SUR L'HISTOIRE PRIMITIVE
SECONDE PARTIE
Égyptiens. — I. Monuments historiques; mystère de leurs monuments. — Excessive antiquité attribuée à cette nation. La pierre de Rosette. — Premières recherches faites sur elle des caractères égyptiens, par Akerblad et deSacy , Young et Chain* pollion. Alphabet hiéroglyphique. — Opposition élevée contre cette découverte. — Application de la chronologie découverte par ce moyen , à l'explication de l'Ecriture , par Coquerel , Oreppo et Bovet. — Lettre inédite de Champollion a ce su* jet. — Rosellini ; sa liste des rois égyptiens. — Leur coïncidence avec ceux de l'Écriture. — Justification et explication d'une prophétie d'Kzéchiel. — II. Monuments astronomiques. — Zodiaques de Denderah et d'Esneh. Absurde antiquité qu'on leur attribue. Découvertes de M. Banks, de MM. Champollion et Letronne; dé* montrées comme étant entièrement astrologiqaes. — Commentaire sur quelques ' observations du critique anglais.
. Quittant le sol de l'Asie, où nous avons erré dernièrement, sol fertile en toute science, et varié par tous les degrés de culture morale, depuis le nomade inquiet ou le rude montagnard, jusqu'au Persan fastueux ou l'élégant Ionien , nous avons maintenante jeter les yeux sur un pays où la nature semble avoir imprimé le sceau delà désolation physique et morale. Un seul point, qui paie la dette de l'Afrique entière, a été le siège d'une civilisation indigène, d'une dynastie nationale , et d'un ordre local de monuments. La position géographique de la vallée du Nil semble faite exprès pour en séparer les habitants des possesseurs dégradés du désert , et les unir aux régions plus favorisées de l'Orient.
En tout temps cette nation extraordinaire a mérité l'intérêt et l'attention des savants. Son origine semblait avoir été un problème pour elle-même, et conséquemment devait Fétre pour tout le monde. Les mystérieuses allégories de son culte, l'obscure sublimité de sa morale , et , par-dessus tout , l'énigme impénétrable des inscriptions qui couvrent ses monuments, jetaient un voile
mythologique sur son histoire. Les savants s'en approchaient , comme si , dans les faits les plus évidents , ils eussent à déchiffrer une inscription hiéroglyphique; et nous étions portés à considérer les Egyptiens comme un peuple qui , même dans ses temps plus modernes, conservant la teinte obscure et les traits vagues et confus d'une haute antiquité , pouvait , en conséquence , se vanter d'une existence qui remontait bien au-delà de la portée de tout calcul. Nous étions presque tentés de les croire, alors qu'il nous disaient que leurs premiers monarques étaient les dieux du reste du monde.
Quand , après tant de siècles d'obscurité et d'incertitude, nous voyons revivre l'histoire perdue de ce peuple , et que nous la voyons prendre place auprès de celle des autres anciens empires; quand nous lisons les inscriptions de ses rois , rappelant leurs faits et leurs qualités souveraines, et que nous considérons leurs monuments avec l'intelligence entière des événements qu'ils rappel* lent , l'impression n'est guère moins frappante pour un esprit éclairé que celle qu'éprouverait le voyageur, si, parcourant en silence les catacombes de Thèbes , il voyait ces cadavres , que l'habileté de l'embaumeur a depuis tant de siècles sauvés de la corruption , briser tout-à-coup leurs bandelettes, et s'élaneer ressuscites de leurs niches.
Tandis qu'une telle obscurité enveloppait l'histoire de l'Egypte, il n'est pas étonnant que les adversaires de la religion se soient retranchés derrière ces ténèbres comme dans une position fortifiée, et qu'à la laveur de cet abri ils aient attaqué la religion avec tant d'ardeur. Ils rassemblèrent les fragments épars des annales de l'Egypte, précisément comme Isis rassembla les membres déchirés d'Osiris, et ils tâchèrent de reconstruire, en les réunissant, leur idole favorite, une chronologie de siècles innombrables, tout-à-fait incompatible avec celle de Moïse. Volney n'hésita pas à placer la formation de collèges sacerdotaux en Egypte , trente raille trois cents ans avant Jésus-Christ , en appelant cette époque la seconde période de l'histoire de ce peuple. Même la troisième période, pendant laquelle il suppose que hit bâti le temple d'Esneh, remonterait à quatre mille six cents ans avant notre ère, c'est-à-dire à peu près vers le temps que nous regardons comme celui de ht création ! Au reste, ce sont les monuments mystérieux de l'Egypte qui ont fourni à ces assaillants les retranchements les plus notes, ils
en appelaient au témoignage, de ces colossales images à demi-ensevelies, et de ces temples aujourd'hui transformés eu souterrains, pour démontrer l'antiquité d'origine et de civilisation de la nation qui les avait érigés; ils en appelaient à ses ruines astronomiques pour attester l'habileté, mûrie par des siècles d'observation, de ceux qui en avaient tracé les signes. Par-dessus tout ils voyaient , dans les inscriptions hiéroglyphiques, les dates vénérables des temps où avaient régné des souverains déifiés longtemps avant les jours modernes de Moïse et d'Abraham; ils montraient en triomphe les caractères mystérieux qu'une invisible maux avait tracés sur ces murs antiques ; ils prétendaient qu'un Daniel seul manquait pour les déchiffrer et pour montrer ainsi que les preuves du Christianisme avaient été pesées et trouvées trop légères. Vain triomphe! les temples de l'Egypte ont enfin répondu à cet appel , dans, un langage plus intelligible que les incrédules n'auraient pu le supposer ; car un Daniel s'est trouvé pour cette étude, où il (allait autant de sagacité que de persévérance. Après que la succession des prêtres égyptiens eût été si longtemps interrompue, Young et Champotiion ont revêtu la robe de lia de l'hiérophante; et les monuments du Nil, différents de la redoutable image de Sais, se sont laissés dévoiler par leurs mains, sans autres conséquence* que les avantages salutaires et consolants recueillis de leur travail. L'histoire de la découverte à laquelle je fais allusion n'est peutêtre pas difficile à faire comprendre ; mais il n'est certainement pas aisé d'accorder ici à chacun des compétiteurs la part qui lui revient. Il y a eu de très-grands pas faits par d'habiles antiquaires avant que l'annonce d'un système complet d'écriture hiéroglyphique vint comme une soudaine lueur éclater en Europe. 11 est plus que probable que Champollion ne serait pas aisément parvenu à ce point d'une importance si haute, si la route n'eût été tracée avant lui ; mais pourtant, le progrès qu'il fit tout à coup , son hardi passage des conjectures et des applications éparses de ses devanciers à. un système général applicable en même temps à tous les cas; et plus encore , l'intérêt public que sa découverte attira sur cette étude, en la faisant passer des mains de quelques savants dans la, littérature générale du jour, sont des titres qu'il lui est bien permis de faire valoir à l'honneur d'avoir découvert ou fait revivre la science hiéroglyphique.
Dans le dernier siècle, Warburtori, et après lui Zoéga, avaient conjecturé que les hiéroglyphes représentaient des lettres réelles ; mais ni l'un ni l'autre ne pouvait prétendre avoir établi cette opinion par aucune observation pratique. Dans le fait, on ne savait même pas exactement quelle était la langue de l'ancienne Egypte. Selon Jablonski, il semblait extrêmement probable qu'elle était la même que le cophte, langue aujourd'hui en usage parmi les prêtres du même pays ; car, d'après cette langue, il avait suffisamment expliqué les noms et les mots égyptiens qui se trouvent dans l'ancien Testament1. Mais, s'il existait à ce sujet quelque doute, il fut complètement dissipé par le savant Quatremère , dans son intéressant ouvrage sur la langue'et la littérature de l'Egypte *. Dans cet ouvrage , l'identité ou du moins l'étroite affinité des tangues anciennes et modernes hit amplement démontrée. Un grand obstacle à l'explication des antiques inscriptions égyptiennes était donc écarté, puisqu'on les supposait composées de caractères alphabétiques. Il est juste ici de faire observer qu'avant la découverte qui vint obscurcir la gloire qu'il aurait autrement recueillie de ses premières recherches, Champoilion fut un dès premiers et des plus assidus à rechercher dans la littérature cophte des lumières et des renseignements sur la géographie et l'histoire de l'ancienne Egypte *.
Lorsqu'on connaît, ou qu'on peut conjecturer, soit en réalité, soit au moyen de conjectures probables , la langue dans laquelle des inscriptions sont écrites , il y a des règles certaines pour les rendre en caractères intelligibles. La grande difficulté est de savoir par où commencer ; car le premier pas doit être conjectural. Il en était ainsi , par exemple, des inscriptions de Persépolis , en tête desquelles se trouvait ou une flèche * ou un clou , ou un coin , et qui avaient tourmenté le monde savant depuis qu'elles avaient été pour la première fois publiées par Niebtihr, jusqu'au moment où elles furent presque simultanément déchiffrées par Saint-Martin, à Paris , et par Grotefend , à Vienne. Le procédé suivi par le premier était extrêmement simple et clair. Il supposait que l'idiome
> Opuscula quibus lingua et anliquitas ASgypliortiai. Lugd. Bat. i8o4# » Recherches sur la langue et la littérature de l'Egypte, Paris 1808, 3 L'Egypte sous les Pharaons. Paris 1814,
était persan, et l'idiome ancien se trouve suffisamment dans le moderne et dans te zend pour lui avoir procuré une sorte de levier avec lequel il pût commencer son travail. Il choisit une inscription évidemment historique "par sa forme et le lieu qu'elle oc* cupait; et supposant que , dans toute inscription de ce genre , si elle était en l'honneur d'un* monarque persan , le titre de roi de$ rois devait se trouver, il tourna son attention vers deux, mots ou groupes de lettres placées ensemble et extrêmement semblables ; avec cette exception que la terminaison de l'un deux était assez différente pour donner lieu de supposer qu'il était le pluriel de l'autre. Ayant acquis par ce moyen la connaissance des lettres qui composaient ces deux mots , il en fit l'application à un nom propre qui leur ressemblait beaucoup , et se mit ainsi en possession du nom de Xerxès, lequel, en réalité, a de la ressemblance dans le son avec l'ancien titre persan de roi ». Les prémisses furent ainsi posées; et, en faisant l'application des lettres graduellement dé- * couvertes à d'autres' mots où elles se trouvaient jointes à des lettres inconnues, celles-ci à leur tour cédèrent aux recherches de Saint- Martin, et le mirent en possession de son alphabet.
