SUR LES SCIENCES NATURELLES
SECONDE PARTIE
S eco 7i d point de contact entre la géologie et l'Écriture. — Le déluge. — \. Prentei géologiques de l'existence d'un déluge. — - Dénudation des vallées; groupes d* blocs erratiques ; soulèvement des Alpes. — Théorie de Hutton. — Application pqc EHe de Beaumout de sa théorie à la cause du déloge. — Fragment* d'animaux ; animaux entiers trouvés dans le nord ; cavernes à ossements et brèches osseuses. -~ Objections. — II. Unité du déluge prouvée par l'uniformité do ses effets. — III. Date du déluge. Impression générale produite par l'observation des faits. — De Luc, «on système de chronomètres. — Deltas des rivières ; progrès des dunes, Jugement de. Saussure , Doiondea etCuvier. Conclusion et remarques sur les sciences wtureUes,
Si en voyage nous parcourons avec quelque rapidité une route unie et agréable, les objets qui nous entourent de plus près sembleront aller dans une direction contraire à la nôtre , et se mouvoir du côté opposé à celui où nous allons. Et ces objets sont la plupart des ouvrages de la main de l'homme, peut-être les haies vives qu'il a plantées, ou les chaumières et les maisons qu'il a bâties. Mais si nous portons la vue plus loin , et que nous fixions nos regards sur les œuvres de la nature , sur les montagnes énormes qui ceignent l'horizon , ou sur les nuages majestueux qui nagent dans l'océan du ciel , nous verrons qu'ils voyagent avec nous , dans notre direction, et que leur course tend en avant, de môme que la nôtre. Et il en est ainsi, il me semble, dans notre pèlerinage à la recherche de la vérité. Les hommes nous ont circonvenus avec les plantations de leurs propres mains, ou avec les conceptions de leur intelligence; et si nous les examinons à mesure que nous avançons , nous seroblerons en .quelque sorte en opposition et en contradiction avec les réalités des choses. Mais élevons nos regards au-dessus et au-delà de ces créations nouvelles et mortelles, contemplons et interrogeons la nature elle-même dans ses ouvrages
primitifs et permanents, nous trouverons par leur moyen qu'elle suit la même route que nous , et se dirige vers l'objet de nos désirs. Assurément la science de la géologie nous a déjà donné quelques preuves qu'aussi longtemps que les hommes amoncelèrent les systèmes , ils furent un obstacle pour ceux qui auraient volontiers avancé vers la découverte des vérités sacrées; mais que lorsque les phénomènes de la nature furent sincèrement interrogés et exposés avec simplicité , ils conduisirent manifestement vers les conclusions désirées. Mais arrivant maintenant au second point que j'ai indiqué auparavant , et qui suppose un contact entre les recherches sacrées et profanes, je veux dire le déluge, j'espère que vous trouverez l'utilité de cette science plus clairement démontrée. 11 est évident que si quelques traces des premiers événements peuvent se découvrir sur la terre, il faut nécessairement que la dernière catastrophe qui s'est passée à sa surface ait laissé les marques les plus claires de ses ravages. Le peu de durée du déluge et la nature convulsive de son action destructive n'a pas donné assez de temps pour la lente opération des dépôts successifs , mais doit au contraire avoir laissé des traces d'une puissance de destruction plutôt que de formation; de dislocation, de dérangement, de transport et d'une tendance à excaver et à sillonner plutôt qu'à être un agent d'aggrégation et d'assimilation. Nous devrions espérer pouvoir suivre la trace de son cours, comme nous suivons dans l'été celle d'un torrent d'hiver, plus facilement que nous ne découvrons le lit d'un lac desséché ; par les fragments qu'un pareil courant a arrachés de ses rives , par Faction corrosive qu'il exerçait sur les flancs des montagnes, par l'accumulation des matériaux désaggrégés, sur les points où ses tourbillons, ses tournoiements étaient le plus forts i peut-être par des dépouilles plus précieuses , par les fragments de plantes et d'animaux , qu'en franchissant ses limites ordinaires il a entraînés de leur place naturelle dans le gouffre de ses eaux. L'universalité de son action aurait produit une telle uniformité dans ses effet», qu'on les retrouve identiques dans des points séparés l'un de l'autre par des distances oonsidérables; tellement que le torrent-Océan , se précipitant par l'ouverture des écluses de l'abîme , aurait laissé la marque de ses ravages dans la même direction sur le continent de r Amérique^ sur celui de l'Europe. Il doit être sans contredit très-difficile de
fixer l'époque d'un pareil fléau sur des contrées que pfosietrs siècles de végétation ont recouvertes du produit annuel de décomposition; que la main de l'homme a labourées ou travaillées de toutes manières; que l'action corrosive ou destructive du temps a aplanies et déguisées , et qu'une série de catastrophes locales ont de temps en temps matériellement dérangées. Cependant, malgré toutes ces causes d'altération , il peut y avoir des signes indteatife de temps, soit dans l'état des ruines laissées par la dernière dévastation, soit dans les effets de forces progressives qui ne peuvent dater que de ce moment-là, et qui, au moins, suffiraient pour guider dans un calcul approximatif de l'époque de ces événements.
En examinant quelle lumière la géologie moderne a répandue sur ces trois points, l'existence, l'unité et la date d'un déluge, ou dévastation de notre globe par l'eau , je prendrai principalement pour texte le sommaire donné en peu de lignes par le docteur Buckland pour la conclusion de ses rindiciœ geolegicœ , et ensuite répété dans ses Reliqmœ dihivianœ x. Dans le fett, c'est cet ouvrage que j'aurai particulièrement en vue dans l'exposition abrégée que je vais essayer de vous faire , de ce que la géologie moderne a décidé relativement aux témoignages physiques de cette catastrophe.
Le premier phénomène qui , on peut le dire, a été attentivement observé et proposé comme preuve d'une inondation soudaine et complète , comme le suppose un déluge , est ce qu'on connaît dans les ouvrages modernes sous le nom de vallées de dèrtudation. Catcott, dans son ouvragé sur le déluge, fut le premier à en parler ; mais on les a examinées depuis avec plus d'attention et d'exactitude. On entend par ce nom des vallées creusées entré des collines, dont les couches se correspondent exactement, tellement que la vallée a été évidemment excavée dans leur masse. Pour exprimer ceci par un exemple familier : si vous découvriez parmi les ruines de cette ville des fragments de murailles , revenant par intervalles^ situées sur la même ligne; et si, par un examen plus •attentif, vous vous assuriez que les différentes portions furent bâties avec les mêmes matériaux, précisément dans le même Ordre, tel que, par exemple, des rangées de briques, de travertin et de
* Viiidiciœ, p. 36. ReliqUi*, p. aaO. Load. i8t3.
tufs calcaires, se succédant l'une à l'autre à intervalles égaut dans toute l'étendue et avec des dimensions correspondantes , assurément vous conclueriez que les différents fragments ont ori-> ginairement formé une muraille continue, et que les brèches qu'on y remarque sont le résultat de la violence ou du temps. Précisément le même raisonnement nous fera conclure que les vallées qui ont manifestement coupé les collines en deux ont été excavées par une force capable de produire un pareil effet. Le docteur Buckland a examiné ce phénomène avec fruit sur la côte de Devon et de Dorset, dont il a donné des planches explicatives. D'après ces planches, et aussi d'après sa description, il parait que la côte entière est coupée par des vallées s'ouvrant sur la mer et qui divisent les couches des collines de manière à ce qu'on reconnaît leur correspondance parfaite. Sur les côtés de ces vallées on voit des accumulations de gravier, déposées évidemment sur les pentes des collines et au bas de la gorge par la force qui a creusé l'excavation. Ce ne peut avoir été aucun agent opérant actuellement, car aucune rivière ne coule dans la plupart de ces vallées , et dans le gravier déposé on trouve des restes d'animaux, tels qu'une inondation soudaine aurait pu les détruire dans Tordre actuel de la création '. Des exemples semblables pourraient être produits d'après les travaux d'autres géologues.
Je puis rapporter à cette classe de preuves un autre fait singulier qu'il semble qu'on peut attribuer à l'action dévastatrice des eaux sur les flancs des montagnes. Je veux parler de ces énormes masses de granité ou d'autres roches dures-, qui semblent détachées et comme isolées des montagnes voisines. Le mont Cervin, dans le Valais , présente une pyramide de 5,000 pieds d'élévation sur les plus hautes Alpes. Saussure en parle ainsi : « Quelque partisan zélé que je sois de la cristallisation, il m'est impossible de croire qu'un semblable obélisque soit sorti directement sous cette forme des mains de la nature : la matière qui l'entourait a été brisée, enlevée, et on ne voit , dans les environs, rien que d'autres aiguilles, qui, comme celle-ci, s'élèvent du sol d'une manière abrupte, et aussi comme elle ont les côtés dénudés par une action violente. » A Greffenstein , en Saxe, on trouve un nombre
1 Reliquie, p. à 47. Geolog. transact. Vol. 1, p. 96.
considérable de prismes granitiques, s'élevant sur une plaine à la hauteur de 100 pieds et au-dessus. Chacun de ces prismes est à son tour divisé par des fissures horizontales et autant de blocs , et ils font naître l'idée d'une grande masse de granité dont les parties les plus tendres ont été violemment arrachées ».
