HÉB
jara-kem (ken)
jam-(o)-hu
jara hà (-t)
jam-m-u
COPT,
jom-ten
jom-f
jpm-s
jora-u '.
Je suis à présent occupé à préparer la publication du spécimen d'une grammaire copte , et à rendre ainsi compte de la nouvelle
1 Je prendrai la liberté d'ajouter quelques remarqués; i° La ressemblance dans la première personne du singulier est complète , parce que
— «6 — direction que j'ai donnée à mes études. Cependant je donnerai d'abord une partie comparative qui sera fondée principalement sur les racines pronominales , et assurera à la langue copte le terrain sur lequel elle s'est élevée , et marquera sa place parmi les autres langues mieux conservées. La partie nouvelle et spéciale de sa formation, cette partie qui donne à chaque langue son individualité propre, sera ainsi rattachée d'une manière plus commode pour l'auteur et pour le lecteur, avec l'autre partie plus ancienne par laquelle elle s'allie avec d'autres dialectes. Quelques parties importantes de ma grammaire copte sont déjà finies en substance; et ce n'est pas, après tout , une tâche si difficile que de répandre un peu de lumière sur ce qui auparavant était dans les plus profondes ténèbres.
« J'ai été porté à donner une attention particulière aux noms de nombre que j'ai trouvés d'une ressemblance remarquable avec les figures qui indiquent leurs nombres respectifs. Ce qui m'a frappé encore plus, c'est que les nombres indo-germaniques et sémitiques s'accordent exactement, même dans les détails, avec le système égyptien ; qu'en outre , les chiffres sanskrits sont essentiellement égyptiens ; et que tout ceci se trouve bien plus clairement et dans un plus grand degré de proximité de son origine naturelle dans l'égyptien. Les figures numériques me paraissent décidément avoir passé de l'Egypte dans l'Inde , d'où elles ont été transportées par les Arabes, qui même encore leur donnent le nom d'indiennes , par la même raison que nous les appelions arabes , parce que nous les avons reçues de ces peuples. L'accord remarquable des nombres dans le copte, le sémitique et lindo-germanique,
la reduplication de m, dans l'exemple choisi, est accidentelle, par la raison qu'on suppose qu'il est dérivé du vieux mot inusité imm (jramann) tellement que l'affûte est simplement l, comme dans le copte. a° La différence dans la seconde personne du singulier féminin est aussi plus apparente que réelle, d'autant plus que l'hébreu, dans les secondes personnes , s'éloigne de l'affixe suggérée par l'analogie ta, ti, ou tcm , ten, et prend un c au lieu du t. Le copte éclaircit cette difficulté en conservant dans cette circonstance les affixes régulières , tandis que dans le "nasculin il imite l'hébreu dans ses changements. 3° Il est évident que 7*Ue remarque s'applique également à la seconde personne du pluriel.
et tem* dérivation facile à démontrer, principalement dan» l'égyptien, des trois racines pronominales, et de leur connexion Tune avec l'autre , à la manière des chiffres, me conduira à entrer dans une discussion plus étendue sur cet important sujet.
« Enfin , un des principaux points qui m'ont occupé est la liaison incontestable entre l'alphabet sémitique et les alphabets démotiques, et conséquemment hiéroglyphiques des Egyptiens. Ce qui embarrasse en grande partie les recherches sur la prononciation du copte sont les caractères grecs qui furent adoptés dans le second ou le troisième siècle ; alors plusieurs des distinctions les plus délicates , qui sans doute existaient dans l'ancienne paléographie, furent nécessairement abandonnées. En même temps la prononciation de la langue copte, qui d'abord , à cause de l'extraordinaire accumulation de voyelles et d'autres particularités, me paraissait complètement dans le chaos , est devenue claire pour moi ; spécialement depuis que j'ai fait des recherches plus approfondies sur les accents qui , dans les grammaires , sont considérés comme peu essentiels, et sont en général donnés très-incorrectement dans les ouvrages publiés. Mais j'ai maintenant quelques manuscrits , qu'on m'a prêtés ^ de la Bibliothèque , qui m'ont fourni , sur ce sujet, des lumières complètement nouvelles. »
Le second extrait que je vais mettre sous vos yeux est d'une lettre datée du 14 du mois dernier (février 1855) :
« J'ai pensé qu'il serait peut-être mieux de rédiger et
d'envoyer à l'Académie mon essai sur les noms et les signes des nombres, desquels, ainsi que de leurs rapports intéressants, je crois avoir incontestablement trouvé la clé dans les chiffres égyptiens et dans les noms de nombre coptes. Ce sera prêt au plus tard dans une semaine ; et les résultats me paraissent parfaitement clairs et satisfaisants, d'autant plus qu'ils expliquent l'énigme dont la solution a été essayée si souvent, mais avec peu de succès , relativement au sens de ces anciennes racines numérales; et cela , non-seulement en ce qui regarde le copte, mais aussi pour les langues sémitiques et indo-germaniques ; et cette découverte placera le cycle entier de ces dialectes dans une harmonie remarquable l'un avec l'autre ; ce qui , à mon avis, peut être d'une grande importance pour les branches élevées de la linguistique comparative. »
Les conclusions à tirer de ces intéressants documents doivent être évidentes pour tout le monde. Nous nous sommes assurés que l'ancien égyptien , maintenant identifié entièrement avec le eopte , ne peut plus être considéré comme un langage isolé, dénué de relations avec ceux qui Fentourent , mais qu'il présente des points extraordinaires de contact avec les deux grandes familles si souvent mentionnées ; non, à la vérité, suffisamment distincts pour le faire admettre dans l'une ou l'autre classe ; mais cependant suffisamment définis et enracinés dans la constitution essentielle du langage, pour empêcher qu'on ne les considère comme accidentels ou comme une greffe récente qu'on y aurait faite. Les effets de ce caractère intermédiaire sont , d'après l'expression de Lepsius , de grouper ensemble dans une harmonie remarquable ce cycle de langages; tellement qu'au lieu de considérer plus longtemps cpmme complètement isolées les familles sémitique ou indo-européenne , ou d'être forcés de chercher un petit nombre de coïncidences verbales entre elles , nous pouvons maintenant les cotisidérer comme enchaînées l'une à l'autre, et par des points de contact actuels et par l'interposition du copte, dans une mystérieuse affinité , basée sur la structure essentielle et les formes les plus nécessaires de ces trois langages.
Maintenant jetons un coup-d'œil sur les recherches ultérieures auxquelles ces découvertes doivent conduire un esprit porté à la réflexion. Comment, par exemple, de pareils intermédiaires se sont-ils formés? Est-ce de l'un et de l'autre de ces volumineux groupes qui n'en formaient originairement qu'un seul , tellement qu'en se séparant, comme des masses fendues en deux par quelque convulsion naturelle, de plus petits fragments détachés en éclats de l'un et de l'autre restent entre eux , conservant le grain particulier et les qualités de chacun , de manière à marquer les points de leur union primitive ? ou tous ensemble doivent-ils être considérés comme des rejetons d'une souche commune, dont les variétés sont le résultat de circonstances maintenant inconnues et dépendantes de lois probablement sans action aujourd'hui? Choisissez l'hypothèse que vous voudrez , ou plutôt imaginez le résultat qu'il vous plaira et qui soit la conséquence probable de ces découvertes et de leur future extension , et vous arriverez nécessairement à l'union, à la communauté de ces grandes familles ou groupes, for-
— 6S> — mant cette union en partie, entre elles seules, et eu partie cojgune, les structures polygonales des, anciens , par le moyen de plus petits fragments auxquels la Providence a permis de s'assimiler avec ces groupes.
Et ce qui de plus est digne de remarque , c'est que l'école la plus sévère, celle qui semblait exiger une démonstration d'affinité, trop rigide pour être jamais praticable hors des limites d'une famille > a , dans le fait, découvert cette affinité entre les familles elles-mêmes , «ans laisser aucune argutie soutenante contre ce fait important. Car ceci doit clore tout ce qu'on peut attendre de cette étude , tant qu'il s'agit de principes ; tout ce qui reste maintenant à désirer est leur application ultérieure, et de porter le même procédé sur d'autres groupes en apparence séparés du reste.
