labat, pensent qu'elle était rouge * ; soit à cause que le nom du premier homme, en hébreu, désigne cette couleur; ou, comme révéqueHéber le conjecture, parce que les animaux non apprivoisés tendent généralement vers cette nuance 3> Btumenbach suppose que la couleur originaire était blanche ; et si je me ha*sardais à donner un argument en faveur de cette opinion , je dirais que chaque déviation de cette teinte porte la marque d'un excès ou d'une affection morbide. Alpin a prouvé que te siège de la couleur du Nègre n'est pas dans la peau extérieure, qui est chez lui aussi incolore que chez nous; mais dans le tissu: déheat situé au-dessous , et connu en anatomie sous le nom de corps réticulaire de Malpighi 4. Ce tissu, chez le Nègre, est lé siège d'une matière colorante très foncée ; dans les Albinos , ce même tissu est rempli, dit-on, d'utricuies contenant une substance blanche
1 Asia polyglotte, p. 43.
* Voyez Labat , Nouvelle relation de PAfrique. Paris 1? ?8 » *«■»• IL, p. S187.
3 Ubi sup» , toI, I, p. 69,
4 De sede et causa coloris jEthiopum. Lond. I738,
qui leur donne leur couleur particulière, quoique Buzxi, dans ta notice de l'examen d'un Albinos après la mort , dise qu'à n'a trouvé de traces d'aucun tissu '. H paraîtrait donc que le blanc, placé entre ces deux déviations contraires, serait l'état naturel Ou normal.
les anciens adoptèrent le simple expédient d'attribuer la couleur des Nègres à l'action du soleil. Le climat, considéré sous fe rapport des degrés progressifs de chaleur, a une influence sur la nuance de la peau ; et c'est vrai jusqu'à ce point que nous observons une certaine proportion entre l'une et l'autre. Généralement parlant, les races les plus blanches sont celles qui avoiament le pAfe de plus près, et les plus noires sont plus sous l'influence de la chaleur tropicale; et, entre ces deux extrêmes, nous pouvons suivre la trace de plusieurs degrés intermédiaires, comme du Danois au Français ;' après lesquels peuvent venir l'Espagnol ou l'Italien, puis le Maure et ainsi le Nègre a. Mats cette tentative pour établir une chaîne de gradation dans la couleur rencontre deux sérieuses difficultés à combattre. Premièrement, dans tous ces degrés, la teinte est trop évidemment le résultat dune action extérieure sur la peau , et dont les effets peuvent être modérés ou suspendus par des précautions contre la chaleur. Les femmes moresques qui se tiennent dans la maison sont presque tout-à-fett blanches : mais l'enfant nègre commence à devenir noir au bout de dix jours , quelque soin que l'on prenne de le garantir de h chaleur; par conséquent, dans lé premier cas, l'action est purement extérieure , tandis que dans l'autre elle consiste dam le développement de quelque principe interne. Secondement, en opposition directe avec cette théorie qui considère les différents degrés décoloration de la peau comme une série de transitions du blanc au noir , apparaissent des faits qui étonnent : c'est que la même race conserve sa nuance, sans variation sensible, sous les latitudes les plus distantes ; et que , sous la même latitude , les variétés les plus singulières se présentent en apparence dans la
* Opère fccehe. Milan 1 784 , tora. VII , p. 1 1 .
* Telle parait être l'opinion soutenue par le docteur Huntcr : Dispatatio inaugnralis quaedam de hominum varletatibus , et harum causis exponens. Edimb. I775, p. a6.
même race. Les Américains offrent un exemple des plus remarquables du premier cas : soit sur les bords glacés des lacs du Canada ou dans les plaines brûlantes des Pampas de la péninsule méridionale, à peine peut-on découvrir une ombre de différence dans le teint des indigènes, la même couleur cuivrée distingue toutes les tribus. Pour le second cas, nous trouvons dans l'Orient des exemples non moins frappants. -
L'évéque Héber, en décrivant sa première entrée à Calcutta, s'exprime ainsi ? « La grande variété de couleurs chez les natifs m'a beaucoup frappé ; dans la foule qui nous entourait, quelques individus étaient noirs comme des Nègres, d'autres simplement cuivré», et d'autres pas beaucoup plus foncés que les Tunisiens que j'ai vus à Ltverpool. M. Mill, le principal du collège Bishop, qui était venu à ma rencontre, et qui avait vu beaucoup, plus d'Indiens qu'aucun Européen , me dit qu'il ne pouvait pas s'expliquer cette différence, qui est générale dans tout le pays, et partout aussi frappante. Ce n'est pas purement l'exposition au soleil, car cette variété de teinte est visible chez les pécheurs qui sont tous également nus. Et cela ne dépend pas non plus de la caste ; puisqu'il y a des Brahmines de très-haute caste qui sont noirs, tandis que les Parias sont blancs comparativement '. » Cette dernière observation, si l'on peut l'admettre complètement, est d'une grande importance. Car , comme nous le verrons dans une autre occasion, Heeren et d'autres, guidés par la division en castes, ont imaginé que l'Inde avait été peuplée par deux nations distinctes, dont Tune ayant conquis l'autre, l'a réduite à un état d'infériorité et de dépendance ; hypothèse qui serait complètement démontrée , si une différencfede couleur était manifeste entre les hautes et les basses castes.
Jusqu'ici, vous le voyez, j'ai seulement jeté des doutes sur les procédés imaginés pour expliquer la couleur notre des Nègres : car bien que je pense qu'elle dépend du climat, il est certain qu'on n'a encore découvert aucune théorie pour expliquer son origine. Notre science est encore dans l'enfance, et nous devons nous contenter de recueillir des faits et d'en faire jaillir les conséquences naturelles. C'est donc aux faits que nous en appelons, et ils suf-
« Vol.I, p. 9.
firent pour prouver qu'un pareil changement peut avoir eu heu, bien que nous ne sachions pas si c'est par accident ou par une déviation graduelle.
Les indigènes de l'Abyssinie sont complètement noirs, et cependant il est certain que par leur origine ils appartiennent à la famille sémitique et par conséquent à une race blanche ; leur langage n'est qu'un dialecte de cette classe , et le nom même de la nation indique qu'elle a traversé la mer Rouge. C'est de là que dans l'Ecriture le terme Cush s'applique également à eux et aux habitants de l'autre rive; et ni par les traits, ni par les formes du crâne, ils n'ont la moindre ressemblance avec le Nègre. Vous pouvez facilement vous assurer soit par des portraits, soit par des individus vivants, qu'excepté la couleur, leur visage est parfaitement européen. Ici donc un changement a eu lieu , bien que nous ne sachions comment.
. Un autre exemple, encore plus frappant, nous est fourni par l'exact et intelligent voyageur Burckhardt : la ville de Souakin , si/ tuée sur la cote africaine de la mer Rouge plus bas que la Mecque , contient une population mixte , formée d'abord de Bédouin» et d'Arabes, y compris les descendants des anciens Turcs ; et ensuite du peuple de la ville, composé soit d'Arabes de la côte opposée , soif de Turcs d'origine moderne '. Voici ce qu'il dit des deux classes : la première, les Hadherebe ou Bédouins de Souakin, ont exactement les mêmes traits , la langue et le costume des Bédouins nubiens. En général, leurs traits ont de la beauté et de l'expression; leur barbe est rare et courte, leur couleur est du brunie plus foncé, appror chant du noir, mais dans la physionomie ils n'ont rien du caractère nègre ». Les autres qui descendent tous des colons venus de Mosoul, Hadramout, etc., et des Turcs envoyés là par Sélim lors de sa conquête de l'Egypte, ont subi le même changement. « La race actuelle, dit Burckhardt, aies traits et les manières africaines et ne peut sous aucun rapport se distinguer des Hadherebe 3. » Nous avons donc ici deux nations distinctes, des
1 Voyage en Nubie; deuxième édit., p. 3ç)l (cnangl. )
* Page 395.