Une autre classe de phénomènes qui présente des résultats analogues peut se comprendre avec raison dans le groupe que De la Bêche appelle groupe des blocs erratiques. Le docteur Buckland avait proposé avant une distinction entre les terrains iïalluvion et de diluvium : il entendait par les premiers ces dépôts que les marées , les rivières, ou d'autres causes existantes forment par leur action ordinaire; et par le diluvium, ceux qui semblent dus à Faction d'une cause plus puissante que celles qui sont maintenant en activité , telle qu'une vaste et soudaine inondation. Les parties constituantes de cette ^classe peuvent se réduire à deux : d'abord les dépôts de sable ou de gravier où l'eau n'agit pas maintenant, et ne pourrait pas avoir facilement agi dans l'ordre actuel des choses ; et secondement, ces plus grandes masses variant depuis quelques pouces de diamètre jusqu'au poids de plusieurs tonneaux , et qui sont connues sous le nom technique de cailloux roulés ( en anglais doulder stones ). Quand ils sont de petite dimension, ils sont généralement mêlés au gravier ; mais souvent ils surprennent par leurs masses énormes , et se trouvent seuls isolés sur le flanc d'une montagne, de manière à vérifier la belle description du poète:
As a huge stone is sometimes seen to lie Couched on tbe bald top of an eminence, Wonder to ail who do the same espy, By what meaus itcould hither corne, or wbence; So tbat it seems a thing indued wilh sensé» Like a sea-beast crawled fortb , that on a shelf Of rock or sand reposelfr, tbere to sun itself 3.
WOBDSWORTH.
1 Saussure, Voyage dans les Alpes , t. FV, p. 4x4, Ure, New System of Geology. Lond. 1829, p. 370.
* Gomme on voit quelquefois une énorme pierre couchée sur le som-
fie la flèche «donné «me attention particulière auxdreonstatwes dans lesquettes les dépôts de gravier se trouvent , et il montre quelles sont incompatibles avec la théorie que des causes actuelles puissent les produire. Ainsi, nous trouvons souvent que des strates ont été rompus et ont formé ce que Ton appelle une faille , sur laquelle le gravier transporté repose en dépôt tranquille et non brouillé , faisant ainsi voir qu'il a été déposé là par une action différente de celle qui a causé la fracture des couches. De même, chaque lois qu'il a été possible d'examiner le terrain sous ces dépôts, on trouve que les roches , quelque dures qu'elles soient , ont été creusées en sillons , comme si un immense courant entraînant des niasses pesantes avait passé sur leur surface. Il raisonne ainsi sur ces fûts : « Nos limites ne nous permettent pas de plus grands détails qui exigeraient des cartes nécessaires , mais appuieraient l'hypothèse que des masses d'eau ont passé sur Ta terre. Nous renfermant dans l'examen d'un seul district, on remarquera que les dislocations sont beaucoup plus considérables, et les failles produites évidemment par une seule fracture beaucoup plus étendues que ne pourraient le faire les tremblements de terre modernes. 11 n'est donc pas anti-philosophique d'inférer qu'une plus grande force, rompant et faisant vibrer les roches, aurait imprimé un mouvement plus violent à une grande masse et que les vagues lancées sur la terre, ou agissant sur le fond des mers, auraient eu une élévation et une puissance de détruire et d'enlever proportionnées à la force perturbatrice employée.
« Il s'élève ensuite une autre question : Existe-t-il d'autres marques que des masses d'eau aient passé sur la terre? A ceci on peut répondre que les formes des vallées sont arrondies et adoucies d'une manière que n'aurait pu produire aucune complication de causes météoriques , que l'on pourrait imaginer; que de nombreuses vallées se trouvent dans la ligne des failles , et que le
met aride d'une éminenee , tous ceux qui l'aperçoivent s'émerveilleut comment elle a pu arriver là» et d'où; tellement qu'elle paraît comme une chose douée de sens , un animal marin qui s'est traîné hors de l'«au , qui, sur une corniche de pierre ou de sable', se repose pour recevoir le
détritus est dispersé d'une façon à ne pouvoir être expliquée par l'action actaeMe des eaux purement atmosphériques *. »
Le doeteur Buckknd a suivi avec beaucoup de soin la trace des catReuxquartzeux, depuis le Warwickshk^etFOxfordshire, jusqu'à Londres, de manière à ne laisser aucun doute qu'ils ont été entrâtnés par une violente irruption des eaux , dans la direction du nord an sud. Car lorsque nous les rencontrons pour la première fois dans le voisinage de Birmingham et de Lichield , ils foraient des Ht* énormes subordonnés au grès ronge. De là ils ont été balayés en descendant principalement le long de* vallées de l'Evenlode et de te Tamise, mêlés avec de» fragments de roches qu'on trouve dans le Yorkshire et Le Lineolnsbire, mais nulle part in situ près des lieux où les cailloux se trouvent maintenant. La quantité diminue à mesure que l'on s'éloigne du lit originaire, tellement que éansles sablonnières de Hyde-Pare et de Kensington , ils sont moins abondants qu'à Oxford. Mais ces cailloux roulés se trouvant aussi sur les hauteurs qui bordent les vallées, il semblerait qu'on en peut naturellement conclure que la cause qui les a amenés là est la même qui a exeavé les vallées.; bien que suivant la supposition du savant professeur, c'est dans la retraite des eaux plutôt que dan&kur premier influx que cela a eu lieu. Une seule action , qui suffit ainsi pour produire tous les effets, donne certainement une base très-solide à l'hypothèse de ce savant ».
De la Bêche a trouvé au sommet de la colline du grand ïïaldon , élevé d'environ 800 pieds au-dessus du niveau de la mer, des fragments de roches qui doivent être provenus des niveaux inférieurs, « J'ai trouvé là , dit-il , des monceaux de porphyre rouge quartzifère, de grès rouge compacte, et de roche siliceuse, compacte aussi , qui ne sont pas rares dans la &rauwacke du voisinage, où toutes ces roches se trouvent à des niveaux plus bas que le sommet du Haldon , et où certainement ils ne peuvent pas avoir été charriés par les ploies ou les rivières, à moins de supposer que ces dernières ne remontent les collines. » le docteur Buckland a recueilli
• P*ge 184. Danala première éditiee, le «avant auteur est plus explicite, car il emploie le mot déluge dans le commencement du second paragraphe, où on lit maintenant des masses d'eau.
2 Reliquiœ, p. 249.
dans le comté de Durham, à peu de milles de Darlington, des cailloux de plus de vingt variétés de serpentine et de schiste , qu'on ne trouve nulle part, plus près que dans le district des lacs de Cumberland; et un bloc de granité ne peut pas être venu d'aucun |ieu plus près que Shap près de Penritli. De semblables blocs se trouvent aussi sur la plaine élevée de Sedgfield, dans le sud-est de Durham* Le point le plus rapproche dtoù ces blocs et ces cailloux peuvent provenir est le district des lacs de Cumberland , dont ils sont séparés par les hauteurs de Stainmoor; et si Ton trouve trop de difficulté à supposer qu'ils soient venus de là, on n'a que le choix de leur donner une origine norvégienne, et d'admettre qu'ils ont été transportés à travers la mer actuelle. M. Conybeare a remarqué qu'il ne serait pas difficile de recueillir une série géologique presque complète des roches de l'Angleterre , dans le voisinage de Marhet-Harborough, ou dans la vallée de Shipston-on-Stour, avec les fragments et les cailloux roulés que Ton trouve dans ces endroits. Le professeur Sedgwich a observé que les cailloux roulés qui accompagnent le détritus ou le gravier en Cumberland, doivent venir de Dumfriesshire et conséquemment avoir traverse-le Frith ou baie de Solway . La découverte de M. Philips est encore pins frappante, savoir que le diluv'um de Holderness contient des fragments de roches non-seulement de Durham, Cumberland et du nord du Yorkshire, mais même delà Norwège; et de semblables fragments déroches norwégiennes existent, diton , dans les lies Shetland. Le même écrivain nous expose un singulier phénomène de la même espèce. Dans la vallée de Warl, le substratum de schiste est couvert par une couche calcaire, au sommet de laquelle, à une hauteur de 50 ou de 100 pieds , nous trouvons d'énormes blocs de schistes, transportés en grande abondance; et plus loin sur les falaises à une élévation de 150 pied&, les blocs sont encore plus nombreux. Ils paraissent avoir été chassés sur un point particulier par un courant vers le nord, et ensuite charriés sur la surface du calcaire)1. » Tellement que nous avons un dépôt évident de calcaire sur du schiste , et ensuite une translation violente de blocs de cette même roche sur la surface du dépôt.
