N. XXX. SURRA ET SENEC. C0SS
( 50. Sous le consulat de Surra et de Sénécion ).
Or, Surra et Sénécion étaient consuls Fan du Christ 107, à l'époque même de la persécution de Trajan. Il existe une autre inscription plus concluante encore , donnée par Marangoni ; elle met cette question hors de doute : c'est celle de Gaudens , architecte, que ce savant antiquaire croit être le même qui dirigea la construction du Colysée. Cette inscription, qui se trouve dans les Calacombcs, nous apprend qu'il souffrit la mort sous Vespasien. On ne peut supposer qu'elle ait été érigée plus tard en son honneur ; car plusieurs syllabes y sont distinguées par une sorte d'accents ou signes qui , selon le savant Marini , n'ont été en usage que depuis Auguste jusqu'à Trajan 2. En conséquence, l'inscription doit avoir été gravée avant le règne de cet empereur.
Ces inscriptions sont une nouvelle et forte preuve du grand nombre de Chrétiens morts pour la défense de la foi ; et de cette manière, elles ont servi à réfuter une objection spécieuse élevée contre une des plus intéressantes et des plus belles confirmations du Christianisme.
III. Quoique les médailles et les inscriptions puissent être à bon droit considérées comme des monuments, j'ai néanmoins ré-
1 Quelques lettres de l'Ilalie. Lond. 1724, p. 224.
2 Actes des frères Arvali, p. 760.
serve cette expression pour désigner spécialement une classe de symboles commémoratifs plus complets et destinés par des images sensibles à transmettre le souvenir des grands événements, ou des pratiques et coutumes des anciens jours. L'importance de tels monuments doit être jugée très-grande ; car ils sont en quelque sorte la tradition réfléchie et calculée qui lègue la gloire des générations passées aux générations qui les suivent. Les représentants et les délégués des nations, sachant qu'elles sont mortelles et périssables , ont érigé ces monuments en les façonnant de leur mieux à leur propre image ; ils les ont revêtus de la grandeur et de la magnificence les plus propres à offrir le symbole du peuple qu'ils gouvernaient ; il y ont inscrit toutes les pensées d'orgueil qui remplissaient leurs cœurs ; ils y ont incorporé leur vaste ambition , leurs immenses désirs , et ils ont soufflé en eux un esprit de muets souvenirs , une puissance éloquente , qui force les sympathies et qui parle à Fâme des vivants, comme si ceux-ci se trouvaient en rapport avec l'esprit, pour ainsi dire, de toute la race éteinte. Hélas ! les nations n'ont généralement que trop bien réussi à faire de ces monuments des types cTelles-mêmes, Des épigraphes pareilles à leur histoire , c'est-à-dire une énigme offerte aux investigations des savants ; des restes d'architectures semblables à leurs constitutions, c'est-à-dire un labyrinthe en ruines que l'antiquaire est obligé de reconstruire ; des statues pareilles à leur caractère national, usées, défigurées comme lui et sur lesquelles le poète n'a plus qu'à rêver ; des édifices superbes comme les hommes qui les élevèrent, maintenant dégradés, ruinés, dispersés dans la poussière : quels sujets de méditation pour le philosophe , quelles leçons d'humilité pour l'orgueil humain ! Mais ils nous donneront une leçon bien plus salutaire et bien plus douce, si, par l'effet d'une intention humaine ou par la divine volonté , ils nous offrent quelque part un souvenir intact , si léger qu'il soit , des choses qui nous sont sacrées , quoique ces choses aient semblé peu importantes à ceux dont elles attirèrent les premiers l'attention. Ainsi, par exemple, entre les statues qui décorent Tare triomphal de Titus , nous voyons celles des empereurs qui les firent ériger, et qui passèrent sous cette voûte en triomphe, aujourd'hui mutilées, défigurées et presque arrachées du monument qui devait rappeler la grandeur de ceux qu'elles représentaient ;
tandis que le flambeau d'or du temple et la lampe du sahat témoignage restent encore au-dessus d'elles : autrefois trophée de guerre, aujourd'hui de prophétie : pour ces empereurs, un gage de victoire; pour nous, celui d'une force sur laquelle aucune autre ne prévaudra jamais.