3 Page 39 1, comme les Hadherebe n'ont point, suivant la première
Arabes et des Tvrcê, ^tti chus t'espace de pm et «teks gant détenues noires en Afrique, quoique blanches dans ta«r origine.
Le capitaine Tuckey, parlant des natifs du Congo, dit qu'ils sont évidemment une nation mélangée, n'ayant point de physiet nomie nationale et plusieurs ont entièrement les traits des Euro-> péens méridionaux. On pourrait conjecturer que ceci riant de leur alliance avec les Portugais , et cependant il y a très-peu de muletas parmi eux '. Cette dernière observation détroit complètement k première conjecture, quand même on l'admettrait sous d'autres rapports; car la physionomie de toute une nation ne peut jamais avoir été entièrement changée par quelques nouveaux venus. Noué trouvons dans les observations générales sur le voyage du capitaine Tuckey , recueillies par les savants et les officiels qui l'ont «**• compagne, que les traits des Congos, quoique très-rapproohés de ceux des tribus nègres, ne sont ni si fortement prononcés ni si noirs que ceux des Africains en général. On les représente nonseulement comme plus agréables , mais aussi comme ayaat ont apparence de grande simplicité et d'innocence ». *
H y a plusieurs nations non-seulement le long de la cote, mais dans le cœur môme de l'Afrique centrale, qui sont d'un noir taisant, sans un signe de trait nègre. Parmi elles sont les Foulahs, que Park décrit comme « n'étant pas noirs , mais d'une couleur basanée, tannée, qui est plus claire et plus jaune dans des états que dans d'autres. Ils ont des traits et des cheveux doux et soyeux sans les lèvres épaisses ou la laine crépue, communes à d'autres tribus 3. » Jobson les peint « d'une couleur de tan , » avec de longs cheveux noirs, pas à beaucoup près frisés comme ceux des Nègres 4. M. Moore, parlant desYoloffs, dît « qu'ils sont beaucoup plus noirs et plus beaux que les Mandingues ou les Flups , n'ayant
citation , la physionomie nègre; je suppose qae par traits nom devons entendre la couleur seulement.
1 Narrative of an expédition te explore the river Zaïre. Lond. 1818, p. I96.
» ïbid.,p. 374.
3 Sumner's, Records of création, deuxième éd il., vol. t, p. 38o.
* New gênerai collection of voyages; ut sup., p. s6*.
pfe le «e* ta$e et les lèvres épaèsàsqui distinguent ©es nattons, et qu'aucun des hantante de cet contrée ne peut se comparer aux Yolofis pour la noirceur de la peau et la beauté des traits. » L'écrivain auquel j'emprunte eetle citation ajoute que ks voyageurs ae distinguent pais toujours avec la mène exactitude que M. Mooré les YoiotfsdesMoHlingiMs, et d'antres noire aunes épaté, parmi lesquels àe sont mêlés* et dans un autre endroit, parlant des Maadttgues, il dit « qu'il» sont aussi remarquables par leurs livres rynjmso et leur nés aplati que les Yotefîs et les Foulahs le sont par la beauté de leurs traits1. » Or, ceti est en contradiction complète avec les récits de voyageurs plus récents ; car Caittié décrit ainsi les lpabàftants de Timbuotoo - « Ils sont de taille ordinaire* bien faits, droits et marchant d'un pas ferme; leur couleur est â'*Oft beau noir foncé; leur nés est un peu plus aquilin que ceux des HandiUfaesy et comme eux ils ont les lèvres minces et les yeux nota» *< » Cette contradiction est néanmoins de peu d'importaaase; car de toutes tanières, il est évident que la couleur n'a pes une canneamn nécessaire avee les traits du Nègre, mais qu'il existe deux races et deux variétés également noires , appartenant h deux tmfà&ts différentes; distinguées par le signe caractéristique plus important ds la forme du crâne et des traits. Blumenbàch, à la vérité* a remarqué en termes vagues l'existence de ces deux classes en Afrique, Tune nègre sous tous les rapports, l'autre noire 1 et avee de beaux traits parfaitement européens, mais il les appeMe tousmdisënctementBdiiepiens, et n'a rien posé pour une* efeasiâeation distinct» 3.
Cette différence, si je ne me trompe , paraîtra peufr-éttie plusre* mtoquable dans une antre observation, Je croie qu'en général nette Monterons qae ces tribus que Ion décrit comme n'ayant pas les traits nègres, mais seulement une couleur noire, sont éfo* vées dans la civilisation d'un degré de plus que leurs voisins et professent quelque religion qui réclame une révélation, comme le* Abyssiniens un christianisme corrompu; les naturels du Congo, quelques restes d'idées analogues, et tous les autres la religion de
' IbM.,p. »55, a66.
* Tnurels through central Àfrica. Lond. 183o, vol. H, p. 61.
3 Decas Cranior., I, p. a 3.
Mahomet; tandis que ceux qui ont les signée caractéristiques du Nègre dans tout leur développement, comme les Dahométiens, les Caffres ou les Hottentots, sont au degré le plus bas de la dégradation physique et morale , et professent quelque misérable système de fétichisme ou d'idolâtrie. Maintenant si la phrénologie a quelque fondement, et même ses plus chauds opposants doivent, je pense, admettre à son égard l'axiome deBossuet que « toute erreur est une vérité dont on a abusé, » la dépression du front et la compression des tempes qui sontles marques distinenves du Nègre, dans le système de Blumenbach , seraient précisément l'indication de cette condition dégradée. Et nous aurons ainsi deux causes distinctes : les traits dépendraient de la civilisation, et la couleur principalement du climat.
Car, relativement à l'influence de ce dernier, si Ton considère la circonstance extraordinaire que chaque nation, quelle que soit sa variété, que Fou trouve s$us k climat de la zone torride en Afrique , prenant le climat dans son sens le plus étendu, et y comprenant la nature des pays habités, que ces nations, dis-je, aient chacune d'elles revêtu la noire livrée du soleil , est un fait qui semble autoriser la conclusion que ce signe caractéristique doit s'attribuer à la région qu'elles habitent toutes. L'effet peut bien ne pas provenir de Faction extérieure, directe, des rayons solaires ; niais , coflwae Le Gat , Camper et Lawrence l ont prouvé que la peau de l'Européen le plus blanc peut, dans certaines circonstances, devenir aussi noire que celle d'un Nègre, sur la totalité ou une grande partie du corps , de même nous pouvons supposer que le principe qui cause ce changement, et qui est évidemment inhérent aux blancs, peut, sous l'influence d'un climat particulier, être mis en activité et rendu perpétuel par la descendance.
Et avant de quitter le sol de l'Afrique , je vous donnerai un exemple de ce que Ton pourrait peut-être considérer comme un état de transition. Burckhardt a décrit la population sauvage de Mahass
1 lie Cat, Traité de la couleur de la peau humaine. Amst., p. 13o. Camper, Dissertât. Physiq. , p. 16. Lawrence, Lectures on Physiology, etc., p. 52a. C'est un phénomène observé pkw généralement chez les femmes pendant la gestation.
comme ayant des signes caractéristiques intermédiaires entre ceux des Nègres et des Nubiens : « Quant à la couleur , ils sont complètement noirs, leurs lèvres sont comme celles des Nègres, mais non pas le nez ni l'os des joues1. »
En opposition à ces faits, on peut à la vérité en présenter d'autres qui sont souvent vulgairement cités. On observe que les descendants des Français, des Anglais et des Portugais , qui se sont autrefois établis sur la cote d'Afrique, n'ont éprouvé aucun changement après plusieurs générations, et que dans l'Amérique septentrionale les Nègres, après plusieurs siècles, sont toujours Nègres2. Et pour ajouter un nouvel exemple, Burckhardt fait deux lois mention des descendants des soldats bosniaques , laissés par Sélim en Nubie , qui ont encore conservé les traits de leur pays natal, quoiqu'ils en aient oublié la langue.