1 Ocol. iransact. Vol. III, p. i3.
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On observe sur le continent précisément les mêmes apparences. En Suède et en Russie, on trouve de grands blocs que tout annonce avoir été transportés du nord au sud ; le comte Rasoumowsky remarque que ceux qu'on voit entre Saint-Pétesbourg et Moscou viennent de Scandinavie et sont disposés en ligne du nord-est au sud-ouest. Les blocs erratiques , depuis la Dwina jusqu'au Niémen , sont attribués, par le professeur Pusch, à la Finlande, au lac Onega et à FEsthonie ; ceux de la Prusse orientale et de partie de la Pologne appartiennent à trois variété», qui toutes se trouvent dans les environs d'Abo en Finlande. En Amérique, il en est de même; le docteur Bigsby, décrivant l'aspect géologique du lac Huron, remarque que « les rives et le lit du lac Huron paraissent avoir été soumis à l'action d'une irruption violente des eaux et de matières flottantes venant du nord. L'existence de ce flot impétueux est prouvée non-seulement par l'état d'érosion de la surface sur la grande terre du nord et les lies éparses de la chaîne manitouline, mais par les immenses dépôts de sable et les masses de roches roulées que Ton trouve en monceaux sur chaque plateau , tant sur le continent que dans les lies; puisque ces fragments sont presque exclusivement prmitifs, et sont dans plusieurs cas identiques avec les roches primitives , in situ , sur la côte septentrionale ; et comme, en outre , le pays au sud et à l'ouest est de formation secondaire jusqu'à une grande distance, la direction de ce grand courant du nord au sud parait bien attestée *. »
11 est juste , cependant, de noter l'hypothèse soutenue avee tant d'esprit et de savoir par quelques géologues moderfies très-habiles, que tous ces phénomènes peuvent s'expliquer par des causes actuellement agissantes. Fuchsel fut le premier qui présenta cette assertion , que l'on peut dire avoir plus tard formé la base de la théorie de Hutton. Celle-ci, comme plusieurs autres sectes philosophiques, doit sa célébrité plus aux disciples qu'au fondateur; et Playfair et Lyeil ont certainement fait pour la soutenir tout ce qu'une vaste accumulation de faits intéressants et une suite de raisonnements des plus ingénieux pouvaient effectuer. Il faut reconnaître que ce dernier, en particulier, a ajouté immensément à la collection d'observations géologiques. Selon cette théorie tou-
* Geolog. transact. Vol. I, p. 20 5.
te* les vallées ont été «eevées par les rivière* ou km wmemxqoi les parcourent ; tout ce qui exige une force eonvulsive est attribué aux tremblements de terre du caractère et de l'étendue dont bous sommes encore témoiiis; tout transport de roches ou de gravier peut avoir été effectué par les marées, les rivières , tes torrents, ou les giaces flottantes. Les auteurs que j'ai cités, et beaucoup d'autres qui sont éminents dans la science, sont naturellement opposés à cette théorie. Brnngniart, par exemple, en réfute cette partie qui attribue à l'eau une assez grande force de division pour que des vallons profonds et des ravines aient été ainsi tomes par Faction d'un faible courant qui aurait rongé le roe pour se faire un lit. La riche végétation des mousses sur la surface des rochers, au niveau de l'eau et même au-dessous, prouve que la roche sur laquelle elles poussent n'est pas constamment enlevée par le courant; car s'il en était»»», elles seraient aussi constamment entraînées avec le dur sol auquel elles s'attachent. Le Nil et l'Orénoque, malgré l'immense force que leur donne leur volume, lorsqu'ils rencontrent une barrière de rochers qui interceptent leurs cours ', loin de l'user par leur frottement , l'enduisent seulement d'un riche vernis brun d'une nature particulière. Greenough a observé que l'action des rivières tend plutôt à remplir qu'à exoaver les vallées, d'autant qu'elles élèvent plutôt leur lit, qu'elles ne se creusent des canaux plus profonds; car l'observation a prouvé, en creusant des puits sur leurs bords, que le dépôt de sédiment descend plus bas que le lit de la rivière. « L'action des rivières, continue-t-il, éoit consister soit à remplir, soit à creuser, mais ne peut pas faire les deux à la fois. Si leur action consiste à excaver, eues n'ont pas formé ces lits de gravier; si c'est à remplir, elles n'ont point excavé la vallée ». » Le transport des graviers et des cailloux roulés à de si immenses distances et de si grandes hauteurs ne peut pas davantage s'expliquer par les causes existantes ; car on a observé que même les rivières, à moins qu'elles ne soient très-fortes, ne charrient pas leurs cailloux à une grande
1 Dictionn. des Sciences naturelles, vol. XIV, p. 55. * Critical examination of the Grst principles of Geology. Lond, 1819, p. i3q.
distance, puisque dnltoentes parties de tours cours ée trouvent purées et cailloux de diverses sortes. On a calculé que pour qu*m» tinrent des Alpes pût entraîner quelques-un* des blocs épars an pied de cette chaîne de montagnes, on doit lui donner une mcfi* naisosi telle que sa source se trouverait placés au-dessus de la k» gne des neiges perpétuelles. Le bloc erratique appelé Pierre-a-Mara», contient iQjm pieds cubes de granit; un autre à Neufcnatel pès» £8,066 quintaux; à Lage, il y a un bloc de granit appelé JehaïunVSletn ( la fHerre ds Jean ), de vingt^quatre pieds de diamètre. Un énorme bloc erratique, sur la côte d'Appra, dans 1' Argy leshire , en Ecosse, a été décrit par M. Maxwell; c'est un composé granitique d'une forme irrégulière, mais ayant ses angles arrondis; il a une circonférence verticale de quarante-deux pieds, et une horûrantale de trente-huit. D'antres blocs granitiques, en grand nombre, se trouvent en différentes parties de l'Ecosse; mais il n'y a point dans le pays de granit *• situ d'où Ils puissent provenir».
Avant de quitter ce sujet des blocs erratiques, je ne dois pas émettre de parler de la singulière apparence qu'ils présentent dans les Alpes ; ils ont été examinés particulièrement par Elie de Bsaumont, et pins récemment par De la Bèefee. Leur position est précisément celle que nous pourrions supposer que leur donnerait l'impulsion d'un immense courant d'eau se précipitant à travers les vattées et emportant avec lnides fragments des montagnes près desquelles il passe, et remplissant des cavités entières avec les raines qu'il entraîne. Lorsqu'un escarpement on quelque proéminence de terrain obstrue sa course , il dépose une plus grande accumulation de matériaux. Les blocs sont d'antant plus gros qu'on las trouve plus près de la place don ils ont pu être arrachés, tandis qu'ils diminuent de volume et sont plus usés par le frottement à mesure qu'ils s'éloignent.
Le géologue que j'ai suivi de si près dans son exposé se demande jusqu'à quel point la dispersion des blocs des Alpes peut être contemporaine du transport supposé des fragments erratiques de la Scandinavie? H répond, après un avertissement préliminaire , « que dans les deux cas les blocs paraissent jusqu'à un
1 Geolog. transact. , vol. III , p. 4*8.
certain point superficiels^ et ne sont recouverts par aucun dépôt gui aurait pu nous fournil* quelques (tonnées relativement à leur différence d'âge , et qu'il est possible qu'une grande élévation des Alpes et la distribution des blocs des deux côtés de la chaîne puissent avoir été contemporaines , ou à peu près, d'une convulsion dans le Nord. ' » Dans un autre ouvrage, il amène plus amplement la distinction entre ces deux grandes distributions de blocs erratiques, celle des Alpes et celle du Nord, qu'il pense qu'on peut attribuer toutes deux à une période comparativement récente. « Quel espace de temps, dit- il, a pu séparer les deux accumulations de ces blocs, c'est ce que nous ne savons pas ; mais nous sommes certains que ces époques géologiques de Tune et de l'autre doivent être très-récentes , puisque toutes les deux reposent sur des roches qui elles-mêmes ont peu d'antiquité relative. » Ensuite il infère des phénomènes observés en Europe et en Amérique , que quelque cause ayant son origine dans tes régions polaires s'est développée de manière à produire cette dispersion de matière solide, sur une certaine portion de la surface delà terre. Nous ne connaissons que Peau en mouvement capable de produire un pareil effet '. Cet auteur pense que la même simple cause proposée par M. EHe de Beaumont , pour expliquer toutes les précédentes révolutions sur la surface de la terre, peut également expliquer cette dernière. Une élévation du sol sous les mers polaires chasserait l'Océan dans le sud par-dessus les continents, avec une forée proportionnée à l'intensité de son action.