Arrivés jusqu'ici, jetons pour un moment nos regards en arrière pour voir la connexité de notre étude avec les livres sacrés. D'après la simple esquisse historique que je vous ai tracée , il paraît que le premier mouvement était plus propre à inspirer des alarmes que de la confiance; d'autant plus que -par-là se trouvait brisée la grande chaîne que l'on supposait autrefois le lien de toutes les langues entre elles. Et pendant quelque temps lé mouvement continua , de plus en plus divisant et démembrant , et par conséquent , selon toute apparence , toujours élargissant la brèche entre la science et l'histoire sacrée. En suivant le progrès , on commença à découvrir de nouvelles affinités où Ton en soupçonnait le moins : jusqu'à ce que par degrés plusieurs langages commencèrent à se grouper et à se classer en grandes familles auxquelles on reconnut une origine commune. Alors de nouvelles recherches diminuèrent graduellement le nombre des langues indépendantes, et étendirent, par conséquent, les limites du terrain des plus grandes masses. A la fin, quand ce champ paraissait presque épuisé, une nouvelle classe de recherches a réussi, autant qu'on l'a essayée, à prouver des affinités extraordinaires entre ces familles; affinité^ existant dans le caractère même et l'essence de chaque langue , tellement qu'aucune d'elles n'aurait jamais pu exister sans ces éléments, sur lesquels était fondée la ressemblance. Or, comme ceci exclut toute idée que Time ait pu faire des emprunts à l'antre , comme ils ne peuvent pas avoir pris naissance dans chacune par un procédé indépendant, et comme les différai-
ces radicales parmi les langues1 défendent de les considérer comme des dialectes ou des rejetons l'une de l'autre, nous sommes amenés forcément à cette conclusion que , d'un côté , ces langages doivent avoir été originairement réunis en un seul, d'où ils ont tiré ces éléments communs et essentiels à chacun d'eux ; et , d'un autre côté, que la séparation entre eux qui a détruit d'autres éléments de ressemblance, non moins importants, ne peut pas avoir pour cause une séparation graduelle ou un développement individuel ; car ces deux cas nous les avons exclus depuis longtemps ; mais cette cause est une force active, violente, extraordinaire, suffisant seule pour concilier les apparences de conflit, et pour expliquer d'un même coup les ressemblances et les différences. Il serait difficile, il me semble, de dire quel degré de plus pourrait exiger le sceptique le plus insatiable ou le plus déraisonnable, pour amener les résultats de la science en concordance intime avec le récit de l'Ecriture.
Mais, pour compléter l'histoire de cette étude, je ne dois pas omettre de parler des écrits, et de rapporter les opinions de plusieurs auteurs, qui n'ont pas suivi la ligne de démonstration que j'ai parcourue jusqu'à présent, quoique leurs noms aient été cités dans l'occasion. Je mettrai devant vous, en conséquence, leurs conclusions positives; et ainsi, vous faisant voir combien ils m'appuient dans les conséquences que j'ai déduites de leurs recherches, je les diviserai en deux classes, et la première contiendra ceux qui s'accordent à reconnaître l'unité originaire de tout le langage humain.
Le savant Alexandre de Humboldt , auquel nous devons tant de précieux renseignements sur les langues et les monuments de l'Amérique, s'exprime ainsi sur ce point intéressant : « Quelque isolés que certains langages puissent d'abord paraître, quelque singuliers que soient leurs caprices et leurs idiomes , tous ont une analogie entre eux ; et leurs nombreux rapports s'apercevront plus facilement à proportion que l'histoire philosophique des r nations et l'étude des langues approcheront de la perfection '.»
Sur ce point important, un témoignage des plus décisifs fut donné par l'Académie de Samt-Pétersbourg , dans le cinquième
1 Ap. Klaprath, Aiia polyglotte, p. vi.
— ri —
volume de ses Mémoires x. Ce corps savant était probablement dans cette partie de ses travaux sous l'influence du comte Goulianoff , qui était enthousiaste de l'unité des langues, quoique seulement démontrée par la simple similarité des mots. Il a lui-même suffisamment exposé ses vues dans son Discours sur l'étude fondamentale des langues, dont je vais extraire un passage : « La succession des faits antérieurs à l'histoire, en s'effaçant avec les siècles, semble nuire à l'évidence du fait essentiel , savoir celui de la fraternité des peuples. Or, ce fait , le plus intéressant pour l'homme qui pense, s'établirait implicitement par le rapprochement des langues anciennes et modernes 4 considérées sous leur aspect originaire. Et si jamais quelque conception philosophique venait multiplier encore les berceaux du genre humain, l'identité des langues serait toujours là pour détruire le prestige ; et eette autorité ramènerait, je pense, l'esprit le plus prévenu a. »
Une année après cette publication, il distribua le prospectus d'un ouvrage qui devait prouver l'unité des langues 3. La décision de l'Académie fut tout-è-fait sans réserve sur ce point 5 car, après de longues recherches, elle appuya la conclusion que toutes les langues peuvent être considérées comme les dialectes d'un langage maintenant perdu.
Dans la même classe d'écrivains il faut compter le conseiller d'état Mérian , qui a adopté la même conclusion , bien qu'il ne l'ait pas positivement établie dans son grand ouvrage le Tripartitum. Cet ouvrage est en quatre volumes in-folio, publiés à Vienne entre 1820 et 1825 , et contient des tableaux comparatifs principalement de mots russes et allemands , mais avec une masse additionnelle de matériaux informes tirés de toutes les autres langues. Pour faire des comparaisons de mots, l'ouvrage a sans doute une valeur considérable ; mais on doit avouer qu'il faut feuilleter page à page avant de trouver quelque chose qui ressemble à une affinité raisonnable entre des langues de différentes familles. Quoi qu'il en soit, la conclusion de sa première continuation , ou de son second vo-
1 Bulletin universel, vol. I, section 7, p. 3 80. * Discours sur l'étude fondamentale des langues. Paris i6aà, p. 3i. 3 Le titre de l'ouvrage devait être : Étude de l'homme dans la manifestation dé ses facultés.
lume, déclare suffisamment ses sentiments sur le point qui nous occupe, car voici comme il s'exprime : « Ceux qui cloutent de l'unité du langage, après avoir parcouru Whiter, peuvent lire Goulianoff'.
De la même école est Jules Klaproth, dont j'ai déjà cité le nom plusieurs fois. Il y a peu d'auteurs auxquels on doive autant de documents curieux sur les langues et la littérature de la plupart des nations de l'Asie, et la géographie de contrées qui nous étaient très-peu connues. Il faut cependant avouer que c'est un écrivain hardi , dont les assertions doivent être reçues avec quelque réserve; il aurait été d'ailleurs très-difficile de réunir une exactitude parfaite avec le caractère varié de ses recherches. Son grand ouvrage sur l'affinité des langues , J$ia polyglotta , publié à Paris en 1825, consiste en un gros volume in-quarto de texte avec un atlas in-folio de tableaux comparatif*. Dans cet ouvrage, il ne dissimule pas son défaut de croyance dans l'histoire biblique de la dispersion : « C'est, nous dit-il , comme plusieurs autres choses dans les écrits de l'Asie occidentale, un simple conte fondé sur le nom significatif de Babyfone ». » Il suppose que l'espèce humaine a échappé au déluge sur différents points, en grimpant sur les hautes montagnes; et il considère que de là les familles de la race humaine se sont ensuite propagées , comme d'autant de centres différents , dans le Caucase, l'Himalaya , et les monts Altaï. Nonobstant ces opinions de si fâcheux augure , ses résultats sont d'une stricte concordance avec l'histoire sacrée. Il se flatte que, dans ses ouvrages, « l'affinité universelle des langues est placée dans un jour si vif, que tout le monde doit la considérer comme complètement démontrée. Ceci, ajoute-t-il, n'est explicable dans aucune autre hypothèse qu'en admettant que des fragments d'un langage primitif existent encore dans toutes les langues de l'ancien et du nouveau monde 3.» Et je pense qu'on doit avouer que, dans les nombreuses listes comparatives qu'il donne pour chaque langue , quoique plusieurs
1 Tripartitum , seu de analogia linguamm li bel lus , continuatio. Tienne 1822, p. À85. L'ouvrage de Wither, auquel il tait allusion, est JTLtymoloçicum uni versait.
» JUta polyglotta , s. 40, coup. 8. 4*. *
J À$ia polyglotta, préface, s, 9.
çxemples soient légèrement choisis ou imaginaires, on découvre des ressemblances en si grande quantité , qu'il justifie pleinement l'application du calcul du docteur Young , si on accorde quelque valeur au théorème de celui-ci.