Dans le siècle dernier, les livres de Moïse furent souvent attaqués, à cause des raisins et des vignes , et peut-être du vin ' dont il y est fait mention 2, comme appartenant au sol et aux usages de l'Egypte 3. Car Hérodote nous dit expressément qu'en Egypte il n'y avait pas de vigues 4, et Plutarque nous assure que les naturels du pays abhorraient le vin , le considérant comme le sang de ceux qui s'étaient révoltés contre les dieux 5. Ces autorités parurent si concluantes, que les assertions contraires deDiodore, de Strabon, de Pline et d'Athénée fuient considérées par le savant auteur des Commentaires sur les lois de Moïse comme ne pouvant infirmer toutes ensemble le seul témoignage d'Hérodote ? . De là, il conclut que le vin était prescrit dans les sacrifices juifs, à l'effet de détruire tout préjugé venant des Egyptiens à l'égard de cette boisson, et pour détacher encore davantage le peuple élu de son affection renaissante pour ce pays et pour ses institutions. Plusieurs savants ont partagé cette opinion. Le docteur Prichard cite les oblations de vin parmi ceux des rites hébreux qui sont « ou en rapport d'imitation ou en contradiction avec les lois de l'Egypte 7. » Et comme ce rite assurément ne saurait être rangé parmi ceux de la première classe, je suppose que nous devons considérer le docteur Prichard comme étant delà même opinion que Michaèlis. Tant que l'autorité d'Hérodote a été jugée supérieure aux divers témoignages des autres écrivains, on n'a pu opposer
1 Num. 20 , 5.
a Gen. xi, 9; xliii, i3.
3 Voyez Bullet, Réponses critiques. Besançon, 18 19, loin, III, p. 14a ; la Bible vengée, deDuclos. Brescia 1821, tom. II, page 244.
4 Liv. II, c. 77.
5 Delside et Osiride, p. 6.
6 Tom. III, p. 121 etsuiv. , trad. angl.
7 Analyse de la mythologie des Egyptiens, p. 4 a 2 ; Guénée, Lettres de quelques Juifs. Paris 1821, tom, I , p. 192.
que de faibles arguments à l'objection fondée sur cette autorité. Aussi nous voyons les auteurs qui ont entrepris de la combattre recourir à des conjectures puisées dans l'invraisemblance d'une telle supposition, ou imaginer une différence chronologique et un changement de coutume entre les temps de Moïse et ceux d'Hérodote.
Mais les monuments égyptiens ont décidé la question, et naturellement l'ont décidée en faveur du législateur hébreu. Dans la grande Description de V Egypte , publiée par le gouvernement français après l'expédition faite dans ce pays , M. Costaz fait le tableau détaillé de la vendange égyptienne , depuis la taille de la vigne jusqu'à l'extraction du vin , en se réglant sur les peintures qui se trouvent dans l'Hypogée, ou souterrains d'Eilithyia, et il blâme sévèrement Hérodote pour avoir nié l'existence de la vigne en Egypte x.