Ici $ je dois encore une fois faire remarquer que nous avons une autre preuve que, bien loin que la tendance de plusieurs géologues du continent soit vers l'incrédulité , ils s'efforcent au contraire d'arranger leur hypothèse de telle manière' que la narration de l'Ecriture puisse y trouver place , et que leur solution du grand problème géologique puisse en partie être vérifiée , parce qu'elle comprend le grand fait historique rapporté par l'historien sacré. Car Elie de Beaumont remarque, en concluant ses Beeherches 3, que l'élévation d'une chaîne de montagnes, tandis qu'elle produit sur les pays situés dans son voisinage immédiat les violents effets
1 De la Bêche, p. 194.
* Researches in iheoretical Geoîogy, p. 390.
qu'il a décrits , causerait dans les régiqps pkis éloignées une violente agitation des mers et un dérangement dans leur niveau: événements comparables è l'inondation soudaine et passagère dont nous trouvons l'indication avec une date presqu'unifonne-dans les archives de toutes les nations. » 11 ajoute alors dans une note, « qu'en considérant cet événement historique comme étant simplement la dernière révolution sur la surface du globe, il serait porté à supposer que les Andes furent soulevées à cette époque ; et par ce soulèvement on peut expliquer tous les effets concurremment nécessaires pour produire un déluge ». »
J'arrive maintenant à un autre sujet également grand et beaucoup plus intéressant , que je n'aborde qu'avec hésitation , à cause des hypothèses variées et des opinions contradictoires qui s'y rattachent. Je veux parler des débris d'animaux découverts dans les différentes parties du monde et dans des circonstances extrêmement variées. J'ai fait observer précédemment que dans les couches supérieures ou pins meubles, telles que nous pouvons les supposer déposées pendant une submersion temporaire de la terre sous les eaux poussées comme un torrent violent et impétueux; que dans ces couches, dis-je, on trouve des ossements ou des corps d'animaux appartenant la plupart des cas à des genres encore existants , quoique d'espèces , quelquefois , un peu différentes. Jugeant par analogie nous pourrions conclure qu'ils ont été déposés dans leurs situations présentes par la dernière convulsion qui a agité le globe , puisqu'il n'y a point de traces qu'ils en aient subi aucune autre; et il semble à peine possible de douter que l'eau n'ait été l'agent employé pour les conserver d'une manière aussi remarquable.
On peut considérera sujet comme épuisé par le docteur Buckland, jusqu'à l'époque de la publication de son ouvrage sur les débris diluviens ; et les découvertes faites , depuis son livre, d'ensevelissements plus récents , semblent , sauf quelques exceptions dont je vais parler, présenter seulement des répétitions de phénomènes qu'il a observés et confirmés dans plusieurs de ses conclusions.
Les restes d'animaux découverts à la superficie peuvent se
1 Ubi sup, et Annales des sciences naturelles, t. XIV, p. a3*.
classer en trais divisions : premièrement , eeux qu'on trouve ea~ tiers, ou à peu près, dans les régions du Nord, auxquels il faut joindre ceux dont la situation semblable ne peut s'expliquer que par une hypothèse également semblable; secondement, ceux qu'on trouve dans des cavernes; troisièmement, ceux qui existent dans ce qu'on appelle brèche e$9*use, ou mêlés de gravier ou de détritus dans les fissures des roches.
Dans la première dasse nous pouvons comprendre d'abord le« cadavres d'éléphants et de rhinocéros trouvés dans la glace , ou plus exactement, dans la boue gelée des Utkndes septentrionales. En lf 99, Schumachoff, chef tangouse, remarqua* une masse informe dans la glace, sur la péninsule de Tarasel, à l'embev* churedela Lena : en i£ft4, elle se détacha et tomba sur le sable. U se trouva que c'était un éléphant, si entier, que les dusse et même les hommes mangèrent de sa chair. Les défenses furent coupées et vendues , et le squelette avec un peu de poil fut transporté au Muséum impérial de Pétersbourg, où il est encore conservé. Un rhinocéros décrit par Panas, en 17/0, et découvert dans la boue glacée, sur les bords du Vituji, était aussi avec sa peau garnie de pou ». L'expédition du capitaine Beeehey, dan» le nord de l'Asie, a fait connaître beaucoup de faits pareils; car les ossements de ces deux espèces d'animaux se trouvent en nombre considérable enclavée dans du sable glacé ». Les animaux que l'on trouve ainsi sont considérés comme appartenant à des espèces différentes de celles qui existent aujourd'hui, principalement à cause du poil dont is sont recouverts. Peut-être, cependant, la variété ne va pas beaucoup au-delà de ce qu'on remarque dan» des animaux bien connus, lesquels, dans quelques pays, ont la peau entièrement ou presque dénudée, tandis que dans d'autres pays ils sont velus; tel est le chien, dont l'espèce glabre est bien connue. M. Fairholme a eké un passage de la notice de l'évéque Béber, qui indique que des éléphants couverts de poil existent eiK core aujourd'hui dans l'Inde, et il soutient que l'expérience prouve la tendance de l'éléphant à devenir velu dans des climats plus
1 Mémoires de l'Acad.impér. de Saint Pétetsbourg, v. TU. * Voyez l'essai sur ce sujet, par le professeur Bucklaud, à la fin de l'ouvrage du capit. Beeehey.
— «M — froids. Quoi qtfil en «oit, tassant ce point de eête , on ne peuf douter que ces animant doivent avoir été surpris par quelque catastrophe soudaine ou une inondation qui lésa détruits et ensevelis dans un seul et même moment. 11 est tout-à-fait étranger à notre sujet de nous enquérir si ces animaux habitaient le pays où ils se trouvent maintenant enterrés ; et, s'il en est ainsi, comment as pouvaient vivre dans un climat aussi froid; ou si, d'un autre côté , le climat n'a pas subi un changement. Il parait , à la vérité, très-probable qu'ite vécurent et moururent aux lieux où ils sont maintenant gisants , au lieu d'y avoir été transportés ; et que le climat a subi une modification telle que sa température n'est plus convenable pour des animaux qui , auparavant , pouvaient nonseulement le supporter, mais encore trouver dans la végétation leur nourriture nécessaire. Ce changement aussi doit avoir été si soudain , au moins selon toute apparence , que la décomposition n'a pas eu lieu ,et le froid doit avoir gelé les animaux presqu'aus* sitôt après leur mort. Comment tout ceci est-il arrivé ? La solution, dans ce cas , est du domaine du système et de la conjecture; mais assurément tous ces faits se concilient très-bien avec l'idée d'un fléau , destiné non-seulement à faire disparaître toute vie de dessus la terre, mais aussi à compléter la malédiction originelle , en causant des modifications au climat ou aux autres agents qui influaient sur la vitalité, de manière que l'immense longévité de l'espèce humaine pût se réduire , de la longue période de la vie antédiluvienne, au terme plus raccourci de la vie patriarcbale.
Quelles que soient les difficultés qui peuvent rester sans solution dans la classe des phénomènes que j'ai expliqués, il est évident que loin d'être en opposition avec le caractère de la dernière grande révolution , ils paraissent au contraire bien plus explicables, en l'admettant, que par une autre hypothèse. Et, à ce su-* jet, Pallas avoue que «jusqu'à ce qu'il eût exploré ces parues et qu'il eût vu des mouvements aussi étonnants, il n'avait jamais été persuadé de la vérité du déluge x.
La seconde classe , comprenant les ossements des animaux conservés dans les cavernes, possède un plus haut degré d'intérêt que la première. J'excéderais de beaucoup les limites dans les-
1 Essai sur la formation des montagnes.
quelles je dois me renfermer, si je voulais énumérer tous leslieux où se trouvent ces sépulcres de l'ancien Monde, tant en Angleterre que sur le continent; je vais donc me contenter de vous en donner une idée générale d'après l'exacte description de Buckland. Celle qui la première a excité l'attention générale est à Kirkdale, dans le Yorkshire. Elle fut découverte dans une carrière en 1821 , et présentait une très-petite ouverture à travers laquelle on était obligé de ramper. Le sol était couvert à la surface de stalagmite ou de dépôt calcaire formé par l'eau qui égouttait de la voûte. Sous cette croûte supérieure était un riche terreau ou une boue durcie, où étaient incrustés les os d'une grande variété d'animaux et d'oiseaux. La plus grande partie des dents appartenait au genre hyène, et on y trouvait des échantillons indiquant tous les âges. Il faut y ajouter des os d'éléphant, de rhinocéros, d'ours, de loup, de cheval , de lièvre , de rat d'eau, de pigeon , d'alouette , etc. Indépendamment des autres preuves que cette caverne a été le repaire de hyènes pendant plusieurs générations, les os, presque sans exception , sont rompus , réduits en poussière,, sauf quelques os solides et durs qui ont pu résister à l'action de la dent. Et , dans le fait, on retrouve la trace des dents sur plusieurs des os , et qui correspondait exactement avec les dents de hyènes découvertes dans la caverne. En comparant ces traces avec les habitudes actuelles de ces animaux , en examinant l'étendue et le caractère de l'accumulation, et tenant compte de la position et des accessoires de la caverne, le docteur Buckland tire cette intéressante conclusion , que ce lieu doit avoir été pendant des siècles un repaire de hyènes qui y entraînaient les os des animaux qu'ils avaient tués , et là les rongeaient à loisir, et qu'une irruption des eaux a charrié dans la caverne le sédiment dans lequel ils sont maintenant ensevelis, et qui les a préservés de la destruction. Une pareille conclusion s'accorde exactement avec le caractère du déluge x. On peut, considérer cette description comme applicable en général aux plus célèbres de ces cavernes , telles que celles de Torquay , Gailenreuth, Rûloch, etc.; bien qu'il faille observer que, dans les cavernes de l'Allemagne , ce sont principalement les os d'ours qui prédominent.
