‹ Discours sur les révolutions de la surface du globe avec des notes et un appendice, d'aprés les travaux récents de MM. Humboldt, Flourens, Lyell, Lindley, etcChapitre 14 sur 22 · deuxième partie, pag. 225. ? Ibid, pages 161, 232 et · texte numérisé non relu

deuxième partie, pag. 225. ? Ibid, pages 161, 232 et

Dans la craie même il n’y a que des reptiles ; on y voit des restes de tortues, de crocodiles. Les fameuses carrières de tuffau de la montagne de Saint-Pierre , près de Maëstricht, qui appartiennent à la formation de la craie, ont donné, à côté de très-grandes tortues de mer et d’uneinfinité de coquilles et de zoophytes marins, un genre de lézards non moins gigantesques que le mégalosaurus, qui est devenu célèbre par les recherches de Camper et par les figures que Faujas a données de ses os, dans son histoire de cette montagne.

Il était long de vingt-cinq pieds et plus; ses grandes mâchoires étaient armées de dents très-fortes, coniques, un peu arquées et relevées d’une arête, et il portait aussi quelques-unes de ces dents dans le palais. On comptait plus de cent trente vertèbres dans son épine, convexes en avant, concaves en arrière, Sa queue était haute et plate, et formait une large rame verticale *. M. Conybeare a proposé récemment de l’appeler mosasaurus.

Les argiles et les lignites qui recouvrent le dessus de la craie ne m'ont encore offert que des crocodiles 2. J'ai tout lieu de croire que les lignites qui ont donné en Suisse des os de castors et des tortues du genre appelé trionyx, etqui est, comme le crocodile, propre aux rivières des pays chauds *, appartiennent à un âge plus récent. Ce n’est même que dans le calcaire grossier qui repose sur ces argiles que j'ai commencé à trouver des os de mammi-

' Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. V, deuxième partie, pag. 310 et suivantes.

? Jbid., pag. 163.

3 Tout récemment M. Graves a envoyé au Muséum d'Histoire Naturelle une grande carapace de trionyx trouvée dans les terres noires des environs de Beauvais.

fères ; encore appartiennent-ils tous à des mammiferes marins , à des dauphins inconnus , à des lamantins, à des morses.

Parmi les dauphins, il en est un dont le museau, plus allongé que dans aucune espèce connue, avait la mâchoire inférieure symphysée sur une bonne partie de sa longueur presque comme dans un gavial. Il a été trouvé près de Dax par feu le président de Borda ‘.

Un autre, des faluns du département de l'Orne, avait aussi le museau long, mais un peu autrement conformé ?.

Le genre entier des lamantins est aujourd’hui habitant des mers de la zone torride; et celui des morses, dont on ne connaît qu'une espèce vivante, est confiné dans la mer Glaciale. Cependant nous trouvons des ossements de ces deux genres réunis dans les couches de calcaire grossier du milieu de la France ; et cette réunion d’espèces dont les plus semblables sont aujourd’hui dans des zones opposées se reproduira plus d’une fois.

Nos lamantins fossiles sont différents des lamantins connus par une tête’ plus allongée et autrement configurée 3. Leurs côtes, très-reconnaissables à leur épaisseur arrondie et à la densité de leur tissu, ne sont pas rares dans nos différentes provinces.

Quant au morse fossile, on n’en a encore que de petits fragments insuffisants pour en caractériser l'espèce ®

1 Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. V, première partie, pag. 316.

2 Jbid., pag. 317

3 Jbid., pag. 266.

4 Jbid., pag. 234; et deuxième partie, pag. 521.

Ce n’est que dans les couches qui ont succédé au calcaire grossier, ou tout au plus dans celles qui auraient pu se former en même temps que lui, mais dans les lacs d'eau douce, que la classe des mammifères terrestres commence à se montrer dans une certaine abondance.

Je regarde comme appartenant au même âge, et comme ayant vécu ensemble, mais peut-être sur différents points, les animaux dont les ossements sont ensevelis dans les mollasses et des couches-anciennes de gravier du midi de la France; dans les gypses mêlés de calcaire, tels que ceux des environs de Paris et d’Aix, et dans les bancs marneux d’eau douce recouverts de bancs marins de l’AIsace , de l’Orléanais et du Berri.