En 1825 , cette question fut agitée de nouveau : dans le Journal des Débats , un critique , rendant compte d'une nouvelle édition d'Horace , en prit occasion de faire observer que le vinum mareoticum., dont il est parlé dans la trente-septième ode du premier livre , ne pouvait être un vin d'Egypte , mais devait provenir d'un district de l'Epire appelé Maréotis. Cet article parut dans le journal du 26 juin. Le 2 et le 6 du mois suivant, Malte-Brun, dans le même journal, examina la question, principalement en ce qui touche le témoignage d'Hérodote. Au reste, dans ses preuves, il ne remonta pas plus haut que les temps de la domination romaine et grecque. M. Jomard entreprit de discuter ce point plus à fond , et dans une feuille périodique, plus propre à de telles questions qu'un journal quotidien , il poussa ses recherches jusqu'au temps des Pharaons. Après les peintures déjà citées par Costaz , il en appefle aux restes d'amphores, ou vases à vin, trouvées dans les ruines des anciennes viUes de l'Egypte, et encore imprégnées du tartre qui y fut déposé par le vin a. C'est depuis la découverte de l'alphabet hiéroglyphique par Champollion qu'on peut regarder la question comme décidée ; car il paraît maintenant certain que non-seulement le vin était connu en Egypte, mais encore qu'on
1 Description de l'Egypte antique, tome I , p. 6a. Paris 1809.
2 Bulletin universel, sect. vu, tom. IV, p. 78,
en faisait usage dans les sacrifices. Dans la peinture des offrandes nous voyons représentés, entre autres dons, des flacons remplis d'une couleur rouge jusqu'au goulot, qui est blanc comme tout vase transparent ; et on lit auprès , en caractères hiéroglyphiques , le mot EPn qui en cophte, signifie vin x.
Rosellini a représenté dans les planches de son bel ouvrage, tout ce qui concerne la vendange et la manipulation du vin. Auparavant, il avait publié à Florence un bas-relief égyptien, tiré de la galerie du grand-duc .- on y voyait une prière en caractères hiéroglyphiques adressée , comme il le suppose, à la déesse Athyr, et dans laquelle on la conjurait de répandre sur le défunt du vin, du lait, et d'autres substances salutaires. Ces objets sont représentés par des vases qui sont censés les contenir, et leurs noms sont écrits à l'entour en hiéroglyphes. Autour du premier vase , on voit la plume , la bouche et le carré , caractères phonétiques des lettres EPn a, et je ferai observer ici que le savant Schweigattser, dans ses remarques sur Athénée , paraît douter de l'exactitude des assertions de Casaubon , qui préteud que erpis était le mot égyptien signifiant vin 3, quoique la justesse de cette interprétation soit clairement prouvée par Eustathius et Lycophron. S'il eût écrit après qu'on eut découvert ce mot exprimé en caractères hiéroglyphiques , il aurait sans doute changé d'opinion ; et, d'un autre côté, je ne doute pas que Champollion et Rosellini n'eussent appuyé leur interprétation du témoignage de ces deux anciens écrivains, s'ils l'eussent connu.
1 Lettres à M. le duc de Blacas; première lettre, p. 37.
9 ï)'un bas -relief égyptien de la galerie I. et R. de Florence. Ibid. 1826, p. 40. Wilkinson a aussi lu le même mot. Mat. hierogl., p. 16, note S,
3 Athenaeus, Deinosoph. , ep. liv. II, tom. I, p. 148. Il trouve le mot erpis dans une citation de Sapho', quoique dans un autre passage il lise olpin (liv. X, tom. IV, p. 55 ). Ce savant critique semble avoir prouvé que le dernier texte est plus correct. ( Animadv. in' Ath. 1804, tom. V, p. 375). Cependant la découverte, en caractères hiéroglyphiques , du mot égyptien donné an vin par les anciens écrivains , ainsi que les autres détails rapportes dans le texte , doit être considéré comme un argument puissant en faveur du système phonétique.