1 Reliqniœ, p. i-5i.
Les faits exposés par le docteur Buckland sont admis par tout le monde comme ayant été observés avec une scrupuleuse exactitude et discutés avec une parfaite impartialité ; son raisonnement, cependant , et ses conclusions , n'ont pas échappé à la critique. M. GranvihePenn, en particulier, a attaqué l'ensemble de l'explication d'une manière très-ingénieuse et très-serrée. Il soutient que les os doivent avoir été transportés dans la caverne par le courant qui les enleva dans le voisinage , et les poussa de force dans l'étroite ouverture de la montagne. Maisr comme il est d'accord sur les points les plus importants , en ce qu'il regarde ceci comme une forte preuve du déluge , il n'est pas nécessaire d'examiner ses arguments. Il suffira de dire que les géologues n'ont pas été convaincus par ses raisons, et que Cuvier, Brongniart et d'autres ont continué d'admettre l'explication de Buckland.
Mais il y a une autre question plus importante, qui peut-être ne pouvait pas être aussi aisément résolue , quand le savant professeur publia son intéressante découverte. A-t-on trouvé des ossements humains , tellement mêlés avec les débris d'animaux , que nous puissions en conclure que l'homme a été sujet à la même catastrophe qui les a enlevés à l'existence ? Certainement, les cas qu'il a pu observer étaient de nature à justifier la conclusion à laquelle il est arrivé r que , partout où des ossements humains ont été découverts, mêlés à ceux des animaux, c'est à une époque postérieure qu'ils avaient été introduits dans la caverne. Mais il paraît que , dans un ou deux cas, les circonstances diffèrent un peu des exemples cités.
La cave de Durfbrt , dans le Jura, fut visitée la première fois par M. d'Hombres Firmas , en 1798 ; mais cependant il n'a rien publié à ce sujet qu'il ne l'ait examinée de nouveau, vingt-cinq ans plus tard. Son essai parut sous le titre de Notice sur des ossements humains fossiles. En 1825 , M. Marcel de Serres en publia un compte plus détaillé. La caverne est située dans une montagne calcaire, environ 5000 pieds au-dessus du niveau de la mer, et on y entre par un puits perpendiculaire de 20 pieds de profondeur. En entrant dans la caverne ' par ce puits et par un pas-
> Granville Penn , Comparative estimatc of (lie minerai and Mosaïi al Geologies; ae édit. i8a5, vol. II, p. 394.
sage étroit, il y a un espace de trois pieds eq eawé contenant des ossements humains , incorporés dans une pâte calcaire pommelés débris de Kirkdale.
Mais une observation encore plus exacte, accompagnée des meV mes résultats, a été faite par M. Marcel de Serres , sur les ossements trouvés dans le calcaire tertiaire à Peadres et Souvignargues,dans le département de l'Hérault, Là, M. eteCristoUesadér couvert des os humains et de la poterie mêlés a des débris do rhinocéros, ours, hyène, et plusieurs autres animaux. Ils étaient ensevelis dans la boue durcie et des fragments de la roche calcaire du voisinage. Sous cette accumulation, de treize pieds d'épaisseur en quelques endroits , se trouvait le sol primitif de la caverne* Par une analyse rigoureuse , on a trouvé que ees ossements ne contenaient plus de matière animale, de même que les os de hyène qui les accompagnaient. Ils sont les uns et tes autres fragiles , et adhèrent aussi fortement à la langue. Pour s'assurer de ee point, MM. de Serres et Ballard comparèrent ces os avec ceux tirés d'un sarcophage gaulois, et que Ton supposait avoir été enterrée tbr puis i400 ans; le résultat fut que tes os fossiles doivent étee bien plus anciens l.
Dans ce cas , cependant, la découverte de la poterie rend peaT sible la supposition que les os humains ont été introduits posté* rieurementé Car, tandis que, d'un côté, noue ne pouvons pas ad* mettre que l'homme ait occupé la caverne en compagnie de hyènes, de l'autre , nous ne pouvons imaginer que ces animaux , tout en s'abandonnant à leur goût pour ronger les os, même aux dépens de l'homme , auraient introduit de la poterie dans leur réduit ou essayé leurs dent» sur eUe. Donc , un accident ou un dessein prémédité peut avoir enseveli quelque habitant plus récent du voisinage, dans la tombe plus ancienne des bêtes féroces; bien qu'il nous reste à expliquer comment ces os d'homme peuvent se trouver pétris dans la même pâte que tes autres. Dans l'une et l'autre hypothèse , cependant, nous avons une preuve évidente qu'une révolution violente causée par une irruption soudaine des eaux a détruit les animaux qui habitaient les parties septentrin-* nales de l'Europe, et les phénomènes analogues dans les parties
1 Lyell, vol. II, p. a*5.
— ss» —
méridionales, corrobores par fosimiMable* découvertes en Asie et m Amérique, indiquent que son influence s'étend encore plus loin. Au milieu du dernier siècle , quelques ossements humains forent, dit-on, trouvés incrustés dans une roche très-dure, et regardés comme un témoignage d'une action diluvienne «.
La troisième classe de débris animaux dont j'ai parlé, consiste en Irèches oisemes, comme on les appelle, qui se trouvent généralement dans les fissures des roches , ou même dans les grandes cavernes. Elles sont formées d'os fortement cimentés ensemble et avec des fragments des roches environnantes. De la Bêche a examiné attentivement cette que Ton trouve dans le voisinage de Nice, et le docteur Buckland a recueilli des détails particuliers sur celle découverte à Gibraltar. » Cette espèce d'incorporation est généralement considérée comme ayant différentes dates , dans différentes circonstances; mais quelques-unes , peut-être, doivent être regardées comme contemporaines, dans leur formation, des autres dépôts que j'ai décrits.
Et je termine ici la première partie de mon argument ou plutôt de mon exposition , en ce qui concerne les plus récentes conclusions de la géologie, au sujet de la dernière révolution qui a troublé la surface de la terre. Mais, avant d'aller plus loin, je dois résoudra une difficulté qu'on peut facilement élever. Il y a beaucoup et de très-savants géologues qui attribuent dinars phénomènes que j'ai décrits à des révolutions plus anciennes que le grand cataclysme ou déluge décrit dans l'Ecriture; même quelques écrivains d'un sens droit et profond distinguent le déluge géologique de l'historique, qu'ils considèrent seulement comme une inondation particulière 3 , et attribuent au premier toutes les apparences que j'ai expliquées.
À ces réflexions je répondrais diversement. D'abord je dirais que
9 Notice curieuse et détaillée de quelques squelettes huaurint découverts dans une ancienne tombe , traduite du français ; et «ussi un récit circonstancié de quelques corps hun&Jàs pétrifies trouvés en février dernier placés debout dans une roche. Lond. 1760 (en anglais. ) Yovea la lettre à la fin de l'ouvrage.
2 Geolog. traosaet* , vol. III , p. 173. Retiqui», p. i*Ô.
* Boubée, p. 43»»o$.
la découverte des ossements humains doit, en dernière analyse, décider ce point ; car, si Ton peut prouver qu'ils existent dans des situations semblables , ou dans les mêmes circonstances que ceux des animaux des cavernes, nous devons admettre que la cause de leur destruction est la catastrophe que décrit l'histoire. Car, si celle-ci, soit sacrée ou profane, représente les hommes et les animaux comme également privés de l'existence par une irruption des eaux, et si la géologie présente précisément les effets d'une semblable catastrophe, et donne par là une preuve qu'aucune révolution plus récente n'a eu lieu , il serait tout-à-fait anti-philosophique de disjoindre les deux ; car le concours de leur témoignage est comme celui d'un document écrit, avec une médaille ou un monument , exactement comme larc-de-triomphe qui rappelle la victoire de Titus sur les Juifs, par la représentation de leurs dépouilles, bien que sans date ^ sera toujours, par un homme instruit , rapporté à la conquête décrite avec tant de détail par Josèphe.