Beaucoup de ces faits, même tous, peuvent être vrais.; mais qu'est-ce que cela prouve quand on les compare à ceux que jTai cités ? Seulement que le mode d'agir des causes ne nous est pas encore connu; que nous ne pouvons découvrir ta loi en vertu de laquelle la nature opère; qu'il y a deux séries de faits, l'une et l'autre véritables ; mais ne se détruisant pas mutuellement. Je désire seulement faire voir que l'observation des philosophes modernes tend à démontrer qu'un pareil changement peut avoir lieu, mais non qu'il doive avoir lieu. Un exemple suffit pour prouver la première assertion , tandis que la démonstration de la seconde pourrait en exiger quelques milliers.
Mais examinons cette objection avec plus de détail. Nous savons à n'en pas douter que , dans quelques parties de Tïnde , les descendants des Européens qui s'y sont établis depuis longtemps ont totalement changé de couleur; bien que, comme de raison, leurs traits soient restés les mêmes. « Il est remarquable cependant, dit un auteur que j'ai déjà souvent cité, que , sans exception, toutes ces classes d'hommes ( Persans , Grecs , Tartares , Turcs et Arabes ) , après un petit nombre de générations , même sans alliance réciproque avec les Hindous, prennent la teinte olive foncée , s'approchant beaucoup du Nègre , et qui semble naturelle au climat.
« Ubi fup. , p. 53.
* Descript. de la Nigritie ; ut sup. , p. 56. Labat, tom. II , p. ?55.
Les Portugais né* dans le pays ne s^missant qttVntre eux seulement, ou, s'ils le peuvent, arec des Européens. Eh bien! ces Portugais, pendant une résidence de trois cents ans dans llnde, sont devenus aussi noirs que des Caffres. Certainement ceci est d'un grand poids pour combattre l'assertion que Ton pose quelquefois que le climat seul né suffit pas pour expliquer la dîlfi^ rence entre le Nègre et l'Européen, fl est vrai qu'A y a cher les Nègres d'autres particularités que les Indiens n'ont pas, et pour lesquelles tes colons- portugais ne montrent aueun symptôme d'approximation... Mais si la chaleur produit un changement, d'autres particularités du climat peuvent produire d'autres changements additionnels, et quanti de semblables particularités opèrent pendant trois ou quatre mille ans , il n'est pas aisé de fixer une Hmite à leur puissance ». »Ce raisonnement est, à la vérité, défectueux, d'autant que les traits des Nègres étaient fixés dès la période reculée des jours d'Hérodote ou d'Homère , ou même beaucoup plus anciennement , comme on le voit sur les monuments égyptiens ; et le climat ne rend pas raison des cas que j'ai rapportés de tribus vivant sous la même latitude, sur le même sol, et qui ont des signes caractéristiques totalement différents. Mais néanmoins le fait contenu dans ce passage est précieux, en ce qu'il indique qu'une transition est possible de la couleur blanche à là noire,,
De la même manière , Long , dans son Histoire de la Jamaïque, et Edwards , dans son Histoire des Antilles, ont tous deux remarqué que les crânes des colons blancs établis dans ces fies diffèrent sensiblement pour la forme de ceux d'Europe, et s'approchent de la configuration d'origine américaine. le docteur Prichard assure également, d'après de graves autorites, qu'à la troisième génération les esclaves qui, aux Etats-Unis, sont attachés au service de la maison , ont le nez moins déprimé , la bouche et les lèvres moins saillantes ; et en même temps leur chevelure devient plus longue à chaque génération successive. Les esclaves qui travaillent "aux champs , au contraire , conservent beaucoup plus longtemps leur forme originaire *. Caldarii a rapporté un exemple d'un cordon-
x Heber's narrative; vol. I, p. 68.
* Vol. II, p. 565.
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ni«rmèpttfpnyftya&léléametiétrèt|éi]|ieà Venise, avait nrin une telle modification dans sa couleur , qu'il n'était pas plus foncé çrfm* Européen affecté d'une légère jaunisse $ et dans ce cas, il parle d'après son observation personnelle * .
La remarque importante que je vkns de citer du docteur Pri« chaud est d'un taut intérêt y et sera ^ je n'en doute pas, confirmée fa plus en plus par des observations exactes. Elle me ramène à 1* cpnfideratien de l'influence exercée par la civilisation sur les caractère* essentiels d'une race. Cuvier a fait observer que la servitude est la domesticité était le plus puissant agent qu'on ait encore découvert pour produire des modifications chez les animaux y et la plu» grande variété obtenue jusqu'à présent Ta été pur ce moyen ». La civilisation est ce qui approche lé plus de cet agent dans l'homme, et doit même être plus forte, à cause de son influence morale, H n'y a point de doute que le genre de vie, les aliments , les aises et le degré d'intelligence et d'éducation dont on jouit ne produisent un effet puissant et permanent sur des nations' de même origine. Un voyageur moderne en Syrie a remarqué la différence qui existe entre tes Bédouins et les Fellahs du Hauran. Les premiers ou les Arabes nomades, toujours exposés aux accidents et aux fatigues d'une vie errante et active, ont des formes sveltes , la faee petite et la barbe peu garnie. Les autres , ou les, Arabes sédentaires, sont gros et robustes, ont une barbe touffue,? mais manquent de ce regard perçant de leurs frères du désert. Et cependant on ne peut pas mettre en question que ces deux clas* ses ne soient en réalité une seule nation * parlant la même langue et habitant le même climat. Qui cause donc la différence entre eux ? Sans aucun doute leur genre de vie ; car cet exact observateur ajoute que jusqu'à l'âge de seize ans rien ne les distingue 3. Sans
i Institut, physiolog. anctore L. M. Ven. I786 , p. 151.
* Dans son Discours préliminaire. Voyez aussi Blumenbach , dans son chapitre intitulé : Àusarhmg des vollkommensten aller Hausthière, des Menscben, dans l'ouvrage Beytrage znr Natur geschichte, part. I, Gœlting. I700, p. 47.
3 Burckbardt , Travels in Syria. N'ayant pas sous la main l'édition anglaise, je traduis d'après la version allemande. Weimar i8a3], part. I , p. 456.
un autre ouvrage , il dit qu'une égale disparité peut se remarquer dans leurs dispositions1.
M. Jackson fait la même observation sur les Arabes qui habitent les villes dans le royaume de Maroc et les Bédouins qui vivent sous les tentes. « Les Sellouks de Haha, dit-il, se distinguent par la physionomie des Arabes des plaines , et même des Seilouks de Susa, bien que par le langage, les coutumes et la manière de vivre ils ressemblent aux derniers ». «Et même, parmi les Bédouins, Volney a remarqué qu'on pouvait apercevoir une différence entre le peuple et ses chefs, les scheikhs ou princes, qui se nourrissant mieux , sont plus grands , plus robustes et ont meilleure mine que leurs plus pauvres sujets , lesquels vivent avec six onces de nourriture par jour 3. Une distinction semblable a été remarquée par Forster à OTaïti. « Les gens du peuple, dit-il, qui sont exposés à Pair et au soleil, qui exercent leurs forces à cultiver la terre, à pécher, à ramer, à construire des maisons et des canots, et sont limités dans leur nourriture , sont plus noirs , leurs cheveux sont plus laineux , plus crépus ; leurs corps de petite stature et amaigris. Mais leurs chefs, les Arcas , ont un aspect très-différent. La couleur de leur peau est moins basanée que celle des Espagnols , et moins cuivrée que celle des Américains ; elle est d'une nuance plus claire que celle du plus beau teint d'un habitant des lies de l'Inde. A partir de ce teint, nous avons toutes les nuances intermédiaires jusqu'au brun vif, tendant au noir. Quelques-uns ont la chevelure jaunâtre, brune, ou couleur de sable 4. » Kotzebueet d'autres navigateurs modernes ont fait la même observation; mais il paraît clair que les Yeris, ou race noble de Sandwich et des autres îles de la polynésie , sont réellement une tribu distincte du reste du peuple5.