Cette population animale porte un caractère très-remarquable dans l’abondance et la variété de certains genres de pachydermes, qui manquent entièrement parmi les quadrupèdes de nos jours, et dont les caractères se rapprochent plus ou moins des tapirs, des rhinocéros et des chameaux.

Ces genres, dont la découverte entière m'est due, sont : les paléothériums, les lophiodons, les anaplothériums, les anthracothériums, les chéropotames, les adapis.

Les paléothériums ressemblaient aux tapirs par la forme générale, par celle de la tête, notamment par la brièveté des os du nez, qui annonce qu'ils avaient, comme les tapirs, une petite trompe ; enfin par les six dents incisives et les deux canines à chaque mâchoire ; mais ils ressemblaient aux rhinocéros par leurs dents mâchelières, dont les supérieures étaient carrées, avec des crêtes saillantes diversement configurées, et les inférieures en forme de doubles croissants, et par'leurs pieds, tous les quatre di-

visés en trois doigts, tandis que dans les tapirs ceux de devant en ont quatre :.

C'est un des genres les plus répandus et les plus nombreux en espèces dans les terrains de cet âge.

Nos plâtrières des environs de Paris en fourmillent : on y en trouve des os de sept espèces ?. La première ( p. Mmagnum, pl. TE, fig. 1}, grande comme un cheval ; trois autres de la taille d’un cochon, mais une (p. medium) avec des pieds étroits et longs; une (p. crassum) avec des pieds plus larges ; une (p. latum) avec des pieds encore plus larges et surtout plus courts ; la cinquième espèce (p. curtum), de la taille d’un mouton, est bien plus basse et a les pieds encore plus larges et plus courts à proportion que la précédente ; une sixième (p. minus) est de la taille d'un agneau, et a des pieds grêles, dont les doigts latéraux sont plus courts que les autres; enfin il y en à une (p. minimum) qui n’est pas plus grande qu’un lièvre : elle a aussi les pieds grêles 5.

On à trouvé aussi des paléothériums dans d’autres contrées de la France : au Puy en Velai, dans des lits de marne gypseuse, une espece ( p. velaunum ) { très-semblable au p. medium, mais qui en diffère par quelques détails de sa mâchoire inféri ieure ; aux environs d'Orléans,

dans des couches de pierre marneuse , une espèce (p. aurelianense) * qui se distingue des Autiese parce que ses

* Voyez nole 17 de l’Appendice.

? Voyez note {8 de l’Appendice.

* Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, in-4°, dans

tout le tom. IF, et spécialement pag. 250; el tom. V, deuxième partie, pag. 505.

\ Ibid., tom. v, deuxième partie, pas. 505.

® Jbid., tom. HI >. Pag. 254 ; et tom. LV, pag. 498 et 499.

molaires inférieures ont l’angle rentrant de leur croissant fendu en une double pointe, et par quelques différences dans les collines des molaires supérieures ; auprès d’Issel, dans une couche de gravier ou de mollasse, le long des pentes de la Montagne-Noire, une espèce (p. isselanum)*, qui a le même caractère que celle d'Orléans, et dont la taille est plus petite. Mais c’est surtout dans les mollasses du département de la Dordogne que le paléothérium s’est retrouvé non moins abondamment que dans nos plâtrières de Paris.

M. le duc Decaze en a découvert dans les carrières d’un seul parc des os de trois espèces , qui paraissent différentes de toutes celles de nos environs ?.

Les lophiodons se rapprochent encore un peu plus des tapirs que ne font les paléothériums, en ce que leurs mâchelières inférieures ont des collines transverses comme celles des tapirs.

Is diffèrent cependant de ces derniers, parce que celles de devant sont plus simples, que la dernière de toutes a trois collines, et que les supérieures sont rhomboïdales et relevées d’arêtes fort semblables à celle des rhinocéros.