Mais supposons qu'on puisse prouver que tous les phénomènes que j'ai décrits appartiennent à une ère antérieure, devrais-je.avoir du regret de la découverte ? Très-assurément non ; car je ne craindrai jamais et par conséquent je ne regretterai jamais lès progrès faits dans le chemin de la science. S'il était possible de découvrir un système exact de chronologie géologique , et de démontrer que quelques-uns des phénomènes décrits appartiennent à une période plus éloignée , je les abandonnerais sans chercher à les défendre ; parfaitement assuré d'abord que rien ne peut, être prouvé qui soit hostile aux livres sacrés; et ensuite, qu'une semblable destruction des preuves que nous avons cherché à établir ne serait qu'un préliminaire à la substitution d'autres beaucoup plus décisives. Qui regrette, par exemple , que le homo diluvii testis, ou l'homme témoin du déluge , de Scheuchzer, se soit trouvé n'être seulement qu'une partie d'un animal du genre des salamandres? Lui , en vérité , le croyait une, preuve des plus importantes ; mais certes, aucun ami de la vérité ne peut être fâché de la découverte, ou regretter que ce témoignage isolé ait été remplacé par les faits coordonnés que j'ai réunis. « La religion chrétienne, ditFontenelle,n'a eu besoin dans aucun temps de fausses preuves pour soutenir sa cause, et c'est plus que jamais le cas à présent, par le soin que
les grands hommes de ce siècle ont pris de rétablir sur ses trais fondements , avec une plus grande force que les anciens ne rataient fait. Nous devons être remplis d'une telle confiance dans notre religion , qu'elle nous fasse rejeter les faux avantages qu'une autre cause pourrait ne pas négliger z. » Quoi que nous puissions penser des opinions de cet écrivain , son jugement sur notre sincérité dans la confiance que nou& avons en notre cause est parfaitement exact. J'ajouterai, en outre, que je ne suis qu'historien pour cette science et les autres, considérées dans leurs rapports avec les preuves du Christianisme; j'ai seulement à constater en général les opinions des hommes instruits dans leurs études respectives, comparant le passé avec le présent. Le terrain change constamment sous nos pieds; et nous devons être contents d'une science quelconque, si l'expérience prouve que son développement progressif est favorable à une sainte cause.
Nous arrivons maintenant à la question intéressante , savoir , jusqu'à quel point les phénomènes géologiques tendent à prouver que la catastrophe a été unique , en d'autres mots , si des observations récentes nous conduisent à supposer une multitude d'inondations locales ou un seul grand fléau dans une magnifique et imposante proportion. Or, pour répondre à cette question, je dirai que les apparences indiquent la dernière supposition.
Car, en premier lieu , vous ne pouvez pas avoir manqué de re* marquer que , dans l'esquisse que je vous ai tracée de la course parcourue par les blocs erratiques et d'autres matières entraînées, ils présentent une direction presque uniforme du nord au sud. Les cailloux roulés de Durham et de Yorkshire viennent du Cumberland; ceux du Cumberland , de l'Ecosse ; ceux de l'Ecosse, de la Norwège. Des cailloux du même pays se trouvent à Holdemess, la vallée de la Tamise en est garnie, et nous les offre disposés en forme de lits de torrents, à partir de Birmingham. La même chose existe sur le continent ; car les blocs erratiques dé l'Allemagne et de la Pologne peuvent se suivre jusqu'en Suède et en Norwège. Brongniart a également remarqué qu'ils se dirigeaient en lignes parallèles du nord au sud , variant légèrement quelquefois dans leur direction , mais toujours , dans l'ensemble, présen-
* Hist» des Oracles, p. 4 » édit. d'Août, 1687*
tant l'apparence d'avoir été entraînés du nord par «m courant kw résistible. Vous tous rappellerez aussi que les observations du docteur Bigsby, en Amérique , lui ont fait voir que le détritus venait toujours de points plus éloignés vers le nord. La même direction parait exister à la Jamaïque, car De la Bêche a observé que la grande plaine de Liguana y sur laquelle est situé Kingston , « est entièrement composée de gravier diluvien, consistant principalement en détritus des montagnes de Saint-André et de Port-Royal, et produit évidemment par ces causes qui ne sont plus en activité ;mais enlevé de ces montagnes de la même manière et probablement à la même époque que les nombreux lits de gravier européen, qui résultent de la destruction partielle des roches européennes. » Or, ces montagnes sont au nord de la plaine. De plus encore, la plaine de Vere et du bas Clarendan est diluvienne, et ses matériaux paraissent sortis des régions teappéenhes, parmi les montagnes de Saint-Jean et de Clarendon, qui sort situées veré le nord'.
Cette coïncidence de direction dans la course suivie par le courant de TOoéan en des parties du monde si éloignées l'une de Tautre» soit que nous mesurions leur distance du nord au sud, onde Test à l'ouest,, parait indiquer clairement l'opération d'une course uniforme. Car si nous supposons que la mer ait fait irruption sur la terre à différentes époques , cela pourrait avoir été une fois la Baltique, par exemple, une autre fois la médherranée, puis l'Atlantique; et, dans chaque cas, la direction du fléau , indiquée par ses traces, aurait naturellement Tarie. Tandis que maintenant, non-seulement l'admission d'un tel déluge est rexptteation la plus simple et par conséquent la plus philosophique de ces phénomènes constants et uniformes , mais une variété de semblables catastrophes peut à peine s'admettre sans supposer que chacune aura détruit ou troublé les effets de la précédente ; tellement que nous devrions avoir des lignes croisées de matières transportées et des directions variées dans les masses roulées, de manière & déranger tous les calculs. Cependant rien de semblable n'a été découvert dans les régions explorées jusqu'à présent , et pareonséfoent une
1 Onthe Geoiogy of Jamaica. Geolog. transact., vol. II, pag. 18ax84.
i kiwi établie doit conclure que la cause a été unique. Et ce raisonnement ne pourrait pas beaucoup être argué de feux, quand même des recherches subséquentes dans des contrées phis éloignées conduiraient à des résultats différents. Car nous devons naturellement supposer que d'autres océans , outre l'Océan septentrional, peuvent avoir eu leurs écluses lâchées sur la terre pour produire sa grande et dernière purification, et, par leur action, les lignes des masses emportées tendraient vers une autre direction*
Si le trajet des matériaux transportés indique une direction uniforme, nous pouvons attendre que la route sur laquelle ils ont voyagé doit être usée d'une manière correspondante. Le premier qui ait remarqué cette apparence est, comme je l'ai déjà dit, sir James Hall, qui observa que , dans le voisinage d'Edimbourg, les roches portent l'empreinte d'ornières ou de lignes creusées, selon tonte apparence, par le passage de masses pesantes en roulant, et dans la direction de l'est à l'ouest. M. Murchison a décrit avec détail des apparences de même sorte dans le district de Brora, Sutherlandshive. « J'ai remarqué dans un premier écrit , dit M. Murchison > que ces collines doivent probablement leur origine à la dégradation; cette supposition est maintenant confirmée par la découverts sur la surface d'une innombrable quantité de sillons parallèles et de creux irréguliers plus ou moins profonds) tels enfin qu'as ne peuvent avoir été prodoits par aucune autre opération que par le mouvement impétueux de fragmente de roches emportés par quelque courant très-puissant. Les sillons et les creux paraissent avoir été faits par des pierres de toutes dimensions, et conservent un parallélisme général dans la direction du nordouest au sud-ouest, sauf l'exception assez rare de lignes qui dévient légèrement) probablement à cause des petites pierres jetées avec force contre les grosses par l'action du courant x. » Cette coïncidence est certainement remarquable, et ne laisse guère lieu de mettre en doute l'unité de la cause qui a produit des résultats si uniformes».
* Geol. transact. vol. II, p. 35?,
» Depuis l'impression de l'ouvrage de M. Wisemaa oa a fût en Suède des découvertes qui confirment pleinement les observations qu'on vient
Je n'insisterai pas sur la coïncidence des autres circonstances, comme la conformité de distribution dans le diluvium et de ses débris organiques dans différentes parties du monde ; car les remarques que j'ai déjà faites suffiront pour vous faire voir que les probabilités sont grandement en faveur d'une seule et unique cause qui a suffi à tout. Et je ne vous retiendrai pas non plus sur une autre conclusion importante, résultant manifestement de tout ce qui a été dit , que la dernière inondation n'était pas, comme celle que Ton suppose ravoir précédée, une longue immersion sous la mer, mais seulement un flot temporaire et passager exactement comme le décrit l'Ecriture. D'après l'aspect des cavernes à ossements , il parait qu'avant l'inondation la terre était en partie au moins la même qu'à présent ; et il paraît qu'elle n'est restée sous l'eau que pendant une période très-limitée, d'après l'absence de ces dépôts qui supposent une dissolution , car son sédiment est composé de matériaux libres , des graviers , des brèches et des débris mêlés , tels qu'une rivière ou la mer, sur une échelle gigantesque, peuvent être supposés les avoir d'abord enlevés, puis laissés derrière elles.
Nous venons enfin à une autre question encore plus intéressante. La géologie a-t-elle quelque donnée pour pouvoir apprécier avec une précision convenable l'époque de cette dernière révolution? A ceci je pense que nous pouvons répondre en sûreté, et quelques-unes des autorités citées le disent expressément, que l'impression générale et même vague , si vous voulez , produite sur des observateurs exacts par les faits géologiques , est que le dernier fléau est d'une date comparativement moderne. La surface de la terre présente l'apparence d'avoir été en quelque sorte tout récemment modelée, et les effets des causes actuellement en activité paraissent peu importants, à moins qu'on ne les restrei-
de lire. M. Sefstrom a retrouvé , près de Stockholm et dans la Westgo- ' thie* les sillons creusés dans la pierre des montagnes par l'action de l'immense courant diluvien. 11 calcule que formasse de cailloux emportés par les eaux avait environ une hauteur de quinze cents pieds; car on ne trouve plus de sillons sur les montagnes qui surpassent cette élévation. Voyez Annalen der chênaie de Poggeudorff, t. XXXVIII, p. 6x4.