Le procédé suivi dans l'examen et la découverte des hiéroglyphes fut précisément le même. La difficulté^ comme je l'ai déjà fait entendre, était de savoir par où commencer; heureusement une conjecture plausible qui, ainsi que dans l'autre cas, se trouva bien fondée, domia des bases au système entier de la découverte. Vous aurez sans doute observé que , sur tous les «wnuments égyptiens , certains groupA d'hiéroglyphes sont renfermés dans un cadre oblong ou parallélogramme , avec des coins arrondis. On avait longtemps supposé , non sans apparence de probabilité, que ces hiéroglyphes ainsi séparés exprimaient des noms'pDppres ; et il ne manquait rien pour commencer à cet égard le travail ; car les jioms propres n'ont jamais pu être exprimés dans aucune langue par des emblèmes; ils doivent être, d'une ou d'autre façon, composés de caractères phonétiques , c'est-à-dire exprimant un son. H en est, ainsi même chez les Chinois , où k langue est idéographique, c'est-à-dire représentative desobjetsiou des idée»; eette langue est cependant réduite à la nécessité d'adopter un système
» Journal asiatique, loin. II, i853, p. 75-79.
différent pour les mot» qui ne représentent m un objet, ni une idée, Biais seulement une combinaison artificielle de sons, désignait une personne ou un lieu. Si donc il était une fois possible de connaître un seul nom contenu dans l'un de ces cadres, la décomposition de ce nom , réduit à ses éléments primitifs , c'est-à-dire aux lettres , devait fournir te noyau <f un alphabet qui pouvait être facilement étendu.
Tout ee raisonnement est fort simple, et quoique , en le détaillant , je vous fasse jeter un regard en arriére sur les faits et leurs conséquences, plutôt que Je ne vous présente une suite de démonstrations distinctement et systématiquement préparées d'avance, ce raisonnement, dis-je, peut servir à vous montrer par quels progrès sors et bien constatés Investigation entière a procédé. Assurément ces progrès ne furent pas le travail d'un seul homme ou d'un seuf pays; mais loin qu'aucune rivaRté ou aucune jalousie ait divisé les savants des deux eotés du détroit sur la question de savoir à qui appartenaient tes découvertes de chacun d'eux dans récriture hiéroglyphique, ce doit être , selon moi , un sujet de félicitations de voir comment deux nations , après avoir combattu courageusement pour conquérir les antiques dépouilles de l'Egypte, se sont entendues avec un si louable esprit de paix et de bonne harmonie pour (aire ressortir l'importance et féctat de ces découvertes. Si te fragment mutité de la pierre de Rosette a été pour nous un trophée militaire, il a été pour nos voisins le monument d'une conquête plus glorieuse sur les ténébreux mystères d'un ait qui se cachait à tous les yeux.
Cette pierre célèbre est à présent un bloc irrégulier de Basalte , poli d'un cote; «lie peut être considérée comme ta pierre fondamentale chine étude importante ; car tous les progrès qu'on y a faits doivent leur origine et leur force aux premiers éléments de science que la pierre de Rosette a fournis. €ette masse presque informe , ,0m, il y a quelques années , aurait été jetée àFécart dans le gMxk-menhfc àa muséum, est maintenant un des monuments les ptas préfcieux de notre collection nationale. EHe fut découverte dans l'origine par FeiroédHion française, en creusant les fondations d'un fort près de Rosette. Elle confient trois inscriptions, une en grec , une autre en caractères hiéroglyphiques, et la troisième dans un alphabet intermédiaire, lequel, dans la légende
gwequê, est appelé EuchoriaL f. U était évident f d'après cela , que chaque inscription contenait à peu près le même sens, et que chacune était probablement une version des autres. H y avait donc quelque espoir d'une découverte à iaire dans l'inconnu, dès qu'il se trouvait joint , comme par une équation, avec le connu. L'inscription grecque contient des noms propres , les autre» en doivent contenir aussi ; mais , au premier abord , probablement parce que la tâëhe était considérée comme inutile, l'inscription hiéroglyphique obtint à peine quelque attention des savants, qui s'appliquèrent plutôt à Tétùde de l'inscription euchoriale ou démotique, comme elle a été appelée depuis. Peut-être deyrais-jÇ kirÇ observer que Hdiôme ainsi nommé était le dialecte vulgaire de l'Egypte, lecôphté; et que l'alphabet usité pour ce dialecte est linéaire, formé cependant , et sans aucun doute % de l'alphabet hiéroglyphique.
t'illustre Sylvestre de Sacy fit le premier une découverte inté* ressaMe à ce sujet : il remarqua que les lettres ou les symboles usités pour exprimer les noms propres > dans les caractères démotique* , étaient combinés de manière à présenter l'apparence de lettres ; e( , en comparant différents mots , dans lesquels les mêmes sons se retrouvaient , il vit qu'ils étaient représentés par la même figure, et il parvint ainsi à en extraire les éléments d'un alphabet démotique, qui fut ensuite expliqué et étendu par Akerblad à> Rome , et par le docteur Young en Angleterre^ Toutes ces recherches et ces découvertes partielles furent faites dès 1814 , et ne forment nullement l'histoire de l'écriture démotique de l'Egypte* Le docteur Young, qui mérite véritablement le titre de père de cette partie des études égyptiennes , les poussa presque jusqu'à la formation complète de l'alphabet vulgaire; U hit aidé dans ses recherches par certaines combinaisons de circonstances des plus extraordinaires,
Ainsi , par exemple, une copie du manuscrit démotique, apportée en Europe par Casati , lui fut remise par M. CbampoMioix 1 &
* Cette coutume d'inscriptions polyglottes , destinées seulement à un pays qui pouvait être fréquenté par des étrangère, éclairait et explique les raisons de Pilate pour commander qu'une inscription en trois langues fût placée au-dessus de la croix de notre Sauveur,
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Parts, en 18251, attendu qu'elle paraissait avoir une grande ressemblance avec le préambule de la pierre de Rosette. Champollion avait déjà déchiffré les noms des témoins qui avaient signé ce manuscrit, lequel semblait être un contrat. Les choses s'arrangèrent de sorte qu'après le retour du docteur Young en Angleterre , M. Grey mit encore à sa disposition un papyrus grec , qu'il avait acheté à Thèbes , avec d'autres écrits tracés en caractères égyptiens. Sans perdre un moment, le docteur Young s'occupa d'explorer ce trésor, et, pour me servir de son expression même, il pouvait à peine croire qu'il fût éveillé et dans son état de bon sens , quand il découvrit que le papyrus n'était pas moins au' une traduction dé ce même manuscrit qu'il s'était procuré à Paris. Il portait le titre de : Copie <Tt*n écrit égyptien. « Je ne pus alors, dit-il, faire autrement que penser qu'il avait fallu un hasard des plus extraordinaires pour mettre en ma possession un document dont l'existence d'abord n'était guère probable , et qui , en outre, ne devait pas naturellement demeurer intact durant tout un intervalle de près de deux mille ans , et cela afin de servir un jour à m'édairer ; mais que cette même traduction ait été apportée saine et sauve en Europe , en Angleterre , et précisément à moi , au moment où j'avais besoin de la posséder, pour expliquer l'original que j'étudiais alors et que je n'avais aucun espoir fondé de parvenir à comprendre entièrement , voilà sans doute un concours de circonstances qui , en d'autres temps , eût été considéré comme flflrantla preuve complète que j'étais un sorcier égyptien *. » Au reste , j'ai suivi plus loin qu'il n'était nécessaire l'histoire de cette branche secondaire des découvertes sur l'Egypte , branche toutefois intéressante par l'influence qu'elle a eue sur le déchiffrement
1 Détail de quelques découvertes récente* dans récriture BÎérogljrphique. LonJ. i8?3t ~p* 58. Un écrivain ajoute encore une circonstance à l'étrange coïncidence de faits citée dans le texte, en assurant que 1?s deux documents étaient des copies d'une inscription en deux langues de la collection de Drovetti, que, par un manque de courtoisie peu habituel en Italie, on ne lui avait pas permis de copier. Voyet les Discours du marquis de Spinelo, sur les éléments des hiéroglyphes. Lond. 1829, p. 68. Mais le docteur Young ne parle pas du tout de cette coïncidence encore plus étonnante.
des inscriptions hiéroglyphiques. En cette occasion aussi , le docteur Young fit décidément le premier pas, quelque imparfait qu'on puisse le considérer. Il conjectura que les cadres qui se trouvaient dans l'inscription de Rosette renfermaient le nom de Ptolémée , et qu'un autre , où se voyait un groupe auquel était joint ce que lui-même considérait justement comme le signe du féminin , contenait celui de Bérénice. Cette supposition était fondée; mais il faut convenir que le principe sur lequel elle s'appuyait pouvait à peine être appelé un premier pas vers les découvertes de Champollion ; car le docteur Young fait observer lui-même qu'il considérait chaque hiéroglyphe comme un signe syllabique^ représentant une consonne avec sa voyelle ; système qui serait tombé à la première tentative faite pour le vérifier. Et les deux noms que renfermait l'inscription , il les lisait ainsi : Ptolemeas et Bircnïkcn, et non, comme ils ont été lus depuis plus correctement , Ptolmes et Brneks * . Le docteur Young semble cependant avoir des droits à quelque chose de plus que le mérite d'avoir cherché pratiquement le moyen d'arriver à la découverte d'un alphabet hiéroglyphique , puisque ce fut cette tentative qui, peutêtre, excita les efforts plus heureux de Champollion.