1 Notes on the Bédouins and Wababres. Lond. l83o, p. 104. * An account of the empire of Morocco. Lond. 1811, p. 18.
3 "Voyage en Egypte et en Syrie. Paris 1787, tom. I, p. 357.
4 Observations faites pendant un long voyage autour du monde. Loin], 1778 , p. 229. "Voyez aussi les Voyages du Fils autour du monde, 1 77 , vol. I, p. 3o5.
5 Kotzebue, Nouveau voyage autour du monde. Lond. i83o, vol. II, p. 58.
Pallas et Klaproth ont l'un et l'autre exprimé ropinion que le teint des Mongols dépend beaucoup des habitudes de cette race. Les enfants et les femmes sont d'une blancheur remarquable. La fumée et l'exposition au soleU donnent aux hommes leur teinte jaune '. Quoiqu'il y ait beaucoup à reprocher à cette hypothèse, elle peut servira appeler l'attention sur la portée que les habitudes et la civilisation peuvent avoir sur les signes caractéristiques des différentes races. D'après le même point de vue , je ferai observer l'altération remarquable qui a eu lieu dans la famille germanique. Car nous avons vu que ses traits étaient autrefois si marqués , qu'on la constitua comme une des grandes divisions la plus fortement caractérisée de l'espèce humaine , formant aux yeux des Grecs un contraste parfait avec la couleur foncée des Ethiopiens. Et cependant ces marques distinctives, si elles ne sont pas totalement effacées , sont devenues si légères qu'on peut à peine les discerner : sans doute par l'influence de la civilisation et l'assimilation des mœurs, de cette nation avec celles d'autres appartenant à la même famille.
Peut-être que la démonstration la plus extraordinaire de l'influence permanente des habitudes ou des manières d'être sur les différentes races peut se tirer de la forme des dents. Blumenbach a remarqué que les dents de l'homme indiquent manifestement qu'il est un animal omnivore. Mais chez quelques, nations, probablement par l'usage d'un aliment qui exigeait une grande mastication, les incisives sont devenues émoussées et arrondies, et les dents canines ne se distinguent plus des molaires. C'est le cas pour beaucoup, et peut-être pour la plupart des momies égyptiennes; de même que pour les Groènlandais et les Esquimaux, qui mangent leur viande sans là faire cuire et avec des contorsions de mâchoire extraordinaires2.
Ces exemples peuvent suffire pour faire, voir quelle force existe dans la différence des habitudes; car la nature, tendant constamment à adapter ses lois aux circonstances particulières dans lesquelles l'harmonie générale n'est point troublée , semble , après
1 Pallas, ubi sup. Klaproiii, Voyage au Caucase, tom. I, p. 73. a De^eneris humani variefale, p 27, 224.
quekf ne temps, r*rpét«è* le* variété! produites pér dm tifttee accidentelle.
Je passe sous silence, comme étant de natur» à ttfus forteresse* très-peu, plusieurs autres objection» oti observations tirée» de 1* physiologie *$ je vais donc, sansaHer ph» ftvaat, résonie*, Mstd
* J'exposerai seulement en npUt an argument, et cornue éofcaBtttton) des étranges expédient* auxquels ont recours le* écrirai** qui «ut trafce ces sujets, et parée que je ne *adf« pe* que periaftite ait pth hrpeia» d'y répondre. J'ai en vue l'objection de Virey * l'unité èé rae*? tiré» des observations eTaineors très-exactes de Fabrfehis , sur lt /WfcwW nigriterum , nom scientifique donné à Fraseefe parasita Ai Hèg»ev comme spécifiquement distinct de tons les autres : tettaneaft que suroît loi , la race noire, que eet insecte accompagne, doit égatanaat mok été distincte dès le côrameffcemenf. (Tome I, p. 3§r. ) In réponse a> cela , je me contenterai de dire qu'il y a d'autres exemples de natam semblable où il est impossible d'expliquer l'existence dé certaine* classe* d'insectes avant que la chose qui leur sert de demeure et d'aliment -ail elle-même existé. Par exemple, lef tinea ou la teigne qui attaqué ïajaine peignée, et n'y touche jamais lorsqu'elle est en suint j où existait ranimai avant qu'il y eut de la laine lavée et peignée ? Devons-nous considérer la laine lavée ou non lavée comme deux espèces différentes f parce que le même aninsal ne peut pas vivre sur l'une et- l'autre? Lar larve dtt oinopota oellarh ne peut vivre ailleurs que dans le vin ou lai bière ; un autre insecte décrit par Réaomnr dédaigne tous les aliments, excepté le eborolat. ( Voyez Kirby et Spenee, Introd. to Entènoology, quatrième édit. rvof. I, p. 584, ^88. ) Comment et eà vivaient cea petites créatures , avant que ce qui est maintenant leur nourri! ure ex* clusive rot manufacturé? car personne ne supposera qu'on ait jamais trouvé ces substances préparées à l'avance par les maint de la nature. Ces cas sont exactement de la même nature que celui que Ton a objecté; mais il y a un exemple parfaitement semblable d'un insecte qui cause nue maladie au eoefaon domestique, mais qui ne se trouve jamais sur le cochon sauvage , quoiqu'il soit bien reconnu que celui-ci est l'origine de l'autre. Voyez Blumenbach, Beytrage zur Natur geschichte, part. I , p. 3o. Voyez aussi quelques remarques curieuses sur ce sujet par Tilesius , dans les Mémoires de l'Académie des Sciences de Saint- Pétersbourg , tom. V, 1815, p. 402.
ftrièwfflmit qu'à sera passible, les fésoïttte de notre étude. <Pai essayé de réunir et de mettre sous vos yeux ce que je considère comme des résultats généralement admis, tout imparfaits qu'As soient encore. Nous ayons vu qu'a était bien établi , premièrement que parmi les animaax reconnus pour être <f une seule espèce, il s'est formé des variétés comme dans la race humaine , et non moins diverses Tune par rapport ft l'autre; secondement, que dans la race humaine la nature tend à produire dans une race des variétés qui se rapprochent des signes caractéristiques des autreà ; troisièmement , que les variétés spof adiques de l'espèce la plusextraordinaire peuvent se propager par la descendance ; quatrièmement, que nous trouvons dans les langages et les signes cara<v téristiques des grands corps ou des nations entières des preuve» suffisantes de leur transition d'une race à une autre ; cinquièmement, que bien que l'origine de la rate noire soit encore enveloppée de mystères, cependant on a recueilli suffisamment de faits pour prouver la possibilité qu'elle soit descendue d'une autre, surtout si, par addition à Faction de la chaleur, nous admettons celle des causes morales agissant incessamment sur Forganisatiott jrtrysique.