( Note du traducteur, )
gne à une période très-limitée. Ainsi , si nous examinons l'insignifiante accumulation de fragments ou de débris qui entourent le pied des hautes chaînes de montagnes , ou le peu de progrès fait par les rivières pour combler les lacs à travers lesquels elles passent, malgré le limon qu'elles déposent journellement et d'heure en heure, nous sommes irrésistiblement forcés de reconnaître que quelques milliers d'années suffisent amplement pour se rendre compte de l'état présent des choses.
Mais une tentative a été faite pour conduire cette investigation avec une exactitude beaucoup plus approximative ; c'est en mesurant les effets périodiques de ces causes dont j'ai parlé incidemment, de manière à déterminer avec quelque précision la longueur du temps qui s'est écoulé depuis qu'elles ont commencé à agir. De Luc est le premier qui se soit donné quelques soins pour observer et recueillir ces données auxquelles il donnait le nom de chronomètres. lia, à la vérité, été sévèrement traité pour cette tentative par les écrivains d'une école opposée « ; et néanmoins il est de toute justice de faire observer que ses conclusions, et même en grande partie leurs prémisses, furent adoptées par Cuvier, dont peu de personnes essaieront d'attaquer la sagacité et l'immense science géologique. C'est donc comme étant admis par lui , plutôt que proposé par l'autre, que je vais brièvement vous exposer la série de preuves adoptées dans son système. Les résultats généraux que l'on veut en déduire , sont : premièrement, que les continents actuels n'indiquent rien qui ressemble à l'existence presque indéfinie , supposée ou exigée par les partisans des causes actuellement en activité ; secondement , que toutes les fois qu'on peut obtenir une période de temps exacte et définie , elle coïncide presque avec celle que Moïse assigne pour l'existence de l'ordre actuel des choses. Considérant l'immense distance de temps, vers laquelle nous devons rétrograder, il doit y avoir des différences considérables entre les diverses dates; mais elles ne sont pas plus grandes que celles que présentent les tables chronologiques de diverses nations, ou môme celles d'une nation, données par différents auteurs.
Une méthode pour essayer d'arriver à la date de notre dernière
1 Lyell,vol* T, p. aa4-3oo.
révolution est de mesurer l'augmentation des deltas des rivières, ou autrement le terrain gagné sur la mer à l'embouchure des rivières par le dépôt graduel de terre et de boue qu'elles entraînent atec elles dans leur cours. En examinant l'histoire, nous pouvons, aune date donnée , déterminer la distance à la mer de la tête du delta, et calculer ainsi exactement l'augmentation annuelle. En eomparrant cet espaee avec Péteadde totale du territoire qui doit son existence à la rivière , nous pourrions estimer depuis combien de temps elle coule dans son lit actuel. Mais jusqu'à présent ces mesures ont été prises vaguement i et eonséquemrïienA os n'a guère gagné rien de plus qu'une conchisiooi négative opposée aux siècles sans nombre exigés par quelques géologues. Ainsi , l'avancement du delta du Nil est très-sensible, car la ville de Rosette , qui, il y a mute ans» était située sur le bord de k mer, en est maintenant éloignée de deux lieues. Selon Demaillet, le cap qui est en avant delà viHe s'est prolongé d'une demi-lieue en vingt-cinq axe; nuis ceci doit •voir été un cas fort extraordinaire. Cependant il n'est pas nécessaire de supposer une si immense longueur de temps pour fixer la date du commencement de cette formation. Le delta du Rhône , comme Astruc l'a prouvé, en comparant son état présent atec les récits de Pline et de Pomponius Mêla, a augmenté de neuf milles depuis l'ère chrétienne. Celui du Pô a été examiné scientifiquement par M. de Prony, par ordre du gouvernement français. La plupart d'entre vous connaissent probablement les hautes digues entre lesquelles coule cette rivière ; et cet ingénieur s'est assuré que le niveau du fleuve est plus élevé que les toits des maisons de Fer* rare, et qu'il a gagné six raille toises sur la mer depuis 1604, ou à raison de cent cinquante pieds par an. De là , il est arrivé que la ville d'Adria , qui autrefois a donné son nom à l'Adriatique , est reculée de la mer de dix-huit milles. Ces exemples ne nous permettent pas d'accorder une très-longue période à l'action de ces rivières. Un fleuve qui entraîne avec lui des dépôts si énormes, que leur augmentation annuelle peut presque s'appeler visible, ne peut pas avoir exigé tant de milliers d'années pour atteindre son niveau actuel1.
>Cuvier, Discours prélimin. , troisième édit. Paris i8a4, p. U4. De
Selon Geryaisd* la Prés*, la retraite de la mar, «u l'a (Je la terra par les dépote de l'Orne, peut se mesurer exactement par des monuments érigés à différentes époques connues , et on trouve en résultat qu'il ne peut y avoir plus de six mille ans que ces dépûUontcpwoenûéàstformejr1.
Un ebronomèfre plus intéressant est eelui des dune*. Par ce tanne on entend des monceaux de sable , qui d'abord accumulés sur la mage sont ensuite, par l'action des vents, poussés sur les terres cultivées pour les désoler et les détruire. Elles s'élèvent souvent à des hauteurs presque incroyables, et chassent devant elles les étangs d'eau de pluie, dont elles empêchent complètement l'écoulement vers la mer. De Luc a donné une attention particulière à celles de la côte de Coroouailles, et en a décrit plusieurs avec beaucoup de détail. Ainsi, une dans le voisinage de Padstow menaçait d'engloutir ('église, qu'elle recouvrait complètement jus-* qu'au Me, de sorte que tout accès aurait été impossible , si ce n'est que la porte s'est trouvée à. l'extrémité opposée. Plusieurs maisons avaient déjà, et de mémoire d'homme, été ensevelies sous le sable 2. En Irlande, ces 6ables menaçants ne sont pas moins destructeurs, La vaste plaine sablonneuse de Eosapenna, sur la côte de Donegal, était, il n'y a guère plus de cinquante ans , un beau domaine appartenant à lord Boyne. 11 n'y a que quelques années que le toit du château était encore un peu au-dessus du sol, tellement que (es paysans descendaient dans les salles comme dans un souterrain; maintenant il n'en reste pas le plus léger vestige. Mai* aucune partie de l'Europe ne souffre autant de ce fléau dévastateur que le département des Landes, en France. Dans sa course irrésistible , il a enterré des plaines fertiles et de hautes forêts; non-seulement des maisons , mais des villages entiers , mentionnés dans des documents, ont été recouverts sans espoir de jamais les retrouver. En 1802, les étangs envahirent cinq fermes de grande valeur; et il y a maintenant , ou il y avait au moins , il y a quel* ques années, des villages menacés de destruction par ces sables
Luc, Lettre à M. Blumenbacb , p. »46. Abrégé de géologie. Paris 1816,
1 Accord du livre de la Genèse avec la géologie. Gaen i8o3, p. 74. a Abrogé,». loa.
ambulants. Quand Cuvier écrivait, untle ces villages, appelé Mi* misoa, luttait depuis vingt ans contre une dune de soixante pieds de haut, avec peu de succès. . .
M. Bremontier a étudié ce phénomène avec une attention particulière dans le but de soumettre ces lois au calcul. Il s'est assuré que ces dunes avancent de soixante à soixante-douze pieds par an J ; et alors, mesurant l'entier espace qu'elles ont. parcouru , il conclut qu'il n'y a pas beaucoup plus de quatre mille ans qu'elles ont dû commencer à se mouvoir. "De Luc était déjà arrivé à la même conclusion en mesurant les dîmes de la Hollande, où les dates des digues lui fournissaient le moyen de déterminer leurs progrès avec une exactitude historique a.
Je ne ferais que répéter les mêmes conclusions , si je vous détaillais ses recherches sur l'accroissement de la tourbe ou l'accumulation des détritus à la base des montagnes, sur la croissance et l'empiétement des glaciers et les phénomènes qui les accompagnent 3 ; je me contenterai , en conséquence, de rappeler les opU
1 Cuvier, p. 16 x. Voyez d'Aubuisson, Traité de géognosie. Slrosb. 1819, u>l. II, p. 468.
* Abrégé, p. 100.
3 Cuvier, p. 162. Knight,Facts and observations, p. ai6. De Luc, Traité élémentaire de géologie. Paris 1809, p. 129; Abrégé, p. 116i34. Correspondance particulière entre M. le docteur Teller et J.-A. De Luc. Hanov. i8o3, p. 161. Un géologue français, parlant des accumulations de détritus amenés .par les glaciers, déposés où ils fondent, et connues en français sous le nom de Murèmes , termine ainsi : « Leur formation dépendant de causes périodiques et à peu près constantes , il n'est pas difficile de calculer le temps nécessaire pour leur donner le volume que nous leur connaissons ; et comme il est certain qu'ils datent depuis le commencement de Tordre actuel des choses , ils nous fournissent une nouvelle, méthode pour arriver aune connaissance approximative du temps qui s'est écoulé depuis le dernier cataclysme. Ce calcul nous conduit encore au même résultat et nous donne cinq ou six mille ans au plus comme l'âge de notre monde. » Il continue alors, de la même manière que Cuvier, à faire voir avec quelle exactitude ces faits s'accordent avec les écrits de Moïse, aussi bieu qu'avec les annales de toute
nions d'éminents observateurs des faits généraux de la géologie , en faveur de ses conclusions.