Avec un plus grand plaisir encore je vais rapporter le sentiment de Frédéric Schlegel, que nous regrettons, auquel notre siècle doit plus que nos derniers neveux ne pourront acquitter, sentiment nouveau , si vif et si pur de l'art dans ses plus belles applications. H tenta au moins de tourner l'attention de la philosophie sur l'intérieur de Faîne, et de combiner les éléments les plus sacrés de sa puissance spirituelle avec les résultats de la science humaine; et il découvrit une Inde plus riche que celle que Vasco de Gama ouvrit à l'Europe, dont la valeur n'est pas dans ses marchandises , ses perles et son or barbare , mais dans des régions de sciences inconnues, dans des mines de sagesse longtemps inexploitées, dans des trésors de science symbolique profondément enfouis, et dans des monuments longtemps cachés de traditions primitives et vénérables.
Dans l'ouvrage qui a le premier attiré les regards de l'Europe sur ces objets imposants ( son petit Traité, publié en 1808, sur la langue et la science des Indiens ) , il expose clairement son opinion touchant l'unité originaire de tout langage. Il rejette avec indignation l'idée que le langage fut l'invention de l'homme dans son état sauvage et inculte , et amené à une perfection graduelle par le travail ou l'expérience de générations successives. 11 le considère , au contraire, comme un tout, avec ses racines et sa structure, sa prononciation et son caractère d'écriture >, qui n'était pas
1 Celte idée que récriture est un art primitif et une partie essentielle du langage, pris dans son sens le plus complet, n'appartient pas seulement à Schle gel : sans mentionner la tentative de Court tic G é bel m pour prouver l'unité de tous les alphabets ( Monde primitif, à la fin dti tome III), ou les comparaisons encore plus savantes et plus ingénieuses données par Paravey ( Essai sur l'origine unique et hiéroglyphique des chiffres et des lettres de tous les peuples. Paris i8a6), je citerai seulement deux auteur» qui ont partagé cette opinion. Herder remarque que « les alphabets des peuples présentent une analogie encore plus frappante; elle est telle, qu'à bien approfondir les choses il n'y a proprement
hiéroglyphique, mais consistait en signes exprimant exactement les sons qui composaient ces premières paroles. Il ne parle pas, il est vrai, du langage comme donné à l'homme par une communication supérieure ; mais il croit que l'esprit humain a été tellement organisé qu'il a dû nécessairement produire , dès qu'il a paru , cette structure si bien ordonnée, si belle et dont il suppose par-là l'unité et l'indivisibilité I.
Et son opinion n'a point changé par ses études postérieures ; au contraire, dans son bel ouvrage, le dernier qu'il ait fait, pour lui le chant du cygne, cycnea vox et oratio, et qui, comme on l'a si bien observé, a clos sa carrière philosophique par une expression de doute * ; car la mort Ta surpris veillant à la clarté de sa lampe sur les grands intérêts de la vertu , et de même que le meurtrier d'Archimède, elle lui refusa le temps de résoudre son problème : dans sa Philosophie du Discours , il considère le langage comme un don particulier de l'homme, et conséquemment unique dans son origine. Je ne puis m'empécher d'en citer un
« Avec nos sens actuels et nos organes , il nous est aussi impossible de nous former l'idée la plus éloignée de cette parole que le premier homme possédait avant qu'il eût perdu sa puissance originelle, sa perfection et sa dignité, qu'il nous le serait de raisonner sur ces discours mystérieux , par le moyen desquels les
qu'un alphabet. » Nouveaux Mémoires de l'Acacl. roy., année 1781, p. 41 3. Le baron G. de Humboldt paraît admettre la même opinion dans la conclusion de son Essai sur l'origine des formes grammaticales. Berlin i8a3 (en allem. ).
1 Sprache und Weisheit der Indier, liv. I , ch. 5, s. 64, comp. s. 60. Ces sentiments , exprimés avec cette véhémente éloquence qui distingue toutes les spéculations philosophiques de leur auteur, ont été sévèrement commentés par F. Wùlner, dans son intéressant ouvrage : Sur l'Origine et la signification primitive des formes du langage. Munster i83i, p. 27 ( en allem. ). Cet auteur déduit tout le langage des formes interjectionnelles, p. 4.
* Leçons philosophiques, particulièrement sur la philosophie du langage et des mots. Wien. 183o (en allem. ). L'auteur expira en écrivant la dixième leçon : le dernier mot de son manuscrit est abtr, mais.
esprits immortels envoient sur les ailes de la lumière leurs pensées à travers l'espace immense des cieux ; ou de ces mots ineffables pour des êtres créés qui , dans l'intérieur impénétrable de la Divinité , sont proférés , où , comme l'exprime l'hymne sacré , l'abîme appelle l'abîme , autrement la plénitude de Tamour sans fin unie à l'éternelle majesté. Lorsque de ces hauteurs inaccessibles nous redescendons à nous-mêmes et au premier homme tel qu'il était réellement , la narration simple par laquelle nous apprenons de ce lhre, qui contient nos premiers documents, que Dieu a enseigné à l'homme à parler, même si nous n'allons pas au-delà de ce sens si simple, cette narration, dis-je, se trouvera d'accord avec ce que nous sentons naturellement. Car comment en pourrait-il être autrement , et comment aucune autre impression pourrait-elle avoir lieu, quand nous considérons la part que Dieu y a prise , celle d'un père qui enseigne à son fils les premiers rudiments du langage. Mais sous ce sens si simple se trouve caché , comme dans tout ce livre mystérieux, un autre sens d'une signification beaucoup plus profonde. Le nom de quelque chose ou de quelqu'être vivant que ce soit , même comme il est nommé en Dieu et désigné de toute éternité , renferme en lui-même l'idée essentielle de son être le plus intime , la clé de son existence , la puissance décisive pour lui de l'être ou du non-être ; c'est ainsi qu'il est employé dans le discours sacré , où , en outre , il est uni à l'idée du Verbe , dans un sens plus saint et plus élevé. D'après ce sens plus profond et cette intelligence , cette narration enseigne et signifie , comme je l'ai déjà fait remarquer, qu'avec le langage confié, communiqué et parlé immédiatement par Dieu à l'homme , il fut en même temps , et parce moyen, installé comme gouverneur et roi de la nature, ou, plus exactement encore, comme l'envoyé de Dieu au milieu de cette création terrestre ; et dans l'acomplissement des devoirs de cette dignité consistait sa dictinction originelle '.
Notre première conclusion tirée des écrits des ethnographes modernes , est donc que le langage des hommes a été originairement unique ; revenons maintenant à la seconde , qui la confirmera piei-
1 Page 70. Peut-être cette idée est-elle empruntée de Herder, Philo» Sophie de l'Histoire. Lond. 1800, p. 89, bien qu'il ne mentionne en cet endroit que la faculté de parler, et point le langage.
nement. Comment ce langage unique se divisa-t-il en un si grand nombre d'autres si étrangement différents?
Je vous donnerai d'abord l'opinion de Herder, et afin qu'on ne le soupçonne pas d'être un témoin partial, je préviens que dans cette même page que je vais citer il prend soin de nous informer qu'il considère l'histoire de Babel « comme un fragment poétique dans le style orientai. » Il nous dit donc , dès l'abord, que comme la race humaine est un tout progressif, dont les parties sont intimement unies , de même le langage doit former aussi un tout également uni , issu d'une commune origine... *» Ceci posé , continuet-îl , il y a une grande probabilité que la race humaine , et aussi sou langage, remonte à une souche commune , à un premier homme, et point à plusieurs dispersés dans différentes parties du monde. » Il développe cette proposition et l'appuie par des recherches grammaticales sur la structure des langues. Ses conclusions cependant ne s'arrêtent pas là; il affirme avec assurance que, d'après l'examen des langues , il est clair que la séparation de l'espèce humaine doit avoir été violente : non pas en vérité que les hommes aient changé volontairement leur langage , mais ils ont été violemment et soudainement séparés les uns des autres '.
C'était pour démontrer la même conclusion que M. Sharon Turner lut, en 1824 et 1825 , à la Société royale de littérature de Londres une série d'essais sur ce sujet. Le savant auteur entreprit une analyse très-détaillée des éléments primitif du langage , et conclut que les nombreuses apparences d'attraction et de répulsion entre les langues ne laissaient d'autre alternative pour les expliquer que J'adoption de quelque hypothèse , analogue à l'événement dont le récit est déposé dans la Genèse. Mais je n'insisterai pas davantage sur son témoignage, le seul auquel je me sois référé dans cette science, tiré d'un auteur qui défend expressément la narration de l'Ecriture a.
x Ubi siip. , Mémoires de PAcad. roy. Berlin , p. 41 1 .41 3.