Si l'avantage d'avoir foit le premier pas a été ainsi contesté, le second n'a pas moins été un objet de prétentions rivales; il eut lieu de la manière suivante. Dans l'île de Philae, située vers la source du Nil , un obélisque fut trouvé , puis transporté en Angleterre ; on y voyait deux cartouches ou cadres joints ensemble et contenant des hiéroglyphes : l'un d'eux présentait sans aucun changement le groupe déjà expliqué, dans la pierre de Rosette, par le nom de Ptolémée; l'autre contenait évidemment un nom composé en partie des mêmes lettres, suivies du signe du genre féminin. Cet obélisque avait été dans l'origine placé sur une bas» portant une inscription grecque , où se trouvait une demande adressée par les prêtres cPlsis à Ptolémée et à Cléopàtre; elle parlait d'un monument à élever à tous les deux ». Il y avait par
1 Précis du système hiéroglyphique des anciens Egyptiens. Paris i Sa 4 , p. 3r. 1
* Cette inscription a été expliquée par Lettonne, dans un savant essai qui a pour titre : Eclaircissements sur une inscription grecque, etc.
conséquent lieu de supposer que l'obélisque portait ces deux noms conjointement, et l'observation prouva que les trois lettres qui leur étaient communes, P, T et Ly étaient représentées dans le nom féminin par des signes semblables à ceux qui les désignaient dans le nom du roi. 11 ne pouvait donc y avoir aucun doute raisonnable à élever quant à ce second nom, lequel mit les savants investigateurs en possession des autres lettres qui entrent dans sa composition. Champollion réclama celle découverte entière comme lui appartenant exclusivement ». M. Bankes cependant soutient qu'il avait auparavant déchiffré le nom de Cléopàtre;il tacheté démontrer comment Champollion doit avoir été instruit de cette découverte. Bankes prétend qu'il était arrivé à remarquer que* lorsque deux figures se présentent réunies dans quelque temple, elles se reproduisent ainsi partout. Or, sur le portique du temple de Diospolis Parva est une inscription grecque en l'honneur de Géopâtre et de Ptolèmée, seul exemple où le nom de la femme précède l'autre; il en est de même dans le reste du temple, son effigie est toujours placée avant celle du roi. Sur cette dernière on remarque le même groupe hiéroglyphique que le docteur Young a expliqué par le nom de Ptolèmée dans la pierre de Rosette ; et c'est pourquoi M. Bankes supposait avec vraisemblance que l'inscription trouvée sur l'autre effigie exprime le nom de la reine Qéopâtre: il affirmait de plus que, sur l'obélisque et sur le temple dePhilae , monuments dont les inscriptions grecques nous apprenr nent qu'ils furent dédiés à ces deux mêmes souverains, on . trour vait de semblables groupes hiéroglyphiques. Cela le conduisit à conclure positivement que l'un , désignant Ptolèmée , l'autre devait contenir le nom de la reine; et, comme ces circonstances étaient consignées par lui au crayon sur la gravure de son obélisque, qu'il présenta à l'Institut; comme elles avaient pu seules fournir un point d'appui aux conjectures de Champollion, qui renvoyait à cette même gravure, M, Bankes » et les anus de $, Bankes décidèrent
Paris 1822. L'inscription a été copiée par le laborieux et exact Cailliaud.
1 Lettre i M. Dacier. Paris i8aa, p. 6.
* Essai sur le système phonétique des hiéroglyphes du docteur Young et de M. Champollion , par Sa)t. Lqû<J, |8*5, p, 7, note.
— S*3 — que cette découverte importante dan* les recherches hiéroglyphiques devait être attribuée à ce dernier.
Quand ces mesures préliminaires eurent été prises, la tâche devint facile en comparaison, et Champolliûn, qui avait d'abord pensé que son système ne pourrait s'appliquer qu'à la lecture des noms grecs e( latins, exprimés en caractères hiéroglyphiques, vit bientôt que les noms plus anciens cédaient à ce procédé, et que les dynasties successives des Pharaons et de» ononarques persans, qui avaient gouverné en Egypte, avaient aussi retracé léuts noms, leurs titres et leurs exploits au moyen des mêmes caractères «. Ce fut après que ses recherches eurent atteint ce point, qu'on put dire qu'elles possédaient une utilité réelle pour l'histoire , et qu'elles pouvaient aider à débrouiller les difficultés compliquées des anciennes annales. Mais, avant de tracer l'histoire de» résultats de ces recherches, il faut qut je m'arrête pour expliquer le système qu'elles produisirent -
11 existe plusieurs passages éparc dans les anciens écrivains relativement aux. écrits hiéroglyphiques des Egyptiens ; mais il Ven trouvait un qui semblait traiter le sujet avec un soin plus minutieux, 11 est renfermé dans ce vaste répertoire de science philosophique, les Str ornâtes de saint Clément d'Alexandrie ; mais il e* tellement entouré de difficultés impénétrable», qu'on peut dire plutôt qu'il a été expliqué par ces découvertes modernes, qu'il ne leur a tracé la route qu'elles ont suivie; néanmoins il leur a rendu un service essentiel en affermissant beaucoup ee qui doit être considéré comme la base sur laquelle s'appuient leurs résultats, savoir la manière dont les lettres alphabétiques étaient employées par les Egyptiens. Quand ce passage fut examiné, après la découverte de Champollion, on vit qu'il établissait ce peint fondamental, qui n'avait pas été soupçonné par les investigateurs plus anciens; on vit de plus qu'il expliquait k mélange varié d'écriture alphabétique et d'écriture symbolique, usité en Egypte d'une façon exactement correspondante à ee que nous en retrouvons sur les monuments. Il résulte de ce passage , traduit et commenté par Letroune, que les Egyptiens se servaient de trois sortes iïécntimYéptitolographiq**, ou écriture courante, Vhiérati-
1 Précis du système, etc., p. *.
— *96 — que, outaractèra envoyés par les prêtres, et Yhiêroglyphique, ou caractères monumentaux. Nous avons des exemples suffisants des deux premières écritures : Tune constitue les caractères démotiques ou euchorials, dont j'ai déjà parlé; la seconde, une espèce d'écriture hiéroglyphique abrégée , dans laquelle une esquisse grossière représente les figures, et qu'on trouve sur les manuscrits qui accompagnent les momies; la troisième, qui est la plus importante, est composée , selon saint Clément , premièrement , de lettres alphabétiques; secondement, de signes symboliques , qui sont eux-mêmes de trois sortes, savoir : ou la représentation des objets, ou celle des idées métaphoriques tirées dé ces objets, comme lorsque le courage est représenté par un lion; ou enfin seulement de signes énigmatiques ou arbitraires ». Maintenant l'observât»» a entièrement confirmé toutes ces particularités ; car, même sur la pierre de Rosette, il a été remarqué que, lorsqu'un objet était indiqué en grec, les hiéroglyphes en présentaient une peinture et figuraient soit une statue, soit un temple, soit un homme. En d'autres" occasions, les objets sont représentés par des emblèmes qu'on doit considérer comme entièrement arbitraires; ainsi , Osiris par un trône et un œil , et un fils par un oiseau ressemblait beaucoup & une oie.
Qu'il suffise de dire que de nouvelles découvertes ont graduellement étendu et peut-être presque complété l'alphabet égyptien; car nous possédons la clé de tous les noms propres , et nous pouvons même, non pas, il est vrai, avec une égale certitude, déchiffrer d'autres textes hiéroglyphiques. Pour les noms propres, l'application de cette méthode est si simple , qu'on peut dire que chacun de vous possède les moyens de la vérifier. En effet, vous n'avez qu'à vous rendre au capitole ou au Vatican, avec l'alphabet de ChampoUion , vous y pourrez essayer votre habileté sur les noms propres qui se trouvent dans toutes les inscriptions égyptiennes. .
Le sort de cette briHante découverte hit semblable à celui qu'ont
«, Précis, p. 33q. Yoyex aussi le passage dans PEssai du itairqftfe Je Foriia ; d'Ui ban , sur les tr.ois systèmes d'écriture des Egyptiens. Paris iS33, page 10. Le passage de saint Clément se trouve dans les Stromates, liv. V.
éprouvé la géologie et les autres sciences. A peine fut-elle annoncée en Europe, que des esprits timides prirent l'alarme et la condamnèrent comme tendant à conduire les hommes à des investigations dangereuses. On craignait apparemment que l'histoire primitive de l'Egypte, ainsi mise au jour, ne fut employée comme l'avait été celle des Chaldéens et des Assyriens dans le dernier siècle, à combattre les annales de Moïse. Mais Rosellini, qui le premier publia cette découverte en Italie, comme il a contribué aussi à la perfectionner, fit observer avec raison que le même cri de réprobation s'était élevé contre chaque découverte importante. Ceux qui le profèrent, ajoute-t-il, rendent peu de justice à la vérité en se montrant si Craintifs pour elle. « Cette vérité est fondée sur des bases éternelles; la malice humaine ne peut la réfuter, ni les siècles la détruire ; et si. même des hommes éminents par leur piété et leur savoir admettent le nouveau système, que peut en redouter la révélation '? «En effet, le saint pontife, qui siégeait alors dans la chaire de saint-Pierre, exprima à Champoilion sa confiance que la découverte dont il s'agit rendrait un grand service à la religion ». En dépit de ce haut témoignage d'approbation, l'opposition a continué depuis, et , j'ai regret de le dire, avec une sorte d'animosité personnelle et de censure malveillante, qui ne sembleraient guère devoir se rencontrer parmi des esprits justes occupés d'études littéraires 3.
Peut-être l'attaque la mieux conduite contre le système, car elle est dépouillée des sentiments que je viens de blâmer, en même temps qu'on la voit substituer au système quelque chose de meilleur, est celle qu'a faite dernièrement l'abbé comte de Ro-
1 Dans son abrégé , en italien , des Lettres de Champoilion au due de Blacas.
» Bulletin universel, septième section, tome IV, page 6, Paris tfra5.