« Cette observation , dit Saussure , parlant des cbouiements de roches des glaciers de Chamouny , qui s'accorde avec plusieurs autres que je ferai plus tard, donne lieu de penser, avec M. de Luc, que l'état actuel de notre globe n'est pas aussi ancien que quelques philosophes Font imaginé ». »
Dolomieu écrit de même: «Je veur défendre une autre vérité qui me paraît incontestable , sur laquelle les ouvrages de M. de Luc m'ont éclairé, et de laquelle je crois voir des preuves dans chaque page de l'histoire de l'homme, et partout où des faits naturels sont consignés. Je dirai donc, avec M. de Luc, que l'état actuel de nos continents n'est pas très-ancien J. »
Cuvier a non-seulement donné son assentiment à ces conclusions , mais les a exprimées en ces termes beaucoup plus positifs : «C'est dans le fait, dit-il, un des résultats, quoique inattendus, de toute bonne recherche géologique, que la dernière révolution qui a tourmenté la surface du globe n'est pas très-ancienne. » Et , dans un autre endroit , il ajoute : « Je pense donc , avec MM. de Luc et Dolomieu , que s'il y a quelque chose de démontré en géologie, c'est que la surface de notre globe a été la victime d'une grande et soudaine révolution, dont la date ne peut pas remonter beaucoup plus haut que cinq ou six mille ans 3 » Et permettez-moi de faire observer que Cuvier insinue assez clairement qu'il ne s'est pas laissé influencer dans ses recherches par aucun désir de justifier l'histoire de Moïse 4 .
J'espère en avoir dit assez maintenant pour vous convaincre de la tendance moderne de cette science, et je ne doute pas que le traité du docteur Buckland , qui doit paraître dans la collection de Bridgewater, quoique écrit dans l'intention de faire voir les rapports de cette science avec la théologie naturelle , répandra ceautre ancienne nation. Docteur Bertrand, Révolutions du globe, trad% angt., i835, p. 269.
* Voyage dans les Alpes, § 6a5.
» Journal de physique. Paris 1792, pari. I, p 42.
3 Discours, p. 139-282,
4 page i5a.
pendant de nouvelles lumières sur les sujets que j'ai discutés. Je ne puis m'einpêcher d'exprimer ici le désir que. l'étude de la géo* logie puisse bientôt entrer dans le cours d'éducation aussi complètement que les autres sciences physiques. C'est lorsque la m£* moire est jeune et la curiosité active, que les noms des objets sont le plus aisément saisis , de manière à être pour toujours, re* tenus. Presque tous les districts fourniront des formations pro* près 4 l'étude de cette science , et les recherches qu'elle demande, exigeant une observation constante et variée, sont un motif et un stimulant pour prendre un exercice qui servira à la fois à raffermissement de la santé et au développement de l'intelligence.
Plusieurs personnes, je le sais, ont l'idée qu'une connaissance trop précise des opérations de la nature affaiblit en grande partie ce sentiment d'enthousiasme et de poésie qu'excite la contemplation de ses productions , et fait ainsi prédominer en nous une froide disposition à analyser les choses, au lieu de l'admiration qu'elles devraient inspirer. Cependant je ne sais pas comment cela pourrait être si ce n'est par quelque défaut dans la méthode d'enseigner ces sciences. Il n'y a pas de raison pour qu'un géologue ne soit pas ravi en extase lorsqu'il atteint le sommet d'une montagne , et, avec l'œil d'un poète, promène d'abord ses regards sur (a scène magnifique d'une vallée des Alpes , avant qu'il descende pour étudier et classer les diverses roches qui limitent son vaste horizon. Comment l'intelligence de la manière d'opérer de la nature pourrait-elle nous empêcher de voir et de sentir la beauté des résultats de son travail? Au contraire, il semblerait que l'une doit être naturellement la contre-partie de l'autre. L'habile musicien , en jetant les yeux sur la partition écrite , débrouille en un moment les mouvements capricieux , donne à chaque note sa puissance harmonique, et les combine tellement dans son esprit , qu'il perçoit plus de musique par les yeux que n'en peut comprendre l'auditeur ignorant , lorsqu'il entend ce qui avait été écrit transformé en sons mélodieux; et de même, l'homme instruit dans les lois de la nature juge ses apparences extérieures par des règles tellement sûres, qu'elles lui donnent de ses perfections une perception plus vraie que celle que le simple observateur peut jamais atteindre. A un œil non exercé , le tissu qui sort du métier paraîtra d'une grande beauté et les dessins d'iyi ordre
parfait, tandis quête mécanisme qui Ta produit paraîtra «le I* confusion par la complication des rouages et des poulies ; cependant c'est là nécessairement le type de ce qui a été produit , et Far* tisan expérimenté y lira peut-être avec une admiration égale toutes les beautés du patron qu'il doit reproduire. Et de la même manière , le savant naturaliste, d'après sa connaissance des procédés de la nature , peut construire dans son esprit tous ces objets et toutes ces scènes admirables que les autres ne peuvent imaginer, à moins qu'ils ne les aient réellement contemplées. En observant la manière dont les blocs erratiques sont disposés dans les gorges et sur les flancs des Alpes méridionales , le géologue doit avoir été conduit à former dans son intelligence une peinture plus neuve et plus vraie que l'imagination d'un poète n'aurait pu la concevoir, de la course poursuivie par la terrible inondation qui se répandit sur elles, déchira leurs flancs, et, dans son effrayant triomphe, emporta leurs rudes dépouilles danslesplainesde l'Italie. La contemplation des effets volcaniques par un œil scientifique, qui peut distinguer les masses lancées par l'explosion et les scories mouvantes du torrent enflammé, et peut noter, comme à (Hen-Tilt, la manière étrange et incompréhensible dont le plus pur granit, réduit en un fluide vitrifié, a percé à travers les rocs superposés, et s'est injecté dans leurs veines; ensuite l'appréciation exacte des causes proportionnées à de si puissants effets, feront naître, nous pouvons le supposer, l'idée la plus sublime de l'action du puissant élément sous lequel notre globe est encore condamné à passer.
On voit qu'il serait impossible d'adopter pour chaque brancha des sciences naturelles la marche que nous avons suivie pour celles que nous avons en quelque sorte mises en contact avec les études sacrées ; et même il ne serait pas nécessaire de le faire, car il y a une manière de les rendre toutes utiles aux intérêts de la religion, en les considérant comme les canaux appropriés par lesquels doivent arriver à notre entendement une perception et un sentiment véritable des perfections divines ; comme un miroir dans lequel ou peut le mieux contempler les formes corporifiées de chacun des grands et admirables attributs de l'Etre-Supréme , et comme l'empreinte du grand sceau de la création , sur lequel ont été gravés par une main divine les caractères mystiques de la plus profonde
sagesse, les charmes tout puissants d'un pouvoir productif , et les emblèmes les plus expressifs d'un amour qui embrasse et conserve tout.
Le graveur, quand il a un peu creusé sa pierre, en tire une empreinte avec de la cire molle , et bien qu'il trouve que la figure n'est pas parfaite, il n'est pas découragé ; et , tant qu'il aperçoit qu'à chaque fois il approche plus près du type qu'il a eu en vue, il se remet toujours à sa pénible tâche; ainsi , quand nous ne trouvons pas du premier coup que nous portions sur nous Pempreinte claire et profonde de ce glorieux cachet , nous ne devons pas craindre de continuer nos travaux , mais avancer toujours , nous efforçant d'approcher de plus en plus près pour atteindre à une parfaite représentation. Peu d'années se passeront probablement avant que ne se découvrent de nouveaux arguments pour les /grands faits dont nous avons parlé , et qui réduiront à peu de valeur tout ce que vous avez entendu. Ceux qui viendront après nous souriront, peut-être, au peu de compréhension accordé à notre siècle sur la nature et ses opérations. Nous devons nous contenter, dans notre science imparfaite,.des efforts que nous avons faits pour en obtenir une plus complète. ♦ Car si les œuvres de Dieu sont la vraie, quoique faible image de lui-même, elles doivent en quelque sorte participer à son immensité ; et comme la* contemplation de sa beauté sans voile sera l'aliment éternel et toujours désiré des esprits incorporels, ainsi pouvons-nous dire qu'une proportion de même ordre a été observée entre l'examen de son image reflétée dans ses œuvres et les facultés de notre condition présente ;* d'autant plus que nous y trouvons matière pour une méditation toujours plus profonde, pour des découvertes plus nombreuses et pour une admiration toujours plus sainte. Et ainsi Dieu , ne pouvant donner aux beautés de son ouvrage cette infinité qui est réservée aux attributs qn'il manifeste , lui a accôrdç la qualité qui peut le mieux suppléer cette infinité et la représenter; car, en rendant progressive la connaissance que nous en pouvons acquérir, il a rendij ces beautés inépuisables.