* Ces Essais sont imprimés dans les Transactions de la Société royale de littérature, vol. I, prem. partie. Londres 1827, p. 17-106. Il y a plusieurs inexactitudes dans les exemples rapportés dans ce travail , d'ailleurs très-soigné ; et fauteur emploie un système philologique qui ne soutiendra pas les épreuves universellement admises par les linguistes
Plus d'une fois j'ai eu l'occasion de citer les opinions du savant Àbel Rémusat , un homme que l'on peut justement considérer comme ayant fait revivre la littérature chinoise qu'il a rendue facile , et qui possédait à la fois une connaissance profonde des langues de l'Asie orientale , et un esprit éminemment philosophique. Sa mémoire sera toujours pour moi intimement associée à l'intérêt que j'éprouve pour cette science ; car lorsque j'étais jeune, j'ai eu le plaisir de l'entendre savamment discourir sur ces matières avec d'autres hommes savants comme lui et qui aussi comme lui ne sont plus.
£ quale il cicognin che leva l'ala Fer voglia di volai*, e non s'attenta D'abbandonar lo nido, e gui la cala; Tal era io coti voglia accesa e sperita Di dimandar , veuendo in fino ail* atto Che fa oolui ch' a dicer s'argometila '. Dahte , Purg. XXV.
Son ouvrage sur les langues tartares , quoique non achevé, est une mine de rares renseignements' sur plusieurs points, indépendamment de son objet principal , et l'on distingue dans tout son contenu ce pouvoir de simplification , de résolution analytique , qui semble avoir été une de ses facultés spéciales. Dans le discours préliminaire, étendu et diversifié, il a clairement exposé ses sentiments touchant la concordance de l'ethnographie philologique avec la narration sacrée. Car après s'être étendu sur la manière dont les études linguistiques pourraient être dirigées vers l'histoire , il conclut : « C'est alors que nous pourrions déterminer avec précision ce qui , d'après le langage d'un peuple , aurait été son origine,
du continent. Il ne parle nullement de la division des familles généralement reconnue; le même mot, orthographié différemment peut-être par des écrivains de pays divers , est plusieurs fois répété ; il en donne même quelques-uns qui n'existent pas dans le langage cité.
1 «Tel que le petit de la cigogne, qui soulève ses ailes, excité par le désir di voler, et les abaisse parce qu'il n'ose pas quitter le nid ; tel avec une vo'ontè ferme et interrompue j'arrivais jusqu'à produire le mouvement de celui qui se dispose à parler. » ( Trad. de M* Artaud. )
avec quelles nations il aurait été allié , quel était le caractère de cette alliance, et à quelle couche elle se rattache; au moins jusqu'à l'époque où cesse l'histoire profane, et où nous pourrions trouver dans les langages cette confusion qui leur a donné naissance à tous, et que tant de vains efforts n'ont pu expliquer. > »
Mais dans le fait , si une fois nous admettons l'unité originaire du langage , nous pourrons à peine rendre compte de ses divisions subséquentes sans quelque phénomène semblable. Ceci a été remarqué par le savant et judicieux Niébuhr, dans une de ces excursions que nous trouvons par hasard dans son livre, et qui indiquent toujours la merveilleuse diversité de ses études , parmi lesquelles il faut placer particulièrement notre science. Et je cite d'autant plus volontiers le passage suivant, parce que dans la première édition la plus connue, je crois, en Angleterre par l'habile traduction qui fut faite de l'ouvrage aussitôt son apparition , une opinion très-différente occupe sa place. « Cette erreur, dit-il dans la troisième édition , a échappé à l'attention des anciens , probablement parce qu'ils admettaient plusieurs races primitives de l'espèce humaine. Ceux qui les nient et remontent à un couple unique doivent supposer un miracle pour expliquer l'existence d'idiomes de strifctures différentes ; et pour ces langues qui diffèrent par leurs racines et d'autres qualités essentielles , il faut admettre le prodige de la confusion des langues. L'admission d'un semblable miracle n'offense point la raison ; car, puisque les restes de l'ancien monde nous démontrent évidemment qu'avant celui-ci un autre ordre de choses existait , il est très-croyable qu'il a^duré dans son entier depuis son commencement , et qu'à quelque période il a subi un changement essentiel a. Et à cette remarque nous pouvons ajouter que si pour nous rendre compte de tant de langages divers , nous devons avoir recours à tant de races indépendantes , nous serons conduits à la nécessité d'en admettre , non pas un petit nombre dans les parties éloignées du globe , mais autant qu'il y a à présent d'idiomes qui paraissent n'avoir aucune liaison entre eux , c'est-à-dire
1 Recherches sur les langues tartares, vol. I, p. ix.
* Nieburh's Rœmische Geschichte, troisième édit., prem. part., s. 60. Comparez la traduction anglaise de 1828 , p. 44. Il est agréable de voir ces changements , malgré la déclaration de Fauteur, p. xu.
plusieurs centaines : conséquence nullement philosophique dans son principe, car elle nous conduit tout d'un coup à la splulion extrême d'un phénomène constant; et encore moins philosophique dans son application, car nous devons alors multiplier les races presque en raison inverse des nombres qui les composent, puisque les plus petites tribus et les populations sauvages les plus subdivisées présentent de la manière la plus marquée des différences remarquables dans leur langage. 11 suivrait de là que l'intérieur de l'Afrique, ou les régions inexplorées de l'Australie, pourraient contenir plus de races que l'Europe ou l'Asie entières. Mais nous aurons bientôt plus à dire sur ce sujet.
Je conclurai les témoignages des ethnographe&par celui de Balbi , l'actif et savant auteur de V Atlas ethnographique du globe : cet ouvrage consiste en cartes ou mappemondes dans lesquelles les langues sont classées d'après leurs règles ethnographiques , comme il les appelle , qui sont suivis de tableaux comparatifs des mots élémentaires de chaque langage connu. Le volume d'introduction qui accompagne cet atlas contient une vaste collection de renseignements précieux et intéressants, sur tes principes généraux de la science. En compilant cet ouvrage, Balbi a mis à profit nonseulement tout ce qui était déjà connu du public, mais il a été puissamment aidé par les plus habiles ethnographes de Paris. Il doit donc être intéressant de connaître l'impression produite sur l'esprit d'un auteur qui a ainsi parcouru le champ entier de la science ethnographique et a recueilli l'opinion de ceux qui avaient consacré leur vie à sa culture. D'après mes rapports personnels avec lui , je puis dire qu'il est loin de penser que les recherches des linguistes aient en- aucune façon la moindre tendance à attaquer la véracité de l'historien sacré. Et il n'a pas omis de consigner cette opinion dans son ouvrage , car, dans la première mappemonde, il s'exprime ainsi : « Jusqu'à présent aucun monument soit historique , soit astronomique , n'a pu prouver que les livres de Moïse fussent faux; mais, au contraire, ils sont d'accord de la manière la plus remarquable avec les résultats obtenus par les plus savants philologues et les plus profonds géomètres1.
1 Atlas ethnographique du globe, par Adrien Balbi. Paris i8af>. Première Mappemonde ethnogr.
— SU — Ainsi donc, kl parait être le double résultat de celle élude , d'abord peut-être une dangereuse recherche , mais qui prêle maintenant un appui précieux et de plus en plus fort aux narrations de l'Ecriture. Les langues se forment graduellement en groupes , et ces groupes tendant journellement à se rapprocher et à réclamer une parenté mutuelle , offrent assurément la meilleure preuve d'un premier et unique point de départ , et servent à diviser la race humaine en certaines grandes familles caractéristiques , dont les divisions subséquentes entrent dans le domaine de l'histoire. Semblable à ces masses groupées mais désunies que les géologues considèrent comme les ruines des montagnes primitives , nous voyons dans les dialectes variés du globe les débris d'un vaste monument appartenant à l'ancien monde x. L'exacte régularité de leurs angles en plusieurs parties, ces veines d'aspect semblable dont on peut suivre la trace de l'un à l'autre , indiquent que ces fragments ont été autrefois réunis de manière à former un tout; tandis que les lignes nettes et abruptes des points de séparation prouvent que ce n'est point par une séparation graduelle ou par une action lente et continue qu'ils ont été désunis, mais que quelque convulsion violente les a fendus et séparés. Eh bien, vous avez vu que des conclusions tout aussi positives ont été tirées par les plus savants ethnographes.