Et ici je remarquerai que nous jugeons souvent du passé avec précipitation et injustice , en nous appuyant des causes maintenant en action. H est très-vrai que la nature est constante et régulière dans ses opérations ; mais si , dans le court espace de notre expérience ou celle des observateurs précédents, aucune variation n'a pu être notée dans l'uniformité de ses oeuvres, c'est que le petit segment du cycle de sa durée, sur lequel eux et nous avons voyagé , n'est qu'une ligne droite, un élément infinitésimal , dont fa courbe ne peut s'apercevoir qu'en la rapportant à une plus longue portion de sa circonférence. L'histoire du monde doit facilement nous convaincre qu'indépendamment des lois partielles que nous connaissons, il y en a eu auparavant d'autres plus actives dont Faction est maintenant suspendue et cachée. H y eut des époques, dans la limite des temps mythologiques, où les volcans exerçaient leur furie dans presque chaque chaîne de montagnes , où des lacs se desséchaient ou apparaissaient subitement dans plusieurs vallées ; où des mers rompirent leurs barrières et créèrent de nouvelles fles , ou ont abandonné leurs Hts et agrandi
d'anciens continents; lorsque enfin il y avait une puissance de production et d'organisation sur une grande et magnifique échelle, quand la nature semblait employée non pas purement à la rénovation annuelle des plantes et des insectes, mais à la production de siècle en siècle des éléments plus vastes et plus considérables de sa sphère ; lorsque sa tâche ne se bornait pas à émailler les prairies au printemps ou à découper les côtes par l'action lente, mais incessante des courants et des marées; mais lorsqu'elle opérait dans les grands laboratoires de la terre , soulevant les monta-, gnes et déplaçant les mers , et donnant ainsi au monde ses grands traits à jamais indélébiles. Et comment pouvoir expliquer cela, si ce n'est en supposant dans la nature une double action : l'une, régulière dès le commencement et uniforme jusqu'à la fin ; l'autre, une puissance mystérieuse au mouvement lent, qui, bien que se mouvant dans le même plan, le parcourt par un mouvement imperceptible, proportionné au besoin delà totalité du système? Et dans d'autres cas, mais sur une plus petite échelle, tel paraît être le cours de la nature. Dans l'enfance, la circulation du sang, les opérations de l'absorption et de la digestion, toutes les, fonctions de la vie sont les mêmes que dans l'homme, avec des variations seulement relatives au degré d'activité ; ces fonctions commencent avec l'être, et sont régulières pendant toute sa durée. Mais, dans les premiers temps, il y a en outre une vertu plastique opérant en nous , que l'on ne peut faire remonter à aucune loi de nécessité, qui n'a point de dépendance évidente du cours général des puissauces vitales ordinaires, qui donne la croissance et la solidité aux membres , la forme caractéristique aux traits , le développement graduel et la force aux muscles -, puis, .selon toute apparence, tombe dans l'inertie et cesse d'agir, jusqu'à ce que la vieillesse semble encore une fois rappeler ces lois extraordinaires à l'activité, pour etFacer l'impression et détruire l'œuvre de leurs opérations primitives. Et de même nous devons reconnaître que f dans l'enfance du monde, outre l'ordre régulier d'un cours constant et journalier, des causes nécessaires pour produire des effets grands et permanents peuvent avoir eu une puissance maintenant devenue inutile, et qui, par conséquent , ne s'exerce plus; nous devons reconnaître, disrje, qu'il y avait une tendance à imprimer des traits plus marqués sur- la terre et ses habitants ; à produire
des contrées en même temps que leur végétation , et des races aussi bien 411e des individus.
On peut certainement découvrir encore des exemples de la double action d'une même cause sur une plus petite et une plus grande échelle. Une maladie épidémique , par exemple , outre son action particulière sur les individus , décrit une course semblable en rapport seulement avec les grandes populations ou agrégations d'hommes, ou même l'espèce humaine tout entière ; d'abord légère dans son apparition subite, elle augmente ensuite ; puis, par une gradation contraire, cède à la nature ou à Fart, s'épuise d'elle-même et disparait; c'est même au point que, dans la crise ou la période- où elle est le plus fatale, le sort de chaque malade paraîtra dépendre plutôt de quelque loi mystérieuse qui le rattache à la population attaquée , que des circonstances individuelles de son cas particulier. Et nous pouvons dire que, d'une manière à peu près semblable, le cours annuel et journalier de la nature, qui parait si identique dans toute son étendue, n'est cependant que l'élément d'une plus longue période à la fin de laquelle une action maintenant assez petite pour être invisible , paraîtra grande et importante par l'aggrégation de ses effets, et semblera avoir été produite par des lois cachées pour nous aujourd'hui dans le mécanisme compliqué de l'univers.
Et pour appuyer encore plus les exemples que j'ai déjà donnés, quand quelque partie de l'organisme humain a été assez profondément altérée pour que la puissance qui agissait dans l'enfance redevienne indispensable, bien que suspendue en apparence, il y a des ressources secrètes qui ravivent son action; tellement que si quelque portion de tissu osseux a été enlevée , on voit de nouveau pour le reproduire se développer cette trame merveilleuse qui , comme une cristallisation , tend ses fils de pointe en pointe , et ensuite applique en travers une texture ferme et solide, représentant exactement ce qui avait eu Heu dans l'enfance plusieurs aimées auparavant. Et aussi de même nous voyons que , lorsque, par des circonstances accidentelles, la nature est ramenée à sa condition primitive, elle reprend aussi son action primitive et remet en vigueur les lois qu'elle avait tenues ea suspens. La production des bancs de corail qui , dans l'Océan-Pacifique, finit par former des îles , lesquelles bientôt reçoivent une population de
quelques points éWghés , nota nontradâisealàeriiièmtaftta»; où eue semble avoir reculé ses puissances créatrices , comment elle a dans le principe préparé de nouvelles habitations pour l'homme. L'étonnante proportion dam laquelle les Habitants augmentent > dans de semblables occasions , bien m delà des calcul* de la statistique moderne, prouve quelle puissante énergie eBe exerce quand elle a besoin de propager la race humaine. Une fte j d'abord occupée par quelques naufragés anglais «n 1989 , et êb* couverte par un navire hollandais en 1667 , se* trouvait, dit-on 1 peuplée après quatre-vingts ans par ta, 000 âmes, tous descendante de quatre mères ». Acosta , écrivant l'histoire de la Nonvelle-Ës-» pagne ,. cent ans après sa découverte, nous dit r qu'A y Ivrfif $même depiiis longtemps , des hommes qui possédaient 70,090 611 même 100,000 montons , et qtte même alors il f en avait plusieurs qui en avaient autant ; ce qui en Europe serait considéré eofnfflé de grandes richesses , mais qui là était seulement une fortune modérée. » Et cependant aucuti de ces animant n'existait dans M pays' avant sa découverte, et là race s'était propagée seuïefflèlïf par les animaux qu'avaient apportés les Espagnols. On peut dire la même chose des bétes à cornes $ car$ téHe était leur nluttiphea*" tion , de son temps , qu'on les voyait errantes pat milliers dan* les plaines et sur les montagnes dTRspaniola ( Saint-Domingue) } elles étaient la propriété 3e quiconque voulut les chasser, en leur coupant le jarret avec de longs conteste* itomines en espagnol deêjarretoêerat > et cette chasse était si avantageuse, qt/en ibntt la flotte emporta de cette Ile 99,444 cuirs, et de la Nouvelle-»* pagne 61,590; ce qui indiqué une angmehtatiori toWà*ttit atM delà des calculs orcntiaires.
De tels exemples , auxquels je pourrais éri ajoïrtè* béatieotrp d'autres, semblent manifester l'existence des sécrétés ressourcés de la nature qu'elle ne met jamais en action , excepté dans sot* enfance. Et fl ne peut sûrement pas être antl*phBoso|jhtqtié de supposer que des impressions destinées à être caractéristiques et permanentes étaient alors plus aisément communiquées et gravées (Fune manière plus indélébile. Nous n'avons pas besoin , avec Carové , d'avoir recours à l'hypothèse que la couleur noire du Ne*
1 Ballet, réponse* eritiqats. Bewtiç. 191$, vol. III, p. 4&
— 16» — gre était placés ttrGtin* et qu'elle t'était eettânnée après le dé* luge dans la famille de Japhet, qu'il suppose s'être marié dans cette race • . L'admission d'une semblable hypothèse ne nous ferait pas gagner beaucoup , car nous aurions toujours à chercher la raison de la couleur des Américains et des Malays ; mais il est beaucoup plus simple d'admettre qu'un individu ou une famille, placés dans des circonstances favorables , peuvent avoir donné naissance à des singularités qui , en conséquence de mariages ré-* ciproques et de l'action continue des mêmes circonstances , peuvent être devenues permanentes.
