I.fig. î
^explication *. Quelques-unes de ces peintures montrent le couvercle du coffre ouvert sur la tête du patriarche , ainsi que dans les médailles d'Apamée a. Dans celles-ci encore , la figure de Noé est quelquefois représentée en dehors de l'arche , sur la terre fermé, avec la colombe symbolique, qui sert à le désigner ; car, parmi les symboles chrétiens les plus communs , Boldet ri compte celui-ci : « Noé , quelquefois dans l'arche et quelquefois en dehors , avec la colombe 5. » Enfin la colombe est de temps en temps perchée sur l'arche, comme on le voit sur la médaille dont nous donnons le dessin ; mais alors la figure du patriarche est omise. Il en est ainsi sur la pierre deFoggi, décrite par MamachH. Pour vous mettre mieux à même de comparer les représentations sacrées et les profanes, je me suis procuré un dessin de la médaille d'Apamée (fig. 2), et un autre du cimetière de Caïliste. Je pense qu'après les avoir comparés l'un à l'autre , vous concluerez , nonseulement qu'il ne peut plus y avoir de difficulté sur la question de savoir si une arche comme celle de Xoé a jamais pu être représentée ainsi que nous la voyons sur lés médailles, mais encore que la ressemblance entre les deux sortes de monuments est telle que nous en pouvons considérer les sujets comme identiques. Ajoutez à cela que la différence d'âge entre les deux genres de monuments ne saurait être très-grande, et qu'il est évident que les Chrétiens , dans ces peintures si semblables entre elles , quoique exécutées sur des monuments divers , se réglaient sur un type commun , tout-à-fait distinct de celui donné par l'histoire sacrée, et que ce type était probablement emprunté à d'autres traditions.
II. Des médailles, passons maintenant aux inscriptions, ordre de monuments supérieur aux médailles , puisque les inscriptions
1 Dissertaiio de du obus emblematibus musaei card. Garpinei. Home 1748, pi 18. Bianchini a aussi publié, d'après un ancien verre, une , représentation de la même scène en miniature.
* Voyez les exemples dans Aringhi, tome II, pages 67, io5, 187, 3x5.
3 Observations sur les cimetières. Rome 1730, tom. I, p. aa.
4 Origine et antiquité dés Chrétiens , livre XX , tome III. Rome I73i. <
procurent en général des renseignements plus détaillés. Le principal avantage tiré des antiquités de cette classe consiste dans les éclaircissements philologiques qu'elles ont sou veut donnés sur quelques passages obscurs de l'Ecriture. Si je voulais m'étendre sur ces confirmations ou éclaircissements, je vous ferais descendre à des recherches minutieuses et savantes qui sont peu du domaine de ces discours. Cependant, tout ce qui jette une nouvelle lumière sur quelques passages de l'Ecriture , tout ce qui justifie sa phraséologie contre une accusation de contradiction et d'ignorance., tend à nous en faciliter l'intelligence, et nous donne ainsi de nouvelles preuyes de son authenticité. Je me contenterai d'un exemple tiré d'une savante dissertation du docteur Mùnter, intitulée : Recueil d'observations religieuses d'après les marbre^ grecs , et insérée il y a quelques années dans les miscellanées de Copenhague '• Dans Jean ( chap. ivT v. 46 ), il est fait mention, d'un certain seigneur, ou gouverneur, ou courtisan; car on peut traduire le mot grec de toutes ces façons. 4 La version anglaise a adopté le premier sens en consignant les deux autres en marge; et à propos de cette interprétation , un commentateur moderne fait observer qu'elle « donne l'idée du rang héréditaire et de certaines dignités auxquelles rien ne correspondait en Palestine et en Syrie ». » Quel-
1 Mélanges d'arguments théologiques et philologiques, lom. I. Copenh. 1816.
2 Observaliones flavianœ, page 144. Six des recueils de Griesbach portent Basiliscos, et il est évident que le traducteur de la Vulgate a lu ainsi; car celte version porte : quidam Regulus, ou , comme uous l'avons rendu, «un certain gouverneur.» Schleusner suppose que celle expression est venue de la Vulgate; mais le contraire est beaucoup plus probable. Il n'est pas hors de propos de remarquer dans cette note que bien que la Vulgate ait rendu le mot par un diminutif, dans le dialecte hellénique, il n'a aucunement cette signification. On le voit d'après une inscription de Silco , roi de Nubie , publiée d'abord d'après une copie moins parfaite de M. Gau, par Niebuhr, dans ses Inscriptiones nubiennes , Rome 1820 ; on le voit encore, d'après une copie de M. Cailliaud publiée par Letronne, dans le Journal des Savants, fév. 1825, p. 98-99. Ce roi commence le magnifique récit de ses victoires par Ego Silco Basiliscos ton Noubadon cal olôn ton aithiopôn. Quand même le judicieux
ques savants ont pensé que ce mot signifiait un homme du sang royal ; d'autres, un soldat du roi ; d'autres n'y ont vu qu'un nom propre. L'explication la plus naturelle de ce mot parut celle de Krebs : il signifiait, dit cet auteur, un ministre ou un serviteur du roî. Mais les témoignages qu'il empruntait à quelques écrivains ne satisfirent pas plusieurs commentateurs. Un nouvel exemple tiré par Mûnter » d'une inscription de la statue de Memnon , inscription écrite dans le même dialecte grec du nouveau Testament , le dialecte hellénique , donne plus de poids à cette traduction; il y est fait mention de Jrtemidôros Ptolemaiou Basiliscos, Artémidore, le courtisan, ou serviteur de Ptolémée. En effet, l'addition du nom même du roi ne peut permettre aucune autre traduction.