11 y a encore une branche de notre science qui semble en dehors de tout ce que nous avons écïairci jusqu'ici , et qu'il serait cependant injuste de passer sous silence. Toute l'histoire de ces études , autant que j'ai pu vous la donner, parait s'appliquer presque exclusivement à l'ancien monde , où la civilisation doit avoir beaucoup fait pour assimiler des formes et amalgamer des dialectes, tandis que dans l'intérieur de l'Afrique, et d'une manière encore plus frappantç dans l'hémisphère occidental, la théorie du langage semble refuser de se soumettre aux principes que nous avons établis, et la variété infinie des langues enveloppe d'un pénible mystère l'origine de la population.
Le nombre des dialectes que parlent ces naturels de l'Amérique est presque incroyable. Choisissez une contrée de l'ancien monde
1 Voyez d'Aubirsson, Traite de Géognoàie. Strasb. 1817, tom. I,
où vous croirez qu'il y a le plus de langues parlées , et prenez au hasard un espace égal de terrain dans quelque district de l'Amérique peuplé par des naturels; ce dernier point donnera assurément le plus grand nombre de langues différentes '. J'ai été moi-même témoin d'une anxiété telle sur ce sujet, chez des personnes d'un profond savoir et d'une grande intelligence , qu'elles refusaient de donner crédit aux assertions de Humboldt , relativement au nombre des langues de l'Amérique, plutôt que d'admettre ce qu'elles regardaient comme une, objection insurmontable contre le récit de l'Ecriture. Car nous ne pouvons supposer que chacune de ces tribus, parlant un langage totalement inintelligible à ses voisins , soit descendue en droite ligne chme famille formée lors de la dispersion ; sans parler de l'anomalie étrange que,. sortant de familles humaines ainsi formées , une si prodigieuse.multitude de tribus et aussi insignifiantes aient pu , dans leur dispersion, atteindre une pareille distance. Il n'est point étonnant alors que les incrédules du dernier siècle aient pris une méthode plus courte de résoudre ce problème, en assurant que l'Amérique avait eu sa propre population indépendante de celle de l'ancien continent a. Ici encore les amis de la religion se présentèrent , et comme il est arrivé trop souvent , avec des hypothèses à peine ébauchées et des théories sans fondement , sur l'origine de la population américaine et les moyens par lesquels elle était parvenue dans ces régions. Campomanes se fit le patron des Carthaginois , Kircher et Huet des Egyptiens , de Guignes dés Huns, sir William Jones des Indiens y et plusieurs antiquaires américains des dix tribus d'Israël.
Nous avons maintenant à examiner quelle lumière l'ethnographie a pu jeter sur cette question , et jusqu'où les solutions qu'elle donne s'accordent avec les résultats satisfaisants obtenus dans d'autres contrées du globe. Le premier pas pour établir une connexité entre les habitants des deux continents fut tenté par les partisans de ce que nous avons appelé l'école lexique , et consistait à comparer les mots des dialectes américains avec des termes pris dans les nations du nord et de Test de l'Asie. Smith Barton
1 Voyez Humboldt, Essai politique "sur la Nouvelle-Espagne. Paris x8a5,tom. II, p. s5i.
> Voyez Bullet, Réponses critiques. Besançon 1819 , vol. II, p. 5i.
fat le premier qui fit cette tentative , et son travail fut incorporé, sous une forme très-étendue , dans un Essai que Vater publia d'abord en 1810 et republia ensuite dans son Mithridates ». Je vais donner le résultat de leurs travaux avec les propres paroles d'un juge compétent. « Des recherches faites avec la plus scrupuleuse exactitude , en suivant une méthode qui n'avait pas encore été employée dans l'étude de l'étymologie, ont prouvé l'existence de quelques mots communs aux vocabulaires des deux continents. Dans quatre-vingt-trois langues américaines examinées par Barton et Vater, on trouve cent soixante-dix mots dont les racines paraissent les mêmes; et il est facile de voir que cette analogie ne peut-être accidentelle , puisqu'elle ne repose pas purement sur l'harmonie imitative, ou sur cette conformité d'organes qui produit une identité presque parfaite dans les premiers sons articulés par les enfants. De ces cent soixante-dix mots qui ont cette analogie, trois cinquièmes ressemblent au mantchou, au tongouse, au mongol et au samoyède; et deux cinquièmes se trouvent dans les langues celtique ettchoude, biscayenne, cophte et congo. Ces mots ont été trouvés en comparant la totalité des langues américaines avec la totalité de celles de l'ancien monde ; car jusqu'à présent nous ne connaissons aucun idiome américain qui paraisse avoir une correspondance exclusive avec aucune des langues de l'Asie, de l'Afrique ou de l'Europe ».
Malte-Brun essaya d'avancer un pas plus loin, et d'établir ce qu'il appelle une connexion géographique entre les langues américaines et asiatiques. Après une investigation scrupuleuse, voici ses conclusions : Que des tribus alliées avec les familles finnoises , ostiaque , permienne et caucasienne > passant le long des bords de la mer Glaciale , et traversant le détroit de Behring , se sont répandues en différentes directions vers le Groenland et le Chili; que d'autres tribus appartenant aux Japonais, aux Chinois et aux Rouriliens, suivant le long de la côte , pénétrèrent dans le Mexique 3 et qu'une autre colonie en relation avec les Tongouses, les
* Untersuchung uber Amerikas Bevolkerung au s dem alten Continente. Leips. 1810. — Mithrid. 3 , ch. a , abth. , p. 340.
> A. deHumboldt, Tue des Cordillières ; trad. angl, vol. I, p. 19. 3 M. de Humboldt pense que les Toltcques ( ou Aztèques ) qui ont
Mantchous et les Mongols a suivi les chaînes de montagnes des deux continents et atteint la même destination. Outre ces grandes émigrations , il suppose que beaucoup de petites y ont transporté un certain nombre de mots malais, javanais et même africains x. Quelques limitées que puissent paraître des comparaisons ainsi faites, elles ont été admises, ainsi que vous l'avez vu, par le savant voyageur que j'ai cité , et aussi par Balbi , comme prouvant assez dans les langues des deux continents une ressemblance trop marquée pour être accidentelle.
Néanmoins j'avouerai que je considère ces résultats comme de peu d'importance , tant parce que les ressemblances sont assez légères et trop anormales pour être d'une grande utilité, que parce que les auteurs eux-mêmes qui les donnent ne considèrent ces migrations que comme de simples additions à une population déjà existante , et purement comme des agents modificateurs de la formation ou de l'altération des langages indigènes a. Ces résultats n'ont donc, en les admettant pour vrais , que cette seule importance : c'est qu'ils nous autorisent à conjecturer que la population originaire est parvenue dans l'hémisphère occidental par la même route que les émigrations subséquentes ont tenue. De là je ne suis pas surpris qu'une tentative semblable , faite encore plus récemment par Siebold, pour rattacher les Japonais aux Moscas ou Mouyscas , grande nation américaine entre Maracaïbo et Rio de la Hache , ait été jugée insoutenable par le comité nommé en 1829 pour l'examiner au nom de la Société asiatique de Paris 3.
Mais il y a des conclusions tirées par la science ethnographique
colonisé le Mexique étaient les Hiongnoos, que les annales chinoises disent avoir émigré sous Pu no et s'être perdus dans le nord de la Sibérie. Essai politique, p. 35o. Voyez aussi Paravey, Mémoire sur l'origine japonaise, arabe et basque des peuples du plateau de Bogota. Paris iS35.
1 Tableau de l'enchaînement géographique des langues américaines et asiatiques. Géograph. univ, Paris i8ai, tom. V, p. 2*7, comp., p. an.
» Vater, p. 338; Malte-Brun, p. 214.