3 Je ne parlerai pas des essais divers par Riccardi ; mais le savant professeur Lanci a été particulièrement zélé dans sa résistance. U écrit : « Elle s'évauouira , la crainte que le nouveau système hiéroglyphique puisse jamais obscurcir en aucune partie cette histoite, qui seule mérite la vénération universelle. » Observations sur le bas relief phéuico «'gyptieo. Rom. i8a5, p. 47. Voyez la réponse de Champoilion dans les Mémoires romains de l'antiquité ; 182 5, appund. , p. 10.
biano : il signale ingéoieusement }e$ parties faibles du système hiéroglyphique , particulièrement en ce qui touche l'écriture démotique; i) entre avec succès dans une analyse patiente du texte démotique qui se trouve sur la pierre de Rosette; il le compare avec le grec , et il conclut avec une grande apparence de raison , d'abord , que l'un n'est pas une traduction littérale ou très-exacte de l'autre; ensuite , que rien n'a été et vraisemblablement ne sera fait pour prouver L'identité des phrases ainsi découvertes avec. de* mots cophtes correspondants «. L'abbé Robiano pense lui-même que la langue égyptienne est d'origine sémitique; et, dans cette hypothèse , il tâche d'expliquer une ou deux inscriptions à l'aide de la langue hébraïque2. Cette tentative, quoique ingénieuse et savante, ne me semble pas avoir réussi. Mais je ne crois pas nécessaire de suivre les arguments de ce savant ecclésiastique, par* ce que je ne vois, dans aucune théorie qu'il ait avancée, rien de relatif à la seule partie du système qui soit intéressante pour notre recherche actuelle ^ c'est-à-dire le moyen de déchiffrer les noms propres.
Une des premières applications que Champollion fit de sa dé* couverte , se trouve dans la tentative de rétablir les séries des rois égyptiens. La table d'Abydos 3 lui avait donné une liste des prér noms, et l'examen des monuments le conduisait à connaître les noms des roi* à qui ils avaient appartenus. Ces noms se rapportaient assez exactement à la dix-huitième dynastie t contenue dans les listes des rois citées , d'après le prêtre égyptien Manéthon, parEusèbe, par Syncellus et par Africanus. Champollion» au moyen de la combinaison de ces deux documents, tacha de tracer l'histoire de l'Egypte. Comme le muséum de Turin lui avait fourni la plus grande partie de ses matériaux, il communiqua les résultats de son travail dans des lettres sur cette magnifique collection, adressées 4 son Mécène, le duc de Rlacas 4, M. ClwmpolUon-
1 Etudes sur l'écriture , les hiéroglyphes et la langue de l'Egypte. Paris i834.
» Page 43.
3 Précis du système, p. 241.
4 Lettres à M. le duc de Blacas relatives au Musée royal égyptien <fe Turin, première lettre. Paris 1824.
Figeac, son parent, déjà connu par un savant otmage siir les Lagides, ajouta en forme d'appendice à chacune des lettres une dissertation chronologique, ayant pour objet de coueiliér les <Hf~ féreçces qui se trouvent dan» les citations Urées de Manétbon par les écrivains anciens. '
U était naturel de penser qu'on en viendrait bientôt à nue comparaison entre la chronologie ainsi établie et la chronologie de l'Ecriture; cette fois la tâche fut eut reprise 'par les anus, et non, comme précédemment, par les ennemis de la révélation. L'esprit de malignité , qui sur la fin du dernier siècle avait souvent poussé des hommes habiles et instruits à diriger toute la force de leur génie et plusieurs années de profondes recherches vers le renversement de rhistoire sacrée , cet esprit , dis-je , n'existait (dus , ou du moins il avait changé son plan d'attaque.
Le premier qui parut dans l'arène fut M, Charles Coquerel, ecclésiastique protestant à Amsterdam. Dans une brochure de quel* ques pages , publiée en 1325 , il comparait les- deux chronologies et signalait les avantages que Tune tirait de l'autre '.
Je crois avoir eu l'honneur d'entrer en lice le second. En débrouillant la chronologie égyptienne, Champeilion^igeac jugea né* eessaire , dans une occasion., d'abandonner ses guides ordinal res et d'adopter le nombre d'années attribué à noms par un seul document, la traduction arménienne de la chronique d'Eusèbe. Je fus assez heureux pour découvrir sur les marges d'un manuscrit du Vatican un fragment syriaque qui contenait positivement la même opinion , et en le publiant , j'en profitai pour esquisser une comparaison entre les chronologies sacrée et égyptienne. Je ira fus cependant à même de connaître la brochure de Coqtterel que plusieurs années après.
En 1829, d'habiles et diligentes recherches sur ce sujet furent publiées par M. Greppo , vicaire-général du diocèse de BeMey ; elle» avaientpour titre : « Essaisur le système hiéroglyphique de M. Champollion le jeune, et sur les avantages qu'il offre à la critique sacrée, m Après une exposition claire et facile du système de Cham-
' Lettre à M. Charles Coquerel tfsur le système hiéroglyphique <U M. Champollion , considéré dans set rapports avec l'Ecriture Sainte, par A. L, Coquerel. Amst. i8a5.
poltiea, cl quelques remarques sur plusieurs ressemblances philologiques que ce système semble avoir avec l'ancienne littérature hébraïque, l'auteur passe à une analyse minutieuse des chronologies biblique et égyptienne , el il s'attache i découvrir dans la dernière chacun des Pharaons cités par rEerituré.
La même année, parut en France, toujours sur ce sujet, un ouvrage intitulé : Des dynasties égyptiennes, par AT. Bovet, ancien archevêque de Toulouse. Le parallèle qu'il établit entre les deux chronologies est beaucoup plus détaillé que celui de M. Greppo; mais sur quelques points, notamment ilanssa tentative pour retrouver les Hyk-Shos, ou rois pasteurs y dans les livres Juifs, il ne me semble pas aussi judicieux. M. Bovet parait imbu de cette opinion émise avant ta révolution, par Boulanger et Guérin du Rocher, qu'une grande parue des annales anciennes ne contient que l'histoire du peuple Juif. Du reste, tous ces auteurs ont entrepris la même tâche, celle de démontrer quelle admirable confirmation l'histoire et la chronologie sacrées ont reçue des dernières découvertes laites dans la science hiéroglyphique d'Egypte.
Mais en même temps de grands progrès ont eu lieu dans l'histoire des dynasties égyptiennes; on les doit à des personnes qui ont étudié sur les lieux mêmes. MM. Burton et Wilkinson , ce dernier revenu seulement députe quelques mois, restèrent plusieurs années en Egypte , copiant, grevant et expliquant les anciens monuments du pays. Le Recueil hiéroglyphique de Burton fut lithographie au Caire; le Ttetite hiéroglyphique de Wilkinson, contenant le Panthéon égyptien et la suite des Pharaons, fut pu-: blté à Malte en 4838 ; et comme ils ont paru dans des lieux éloignés, je crois que ces ouvrages n'ont pas étéeonnus comme ils. méritaient de l'être. Le livre de Burton est précieux pour nos études, ne fut-ce -que par l'exactitude de ses dessins, surtout celui ée latablod*Aby&s. L'ouvrage de Wilkinson contient plusieurs découvertes intéressantes et applicables à l'explication de TEcriturev j'y aurai plus d'une (bis recours.
Cependant tous les ouvrage* précédents ont été éclipsés par la magnffique et judicieuse publication qui est maintenant sous presse à Pisé, et que dirige le professeur RoèeHini : il était le compagnon cle Champollion dans l'expédition qui lut envoyée , fr frais communs,
par les gouvernements français et toscan. La mort de ChampoHion fit tomber la tâche entière de la publication entre les mains de Rosettini ; mais la façon dont ce dernier s?en acquitte ne laisse rien à regretter : les monuments des rois ont déjà paru , et deux voilâmes de texte en contiennent l'explication d'après les historiens et d'autres monuments.
Avant de vous démontrer par des exemples l'avantage que la chronologie sacrée et PauthenticHé de l'Ecriture-Sainte ont tiré de cette science moderne, il faut que je vous mette sous les yeux un document des plus intéressants, et qui se rapporte à nos recherches. La partie chronologique des lettres adressées au duc de Blacas fut entièrement l'ouvrage de Champolhon*Figeac, comme je l'ai déjà fait observer ; mais cet auteur de la grande découverte, quoique ses principes soient reconnus entièrement orthodoxes, n'a jamais rien publié qui tendit à prouver la conformité de sa chronologie avec ceUe de l'Ecriture. J'ai le plaisir de vous communiquer une de ses lettres originales qui est en ma possession, et dans laquelle non-seulement il repousse avec indignation l'accusation portée contre lui , que ses études aient pu tendre, même indirectement, à attaquer l'histoire sainte, mais encore s'attache à montrer avec quelle exactitude les deux histoires se prêtent un mutuel soutien. Je vais vous tire cet intéressant document dans, l'original ; il est daté de Paris , le 25 mai 4837 :
« J'aurai l'honneur de vous adresser sous peu de jours une brochure contenant le résumé de nos découvertes historiques et chronologiques. C'est l'indication sommaire des dates certaines que portent tous les monuments existant en Egypte , et sur les* quels doit désormais se fonder la véritable chronologie égyptienne,
« MM. de San Quintinoet Lanci trouveront là une réponse péreroptoire à leurs calomnies, puisque j'y démontre qu'aucun monument égyptien n'est réellement antérieur à Tan 2200 avant nôtre ère. C'est certainement une très-haute antiquité, mais elle n'offre rien de contraire aux traditions sacrées, et j'ose dire même qu'elle les confirme sur tous les points. C'est en effet en adoptant la chronologie et la'succession des rois, données par les monuments Egyptiens, que l'histoire égyptienne concorde admirablement avec les livres sainte. -Ainsi, par exemple, Abraham arriva
— soa —
en Egypte vers 1900, c'est-à-dire sous ImroU pmsUmrs* Des rois de race égyptienne n'auraient point permis à un étranger d'en* trer dans leur pays; c'est également sous un roi pasteur que Joseph est ministre en Egypte ety établit ses frères, ce qui n'eût pu avoir lieu sous des rois de race égyptienne. Le chef delà dyr nastie des Diospolitains, dite la dix-huitième, est le rsx «kwctf gui ignorabat Joseph de F Ecriture-Sainte, lequel, étant de race égyptienne, ne devait point oonuaitre Joseph, ministre des reés usurpateurs; c'est celui qui réduisit les Hébreux en esclavage. La captivité dura autant que la dix-huitième dynastie; et ce fut sous Ramsès V, dit Àménophis , au commencement du quinzième siècle que Moïse délivra les Hébreux, Ceci se passait dans l'adolescence de Sésostris, qui succéda immédiateinenl à son père et fit ses conquêtes en Asie pendant que Moïse et Israël erraient pendant quarante ans dans le désert Cest pour cela que les livres sainte ne doivent point parler 4e ce grand conquérant. Tous les autres rois d'Egypte nommés dans la Bible se retrouvent sur les monuments égyptiens, dans le même ordre de sucoession et aux époques précises où, les livres saints les placent. J'ajouterai même que ta Jtible en écrit mieux les véritables noms que ne Font fait les historiens grecs. Je serais curieux de savoir ce qu'auront à ré* pondre ceux qui ont malicieusement avancé que les études égyptiennes tendent à altérer la croyance dans les documents historiques fournis par les livres cte Moïse. L'application de ma découverte vient, au contraire, invinciblement à leur appui.