: Mais voilà que nous nous permettons aussi des conjectures , je suis prêt à l'avouer ; car bien qu'on en ait assez pou* prouver que notre science peut déjà réfuter toutes les objections solides centre l'unité de race dans l'espèce humaine ; bien que le* faits reconnus que j'ai mis sous, vos yeux puissent démontrer qu'il n'est pas impossible qu'une famille ait pris naissance d'une autres ce* pendant nous devons confesser que les méthodes par lesquelles la nature a procédé sont encore un mystère; tellement que le philosophe doit se contenter de coafesser honnêtement : Ouk oïdy4kri-> bas eikaisai démènpara v
Et on ne peut rejeter comme téméraires et insoutenables de pareilles conjectures, aussi longtemps que le fait dont elles cherchent à rendre compte est certain et incontestable. Et je clorrai les recherches sur ce sujet en récapitulant encore une fois les connexions de différentes races, et les nuances insensibles par lesquelles elles semblent se fondre l'une dans l'autre.
La race blanche, que naturellement je considère comme te race centrale, se rallie aux Mongols par les Finnois et les Asjaehs, qui ont soin teint, sa chevelure et la couleur de son iris^ également par les Tartars , qui passent insensiblement par les Kkghts et les Yakôuts dans la race mongole ; et troisièmement par les Hindous, ^communiquent avec nous au moyen de la langue sanskrite.
1 &o*moraraa , eine Rçihe voq Stu&en wr orientirung in Natur, etc. Fjrancf. 1 831, p. 65. Il suppose vraiment qu'il* sont une race mélangée, entre les Sethites représentés par Sem, et les Çaïmle& continués dans Japhet.
* Eurip. &jbes., ad. II, a#e.
Elle est en rapport avec la race nègre par les Abyssiniens, qui ont un langage sémitique et des traits européens , et par les Arabes de Souakin qui ressemblent aux Nubiens ; puis viennent les naturels de Mahass, ensuite les Foulahs et les Mandingues , et ainsi en avançant jusqu'aux Congos , les Nègres complets et les Hottentots ; ces derniers sont ensuite intimement alliés avec les montagnards de Madagascar , et ceux-ci aux habitants de la Cochinchine, des îles Molucques et des Philippines, dans toutes lesquelles on trouve une race de noirs montagnards à tête laineuse, et différant par le langage des autres naturels. Ceux-ci ensuite se rattachent aux indigènes de la Nouvelle-Hollande, de la Nouvelle-Calédonie, et des Nouvelles Hébrides , qui eux-mêmes sont liés par la similitude des costumes , de la religion , et en partie des traits physiques avec ceux de la Nouvelle-Zélande , et d'autres naturels de la Polynésie ; iet ainsi , par une dégradation insensible des teintes, nous retournons presque aux familles asiatiques.
La population de ces îles mérite une attention toute particulière. J'ai fait observer que , dans toutes les lies sans nombre de la Polynésie, on distingue deux tribus ou familles différentes. Forster, dans le fajt , établit ce point d'une manière incontestable. Tandis que les 'habitants d'O'Taïti, de la Nouvelle-Zélande, des Marquises, et îles des Amis et de la Société ne parlent que des dialectes de la métne langue , comme il le prouve par ses tables comparatives, ceux des Nouvelles-Hébrides, spécialement Mallicolo, Nouvelle-Calédonie et Tanna, parlent des dialectes barbares, tout-à-foit distincts et , selon toute apparence , sans liaison entre eux ; Jeurs signes caractéristiques physiques sont également très-différents , et les rapprochent, comme je l'ai annoncé, des Nègres des lies occidentales. Mais ce que je désire principalement de faire remarquer, c'est comment les tribus appartenant à la première classe , dont l'unité ne peut pas être niée , ont varié , d'un côté , dans leur forme et leur couleur dans une limite aussi immensément reculée ; et comment ceux de l'autre race se sont également et à un tel degré éloignés de leur type originel , que les deux se sont fondues ensemble au point de pouvoir à peine les distinguer, si ce n'est par leur langage. « Chacune de ces races , dit le docteur Forster, se divise encore en plusieurs variétés qui forment la dégradation vers l'autre race ; tellement que l'on trouve quelques individus de la
première race aussi noirs et aussi sveltes que ceux de la seconde ; et , dans cette seconde race , il y a des hommes robustes aux formes athlétiques , qui peuvent presque aller de pair avec les premiers '. » Ainsi , dans la même race , tandis que quelques-uns se distinguent à peine d'une tribu nègre et se rattachent par des chaînes que rien ne peut rompre aux Nègres d'Afrique , d'autres s'en éloignent assez pour se rapprocher des naturels de l'Europe, aussi bien par la couleur que par la symétrie des formes tant du corps que de la tête. Et dans ces gradations, nous suivons la trace d'une échelle correspondante de civilisation. « Les naturels de quelques-unes des lies de la mer du Sud, dit M. Lawrence, parlant de la forme du crâne , peuvent à peine se distinguer des Européens par la figure et la tête. » Et plus loin : « Les habitants de ces lies , depuis la Nouvelle-Zélande vers l'ouest jusqu'à File de Pâques, contiennent une race d'une organisation et de qualités beaucoup meilleures. Pour la couleur et les traits, plusieurs d'entre eux approchent de la variété caucasienne, et personne ne les surpasse pour la symétrie des formes , la taille et la force a. » Le docteur Prichard raisonne avec une grande. sagacité sur cette gradation dans l'intérieur de là race ou de la famille. « Si , dit-il , nous comparons ces races (les Papous et les Polynésiens), elles semblent nous fournir une preuve suffisante que les diversités physiques les plus distantes que présenté la forme humaine dans différente» nations, peuvent et doivent provenir d'une souche commune; elles nous fournissent le moyen de présenter des faits actuels comme exemple de ces déviations. Nous ne pouvons pas, à la vérité , remonter toute l'échelle à la fois , mais nous pouvons par degrés , en parcourir toute l'étendue. Si un petit nombre de naturels de la Nouvelle-Hollande, de la couleur la plus claire, étaient sépaiés du reste de la nation et placés seuls dans une lie , ils formeraient une race moins foncée en couleur que les habitants de la Nouvelle-Zélande. Par des circonstances favorables , cette souche ne dévierait-elle pas en des nuances encore plus légères,
' Observations, etc., p. aa8. Voyez la table comparative , p. 284. Il y a plusieurs coïncidences importantes, cependant, entre les dialectes des deux familles, aussi bien que de l'un et de l'antre avec le majay.
* Lectures on pbysiology, p. 3 8a, 591.
— 4<M* — tomme ont fait k race de la Nouvelle-Zélande ou sa parente de* Iles de la Société « ?» 4e ne dois pas oublier une coutume singulière répandue non-seulement dans toutes ces îles , mais parmi les Hottentots en Afrique, lesGuaranos du Paraguay, etlesCatilorniens de l'Amérique : c'est l'amputation du petit doigt d'une main ou des deux , en signe de deuil pour la mort d'un paraît * ; coutume tellement singulière , que nous pouvons à peine concevoir qu'elle se soit établie spontanément dans des parties du globe aussi distantes.
L'existence de semblables variations, presque d'un extrême à l'autre dans la même race, n'est pas particulière à ces tribu». Les Malays offrent une variété semblable. « Le teint , dit M. Crawfurd, est généralement brun , mais s'altère un peu dans différentes tribus. Ni le climat , ni les habitudes des gens ne semblent y être pour rien. Les races les plus claires sont généralement vers l'ouest ; mais quelques-unes , comme les Batteks de. Sumatra, habitent sous Péquateur même. Les Javanais , qui vivent dans l'abondance, sont parmi les peuples les plus foncés de l'archipel indien ; les malheureux Dayacks ou tes cannibales de Bornéo, parmi les moins colorés *. » Cette difficulté de rendre compte de semblables diversités est plutôt favorable qu'opposée aux conséquences que nous avons tirées ; car le fait étant ainsi établi , que, dans une racé conmie pour être une, de pareilles variétés se sont produites , la difficulté de les faire remonter à une cause uniforme montre seulement ipi'H y a des forces que nous n'avons pas encore découvertes , ou une complication de causes dont nous n'avons pas encore pu combiner les éléments , dans les proportions déterminées pour comprendre leurs actions. Et plus nous étendrons la puissance de la nature au-delà des limites de notre entendement, plus il nous sera aisé de justifier la manifestation de phénomènes inexplicables.