3 Mémoire relatif à l'origine des Japonais, nouveau journal asiatique; juin 182g, p. 400.
de l'observation de phénomènes généraux et particuliers qui portent bien plus matériellement sur ce point , et ont complètement fait disparaître toutes les difficultés provenant de la multiplicité des langues américaines. Et d'abord, l'examen de la structure commune à toutes les langues américaines n'a pas permis de douter qu'elles ne formassent toute une famille individuelle, unie dans toutes ses parties par le plus essentiel de tous les liens, l'analogie grammaticale. Cette analogie n'est point d'une espèce vague et indéfinie, mais elle est très-complexe et comprend les parties les plus nécessaires et les plus élémentaires de la grammaire; car elle consiste spécialement en des méthodes particulières de modifier par la conjugaison la signification et les rapports des verbes au moyen de l'insertion de syllabes ; et cette forme a engagé G. de Humboldt à donner aux langues américaines un nom de famille comme formant leurs conjugaisons par ce qu'il appelait Y agglutination. Et cette analogie n'est pas seulement partielle, mais elle s'étend sur les deux grandes divisions du nouveau monde et donne un air de famille aux langues parlées sous la zone torride , et au pôle arctique, par les tribus les plus sauvages ou les plus civilisées. « Cette merveilleuse uniformité, dit un écrivain, dans la manière particulière de former les conjugaisons des verbes, d'une extrémité de l'Amérique à l'autre , favorise singulièrement la supposition d'un peuple primitif qui a formé la souche commune de toutes les nations indigènes de l'Amérique ». » Un autre remarque que la conclusion la plus naturelle à laquelle nous puissions arriver, en voyant une affinité si extraordinaire entre des langues séparées par tant de centaines de lieues, est qu'il faut admettre « un centre commun de civilisation d'où toutes ont divergé a. >•
Secondement, plus on donne d'attention à l'étude des langues américaines , plus on les trouve assujetties aux lois des autres familles , tellement que cette grande et unique famille tend chaque jour à se subdiviser en groupes considérables , ayant entre eux des affinités plus intimes qu'avec la grande division, dont , à leur tour, ils forment une partie. Ainsi les missionnaires ont observé de bonne heure que certaines langues pouvaient être considérées comme la
* Malte-Brun, p. a 17, eomp* p. ai 3< » Vater, p4 329.
clé d'autres dialectes , de manière que quand on les possédait on entendait promptement les autres. Cette remarque a été, je m'en souviens, faite quelque part par Hervas, et des recherches subséquentes Vont amplement confirmée. Aussi Balbi , dans son tableau des langues américaines , a-t-il pu les diviser en certaines grandes sections renfermant chacune de nombreuses dépendances.
Ainsi donc voilà l'objection que Ton faisait à l'unité des nations américaines, tirée de la multiplicité de leurs langues, détruite d'une manière satisfaisante par l'étude même qui Pavait fait naître, et en même temps la difficulté que Ton en tirait, que ces nations pussent appartenir à la souche commune des habitants de l'ancien monde. Mais la collection et la comparaison des faits rattachés aux recherches linguistiques me conduit à un dernier résultat également satisfaisant ; car vous verrez que nous aurons encore à rendre compte de la dissemblance des dialectes parlés par Aes nations ou des tribus limitrophes et composées d'un petit nombre d'individus. Or, on a observé que ce phénomène n'est nullement particulier à l'Amérique , mais commun à tous les pays non civilisés. Si nous n'avions d'autre critérium d'unité d'origine que le langage, nous éprouverions peut-être quelque difficulté dans l'examen de ce point. Mais une autre science dont nous traiterons la prochaine fois , et qui confirmera admirablement les conclusions que je tire maintenant , peut établir des caractères par lesquels les relations entre tribus , formant unité de race , peuvent être aisément déterminées. Et pourtant on trouve que dans des cas où l'on ne peut pas douter que des hordes sauvages n'aient été originairement réunies, il s'est élevé parmi elles une variété de dialectes si complète et si multipliée, qu'on n'y peut découvrir que peu ou point d'affinité. Et de là nous tirons, en quelque sorte, mie règle, que l'état sauvage qui isole les familles et les tribus, où le bras de chacun est toujours levé contre son voisin , a essentiellement l'influence toute contraire de la civilisation , dont les tendances sociales sont de réunir; cet état introduit nécessairement une jalouse diversité, et des idiomes inintelligibles dans les jargons qui assurent l'indépendance des différentes hordes.
Nulle part cette puissance de désunion n'a été plus attentivement examinée que parmi les tribus de la Polynésie. « Les Papous ou nègres orientaux, dit le docteur Leyden* semblent tous divisés en
petits états , ou plutôt sociétés , qui ont très-peu de rapports lun avec l'autre. De là leur langage est brisé en une multitude de dialectes, qui, par la suite du temps, par séparation, accident ou corruption orale, ont presque perdu toute ressemblance l. » « Les langues, dit M. Crawford, suivent le même progrès. Dans l'état sauvage elles sont en grand nombre, dans la société perfectionnée peu nombreuses : l'état du langage sur le continent américain offre une démonstration convaincante de ce fait , et il ne s'explique pas d'une manière moins satisfaisante dans les langues des îles indiennes. Les races noires qui habitent les montagnes de la péninsule malaye, dans l'état le plus bas et le plus abject de l'existence sociale, quoique numériquement peu nombreuses, sont divisées en une grande quantité de tribus distinctes, parlant autant de langues différentes. Parmi la population éparse et grossière de l'île de Timor, on ne croit pas qu'on parle moins de quarante dialectes différents. Dans les îles de Ende et de Flores nous avons aussi une multitude d'idiomes , et parmi la population cannibale de Bof» neo , il n'est pas improbable qu'on parle plusieurs centaines de langues ». » Les mêmes faits s'observent chez les tribus d'Australie qui appartiennent à la même race, si on examine la liste des mots particuliers à chaque tribu , que le capitaine King nous a donnée 3. La plus grande dissemblance existe entre eux; quelques-uns, cependant, comme les équivalents d'œil , se retrouvent dans tous ces dialectes, et il arrive aussi, comme dans les mote qui répondent à chevelure , que des tribus en contact immédiat diffèrent essentiellement et qu'on les trouve s'accorder avec ceux d'îles fort éloignées. Or, si ces causes agissent ainsi ailleurs, elles doivent être bien plus puissantes en Amérique; car là, comme l'a très-bien observé Humbold, « la configuration du sol, la vigueur de la végétation, l'appréhension des montagnards, entre les tropiques, de s'exposer à la chaleur brûlante des plaines, sont des obstacles à la communication , et contribuent à l'étonnante variété des dialectes américains. Cette variété, à ce qu'on a observé, est
1 Asiatic researches, vol. X, p. 16 a.
2 Hist. of the Ind. Archipel. , vol. II, p. 79.
3 Narrative of a survey of the Intertropical and Western coasts of Australia; 1826, vol. II, append.
— m — plus restreinte dans les savannes et dans les forêts du Nord, qui sont aisément traversées par le chasseur, sur les bords des grandes rivières > le long des côtes de l'Océan, et dans chaque contrée où les Incas avaient établi leur théocratie par la force des armés '. »
Ainsi donc, je pense que , dans cette branche de ses recherches , on trouvera que l'ethnographie a aussi rempli sa tâehe , d'abord en réduisant le nombre immense de dialectes américains à une seule famille, puis en expliquant par analogie leur multiplicité extraordinaire. Mais comme le plan de ces discours, dont je vous ai tracé l'esquisse, ne me ramènera plus sur cette intéressante partie du globe, je mettrai votre intelligence un peu plus à contribution pour examiner les preuves de l'affiliation entre les habitants des deux mondes , de manière à suppléer au défaut de la connaissance ethnographique de leurs idiomes.
Premièrement, nous avons les traditions des Américains euxmêmes qui les représentent comme un peuple émigrant, venant •u nord-ouest et se dirigeant vers le sud. Les Toltèques, puis les sept tribus, comme on les appelle, les Tchetchenèques et les Aztèques, sont tous représentés dans l'histoire, mexicaine comme des nations successives arrivant à Anahuac ou Mexico. Dans les peintures hiéroglyphiques représentant les migrations de ce dernier peuple, on le voit selon Boturini, traversant la mer, probablement le golfe de Californie , circonstance qui ne peut pas laisser de doute relativement à la route qu'ils suivaient. Ces traditions racontent en outre l'arrivée de colons plus récents , qui avancèrent grandement la civilisation de ces contrées. Manco-Capac est le plus célèbre parmi eux , comme fondateur de la dynastie et de la religion des Incas. Un écrivain, ne suivant que son imagination, s'est emparé de cette circonstance, et en a tiré une histoire complète d'une conquête du Pérou et du Mexique par les Mongols ».
1 Views of the Cordilleras, vol. I, p. 17.
* Ranking , Recherches historiques sur la conquête du Pérou et du Mexique, etc. , dans le treizième siècle , parles Mongols, accompagnés d'éléphants. Lond. 1827 ( en angl. ). L'esprit de système fait de temps à autre tomber l'ingénieux auteur dans des erreurs : ainsi , p. 4x9, il invoque l'autorité de Humboldt pour une inscription tartare que Ton
— ssii suppose que Manco-Capac était le fils de Kublai , l'empereur mongol , petit-fils de Genghiskhan, qui fut envoyé par son père avec une flotte contre le Japon. Une tempête dispersa la flotte, tellement qu'il ne put plus regagner son pays, et cet auteur imagine que les navires furent chassés par les vents sur la côte d'Amérique, où le commandant s'était établi comme chef. Tout ingénieux que ceci soit et même probable , les preuves que Ton fournit pour l'établir sont loin d'être satisfaisantes. On peut sans doute trouver beaucoup d'analogies entre les Péruviens et les Mongols, mais on peut facilement les faire venir d'autres sources. Cependant les données chronologiques, la nature de la religion qu'ils établirent et les monuments qu'ils érigèrent, ne laissent pas la liberté de douter que le Thibet ou la Tartarie ne fut la contrée originaire d'où est sortie l'émigration de Manco-Capac.