» 4e compose dans ce moment-ci le texte explicatif des o&éfc*ques de Rome, que. sa sainteté a daigné foire graver à ses frais. C'est un vrai service qu elle rend à la science, et je serais heureux que vous voulussiez bien mettre à ses pieds l'hommage de ma reconnaissance profonde. » .
Mais il est plus que. temps de vous exposer les résultats de ces travaux combinés ; et toujours soigneux de choisir dans les plus récents et les meilleurs écrivains, je parcourrai les rapports qui existent entre l'histoire sacrée et l'histoire d'Egypte, tels qu'ils sont indiqués dans les parties de l'ouvrage de Roselhm, afin de vous montrer quelles nouvelles lumières, quelle éclatante confirmation l'histoire sacrée a reçue de cet recherches, et combien étaient peu fondées les alarmes de ceux qui s'appliquèrent tespe*
miers à le$ combattre. Je dois d'abord vous foire observer 91e Rosellini considère la chronologie de l'Ecriture comme la base nér cesëairede tous ses calculs; et qu'il veut même rejeter toutes les parties de rbistoire primitive de l'Egypte qui ne peuvent entrer dans les limites prescrites par La Genèse »,
Le premier point dans l'Ecriture sur lequel les travaux de Rosellini aient jeté une nouvelle lumière est l'origine et la signifiertien du titre de Pharaon, quoiqu'on puisse dire qu'il ait été «us sur la voie par nos «avants compatriotes WUkhison et le major Félix. Au moyen de plusieurs analogie» entre les lettres égyptien* nés et hébraïques, il prouve que ce titre, est identique avec celui de Phraou Phre, le soleil, lequel précède les non» des rois sur les tombeaux a. Remontant à une époque plus ancienne, nous trouvons une coïncidence extraordinaire entre les faits rapportés dans l'histoire 'de Joseph et l'état de l'Egypte à l'époque où lui et sa famille y entrèrent II est rapporté , dans les livres de la Genèse, que Joseph, présentant son père et ses frères à Pharaon, eut soin de lui dire qu'ils étaient des bergers et que leur profession consistait à nourrir des bestiaux , ajoutant qu'ils avaient amené avec eux leurs brebis et leurs bmufs 3. Mais, dans les instructions qu'il donne à ses parents, il semble exister avec eeei une contradiction, extraordinaire ; « Quand Pharaon viendra vous visiter, et dira : Quelle est votre occupation? vous répondrez : L'industrie de tes serviteurs a été pour nous et nos pères, depuis notre enfance jusqu'à présent, de nourrir des bestiaux. Vous direz cela, afin que vous demeuriez dans la terre de Gessen; car les Egyptiens ont en abomination tous les pasteurs de brebis*. On se demande pourquoi Joseph attache tant d'importance à ce que ses parents disent à Pharaon que tous les membres de leur fa* mille sont des pasteurs de brebis, puisque tous les pasteurs de brebis étaient en abomination chez les Egyptiens» Une circonstance explique cette apparente contradiction : c'est que, lorsque Joseph était en Egypte, b pins grande partie de ce royiumeae trouvait
* Monuments de l'Egypte et delà Nubie, tom. I, p. 3. a Page 117.
3 Genèse xlvi, 33, 34; xlvu, i.
4 Genèse ravi, 34; xlvu, 6, a.
sous la domination dès Hyk-Shos, ou rois porteur $, race étrangère, probablement d'origine Scythe, qui s'était emparée du pays. Ainsi , il nous est à la fois expliqué comment des étrangers, dont les Egyptiens étaient si jaloux , avaient pu être admis au pouvoir ; comment le roi devait même être satisfait (pie des nouveaux venus occupassent une étendue considérable de son territoire, et comment leur état de bergers, circonstance odieuse au peuple conquis, les rendait plus agréables à un souverain dont la famille suivait la même profession. ChampolHon suppose que ces Hyk-Shos sont représentés' par les figures peintes sur les semelles des pantoufles égyptiennes, en signe de mépris'. Cette situation politique de l'Egypte nous explique aussi plus aisément les mesures prises par Joseph, durant la famine, pour mettre ce pays et les habitants sous une dépendance féodale envers leur souverain ». Et, avant de quitter cette époque, je dois vous faire observer que le nom de Sauveur du monde , donné à Joseph, a été clairement expliqué par Rosellini d'après la langue égyptienne.
Après la mort de Joseph , l'Ecriture nous dit qu'un roi survint, qui ne connaissait point Joseph. Cette expression formelle pourrait difficilement s'appliquer à un descendant direct d'un monarque qui avait reçu de lui tant de bienfaits; cela nous conduirait plutôt à supposer qu'une nouvelle dynastie, ennemie de la précédente, s'était emparée du trône. « L'Ecriture, dit saint Jacques d'Edesse, ne veut pas parler d'un Pharaon particulier quand elle dit un nouveau roi; mais de toute la dynastie de cette génération3. »
Or , il en est exactement ainsi , car , quelques années plus tard les Hyk-Shos, ou rois pasteurs, qui correspondent à la dix-septième dynastie égyptienne, furent chassés de l'Egypte parAmosis nommé Amenophtiph sur les monuments égyptiens, et qui fut le fondateur de la dix-huitième dynastie ou dynastie diospolitame. U devait naturellement refuser de reconnaître les services de Joseph et considérer tous les ibembres de sa famille comme ses en-
1 Chanipollion , première lettre, p. 57, 53. » R.sellini, ibid. , p. iSu.
3 Cod. Val. Syr. 104, fol. 44.
nem&. De la sotte aussi nous comprenons ses Craintes qu'ils ne se joignissent aux ennemis de l'Egypte , si quelque guerre venait à éclater *; car lès Hyfc-Shos, après leur expulsion , continuèrent longtemps dé harcder les Bgyptiens pour tenter de recouvrer le pouvoir qu'ils avaient perdu ». L'oppression fut naturellement le moyen employé pour affaiblir d'abord et détruire ensuite la population hébraïque. On se servit des enfants d'Israël pour bâtir les villes de l'Egypte. Il a été observé par Champollion que plusieurs de» édifices érigés sous la dix-huitième dynastie sont élevés sur les ruines de monuments plus anciens, qui avaient évidemment été détruits *. Cette "circonstance , outre l'absence de monuments d'une époque pfas reculée dans les parties de l'Egypte qui furent occupées par les Hyk-Shos, colifirme le témoignage des historiens, et démontre que ces usurpateurs abattirent les monuments élevés par les rois indigènes. Ainsi les restaurateurs de la royauté légitime trouvèrent occasion d'employer ceux qu'ils considéraient comme les alliés de leurs ennemis à réparer les injures qu'ils en avaient reçues. Les magnifiques édifices de Karnak, Luxor et Medinet-Abu appartiennent à cette époque. En même temps noua avons le témoignage exprès de Diodore de Sicile; cet historien rapporte que les rois d'Egypte se vantaient qu'aucun Egyptien n'avait mis la main à ces ouvrages, et que des étrangers seuls avaient été contraints à les faire *.
Ce fût, selon Roselltni, sous un roi de cette dynastie, celle de Ramsès,queles enfants d'Israël sortirent de l'Egypte. La narration de l'Écriture représente cet événement comme Hé avec la mort d'un Pharaon, et de même le calcul chronologique adopté par
* Exod. i, 10.
» RoseUIni, p. aQf.
* CbtmpoHkm, deuxième leftte, p. % 10, 17.
4 14. Tooi. II» p. 445 , éd «THavercamp. — Ub. I, W, éd. Wc§seting. J'omets ici l'opinion avancée autrefois par Josèplie et' d'autres, et Tépétée par è& écrivains modernes , qtie les rols-pasrteKrs niaient antres que les enfants d'Israël. Cette opinion parait aujourd'hui tout à-fait dénuée de rondement , et il est peu probable quelle trouve des partisans. Les Hyk-Shos, tels que les représentent les monuments, ont les traits, ta couleur et les autres marques distinctives des tribus scythes.
— ftftt — Koaettini le ferait cqtiHâder avec la dernière année du rtgne de ee monarque1.