Permettez-moi de réclamer votre attention pour un monument extrêmement curieux, qui semble n'avoir d'autre explication que celle que nous avons vu donner aux médailles d'Apamée ; car nous devons le considérer comme une commémoration du déluge. Dans l'année 1696, en creusant un tombeau dans le voisinage de Rome, un ouvrier découvrit un vase de terre, couvert d'une tuile. En le dérangeant, le couvercle tomba et se brisa. L'ouvrier fit alors sortir du vase un grand nombre de cachets et d'amulettes, figurant soit des mains jointes, soit des têtes de bœufs, soit des olives; le tout grossièrement taillé en pierre. Sous cet amas d'amulette» et de cachets, l'ouvrier sentit quelque chose de dur et de plat; dans son impatience de voir ce que c'était , il brisa le vase en deux , et non content de cela , il en brisa le dessous ; après quoi il fit tomber un cercle de bronze qui avait été adapté avec précision au bas du vase, et une plaque mince qui recouvrait certainement ce cercle de bronze. Le cercle n'avait pas de fond ; mais, d'après les filets de bois qu'en trouva mêlés avec de la terre , on supposa que dans l'origine , il y en avait eu Un de bois : en même temps, un grand nombre de petites figures que je vais décrire tombèrent hors du vase. Ce monument curieux vint en la possession de l'antiquaire Ficoroni , et la description détaillée en fut publiée par Bianchini l'année suivante ' . Une gravure l'accompagne : elle est grossièrement exécutée ; mais il en existe une édition plus récente, sans date, et portant écrit au-dessous que ces objets se trouvaient chez l'abbé Giovanni Domenico Pennachi. J'ai fait faire une copie de celte dernière gravure, sans m'inquiéter de l'imperfection du dessin dans les deux qui diffèrent assez entre elles pour montrer qu'une parfaite exactitude de dessin n'a été recherchée ni dans l'une ni dans l'autre. Vous l'avez sous les yeux % et je vais vous l'expliquer.
La planche est divisée en trois compartiments : le premier, sur la gauche , représente le vase A , fabriqué avec une terre différente de la terra cottas ordinaire ; car elle était mêlée de fragments métalliques et brillants, ainsi que de morceaux de marbre. Pour
1 L'histoire universelle prouvée par les monuments , pages 178 et suivantes.
» Voyez la planche a à la fin de ce volume,
— 546— * 1» forme, le vase ressemble à un petit baril , ou au vase représenté sur la pompe Isiaque dans le patais Mattei. On le voit dans la planche tel qu'il a été cassé ; la disposition des petites figures qu'il contenait est indiquée par la lettre C; à côté, la lettre B désigne le couvercle du vase. Si vous passez au second compartiment, vous voyez la forme antérieure de la partie inférieure du vase réduite aux deux tiers de sa grandeur réelle. Les figures qui se trouvent dans ce compartiment et le troisième ont été réduites à peu près dans la même proportion. D représente le cercle de métal qui doublait le bas du vase ; il est composé de petites plaques clouées ensemble , comme pour imiter une sorte de charpente. A certains intervalles sont des fenêtres , ou espèces d'ouvertures, avec des volets au-dessus. Il n'y a point de porte : mais pour y suppléer, on voit une échelle de bronze composée de cinq échelons , comme pour faciliter Ventrée par le haut, ta structure de cette boite de métal semble donc indiquer évidemment le désir de représenter un bâtiment ou un édifice, probablement en bois, où l'on ne doit pas entrer par le bas. A certaines distances s'élèvent le long du bord de ce petit coffre , des inégalités semblables au parapet d'un créneau ; on voit deux de ces inégalités dans le dessin ; il semble que le couvercle y était attaché par certaines pointes de métal : à la lettre E, dans le compartiment de gauche, vous pouvez remarquer l'une de ces pointes attachée au couvercle.