Secondement, la computation du temps chez les Américains présente une coïncidence trop marquée, dans une méthode pi remént arbitraire, avec celle de l'Asie orientale, pour être toutfait accidentelle. La division du temps en grands cycles d'années, subdivisés en plus petites portions, dont chacune porte un nom particulier, est, avec de légères différences, le plan adopté chez les Chinois, les Japonais, les Kalmoucks , les Mongols et les Mantchoux , aussi bien que parmi les Toltèques , les Aztèques et d'autres nations américaines; et le caractère de leurs méthodes respectives est précisément le même, particulièrement si l'on compare celles des Mexicains et des Japonais. Mais la comparaison du zodiaque, comme il existe chez les Thibétains, les Mongols et les Japonais, avec les noms donnés par cette nation américaine aux jours du mois, satisfera, je le pense, les plus incrédules. Les signes identiques sont le tigre , le lièvre, le serpent, le singe, le chien et un oiseau ; de chacun desquels il est clair qu'aucune aptitude naturelle ne pouvait en avoir suggéré l'adoption sur les deux continents. Cette étrange coïncidence est encore augmentée par le fait curieux que plusieurs des signes mexicains , qui manquent dans le zodiaque tartare,, se trouvent dans les Shastras hindous exactement dans les positions correspondantes. Et
dit se trotner dans la baie de Narranganset , tandis que Humholdt rejette l'histoire comme pics que douleusf.
ceux-ci ne sont pas moins arbitraires que les premiers : c'est une maison, une canne (à sucre), un couteau , et trois empreintes de pied * ; mais, pour traiter ce sujet convenablement, il serait nécessaire d'entrer dans des détails plus circonstanciés.
Enfin, si tout le reste venait à nous manquer, les traditions précises, transmises avec tant de sollicitude par les Américains, sur l'histoire primitive de l'homme, sur le déluge et la dispersion, si exactement conformes avec celles de l'ancien monde, doivent éloigner toute hésitation relativement à leur origine. Les Aztèques, les Mitlèques , les Tlascaltèques et d'autres nations , avaient des peintures sans nombre sur ces derniers événements. Tezpi ou Coxcox, comme on appelle le Noé américain, est représenté dans une arche flottant sur les eaux, et avec lui sa femme, ses enfants , plusieurs animaux et différentes espèces de grains. Quand les eaux se retirèrent, Tezpi envoya un vautour, qui, trouvant à se nourrir sur les corps des animaux noyés, ne revint pas. Après que l'expérience répétée avec plusieurs autres oiseaux eut manqué, l'oiseau-mouche revint à la fin portant une branche verte à son petit bec. Dans les mêmes peintures hiéroglyphiques , la dispersion de l'espèce humaine est ainsi représentée. Les premiers hommes après le déluge étaient muets ; et on voit une colombe perchée sur un arbre donnant à chacun une langue. La conséquence de cela fut que les familles, au nombre de quinze, se dispersèrent en différentes directions a. Cette coïncidence, qui me rappelle que ce n'est là qu'une digression , serait seule suffisante pour établir un chaînon de connexion intime entre les nations des deux continents. Mais, dans le fait, les ressemblances entre ces traditions sont si nombreuses, si extraordinaires et tellement circonstanciées, que, clans un ouvrage, dont je dois dire quelques mots, deux longues et savantes dissertations ont été insérées pour prouver que les Juifs d'abord et ensuite les Chrétiens ont colonisé l'Amérique 3. L'ouvrage auquel je fais allusion est la collection vraiment royale -
« Voyez les planches comparatives, etc., dans le tom. II des Tues des Cordillières ( en angl. ).
» Htimboldt, ib., p. 65, 66.
3 Les Antiquités de Mexico , publiées par A. Aglio , vol. VI , p. 23a, 409 et 420.
des monuments mexicains , publiée par lord Kingsborough ; c'est un trésor de matériaux pour ceux qui se vouent à cette étude. Il paraît impossible de parcourir ces magnifiques volumes sans être frappé du caractère varié de Fart qu'ils exposent aux regards. Les figures hiéroglyphiques représentant la forme humaine accroupie ou dans des proportions difformes n'ont rien de commun avec les reliefs sculptés. Ici nous voyons de grandes figures posées dans des attitudes guerrières; là, des femmes assises les jambes croisées sur des monstres à double tête, avec leurs enfants dans leurs bras, leur cou orné de rangs de perles, leur tête couronnée par une coiffure conique élevée, surmontée quelquefois d'animaux; dans un autre endroit nous trouvons la tortue, emblème sacré de Tlnde ; dans un autre, nous voyons le serpent se roulant autour . de l'arbre, ou des hommes que des monstres informes menacent d'avaler; tellement que nous nous imaginons examiner les sculptures de quelque caverne indienne ou ancienne pagode ». Et j'ajouterai que le type des physionomies , dans ces sculptures, n'est en aucune façon américaine, mais rappelle fortement à l'esprit la première manière indienne. Ensuite nous avons une autre classe de monuments , également distincte, et qui semble s'harmoniser avec l'art égyptien. Nous avons des pyramides construites sur le même modèle, et qui paraissent destinées au même objet. Nous avons des figures aux vêtements serrés , de manière que seulement les pieds en bas et les mains de chaque côté paraissent, comme dans les statues égyptiennes ; tandis que la coiffure entoure la tête et descend de chaque côté , poussant en avant d'énormes oreilles ; outre d'autres figures agenouillées où cette toilette est encore plus marquée, tellement que, comme l'observait E. Q. Yisconti, elles pourraient avoir été copiées d'après le portique de Dendera , dont les chapiteaux leur ressemblent exactement. Dans les figures de cette classe aussi, la physionomie n'est nullement la même que dans la première , mais d'un caractère plus approprié au style de l'art a.
1 Voyez vol. IV, prem. part. , fig. ao, 36; 27, 28, 3a; Spécimens de sculptures mexicaines, en la possession de M. La tour Allard, à Paris, fig. 1 5, part. III, fig. 8.
» Voyez ib. , part. X , fig. 1 et suiv. 48 , M. de Latour, fig. 8. 14, etc.
Qui nous expliquera cette énigme ? qui nous dira si ces ressemblances sont accidentelles , ou produites par une communication actuelle ? Assurément ceci est encore le pays du mystère, entouré de nuages; beaucoup d'études sont encore nécesaires pour éclaircirles anomalies, concilier les contradictions, et placer notre savoir sur une base plus stable. Nous ne pouvons même surmonter les difficultés de cette nature qui se rapprochent de nos temps; par exemple, expliquer comment , ainsi que Muratori Ta prouvé, le bois de Brésil était au nombre des marchandises payant un droit aux portes de Modéne en 1506, ou comment la carte d'Andréa Bianco, conservée dans la bibliothèque de saint Marc à Venise, et construite en 1456, peut placer une île dans l'Atlantique avec le nom même de Br asile. Combien avons-nous plus de difficultés à combattre, quand nous entreprenons de débrouiller le chaos des documents primitifs, ou de reconstruire une histoire des premiers temps avec quelques fragments de monuments épars !