Dans la famille â laquelle nous appartenons, la même série de modifications existe j nous y trouvons des variétés qui , pour n'être pas aussi fortement prononcées , n'en sont pas moins indélé*
* Vol. I, p. 488.
* Forster (G. ), Voyage round the world, vol. I, p. 435. 3 History of the Indian Arehtpelago, vol. I, p. 19.
— 4*7 — Mies; ««codant personne ne voudrait soutenir que chaetuae provient d'une source indépendante. Un Juif est encore aujourd'hui ttès-focile à distinguer des Européens qui l'entourent; bien que le peintre West et daubes artistes éminents aient trouvé impossible de te caractériser par quelque trait d&inctif et particulier ». Je pourrais également mentionner ici les Bohémiens comme un exemple d'une tribu qui , par son langage, prouve qu'elle est d'origine indienne , et a perdu beaucoup de sa configuration originelle, tt particulièrement la couleur oliy© de son pays, en vivant sous d'autres climats. Mais les tribus germaniques peuvent encore, par tes traita, se distinguer des Grecs, et ceux-ci ensuite de
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Of différent Mugi**!*, fwi» m faee; A varifMi* race of mm ».
comme leur barde du Nord les a quelquefois appelés. C'esUn vain qu'on voudrait fondre ensemble ces subdivisions par. une union civile ou morale; elles continueront de même que les eaux réunies du Rhône et de la Saône à couler ensemble comme un seul fleuve, mais avec des courants distincts et recqnnaissables.
Ainsi les variétés , même les plus légères, une fois produites , ne s'effacent jamais ; et cependant il ne s'ensuit pas qu'elles soient des marques d'une origine indépendante. Même des familles particulières peuvent se les transmettre ; la maison impériale deHapsbourg a sou trait caractéristique, liais d'où vient cette indébilité, maintenue par des procédés naturels , de variétés introduites aussi par des procédés naturels ? Ceci semblerait un des mystères de la nature ; nous pouvons bien la forcer d'imprimer son cachet sur les choses , mais nous ne savons plus comment l'enlever. Sernblabjte au disciple mal instruit du magicien , si bien décrit par le poète «ite&ttad, l'homme possède souvent le charme par lequel il peut forcer la nature d'opérer, mais il ne connaît pas encore celui qui peut fobliger a se désister de son action.
' Vçjez Camper^ Dissertation physique, p. »*. * « La race celtique différant par le langage, la forme et le visage; tme race d'homme variée. »
Le pays H la ville dans lesquels nous sommes maintenant suggèrent une application de ce que nous venons de discuter à des recherches aussi utiles qu'amusantes. Le .docteur Edwars, dans un ouvrage français , sur les Caractères physiologiques des races humaine*, considérées dems leur rapport a/cet Vhistoùre , a donné un avis très-intéressant sur le mode de conduire cette recherche '. Il fui frappé , dans quelque marché du midi de la France, de voir deux caractères distincts dans les têtes des habitants de la campagne, chacun pouvant se rapporter à un type individuel, et il donna une attention particulière à la predominence de l'un ou de l'autre, dans son voyage en Italie ; et partout il a observé que l'un des deux l'emportait sur l'autre. Il considère l'un comme le type gaulois, l'autre comme le romain. Comme modèle du premier, il propose la figure du Dante, trop bien connue de tous mes auditeurs pour exiger une description. Je suis certain que personne ne peut Caire attention aux physionomies qui prédominent en différentes parties de l'Italie, sans remarquer combien cette forme revient souvent en Toscane et dans la Haute-Italie, tandis qu'à Rome et dans les provinces méridionales elle se rencontre très-rarement. II ne donne cependant aucun type de la tète romaine. Pour le trouver, il ne faut pas nous laisser guider parles représentations populaires. Il y a quelques quartiers de Rome où l'on suppose que Ton trouve encore les restes des anciens habitants, ^t les voyageurs ont souvent écrit que la physionomie de la population au-delà du Tibre, les Transtévérins , ressemble exactement à celle des soldats romains que l'on voit sur la colonne Trajane ou d'antres monuments anciens.
En supposant ceux-ci suffisamment distincts ou suffisamment bien copiés, pour permettre de faire une pareille comparaison, je dirais que c'est le plus mauvais de tous les critérium possibles. Car la plus légère connaissance de l'art romain prouvera à chacun que sur les monuments historiques, où il ne s'agit pas de portraits, toutes les figures sont formées sur le modèle grec, et ne peuvent rien enseigner de certain sur la physionomie des anciens habitants. Mais examinez les sarcophages sur lesquels les bustes des morts sont sculptés en relief ou se détachent de leurs statues couchées
' Paris I839.
sur te couvercle , ou même examinez la série des bustes des empereurs an Capitole , et vous ne pouvez manquer de découvrir un type frappant, essentiellement le même depuis limage couronnée delà tombe de Scipion jusqu'à TrajanouVespasien, consistant en une grosse tête aplatie , un front bas et large ; un visage' , dans la jeunesse passif et rond, plus tard, plein et carré; un col court et épais , et une corpulence robuste et trapue; type totalement en désaccord avec ce que Ton regarde en général comme la physionomie romaine. Et nous n'avons pas besoin d'aller plus loin pour trouver leurs descendants , nous les rencontrons tous les jours dans les rues , principalement parmi les bourgeois ou la classe moyenne, la plus invariable portion de toute population . Le contraste entre les véritables traits des Romains, et leur typa, idéal adopté dans Part, n'est nulle part, peut-être, aussi facile à observer que dans les sculptures de Tare de Titus. Les divers soldats représentés de chaque côté du monument sont si exactement semblables l'un à l'autre, que, s'ils n'étaient pas sculptés en pierre, nous pourrions supposer qu'ils ont tous été jetés dans le même moule. Le profil entier, particulièrement dans la bouche entrouverte , indique un patron ou modèle dont l'artiste ne pouvait pas s'éloigner. Mais l'empereur dans son charriot contraste avec eeux-ei de la ma- * nière la plus forte; toute sa personne est formée sur un autre type ; et, bien que ses traits soient entièrement effacé»,* il reste assez de contour extérieur pour indiquer la faee pleine et massive et la tête volumineuse d'un vrai Romain.
Ces remarques doivent nous engager à une grande réserve en jugeant des formes caractéristiques d'après des ouvrages appartenant aux classes supérieures de l'art. Aucune nation ne possède longtemps l'art de représenter les objets sans se former un idéal , un type abstrait ; et il faut nécessairement user d'une double précaution quand les arts et leurs types sont empruntés du dehors. Même les Egyptiens avaient leur leauté idéale aussi bien que les Grecs , et Champollion , au grand étonnement des purs classiques en fait d'art , parlait souvent avec transport de l'élégance des traits et de la forme dans quelques statues égyptiennes ; et il doit avoir paru dans le vrai , aux yeux de ceux qui considéraient ces statues comme la perfection des principes par lesquels se guide le génie d'un peuple , se tenant nécessairement dans la limite du type na~
tkmal te* tomm vivantes , ce qui le conduisit à Tune des plus anciennes manifestations de Part. C'est pour n'avoir pas donné une attention suffisante à ces considérations que Biumenbach t comme on Ta yu dans mon dernier discours , imagina qu'il devait y avoir eu en Egypte différentes races d'hommes; attendu que les échantillons solitaires qu'il présente de diverses physionomies semblent seulement indiquer la différence entre une grossière époque de style et une plus idéale. Dans une autre occasion , il parait être tombé dans- une erreur semblable ' ; les têtes que Ton voit sur les Jétradachmes athéniens n'ont rien de commun, selon lui, avec les ouvrages du siècle de Périclès , et se rapprochent par les traits du modèle égyptien, Mais si, d'un autre côté, nous les comparons avec les marbres d'Egine a, bous découvrirons une ressemblance frappante de caractère ; on voit sur Cf» figures cette direction du regard et cette expression de sourire si particulière à ces premiers ouvrages. Cependant personne ne soupçonnera qu'ils «oient autre chose que des types grecs ; et, quelque éloignés qu'ils «oient des ouvrages parfaite d'une époque plus récente, ils indiquent avec quelle promptitude une règle uniforme , un modèle , s'introduit dans l'art et devient son principe nécessaire. Cockerell a remarqué que, dans les marbres d'Egine, « un canon, une règle de proportion et un système d'expression anatomique peuvent «'observer partout 3; » et Thi&sch approuve l'observation de Wagner, que bien que, sous d'autres rapports, l'art se soit perfectionné et que toutes les grâces de la forme fussent introduites da*i cette école , les physionomies sont restées les mêmes 4. C'est «imi , en effet, que non-*euleme»t dans l'école d'Egine, mais dans toutes ks autres écoles de la Grèce, depuis les esquisses rapides
1 Spécimen hifttor* naturalis anûqu» arlis optribus illusiratœ. Gœt-
tiog. tsoa, p. iî.