Les figures consistent en vingt couples d'animaux *, dont douze de quadrupèdes , six d'oiseaux , un de serpents et un d'insectes. 11 y avait en outre deux insectes dépareillés $ les deux qui manquaient avaient sans doute été perdus dans l'excavation. Quant aux animaux , c'étaient un lion et une lionne , un couple de tigres, de chevaux, d'ânes, de daims, de bœufs, de loups, de renards , de moutons , de lièvres et de deux autres espèces manquant de signes caractéristiques ; il y avait de plus trente-cinq figures humaines, quelques-unes isolées, d'autres en groupes, mais toutes, à l'exception de deux ou trois, dans la posture de quelqu'un qui cherche à échapper à une inondation. Toutes les femmes sont échevelées et portées sur le dos des hommes ; dans cette position
1 Bianchini, dans sa description, dit qu'il y avait dix-neuf couples; mais ceci ne s'accorde pas avec rénumération qu'il en donne en détail,
^ 547 — elles s'occupent de fermer la bouche et les narines de leurs protecteurs. Les figures isolées prennent pour elles-mêmes un soin pareil; elles sont représentées se haussant. le plus qu'elles peuvent , et sur là droite vous voyez un groupe de trois figures montées sur un corps qui paraît celui d'un noyé , comme si elles cherchaient ' à ajouter quelque chose de plus à leur hauteur : ce* figures sont toutes d'un travail exquis et indiquent un état très-avancé dans les arts , à l'exception de quatre qui semblent avoir été faites par une main grossière. On en peut dire autant des animaux , dont quelques parties brisées ou perdues semblent avoir été remplacées à des époques plus récentes. Il n'est dit en aucun passage de la description de quelle matière les figures sont composées : si c'est en bronze, nous pourrions les comparer aux nombreuses petites figures d'animaux, toujours par paires, trouvées à Pompei, et dont plusieurs sont exposées au muséum de Naples. J'ignore ce qu'est devenu ce monument curieux ; je ne suivrai pas son savant interprète dans les divers arguments qu'il emploie pour prouver que c'était un vase dont on se servait dans la célébration de Yhyârophoria , ou commémoration du déluge. Les différentes amulettes sont certainement bien semblables aux objets que , selon Clément d'Alexandrie, Arnobius et autres,, les païens plaçaient dans leurs corbeilles mystiques ; mais si le vase dont il est parlé dans les actes de l'académie de Cortone * est bien tel qu'on le décrit, comme cela est probable , le vase dont il s'agit ici ne pourrait guère être considéré comme appartenant à cette classe de monuments commémôratifs. Je dois ajouter qu'on a trouvé près de ce dernier vase une chaîne et une serrure qui semblent en avoir fait partie de façon ou d'autre.
Quoiqu'il en soit, il est difficile de donner aucune autre explU cation de ce singulier monument que celle qui doit frapper l'esprit au premier coup d'ceil; c'est qu'il fait allusion au déluge par lequel fut détruit la race humaine, à l'exception de quelques individus qui, avec des couples d'animaux, furent sauvés dans une espèce d'arche ou de coffre.
1 Actes de l'Académie de Cortone. Rome 174a, tom. I, page 65. Ainsi qife la Dissertation du professeur Wunder. Lips. 1827, p. 158 et suiv. *
Dans mon dernier discours, où je montrais que La chronologie de l'Egypte est établie par ses monuments , j'ai mentionné on synchronisme remarquable entre Shishak et Roboam; c'est Rosellini qui Va signalé. Ce roi d'Egypte est entièrement omis par Hérodote et Diodore, quoique Manéthon en parle, sous le nom de Sésonchis , comme du fondateur de la vingt-deuxième dynastie. U a été question dans ces discours de la découverte de plusieurs monuments qui donnent à ce roi le nom de Shisbonk. Cette concordance si positive entre Les annales des deux peuples fait de ce point la base naturelle de tout système de chronologie égyptienne; et Rosellini le regarde et s'en sert comme tel. Mais j'ai réservé pour aujourd'hui un monument qui établit complètement cette concordance et qui offre en même temps une des confirmations les [dus frappantes de l'histoire sacrée qu'on ait découvertes jusqu'ici; je vais la mettre sous vos yeux.