Et je remarquerai en concluant qu'il y a plusieurs autres problèmes dans l'histoire des langues qui entrent dans les mystères de la nature , et dont la solution est enveloppée dans ces lois cachées de sa constitution qui l'enchaînent à l'ordonnance morale du monde. Car, pourrait-on demander, comment se fait-il que des langues se sont produites si aisément dans les premiers âges, qui jusqu'à présent n'ont point subi de changements; ou plutôt comment leurs premières familles furent-elles si tôt divisées en dialectes essentiellement fixés et indépendants , tandis qu'avec le progrès des siècles l'espèce humaine n'a pu former guère que des dialectes de ceux-ci , des idiomes provinciaux, ou des dérivations manifestes ayant à peine au-delà quelque force de production? Car c'est dans une très-courte période après la dispersion que le sanskrit, le grec et le latin, ou au moins te langue dont il descend, doivent avoir reçu leurs formes caractéristiques si marquées ; et dans la famille sémitique la séparation doit s'être faite également dès l'origine. Mais nous pourrions aussi bien demander pourquoi le chêne, à peu de distance de ses racines, pousse au dehors des branches robustes et gigantesques , dont chacune parait assez grosse pour former un autre arbre et avoir à lui en propre sa masse de branchages , avec sa couronne annuelle de
92 — jeunes pousses, taudis que plus haut il ne peut plus produire qu'une génération moins vigoureuse, débile, et où la force procréatrice parait presaue épuisée. Et vraiment il y a une sève dans les nations aussi bien que dans les arbres, un énergique pouvoir intérieur toujours tendant à s'élever, et tirant de nouvelles forces des plus simples institutions, des plus pures vertus, et de la plus saine morale. Aussi longtemps que ces qualités forment le sol dans lequel un peuple est en quelque sorte profondément enraciné, ses facultés sont presque sans bornes; mais à mesure que ce sol s'altère bu s'épuise , la nation s'affaiblit et tombe. Certes , il y avait dans l'esprit humain une vigueur surnaturelle comparée à la nôtre , quand la poésie d'Homère composait les chants des rapsodes ambulants ; quand des chefs-pasteurs, comme Abraham , pouvaient voyager de nation en nation, et même s'associer avec leurs rois; et quand un peuple enfant pouvait imaginer et exécuter des monuments comme les pyramides d'Egypte. Et si nous pouvons parler ainsi des nations , que dirons-nous de l'espèce humaine entière, quand toute son énergie était en quelque sorte concentrée dans le petit nombre de ses premiers pères ; quand les enfants de Noé , éloignés de quelques générations seulement des traditions et des leçons d'Eden , et possédant la sagesse accumulée des patriarches aux longs jours , étaient merveilleusement préparés pour recevoir ces impressions étranges . et nouvelles que devait produire en eux un monde qui venait d'éclore dans toute sa nouveauté , et lorsqu'eux-mémes , eux , race également nouvelle, aux prises, d'un côté, avec les ravages du dernier désastre , et de l'autre, avec l'exubérance de production qui en résultait, doivent avoir ressenti une énergie sans bornes dans la pensée et l'action, une rapidité de conception, une richesse d'imagination et une puissance d'exécution correspondant à la crise, et telles que les générations postérieures n'en pouvaient jamais éprouver le besoin. Et pour des esprits soumis à de telles impressions , excités par de pareils sentiments non modifiés , et si énergiquement forcés de tenir compte de leur action , le premier langage produit doit avoir reçu une impression, un caractère plus hardi et plus indélébile que les temps postérieurs n'auraient pu le communiquer, lorsque les premiers ressorts de cette action vigoureuse se sont affaiblis ou ont cessé d'agir.
Mais nous ne devons pas, je pense, imaginer que la divine Providence , en distribuant à différentes familles humaines le don sacré de la parole , n'ait eu d'autre but que la dispersion matérielle de la race humaine , ou de leur accorder des formes variées d'élocution ; il y avait là sans aucun doute une fin plus profonde et plus importante, la répartition entre les nations des facultés intellectuelles. Car le langage est si évidemment le pouvoir réel, et , pour ainsi parler, l'incarnation de la pensée , que nous pouvons presque aussi facilement imaginer une âme sans un corps , que nos pensées non revêtues des formes de leur expression extérieure. Il suit de là que ces organes des conceptions de l'esprit doivent à leur tour modeler, contrôler et modifier son caractère particulier, tellement que l'esprit d'une nation doit nécessairement correspondre au langage qu'elle possède.
La famille sémitique, privée de particules et de formes grammaticales propres à exprimer les relations des choses , raidie par une construction qui ne plie point et confinée par la dépendance des mots qui proviennent des racines verbales, aux idées d'action extérieure, ne pouvait conduire l'esprit à des idées abstraites ; c'est pourquoi ses dialectes ont toujours été employés à de simples narrations historiques , à la poésie la plus exquise, où de simples impressions , des sensations, sont décrites dans la succession la plus rapide ; tandis que pas une école de philosophie nationale ne s'est élevée dans cette famille , et aucun élément de pensée métaphysique n'apparaît dans leurs plus sublimes compositions. De là vient que les plus profondes révélations de la religion , les plus imposantes énonciations des prophètes , les plus sages leçons de vertu , sont en hébreu revêtues d'images prises dans la nature extérieure. Et sous ce rapport, l'auteur du Roran a nécessairement suivi la même voie.
Mais la famille européenne a reçu en partage, dans son langage, une merveilleuse souplesse pour exprimer les relations intérieures et extérieures des choses > par la flexion de ses noms , les temps conditionnels ou indéfinis de ses verbes; par sa tendance à faire ou adopter des particules sans nombre, mais principalement par cette faculté puissante et presque illimitée de comparer des mots; à quoi il faut joindre la facilité de varier et d'intervertir la construction, et la faculté de transporter immédiatement et compléter
— Jument la force des mots d'une signification matérielle à une représentation purement intellectuelle. Ainsi , tandis que le génie y trouve un instrument propre pour exprimer ses conceptions les plus élevées , il n'est pas moins puissant dans les mains du philosophe ; c'est dans lui et par lui que se sont élevés ces divers systèmes qui , dans l'Inde antique, dans la Grèce et dans la moderne Germanie, ont tenté de sonder les profondeurs de l'entendement humain; d'analyser jusque dans leurs éléments primitifs les formes de nos idées *.
Et ne voyez-vous pas dans tout ceci quelque chose qui sert à des desseins encore plus nobles, lorsque ces réflexions vous ramènent à considérer l'ordre observé par Dieu dans la manifestation de sa religion? Car aussi longtemps que ses révélations devaient être plutôt conservées que propagées , tant que ses vérités se rapportaient principalement à l'histoire de l'homme et à ses devoirs les plus simples envers Dieu ; quand sa loi consistait plutôt en préceptes d'observances extérieures qu'en restrictions intérieures ; tant que la direction était déterminée plutôt par l'agence mystérieuse des voyants qui lisaient dans l'avenir, que par une règle établie ou une loi inaltérable, le système entier de la religion était déposé entre les mains de cette famille humaine, dont le caractère intellectuel et le langage étaient admirablement conformés pour s'en tenir avec ténacité aux simples traditions des anciens jours , pour décrire tout ce qui était à l'extérieur de l'homme , et se prêter le plus efficacement à l'imposant ministère de la mission du prophète.
Mais un important changement n'est pas plutôt introduit dans
1 Gomme application de ces remarques , je puis dire que de notre temps la philosophie transcendent aie pouvait à peine prendre naissance ailleurs qu'en Allemagne, dont la langue possède les traits caractéristiques de la famille plus qu'aucune antre , et qui peut le plus aisément permettre ou suggérer d'employer subjectivement le pronom de la première personne, ce qui serait une violence trop grande dans les autres langues de l'Europe pour qu'elles l'aient d'abord imaginée. En latin , par exemple , où il n'y a point d'articles , il est presque impossible de l'exprimer ; et personne , ne connaissant que cette langue, n'aurait pu concevoir une pareille idée.
les fondements de sa révélation et dans les facultés auxquelles il s'adresse, qu'une translation correspondante a manifestement lieu dans la famille à laquelle son administration et sa principale direction sont évidemment confiées. La religion maintenant destinée pour la totalité du monde et pour chaque individu de la race humaine, exigeant en conséquence des témoignages plus variés pour répondre aux besoins et satisfaire aux ardents désirs de chaque * tribu, de chaque pays, de chaque âge; la religion, dis-je, est remise aux mains « d'autres ouvriers » dont la puissance plus profonde de pensée , dont l'impulsion toujours ardente à la recherche pourrait plus aisément découvrir et mettre en lumière ses inépuisables beautés; qui étudieraient ses rapports avec les vérités de différents ordres , avec chaque système différent des dispensations de Dieu , produisant ainsi toujours de nouveaux motifs de conviction et de nouveaux sujets de louange. Et de cette manière, la sagesse divine, tandis qu'elle a fait la substance de la religion une et immuable , a cependant, en quelque manière , attaché ses témoignages et ses preuves à la roue toujours mouvante des efforts de l'homme, et les a mêlés avec les autres motifs de ses plus pressants désirs., afin que chaque pas fait à la poursuite des saines études et d'une humble investigation leur donne une nouvelle avance et une position variée , sur lesquelles un esprit réfléchi puisse s'arrêter avec une admiration toujours croissante. Et comment ceci est-il arrivé pour la science de l'ethnographie ? j'espère que vous l'avez vu clairement.