‹ Discours sur les rapports entre la science et la religion révéléeChapitre 9 sur 21 · SUR L'HISTOIRE NATURELLE DE LA RACE HUMAINE. SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SUR L'HISTOIRE NATURELLE DE LA RACE HUMAINE. SECONDE PARTIE

Résultats. — Application do l'Ethnographie linguistique « cetto étude — Preuve que des nations dont les langues indiquent une commune origine ont dévié du type de famille : dans la race mongole et dans la caucasienne. — Origiuc de la. race nègre : le climat est une cause insuffisante — Collection de faits pour prouver la possibilité du changement de couleur jusqu'au noir: les Abyssiniens, les Arabes Souakin , les Congos , les Foulahs, etc. — Exemple apparent d'un état existant de transition. Objections répondues. — Effets de la civilisation : Selluks , Mongols» Germains. — Modification et suspension de causes autrefois en action. — Connexions des différentes races : division interne en nuances graduées , différence dans chacune ; Polynésiens , Malays , habitants de l'Italie. — Du type de l'art national. — Réflexions applicables aux preuves du Christianisme , relativement à l'authenticité de l'Évangile et à la perfection du caractère de notre Sauveur.

Dans mon dernier discours , je me suis contenté des analogies qui semblaient porter sur le sujet de nos recherches , et j'ai essayé de prouver, d'abord par les phénomènes parallèles dans les classes inférieures de la création organique, et par les déviations observées accidentellement dans notre propre espèce , qu'il existait une très-grande probabilité que toutes les variétés qui se trouvent dans l'espèce humaine ont toutes été produites par une souche commune ; et je vous ai promis que dans la présente réunion nous traiterions cette question directement et l'examinerions à fond; je désire donc prouver qu'une transition doit , dans un temps ou dans un autre , avoir eu lieu dans des nations entières d'une famille à une autre. Et, pour remplir ce but; nous devons nous aider d'un nouveau moyen de vérification que nos deux premières conférences vous ont fait connaître : l'étude comparée des langues.

Je suppose que personne n'a encore mis en doute , ni probablement ne le fera jamais, que des nations qui parlent des langues qui ont une grande affinité entre elles doivent, de manière ou d'autre, avoir été originairement unies. Même ceux qui nient To-

rigine commune de la race humaine accordent que l'identité ou la similitude, et particulièrement une grande affinité grammaticale de langage, entre des nations, quoique distantes, ne peut être le résultat du hasard , mais prouve quelque connexion réelle d'origine ou une parenté primitive. Ceci est de soi-même évident, même quand il n'aurait pas été mathématiquement démontré par le docteur Young, comme je vous l'ai fait voir précédemment; car les liens de parenté que j'ai mis sous vos yeux, entre quelques langages, le sanskrit, par exemple, et le grec, ne peuvent en aucune manière être le résultat d'un accident. De là nous devons conclure que si deux nations parlent, et ont parlé des dialectes de la même langue , autant que l'histoire peut remonter, ces nations ont eu une origine commune ; à moins qu'on ne puisse faire voir que l'une des deux a changé sa langue, hypothèse qui, pour se soutenir, exige toujours les témoignages les plus évidents. Car l'expérience prouve la ténacité extraordinaire avec laquelle les plus petites peuplades maintiennent leur langage originel. Les Setti Comuniy petite colonie allemande établie de temps immémorial dans le nord de l'Italie; les Grecs de la Piana dei Greci, près de Païenne; les drapiers flamands dans le pays de Galles, établis là depuis plusieurs siècles, tous ont conservé les dialectes plus ou moins purs de la langue-mère, et ils fournissent autant de preuves de la difficulté qu'il y a à déraciner un langage.

Ayant ainsi établi un élément fixe et inaltérable, il nous donne un moyen d'éprouver si l'autre est resté sans changement, ou, pour parler plus simplement , si l'identité de langage prouve avec certitude que deux nations n'en ont formé qu'une originairement, et que cependant elles diffèrent aujourd'hui l'une de l'autre dans les signes caractéristiques physiques, à un tel point qu'on peut les classer dans des races différentes; il est donc certain que les signes caractéristiques sont susceptibles de changement, car l'une des nations doit avoir perdu son type primitif. Or, je pense que l'on peut prouver que les limites de la double classification des hommes suivant le langage et suivant la forme des traits ne coïncident plus depuis longtemps ; et comme ces deux choses ont dû se suivre en concurrence autrefois , et que la forme du langage est restée invariable , nous devons conclure que l'autre a subi un changement. Même je pense que nous pourrons aller encore plus loin ; car, tan-

dis qu'aucun exemple n'a encore été offert et ne le sera jamais, ni ne peut Pétre , d'un peuple quelconque qui, soit par transition graduelle ou par impulsion volontaire , ait transféré son langage d'une famille à une autre, nous pourrons peut-être surprendre la nature dans son autre ordre de classification , au moment où elle effectue une transition d'une famille à une autre, en découvrant des exemples d'un état intermédiaire entre deux familles quelconques, ou des procédés par lesquels cet état s'est produit.

En traitant de l'affinité des langages , j'ai indiqué une connexion remarquable, solidement démontrée, entre le hongrois et les langues du nord de l'Europe, le finnois, le laponien etl'esthonien; et un coup-d'œil sur la carte ethnographique vous fera voir comment il est placé , semblable à ces portions de couches isolées que les géologues considèrent comme détachées de la grande formation à laquelle ils appartiennent réellement. Mais cette parenté s'étend encore plus loin et se rallie aux Tchermisses, aux Votiaks, aux Ostiaks, plus convenablement appelés As-Jachs et Permiens, tribus qui habitent maintenant les rives de l'Oby et même des parties encore plus dans Test de la Sibérie » . Mais , tandis que personne ne doute que toutes ces tribus ne forment qu'une famille, leurs traits physiques sont singulièrement distincts. Ils sont tous, à la vérité, remarquables par leur très-petite stature ; mais pendant que plusieurs de ces tribus ouraliennes ou tschudes , comme les Lapons , les Tchermisses , les Woguls et les Hongrois , ont les cheveux noirs et les yeux bruns; d'autres, comme les Finnois, les Permiens et les As-Jachs, ont tous, d'après Doborowsky , les cheveux rouges et les yeux bleus 2. Et ce qui aussi est digne d'observation, c'est que toutes ces tribus appartiennent à la famille mongole de Blumenbach. Aussi trouvons-nous les signes caractéristiques de cette famille d'autant moins marqués à mesure que nous nous éloignons de son siège principal , et ceux de la branche germanique de la famille caucasienne deviennent prédominants à mesure que nous approchons de son centre géographique. Ici donc, assurément,

1 Ces langues forment la famille ouralienne dans l'Ethnographie de Balbi. Atlas ethnogr. , n° xv. Yoyez la carte ethnographique dans ce volume.

* Prichard , vol. II , p. 226.

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