Le troisième livre des Rois ( xiv,24 ) et le second des Paralipomènes ( xn, 2 ) nous apprennent que Shishak , roi d'Egypte , marcha contre Juda , dans la cinquième année du règne de Roboam, avec douze cents chariots, soixante mille hommes de cavalerie et une multitude innombrable de gens à pied; qu'après s'être emparé de toutes les villes fortes, il s'approcha de Jérusalem; que le roi et le peuple s'humilièrent devant Dieu., et que Dieu , prenant pitié d'eux , leur annonça qu'il ne les détruirait pas , mais qu'il les livrerait aux mains de l'usurpateur pour être ses esclaves : « Et pourtant ils seront ses serviteurs, afin qu'ils, puissent connaître mon service et celui dés royaumes des nations. » Shishak vint donc ; il s'empara des dépouilles du temple, entre autres des bouchers d'or faits par Salomon ». On a représenté «n détail , dans la grande cour dé Karnak , les exploits de ce conquérant, le restaurateur de la puissance égyptienne. Nous pouvons d'autant plus naturellement penser que la conquête de Juda s'y trouve comprise, que ce royaume devait être considéré comme étant arrivé à son plus haut point de gloire au moment où Salomon venait d'étonner toutes les nations voisines par la splendeur de sa magnificence. Voyons s'il en est ainsi. Dans ces peintures, Shishak est représenté, suivant une image familière aux monu-
1 II. Paralip. xn, 9.
ments égyptiens, tenant par. les cheveux une foute de personnel agenouillées et entassées Tune sur l'autre; sa main droite est le-* vée, et il s'apprête à les exterminer toutes d'un seul coup de ha* che d'armes. Près de là, le dieu Amraon-Ra entraine versShishak une foule de captifs , les mains liées derrière le dos. Si le premier groupe représente ceux qu'il extermina ,' on peut supposer que le second est l'image de ceux qu'il fit seulement ses esclaves , ou se contenta de subjuguer en les assujettissant à un tribut. D'après la promesse qui lui avait été faite, le roi de Juda devait se trouver dans le deuxième groupe , et c'est là qu'il nous faut le rechercher. Aussi, entre les rois captifs, nous en trouvons un dont la physionomie est parfaitement juive , ainsi que le remarque Rosellini. Il ne nous a pas encore donné la copie de ce monument , quoiqu'il en ait fourni la légende '. Mais, afin que Vous puissiez juger combien l'extérieur de ce personnage est peu égyptien et combien il est hébraïque, j'ai fait copier exactement cette figure pour vous, d'après la gravure publiée à Paris par Champoilion (pi. 5 ) ». Le profil avec la barbe est entièrement juif ; et pour pendre ceci plus frappant, j'ai placé à coté une tête d'Egyptien tout-à fait dans le caractère du type de cette nation. Chacun des monarques captifs porte un booc'ier dentelé, comme si l'on eût voulu représenter les fortifications d'une ville. Ce bouclier porte une inscription en caractères hiéroglyphiques, indiquant sans doute quel est le personnage. La plupart, sinon tous les boucliers, sont tellement eU faces , qu'on ne peut plus rien y lire , excepté sur celui où se trouve notre figure juive, telle que vous la voyeg dans le dessin. Les deux plumes représentent les lettres JE; l'Oiseau , OU ; la main ouverte, B ou T ; ce qui nous fait Jeoud, mot hébreu pour Juda* Les cinq caractères suivants représentent les lettres HAMLK , et en ajoutant les voyelles, que l'on omet habituellement dans les hiéroglyphes, nous obtenons le mot hébreu avec l'article, Hamelek, le roi. Le dernier caractère est toujours mis pour le mot kah , pays. Il nous est ainsi clairement démontré que c'est le roi de Juda qui fut traité comme nous le dit l'Ecriture, et réduit en servitude par Shishak ou Shishonk, roi d'Egypte. Certes, nous