* La ooâAedien des statues qui ornaient le temple de Jupiter Panhellenius, dans l'île d'Egine; et qui, restaurées de la. manière la plus sa- Vftftt* par Tborw«K)s«n à Home , formant le principal ornement du splendide gfyptofhèque de Munich.
3 Dans le Journal ef science ftqd the arts; vol, VI, 181 9, p. 338.
4 TJtber die Epochen der bildenden Cunst unter den Griechen , a° dtswrW. Munich lâly; p. %.
tracées sut* les vases grecs ou étrusques, comme oh tes appelle ,: jusqu'aux sculptures du Parthénon , il y a évidemment une règle ou principe idéal du beau , sur lequel on ne peut jamais se méprendre ; et il n'y a pas de doute que la forme abstraite était dérivée des formes nationales , dont elle peut être considérée comme la représentation purifiée. Et ainsi , à quelques égards , où l'art est indigène et national , il peut servir indirectement à nous représenter, même dans des figures héroïques et mythologiques , le caractère spécial du peuple.
* Après nous être laissé entraîner 6i loin , pas à pas, du sujet de notre recherche , permettezHftoi d'aller encore un peu plus loin pour trouver une application morale que ces remarques ontsug* gérée , et qui peut-être pourra nous ramener à notre thème. Comme aucune nation ou race d'hommes ne peut jamais avoir été chercher ailleurs que dans les traits physiques qui la caractérisent son type idéal de perfection dans la beauté des formes ; comme l'Egyptien ne pouvait jamais, par aucune abstraction, avoir conçu aucun style de l'art dans lequel la couleur, la forme et les traits de sa divinité seraient purement européens ; ni le Grec avoir donné à son héros la teinte basanée , l'œil rétréci et les lèvres saillantes de l'Egyptien, car cela aurait paru une difformité â l'un et à l'autre; ainsi, ni l'un ni l'autre, ni les hommes d'aucune nation , ne pourraient s'être figuré à eux-mêmes un type idéal ou canon de perfection dans le caractère, qui ne provint pas de ce qui , pour eux , semblait très-beau et très-parfait. Un Hindou ne peut concevoir la sainteté de son brahmine qu'en lui supposant en perfection l'abstinence , le silence , l'austérité et l'exactitude minutieuse à remplir chaque pratique même oiseuse ; toutes vertus qu'il admire , à différents degrés , dans ses modèles vivants. Lé Socrate de Platon ^ cette perfection du caractère philosophique, est composé d'éléments parfaitement grecs , c'est un résumé de toutes leé vertus que son école jugeait nécessaires pour l'ornement du sage.
Or, ce qui m'a souvent paru la plus forte preuve intrinsèque d'une autorité supérieure imprimée à l'histoire de l'Evangile , c'est que le caractère saint et parfait qu'if peint , non-seulement diffère de tous les types de perfection morale que ceux qui ont écrit ce livre avalent la possibilité de concevoir, mais au contraire y est
expressément opposé. Nous avons dans les écrits des rabbins d'ample* matériaux pour construire le modèle d'un parfait instituteur juif; nous avons les maximes et les actions de Hiliel, de Gamaliel et de Rabbi Samuel, toutes peut-être en grande partie imaginaires, mais toutes portant l'empreinte des idées nationales , toutes formées d'après une règle de perfection imaginaire. Et cependant rien ne peut être plus éloigné que leurs pensées, leurs principes, leurs actions et leur caractère ne le sont de ceux de notre Rédempteur. Amateurs de controverse querelleuse et de captieux paradoxes , défenseurs jaloux des principes exclusifs de. leur nation , partisans zélés et entêtés du maintien de la moindre virgule de la loi , tandis que par des sophismes ils s'éloignent de la loi : tels sont la plupart de ces grands hommes, l'exacte contre-partie et l'image réfléchie de ces scribes et de ces pharisiens qui sont réprouvés sans retour, comme une contradiction manifeste des principes de l'Evangile.
Comment est-il arrivé que des hommes sans instruction aient imaginé de représenter .un caractère qui s'éloigne à tous égards de leur type national, en désaccord avec tous ces traits que la coutume, l'éducation, le patriotisme, la religion et la nature semblaient avoir consacré comme le plus beau de tous? Et la difficulté de considérer un semblable caractère comme l'invention de l'homme, ainsi que l'on a eu l'impiété de l'imaginer, est encore augmentée en observant comment des écrivains rapportant des faits différents , comme saint Matthieu et saint Jean , nous conduisent à la même conception et à la même représentation. Il me semble cependant qu'en ceci nous trouvons une clé pour résoudre toutes les difficultés ; car, si l'on commandait à deux artistes de produire une figure qui donnerait un corps à leurs idées de parfaite beauté, et que tous les deux montrassent leur ouvrage, dont la forme fût prise également sur des types et des modèles très-différents de tout ce qui avait été connu jusqu'alors dans le pays , et qu'en même temps ces deux figures se ressemblassent parfaitement, je suis sûr qu'un pareil fait , s'il était consigné , paraîtrait presque incroyable , excepté dans la supposition que l'un et l'autre artiste auraient copié le même original.
Tel , par conséquent , doit être le cas ici ; les évangélistes aussi doivent avoir copié le modèle vivant qu'ils représentent, etl'ac-
cord des traits moraux qu'ils lui donnent ne peut provenir que de l'exactitude avec laquelle ils les ont respectivement dessinés. Mais ceci ne fait qu'augmenter notre mystérieux étonnement ; car assurément il n'était pas comme le reste de& hommes , celui qui pouvait ainsi se distinguer parle caractère de tout ce qui était reconnu comme le plus parfait et leplu3 admirable par tous ceux qui l'entouraient et par tous ceux qui l'avaient enseigné ; qui , tandis qu'il se plaçait si fort au-dessus de toutes les idées nationales, de perfection morale , cependant n'empruntait rien du grec , de l'indien, de l'égyptien ou du romain; qui, lorsqu'il n'avait ainsi rien de commun avec aucun type de caractère connu , avec aucune, loi de perfection établie , puisse paraître à chacun comme le type de l'excellence qu'il aimait particulièrement >. Et en vérité, quand nous voyons comme il a été suivi par les Grecs, quoiqu'il n'ait fondé aucune secte parmi les leurs ; révéré par le brahminc, bien qu'il lui soit prêché par des hommes de la caste de» pécheurs ; adoré par l'homme rouge du Canada , quoique appartenant à la race pâle qu'il déteste; nous ne pouvons que le considérer comme destiné à renverser toute distinction de couleur, de forme, de figure et de costumes ; destiné à former en lui-même le type de l'unité auquel se rallient tous les fils d'Adam, et nous donne, dans la possibilité de cette convergence morale, la plus forte preuve que l'espèce humaine , toute variée qu'elle soit , est essentiellement une.
1 Eurtpid. Iphigen. 55y.