Pour en venir à des preuves plus importantes et d'un intérêt plus général , pour passer des mots aux choses , je vous donnerai un exemple de Futilité dont les inscriptions peuvent être aux grandes vérités du Christianisme. Quiconque a étudié même superficiellement ces vérités , est convaincu de ce qu'il y a d'irrésistible dans l'argument tiré de l'empressement des premiers Chrétiens à souffrir la mort pour la défense de leur religion. Depuis les divines révélations jusqu'à la grande fiistoire ecclésiastique d'Eusèbe, les annales de l'Eglise nous présentent une foule de témoins, une multitude de martyrs , qui rendaient amour pour amour, vie pour vie, scellaient leur confession de leur sang, réduisaient à l'impuissance la malice et la cruauté de leurs infatigables persécuteurs. Dans cette fermeté de leur conviction, dans cette constance de leur foi , dans cette hardiesse de leur confession , dans cet enthousiasme de leur amour, nous possédons sûrement une preuve de la puissance qu'exerçaient sur leur esprit mille vérités qu'on lit mainte-
axiôme de M. Saherte, dans son Essai sur les noms propres :« Jamais peuple ne s'est donné à lui-même un nom peu honorable , » ne s'appliquerait pas aux monarques, dans la déclaration de leurs titres , les mots qui se trouvent dans la dixième et la onzième ligne ne laisseraient aucun doute sur le sens rentable ; car il dit là : ote eguegone mèn Basiliscos. « Loin d'être au -dessons des autres princes, je leur ai été supérieur. » M. Letronne explique plusieurs phrases de cette inscription, d'après le dialecte employé dans les Septante et dans le nouveau Testament. ' Mélanges, p. 18.
nant, mais qui alors étaient profondément sues et senties. Le courage qui les soutenait au milieu des plus cruelles épreuves nous démontre l'existence d'un énergique principe intérieur , qui compensait en eux la faiblesse de notre nature, comme l'inutilité complète de tous les efforts tentés pour les vaincre ou pour les détruire entièrement, nous prouve le secours d'un bras protecteur et la réalité de la promesse de celui qui peut si facilement briser toute arme levée contre son ouvrage. Qui donc alors s'étonnerait de Tadresse avec laquelle on a cherché à décréditer ce fait intéressant de l'histoire ecclésiastique? Doit-on être surpris que Gibbon ait employé toute la pompe artificieuse de son style «t emprunté tout le savoir de ses prédécesseurs pour prouver que le Christianisme n'a compté ^pie peu de martyrs ; que ceux-ci ont reçu la mort plutôt par suite de leur propre imprudence que par un effet de la malice ou de la haine de leurs bourreaux contre leur religion, et qu'ils étaient poussés vers l'échafaud plutôt par un esprit ambitieux et inquiet , que par un motif d'inspiration divine « Leurs personnes, conclut-il, étaient regardées comme saintes, leurs décisions étaient admises avec déférence , et ils abusèrent trop souvent, par l'orgueil de leur esprit et par la licence de leurs mœurs, de la prédomination que leur avaient acquise leur zèle et leur intrépidité. Ces distinctions, tout en faisant valoir ce que leur mérite avait d'élevé, trahissent néanmoins le petit nombre de ceux qui souffiirent et de ceux qui moururent pour avoir confessé le Christianisme '. »
Le savant Dodwell, dans ses dissertations sur saint Cyprien a, avait préparé la voie à cette attaque , dirigée contre les vérités historiques du Christianisme , en assurant que le nombre des martyrs était peu considérable, et que l'Eglise , après le règne de Domitien, avait joui d'une tranquillité parfaite. Assurément Àmaldi et d'autres ont suffisamment réfuté ces assertions en se fondant sur des documents historiques; mais les inscriptions monumentales présentent les moyens les plus directs et les plus efficaces pour les renverser. Visconti a pris la peine de recueillir dans les volumineux ouvrages des premiers temps du Christianisme les inscriptions
* Décadence et chu!c, ch. xvi.
2 Dissertât iones cyprianicae, dissert. \t, p 57.
qui nous apprennent le nombre des martyrs qui ont versé leur sang pour Jésus-Christ ».
La cruauté des persécutions païennes, même sous les empereurs dont les principes étaient doux et la domination débonnaire, est suffisamment attestée par une inscription touchante, tirée par Àringhi du cimetière de Callisle; la voici : « Alexandre n'est pas mort; il vit au-dessus des étoiles , et son corps repose dans cette tombe. H a cessé de vivre sous l'empereur Àntonin , qui ne lui paya que par de la haine ce qu'il lui devait de faveur et de bonté. Car, tandis qu'il fléchissait les genoux pour sacrifier au vrai Dieu , il fut entraîné au supplice. Oh ! malheureux temps , où , au milieu de nos cérémonies sacrées et de nos prières, nous ne pouvons être en sûreté, même dans des cavernes! Quoi de plus misérable pour nous que la vie? Mais d'un autre côté, quoi de plus misérable aussi que la mort? Car nous ne pouvons pas même être ensevelis par nos amis et par nos familles a. » Cette lamentation pathétique expliquera les difficultés que les Chrétiens éprouvaient pour conserver les noms de leurs martyrs; elle expliquera aussi ce qui les obligeait à se contenter d'en indiquer le nombre. C'est pour cela que nou^ rencontrons dans les catacombes les inscriptions suivantes 3 :
MARCELLA ET CHRISTI MARTYRES, CCCCCL.
( Marcella et 550 martyrs du Christ. )