1 Monuments de l'Egypte, première partie , tom, II, p. 79. » Dans ses Lettres écrites d'Egypte.
530 — • -pouvons dire qu'aucun monument découvert jusqu'à ce jour n'a »onné une nouvelle preuve aussi convaincante de l'authenticité de w^Yire sainte. Je terminerai mes observations en remarquant |ue l'aravey trouve une ressemblance frappante entre le visage lu roi de Juda et le type reconnu de la figure de notre Sauveur, lotamment dans la partie inférieure ; et il existerait ainsi une essemblance de famille entre l'ancêtre et le descendant. Ces exemples suffisent ; car , lorsque je me rappelle que nous •ommes dans la capitale de l'archéologie, dans cette ville où out parle si vivement de la grande influence de cette science, fu'il semble que nous nous identifions avec le souvenir des mo~ mments sacrés qui la remplissent , je sens que le détail de quelpies preuves insignifiantes , ajoutant à la force si grande qu'elle ionne à notre foi, doit paraître un hors-d'œuvre en quelque sorte inportun. Un homme s'est assis sur les ruines de cette ville, et es réflexions qu'elles lui suggérèrent l'ont conduit à tracer sur 'histoire des derniers temps de Rome le plan de l'ouvrage auquel 'ai renvoyé aujourd'hui.
Sapping a solcmn creed with solemn sneer x.
Mais un esprit plein de foi doit assurément sortir d'une telle aéditation avec des sentiments bien différents; oppresse, il est rai , de tout le poids de sa faiblesse naturelle , humilié en préence de ruines colossales d'une incomparable grandeur, plus ue jamais convaincu de son néant devant les vestiges d'un pouoir presque surhumain , mais en même temps fortifié par à"au-
es pensées plus consolantes. Car ces monuments païens évoquent ux-mêmes aussi plus d'un saint souvenir. Des trois arcs de triomphe, l'un rappelle l'accomplissement d'une grande prophétie; autre, le triomphe de la religion chrétienne sur le paganisme; t l'amphithéâtre de Flavien a été la scène de la confession des martyrs mourant pour leur foi. Assurément nul ne peut, quelle ue soit sa croyance, visiter sans une émotion solennelle et douce as nombreuses et vénérables églises restées seules debout au mieu des ruines d'anciens édifices, non parce qu'elles furent éle-
1 Frappant une solennelle croyance avec un solennel dédain.
vées dans la solitude, mais parce que, semblables à des ,-.qui se détachent comme des lies sur les flancs des montagnes, les torrents de plusieurs siècles ont enlevé autour d'elles les mai ses moins durables qui les environnaient. Et si le voyageur pi nèire dans quelques-unes de ces églises , et qu'il les voie conser vant encore toutes leurs parties , conservant leurs ornements te! même qu'ils étaient dans les premiers âges; qu'il les voie, dis-j( si inébranlables , si peu altérées , qu'on dirait que l'atmosphèi qu'y respiraient les anciens Chrétiens n'a pas encore éprouvé d changement, -je crois qu'il ne serait pas difficile à ce voyageur d partager pour quelques instants les sentiments des premiers fi dèles, de souhaiter que tout le reste n'eût pas plus d'altération de désirer que la religion puisse encore jeter ses racines dan nos cœurs aussi profondément qu'elle l'avait fait dans les leurs et, si elle ne doit plus produire la palme du martyre, qu'ell puisse au moins faire naître la branche pacifique de l'olivier En quelque lieu que nous portions nos pas dans la cité antique soit pour notre délassement, soit pour notre instruction , nous \ contractons une disposition d'esprit à laquelle les hommes les plu.' légers ne peuvent se soustraire ; cette disposition triomphe entière nient de tout sentiment personnel et particulier ; elle approch d'une inclination religieuse , et démontre de quelle nécessité étai la destruction de tout ce qui n'est que puissance terrestre, pou préparer l'établissement d'une influence plus spirituelle , puisqula seule contemplation de cette destruction prépare la voie à Tac tiou même de l'influence dont il s'agit. Nous pouvons donc dir que l'archéologie, cette étude des ruines et des monuments , e; même temps qu'elle nous éclaire et nous intéresse, peut auss former la base des plus fortes impressions religieuses et des plu grandes preuves individuelles.