Une difficulté sérieuse nous attend ici. Les historiens anciens parlent de Sésoslris comme d'un puissant conquérant sorti de fSgypte, côtoyant la Palestine et soumettant à son «oeptre des nations innombrables. L'Ecriture ne parle pas une seule fois de cette grande invasion t qui doit avoir traversé le pays habité par les Israélites. Ce silence a été, contre l'histoire sacrée, un sujet d'accusation; on Ta considéré comme une omission assez grave pour compromettre l'authenticité du livre saint. Pendant longtemps «a supposa que le Séthos JEgyptus de Manéthou ne faisait qu'un avec le Sesostris d'Hérodote, ChampoUion lui-même, faute de documente suffisants, était tombé dans l'erreur sur oe point; mais il changea depuis d'opinion. Rosellini a pris de grande» peines pour établir qu'il s'agit de deux rois distincts, et, par cette découverte, il lève entièrement toute difficulté; il prouve que le grand conquérant, fiamsés Séthos JEgyptus, personnage tout-è-fait différa* de Ramsés Sesostris, ou du Sesoosîs d'Hérodote et de Dtedore, était le souverain qui commanda cette fameuse expédition, eUjui fonda la dix-neuvième dynastie égyptienne. Gomme les Israélites avaient quitté l'Egyptepeu de temps avant la fin de la dix-huitième dynastie , lesexploitsde.ee conquérant et son passage à travers la Palestine eurent lieu justement pendant les quarante années que les Israéfcles mirent à errer dans le désert; il suit, en outre, que ses conquêtes ne purent avoir aucune influence sur l'état de oe peuple, et que, par conséquent, il n'était pas nécessaire d'en parler dans les amples hébraïque» a. •
11 existe un monument curieux et très-digne d'intérêt , qui se
1 Comme l'Ecriture parle , avec une sorte d'emphase poétique, plutôt de la destruction de l'armée de Pharaon que de la mort du monarque, quelques écrivains, tels que Willunson (p. 4» rtaoarq» à la fia des mat. hiérogL ), et Greppo, que je ne puis citer en ee moment, soutiennent qu'il n'est pas besoin de supposer nécessairement que la saatt d'un roi doive coïncider avec la sortie d'Egypte. Dans le système de Rosellini , cette différenee d'avec l'interprétation reçue n'est pas ;
» RoseUinj,p«3o&,
— m — rattache à cette explication» et qui, pendant un certain tempe a été un sujet de discussion parmi ceux de nos antiquaires gui ont étudié les monuments romains. Hérodote rapporte que le célèbre conquérant Sésostris marqua la route qu'il suivit par un grand nombre de monuments, dont cet historien lui-même a vu quelquesuns en Palestine, et dont quelques autres existaient en Ionie ». Maundrell fut le premier à remarquer « quelques étranges figures d'hommes taillées dans le roc, eu demi-relief, et de grandeur naturelle ,. ». sur la montagne qui domine le gué du fleuve Ly eus, ou Nahr-el-Kelb , non loin de Beirut. .
Champollion , dans son Précis t signale ce monument comme égyptien et comme appartenant à l'époque de Rajnses oudeSésostris. H parait qu'il fit cette supposition d'après une esquisse tracée par M. Çanta; mais une plus ancienne, ouvrage de M, Wise, avait également conduit sir W. Gell à la découverte du héros que le monument représente. M. Levinge, à Ja prière de sir William, l'examina et décida que rinscription hiéroglyphique était entièrement détruite ». M, Lajard publia en outre une notice, d'après une esquisse faite par MM. Guys; mais il tourna principalement son attention vers les bas-reliefs persans qui sont sur le même roe. Depuis, il a recueilli tous les renseignements que put lui procurer M. Galber, qui cependant n'avait aucun dessin pour expliquer sa propre description. M. Bonomi a longtemps approfondi ce sujet intéressant, et at% observations* ainsi que les dessins qui les accompagnent et qu'a publiés M. Landseer, laissent peu a désirer.
Il parait que, sur le côté de la route qui passe le long d'une montagne bordée par le Lycus , on trouve dix monuments anciens : deux de ces monuments sont comparativement d'un intérêt moindre, puisque Tua est uneinscription arabe , et l'autre une inscription latine; toute* les deux sont relatives aux réparations fûtes à la route. M. Bonomi parie des autres dans les termes suivants : « Les plus anciens, mais par malheur les plus altérés de ces antiques documents, sont trois tablettes égyptiennes ; ony peut dé-
* Xih. U.c. i*5.
» BuUetin de l'Institut de correspondance archéologique. Çcootro* i$34.
courir , en plt» d'un endroit , tracé en caractères hiéroglyphiques , le nom de Rainsès le Second , époque et règne auxquels tout connaisseur dans Part égyptien aurait, la preuve du nom eût-ette manqué, attribué ces tablettes d'après leurs belles proportions et la courbure de leurs formes «. » Je me contenterai de dire qu'il y a en outre un bas-relief persan , représentant un roi , avec des emblèmes astronomiques ; le tout décoré d'une inscription surmontée d'une flèche. Ce précieux monument fut moule avec une grande peine par M. Bonomi ». M. Landseer suppose qu'il représente Salmanasor, du quelque autre ancien conquérant assyrien 3. Le chevalier Bunsen r sans avoir examiné le moule ou le dessin, suppose, avec urie grande apparence de raison , que ce héros est Cambyse *.
Mais pour en revenir à nos Egyptiens, Champoilion, et après lui WiUtinson , ont considéré le Sésostris de l'hisUtfrè comme n'étant autre que Ramsès 11 , auquel Bonomi attribué l'inscriptioti qni se trouve sur le monument syriaque 5. Probablement, Çhampôfliori Rajouta au nom royal le nombre H , que par suite de cette idée reçue; il changea d'opinion , je crois , avant sa mort, et rat suivi, ainsi que vous Pavez vu, par Rosellini. Mais M. Bunsen, qui s'est longtemps occupé de débrouiller les complications de la chronologie égyptienne, a déclaré que Ramsès est certainement le Sésostris des Grées, et qu'il y a une erreur de trois ou quatre siècles dans la date assignée par Champoffîon au commencement die son règne6.
En avançant par ordre de date, Rosellini et tous tes autres cfironotegistes placent la cinquième année de Roboam au temps ou StnshaÉ parcourut le royaume de Juda et conquit Jérusalem , c'est-
«■ Continuation des recherches sabéatoes de Landseer. * Mon ami , W. Scoles, est maintenant en possession du moule original. .
3 Continuation, etc., p.' M*
4 Bulletin n° 3,^835, p. at. *
5 Lettres écrites d'Egypte et de Nubie, t8a8 et 1829. Paris, i833, pages 36a et 4 4 S. Topographie de Thèbes, par Wflkinson. Londres, i835,p. 5t.
<* Bulletin u° 3, i835,p. a3.
à-dire dans Tannée 971 avant Jésus-Christ «. Or, sur les monuments égyptiens , nous voyons que Sheshouk commença son règne ut la vingt-unième dynastie précisément à la même époque ' .
Rosellini a publié plusieurs monuments de Shishak; et l'un d'eux particulièrement offre la plus puissante confirmation quon ait jusqu'ici découverte en aucun lieu, de l'histoire sacrée par lltistoire profane. Mais ici je m'occupe seulement dechronôlogie , et je dois dès lors réserver l'étude de ce monument intéressant pour notre prochaine réunion où il sera question darehéologie.
Greppo et d'autres ont supposé que le Zaracb du second livre des Paralipomènes (XIV, 9-1$ ) est l'Osorchon des monuments. Rosellini , cependant , rejette cette opinion ; je ne trouve pas % je l'avoue, ses raisops très-satisfaisantes : il se fonde sur une légère différence de ce nom , et sur ce qu'il est dit que Zarach est éthiopien, circonstance qui confirme plutôt la coïncidence; car il appartenait à la dynastie bubastienne, que Champollion considère comme éthiopienne 3.
Rosellini, toutefois, a ajouté de nouveaux monument» à ceux déjà produits par Champollion ; il y est fait mention de deux au? très rois dont il est parlé plus loin dans l'histoire sacrée, et qui sont : Sua, le Sevechus des Grecs et le Shabak des monuments dont on voit les noms dans les palais de Luxor et de Karnak, et sur une statue de la villa Albani; et Téraha, qu'on retrouve à Mëdinet-Àbu sous le nom de Tahrak.
11 nous reste encore, pour ces détails chronologiques, à parler d'une des confirmations les plus frappantes de l'exactitude de l'Ecriture. Dans Ezéchiél (chap. xxly, v. 50-52) et dans 4érémie (chap. xliv, v. 50) , nous voyons que Dieu donne Pharaon et la terre d'Egypte à Nabuchodonosor, et « qu'il n'y aura plus de prince de la terre d'Egypte. » Cependant nous trouvons après cette
1 Hl oui Rois, xiv, * 5.
*» Rosell., p. 83. Voyez aussi ta deuxième lettre de CuampoJlioa , p. 1*0-164. Aussi sa lettre à M. G. -A. Brown, dans les principaux monuments égyptiens du Musée britann. , par le T. H. Ch. York et M. le colonel M. Leake. Lond. 1827, p. a3.
3 Ubi sup., p. i??. Pages 107, 109, Wilkinson.
épo^ fe mention faite par Hérodoto et Wodore, d'Amasfc, confine roi d'Egypte.
Comment peut-on concilier ees faits* Au moyeïides monuments cTAmasts, publiés pour la première fois par M. Wilkinson : sur ces monuments, Amasis ne reçoit jamais les titres attachés à Ta royauté en Egypte ; au Heu d'un prénom , il a le titre mixte de AfUtk, lequel montre qull régnait pour le compte d'un maftre étranger •. Deux circonstances mettent, je puis le dire, ce fait hors de doute ï !• Diodore nous dit qu'Amasïs était d'une basse naissance; par conséquent , Arihérità pas du royaume; £° un fils d'Amasis semble avoir gouverné l'Egypte sous Darius, car 3 porte le même titre. Or, certainement, durant la conquête des Perses, ir n'y eut pas en Egypte de rois indigènes, puisque les monuments portent les noms des monarques persans. Ainsi, il reste prouvé que le titré de Métek dénote un pouvoir de vice-royauté, ce que confirme encore tin monument publié par Rosellini ,' qui ne semble pas avoir pris garde à la remarque de Wilkinson. C'est une inscription trouvée à Kosséir et qui appartient au temps de la domination (fes Perses .- cette inscription parle du « Mélek de la Haute et Basse-Egypte *. * De cette mahière se trouve levée une difficulté sérieuse; Amasis ne fut pas un roi , il fat seulement un vice-roi*
Mais il est temps de nous tourner vers une autre application des recherches faites sur l'Egypte, c'est-à-dire l'explication de ses signes astronomiques. L'étude dés monuments et de l'écriture des Egyptiens dans les temps modernes a été fertile en objections contre l'histoire sacrée , et , à limitation des autres sciences , celle-ci a cherché à faire servir ses progrès au renversement de cette hi*» toire. La discussion relative aux zodiaques de Dendera, l'ancienne Tentyris, et ôTEsneh ou LatopoHs, est une preuve remarquable a l'appui de mon assertion.
L'expédition d'Egypte sous Napoléon, qui répandit autant d'éclat sur l'ardeur littéraire de la France qu'elle jeta d'ombre sur la gloire de ses armes , nous valut pour la première fois la connais* sauce de ces curieux monuments : on en trouva deux à Dendera; l'un était tme peinture oblongue, formée de deux bandes parallè-
* Matières hiéroglyphiques, p. ioo-ioi, » Page a43.
— 5« — les, maii séparées et renfermées entre deux monstrueuses figures de femmes; sur ces bandes, dans une subdivision intérieure, étaient disposés les signes du zodiaque avec de nombreuses figures mythologiques ; en dehors se trouvait une suite de bateaux représentant tes Dtcanè de chaque signe. Ce zodiaque était peint dans le portique d'un temple, où, comme tous les autres, il occupait la route. Le second zodiaque, ou plutôt planisphère, est circulaire; il a été transporté en France, «près avoir été enlevé d'un étage supérieur dit même temple, par MM. Satrtnier et le Lorrain. Esneh fournit aussi deux zodiaques, Fun tiré du plus grand , l'autre do plus petâ de ses temples. Ces deux zodiaques et celui dé forme rectangulaire de Dendera peuvent seuls réclamer une attention particulière; le planisphère circulaire doit partager le sort du zodiaque peint dans le môme temple.
A peine dfs dessins de ces monuments venaient de paraître, que l'Europe, et particulièrement ht France , abonda en mémoires et en dissertations sur la question de leur antiquité. Il fut généralement posé en fait qu'As représentaient l'état du ciet à l'époque où ils avaient été construits, et où les édifices qu'ils ornaient avaient été élevés. Quelques savants y découvraient lé point où les côlures des solstices coupaient récliptiqueà eette époque; avec Burkhardt, ils attribuaient au grand zodiaque d'Esneh Feffrayante antiquité de 7,000 ans, et à celui de Dendera celle de 4,000 ans ; tandis que Duptris , partant des mêmes prémisses, limitait lé dernier à 5,56fc ans *; (fautres prétendirent qu'ils représentaient l'état des cieux au commencement d'une période sothique , et, comme sk W. Ihrummond , ceux-là assignèrent au zodiaque de Dendera f ,522 arts », et à celui du grand temple d'Esneh 8,800 ans avant notre ère *; une troisième classe enfin y vit Tàpparitîon hefiaque de Shius, à «ne certaine époque donnée , et conclut avec Fourier que les zodiaques d'Esneh avaient été construits 2,500 ans, et celui de Dendera 2,000 ans avant Jésus-Christ. 4,
* Toytz Cuvier, p. a5r.
* Mémoire sur rantiqulté des zodiaques cTEsneh et Je Dendera. liOnd. i8ai, p. 141.
* Aid., p. 5g.
* Voyes Guigniant* p. 91g.
— 51* — ou, avec Nouct, qqe la dernier avait été tracé ft^SOO ans, et le plus grand des premiers 4,600 ans avant notre ère (. Je n'ai pas besoin de vous fatiguer plus longtemps par rémunération de systèmes semblables. La même base conduisit des savants à des conclusions différentes, et Terreur se manifesta d'elle-même par la variété caractéristique des couleurs dont elle se revêtit.
Dès le commencement de la discussion, il y eut des investigateurs qui hasardèrent de supposer que l'alarmante antiquité ainsi accordée à ces monuments méritait d'être examinée d'après des principes archéologiques et non astronomiques. Le vénérable et savant monseigneur Testa , ainsi que le célèbre antiquaire Visconti , étaient du nombre de ceux-ci » ; le dernier remarquait notamment que le temple de Dendcra, quoique d'architecture égyptienne, portait des marques caractéristiques qui ne pouvaient remonter au-delà des Ptolémées, et que le* inscriptions grecques qui s'y trouvaient renvoyaient à un César, lequel , pensait-*! , devint être Auguste ou Tibère, Mais ce raisonnement obtint peu de crédit pendant vingt ans, et les explications astronomiques furent seules admises.
M. Bankes, durait son voyage en Egypte, donna une attention sérieuse à cette intéressante recherche , et , dans une lettre à là. David BaUlie , il communiqua à celui-ci les raisons d'après lesquelles il croyait que ces temples ne remontaient pas au-delà des règnes d'Adrien et d'Antonin le Pieux 3» 11 remarquait que, tandis que les chapiteaux des pins anciennes colonnes de Thèbes présentent un simple campanile surmontant une tige polygone ou cannelée , ceux d'Esneh et de Deudera sont richement ornés de feuillages et de fruits; de plus, les hiéroglyphes qu'on trouve sar les colonnes ne sont certainement pas égyptiens, puisque M. Bankes trouva une inscription indiquant qu'ils avaient été tracés sous le règne d'Antonin 4.
* Recherches nouvelle* de Volney, troisième partie. Paris 1814.
* Testa, Sur deux zodiaques nouvellement découverts en Egypte, Rome 1801. Visconti, dans l'Hérodote deLarcher, t. U,p. 5<yj et suif.
* Mémoires de sir W. Drummond, p. 56.
4 Ibid., p. 57. Ceci, je pense, a rapport au temple situé au nord d'Esneh , connu sous le nom de petit temple.
Au j'este, tes argument* archéologiques, en faveur de la construction moderne de ces monuments , reçurent leur> entier développement de M. Letronnc : ce savant puisa dans les publications et dans les rapports des voyageurs toutes les lumières nécessaires touchant l'architecture de ces monuments; il expliqua les inscriptions qu'ils portaient encore. MM. Huyotet Gaului fournirent des particularités intéressantes sur le premier point ; entre autres faits > ils prouvèrent, en se fondant sur le style et les couleurs employées, que le parvis du petit temple d'Esneh , dans lequel est peint le zodiaque, est de la même date que le temple lui-même ; puis une inscription, probablement la même dont parle M. Bankes, fut copiée par ces deux artistes d'après une colonne du temple. L'inscription porte que deux Egyptiens firent exécuter ces peintures dans la dixième année du règne d'Antomn, la quarante-septième année après Jésus-Christ. Telle est donc la date du petit zodiaque d'Esneh , auquel on avait assigné une antiquité de deux pu trois mille ans avant Jésus-Christ ». Le temple de Dendera a eu le même sort; une inscription grecque, qui se trouve sur son portique , et qui d'abord avait échappé à l'observation , atteste qu'il fut dédié au salut de Tibère a.
Tandis que Letronne s'occupait ainsi d'examiner les inscriptions grecques dont sont revêtues ces ruines que Ton supposait être de la plus haute antiquité , M. Champollion complétait son alphabet hiéroglyphique , et il confirma bientôt par ses recherches les conclusions de son collègue relativement au parvis du temple de Dendera; il lut aussi l'inscription hiéroglyphique concernant Tibère 3. Sur le planisphère du même temple , il déchiffra les lettres ATKRTR, ou bien en ajoutant les voyelles, AYTOKPATOP, titre que prend Nqron sur ses médailles égyptiennes *. H ne reste plus que le zodiaque du grand temple d'Esneh. Or, M. Champollion a traité son antiquité, et celle djU temple sur lequel il est peint,
* Recherches pour servir à rhist. de l'Egypte pendant la domination des Grecs et des Romains, Paris 1 8a 5, p. 456. a Ibid., p» 186.
3 Lettre à M. Letronne, à la fin des observations, etc. , comme ci* contre p. 3.
4 Lettre à M. Dacier, par Luronne; p. 38.
- U4 - «▼w atasi peu de cérémonie. Sir W. Gçfl, lofs de son séjour à Naples , an mois d'août 1826 , lui communiqua des dessins exacts du zodiaque cTEsneh, faits par MM. Wilkinson et Cooper; et il découvrit que la dédicace de ce monument avait eu lieu , non pas comme l'avaient conjecturé les astronomes , sous le règne de quelque Pharaon égyptien , au nom bizarre , mais sous l'empereur romain Commode f . Le même savant avait déjà démontré que l'exécution des sculptures dé ce temple remontait au règne de Claudius *.
Ce fut donc avec justice que le ministre de l'intérieur, le vicomte de la Rochefoucauld, dans une lettre adressée au roi de France, et datée du 13 mai 1826, attribua à M. Champolhon le mérite cPavoir, selon l'opinion de tout esprit impartial, décidé le point en question.
« te suffrage public des hommes les plus distingués de PEurope, dit le ministre, a sanctionné des résultats dont l'application a déjà été très-utile pour découvrir la vérité en histoire , et pour affermir les saines doctrines littéraires; car votre majesté n'a pas oublié que les découvertes de M. Champoïlion ont démontré péremptoirement que le zodiaque de Dendera , qui semblait alarmer la croyance publique , est une œuvre qui remonte seulement au temps où les Romains possédèrent l'Egypte. »
On ne pouvait néanmoins espérer que les résistances des adversaires de là religion seraient entièrement comprimées par ces attaques vigoureuses. Trop de science avait été employée à soutenir de laborieuses théories ; on avait avancé avec trop de confiance des systèmes de prédilection , pour que l'on y renonçât sans peine et sans entreprendre de lutter encore quelquefois.
Difficile est longum subilo dejwmere àmorem *.
ta potfraK contenir que le» temples étaient itioderhés, et con- Béquemment que les zodiaques qu'ils contenaient Tétaient aussi; mais ces derniers, disait-on, devaient avoir été copiés sur d'autres d'une date ancienne. « Ainsi, le plan original du zodiaque de
* Bulletin universel.
* Letronne.
3 Catuï. Car, 76, 18.
— 515 • Dendera devait avoir été formé au moins sept siècles avant notre ère. » Tel fut le système de défense élevé par le défunt sir William Drummond dans son dernier ouvrage ' ; mais quand il récrivit , il ne pouvait avoir eu connaissance de la savante dissertation publiée quelques mois auparavant , et dans laquelle Letronne portait le dernier coup à un pareil système , de même qu'à tout autre qu'on voudrait ériger en faveur de l'absurde antiquité des zodiaques \
Le hardi voyageur Cailliaud , à son retour de l'Egypte f apportai entre autres raretés , une momie découverte à Thèbes et remarquable par plusieurs particularités ; les deux plus importantes étaient une inscription grecque très-effacée , et un zodiaque ressemblant exactement à celui de Dendera 3. Dans la dissertation dont f ai parlé, M. Letronne entreprend d'expliquer ces deux documents et d'en faire l'application aux figures des zodiaques qui se trouvaient dans les temples égyptiens. U rétablit l'inscription avec un bonheur qui doit contenter )e critique le plus pointilleux; et , quant à la momie , il la reconnaît pour celle de Pétéménon , fils dé Sotcr et de Cléopàtre , qui mourut à l'Age de vingt-un ans, quatre mois et vingt-deux jours, dans la dix-neuvième année du règne de Trajan , le huitième jour de Payni , ou le 9 juin de l'an 116 <Je l'ère chrétienne *.
J'ai déjà dit que le zodiaque qui se trouve peint sur l'intérieur de l'encadrement ressemble à celui de Dendera ; comme ce dernier, il est soutenu par une figure de femme d'une taille gigantesque* dont les bras sont étendus ; il présente les deux signes du zodiaque sur deux bandes parallèles montant et descendant dans le même ordre, et dans un style de dessin semblable ; la vache môme , qui repose dans un bateau et qui est l'emblème d'isis ou Sirius, n'est pas omise. On peut donc dire que l'identité des deux zodiaques est entièrement établie. Mais il existe une particularité dan#
1 Origines ou remarques sur l'origine de plusieurs empires, tom. II, p. 227. Lond. i8*5.
* Observations critiques et archéologiques sur l'objet des représentations zodiacales. Paris, mars 1S24.
3 Voyage à Aféroé, au Fleuve blanc, etc. Paris, 182 3, tome II 1 pL 71.
4 Pagc3o.
lé petit zodiaque. Le signe du capricorne est retiré de la série des autres signes et placé au-dessus de la tête de la figure, dans une situation à part et d'où il semble dominer ».
L'existence d'un zodiaque sur la niche d'une momie doit suggérer Tidée qu'il a rapport au corps embaumé ; en d'autres termes que c'est un zodiaque astrologique et non astronomique. Dans ce cas , on peut supposer que le signe isolé représente celui sous lequel était né l'individu, et qui devait par conséquent présider à son sort pendant sa vie. Cette hypothèse est facile à vérifier. Nous avons l'âge exact de Pétéménon avec la date de sa mort. Calculant d'après ces bases, nous voyons qu'il naquit le 12 janvier de l'an 95 de Père chrétienne : ce jour-là le soleil se trouve aux deux tiers environ du signe du capricorne. Si', au lieu du signe, nous interrogeons la constellation, la conclusion sera ta même, car, en calculant d'après la table de Delambre , selon la précession annuelle , nous voyons qu'à l'époque en question la constellation entière se trouvait dans le signe , et que le 12 de janvier le soleil était environ au seizième degré de la constellation ».
Nous rie pouvons donc aucunement douter que le zodiaque fût Pexpressîon d'un thème natal , et l'analogie nous conduirait à une conclusion semblable pour celui de Dendera , quand même la vue des Decans, remarqués par Visconti et expliqués par Champollion , qui a tu comme eux les noms qui leur sont donnés dans Julius Firmicus , ne nous aurait pas déjà autorisés à le considérer comme astrologique.
Cependant M. Letronne ne se contente pas dé cette conclusion générale, il entre dans un examen approfondi de l'astrologie des anciens. Cette science, originaire de l'Egypte, passa en Grèce et à Rome , et retourna dans sa mère-patrie , ennoblie et consacrée par le patronage des Césars 3. Précisément au moment où les zodiaques célèbres furent retracés , cette science, si on peut lui donner ce nom, avait atteint son zénith et planait au-dessus du sol où elle était née. Manilius, sous le règne d'Auguste, et Vettios Valens sous celui de Marc-Aurèle , écrivirent leurs traités sur ce
« Page 49- » Pages 53-54.
3 Pages 58-86.
sujet ; mais les nombreuses médailles astrologiques de l'Egypte sous Trajan, Adrien et Antonin, montrent combien elle était répandue dans ce pays '. Ce siècle fut celui des sectes astrologiques, gnostiques, ophites et basilidiennes, dont les Abraxas , qui représentent plusieurs combinaisons astrologiques, avaient été sérieusement pris par quelques interprètes des zodiaques pour des monuments datant de 5,863 ans avant Père chrétienne a. Cette réunion de preuves , Jes dates modernes et à peu près contemporaines dé tous les zodiaques , le caractère évidemment astrologique de l'un d'eux, les Decans marqués sur un autre, et par-dessus tout l'influence des idées astrologiques dans le seul temps où fut fait tout zodiaque existant en Egypte, ne nous permettent plus de douter que toutes productions de ce genre ne soient simplement des restes de la science occulte , et qu'ils ne représentent des sujets gcnethliaques 3.
Quelle perte de talents, de temps et de savoir la vérité n'a-t-ejle pas à déplorer en retraçant l'histoire de cette mémorable controverse! Sur quel brillant monceau de systèmes détruits Terreur nVt-elle pas a s'affliger ! systèmes où tout était éclatant , tout imposant, tout rempli de confiance, mais où tout était en même temps vide,, fragile et mensonger. Plus d'un cas assurément s'est rencontré où une tromperie malicieuse a abusé du candide savoir d'un antiquaire, et lui a fait rendre t comme Scriblerus, à la rouille moderne , le respect et rhommage seulement dus à la rouille de l'antiquité *. Mais le monde ne vit jamais avant nous d'exemple où « un esprit de vertige » se soit emparé si complètement dune aussi grande foule d'hommes savants et habiles , qu'ils aient donné des siècles innombrables d'existence à des monuments comparativement modernes, et cela sans être arrêtés par la chute de leurs systèmes. • ,.
» Ibid, pages 86-32.
* Ibid. , page 70.
3 Ibid., pages io5-io8.
4 Voyez les Curiosités de la littérature, deuxième bcric, deuxième édition. Londies 1824 , t. III, p. 40, et suiv. Mais ou pourrait ajoute plusieurs exemples à ceux cités par d'Isracli.
— Si* —
« H* w nient combattre encore dans l'arène où ils voyaient leurs compagnons tomber devant eux, comme les feuilles d'un même rameau T . »
Child-Harold , chant IV, 04 .
Jamais, eu effet, l'erreur ne se montra plus réellement sous la forme de l'hydre. Chaque tête était abattue dès qu'elle se montrait; mais une nouvelle tête s'élevait aussitôt à sa place , également hardie et également « disant de grandes choses. » Pendant plus de vingt ans cette guerre acharnée continua ; mais comme les prévenions s'épuisaient par degrés et que la" véritable science se fortifiait, les forces vitales du monstre s'affaiblirent, et les blessures qu'il recevait lui devinrent plus fatales. Il a depuis longtemps rendu le dernier soupir; et n'existant aujourd'hui que dans les souvenirs de l'histoire , il ne peut pas plus effrayer les simples et les timides, que le « squelette décharné » ou les anneaux bien conservés de quelque monstre du désert , dans le cabinet d*nn curieux.
Cependant , c'est une satisfaction que de voir la liste des noms illustres qui ne se prosternèrent pas devant l'idole du jour, et il est juste de les citer. Longtemps après les dernières recherches que j'ai détaillées , un écrivain eut la hardiesse , dans un journal anglais, d'avancer que, « sur le continent, » et il parle de la France en particulier, « l'antiquité des zodiaques de Dendera a été considérée comme suffisamment établie pour démontrer que les Egyptiens étaient un peuple versé dans les sciences , longtemps avant la date que notre croyance attribue à la création de l'homme ; « tandis qu'en Angleterre, non-seulement le fait a été nié, mais le contraire démontré, powr la premier* fois , par M. Bentley »! Par un procédé de logique, malheureusement trop usité dans les pages de ce journal , l'écrivain cherche la cause de ce phénomène dans les différences de religion qui se trouvent entre les deux
1 And still engage
Within ihe same arena where they see
Their fellows fall before , like leaves of the same tree.
* British critic., avril 1826, p. 137.
pays. La funeste influence du papisme, dit-il, pousse le philosophe curieux à rejeter toute révélation comme n'étant que le fruit de la ruse des prêtres, tandis que, dans notre pays libre, l'encouragement donné à un examen libre et entier de l'évidence du christianisme a appris aux raisonneurs pourvus de sagacité à reconnaître la force de cette évidence «. » Cet article fut écrit deux ans après que le dernier ouvrage de Letronne eut terminé en France la discussion sur les zodiaques. Si le critique avait été moins emporté par le désir d'attaquer le catholicisme , même quand celui-ci combattait Firréugion , leur adversaire commun, il se serait sûrement rappelé non-seulement les noms de Letrenne et de ChampotHon, mais encore ceux de Lalande, de Visconti, de Para vey, de Delambre, de Testa, de Biot, de Saint-Martin, de Halma et de Cuvier, qui ont tous assigné une date moderne aux moaumnts dont il s'agit; et là où la science astronomique, et non pas le nombre, fait autorité, des noms tête que ceux de Lalande, de Delambre et de Biot, peuvent sûrement en contrebalancer plusieurs autres, et justifier les savants français de l'odieuse accusation si imprudemment lancée contre eux.
* Pages iSÔ et tuèv.