On ignore encore quelle est la forme de leur museau et le nombre de leurs doigts. J'en ai découvert jusqu’à douze espèces, toutes de France, ensevelies dans des pierres marneuses formées dans l’eau douce, et remplies de limnées et de planorbes, qui sont des coquilles d’étang et de marais. j

La plus grande se trouve près d'Orléans, dans la même

* Voyez mes Recherches sur Les Ossements fossiles, tom. HF, pag. 258.

* Ibid., tom. V, deuxième partie, pag. 505.

carrière que les paléothériums ; elle approche du rhinoeéros.

Ïl y en a dans le même lieu une autre, plus petite ; une troisième se trouve à Montpellier ; une quatrième près de Laon; deux près de Bichsweiller, en Alsace; cinq près d'Argentan, en Berri; et l’une des trois se retrouve près d'Issel, où il y en a encore deux autres. Il y en a aussi une très-grande près de Gannat *.

Ces espèces diffèrent entre elles par la taille, qui dans les plus petites devait égaler à peine celle d’un agneau de trois mois, et par des détails dans les formes de leurs dents, qu'il serait trop long et trop minutieux d'exposer ici.

Ce sont surtout des os de lophiodon qui se sont trouvés près de Paris dans les couches supérieures du calcaire grossier.

Les anoplothériums ne se sont trouvés jusqu’à présent que dans les seules plâtrières des environs de Paris et dans quelques endroits du calcaire grossier du même canton. Ils ont deux caractères qui nes’observent dans aucun autre animal ; des pieds à deux doigts dont les métacarpes et les métatarses deraeurent distincts et ne se soudent pas en Canons comme-ceux des ruminants, et des dents en série continue et que n’interrompt aucune lacune. L'homme seul a les dents ainsi contigués les unes aux autres sans intervalle vide; celles des anoplothériums consistent en six incisives à chaque mâchoire, une canine et sept molaires de chaque côté, tant en haut qu’en bas; leurs canines sont courtes et semblables aux incisives externes.

1 Voyéz mes Reclierches sur les Ossements fossiles, tom. IT, première partie, pag. 177 et 218; tom. III, pag. 394; et tom. IV, pag. 498.

Les trois premières molaires sont comprimées ; les quatre autres sont à la mâchoire supérieure carrées, avec des crêtes transverses et un petit cône entre elles ; et à la mâchoire inférieure en double croissant, mais sans collet à la base. La dernière a trois croissants. Leur tête est de forme oblongue , et n’annonce pas que le museau se soit terminé ni en trompe ni en boutoir.

Ce genre extraordinaire , qui ne peut se comparer à riem dans la nature vivante, se subdivise en trois sous-genres : les anoplothériums proprement dits, dont les molaires antérieures sont encore asséz épaisses, et dont les postérieures d'en bas ont leurs croissants à crête simple; les æiphodons, dont les molaires antérieures sont minces et tranchantes , et dont les postérieures d’en bas ont vis-à-vis la concavité de chacun de leurs croissants une pointe qui prend aussi en s’usant la forme d’un croissant, en sorte qu'alors les croissants sont doubles, comme dans les ruminants; les dichobunes, dont les croissants extérieurs sont pointus dans le commencement, et qui ont ainsi sur leurs arrière-molaires inférieures des pointes disposées par paires *.

L’anoplothérium le plus commun dans nos plâtrières, (an. commune, pl. IL, fig. 2) est un animal haut comme un sanglier, mais bien plus allongé, et portant une queue très-longue et très-grosse, en sorte qu’au total il a à peu près les proportions de la loutre, mais plus en grand. Il est probable qu’il nageait bien et fréquentait les lacs , dans le fond desquels ses os ont été incrustés par le gypse qui s'y déposait. Nous en avons un un peu plus petit, mais d'ailleurs assez semblable { an, secundarium ).

Voyez note 19 de l’Appendice,

Nous ne connaissons encore qu'un xiphodon, mais trèsremarquable, celui que je nomme an. gracile. Il est svelte et léger comme la plus jolie gazelle.

Il y a un dichobune à peu près de la taille du lièvre, que j'appelle an. leporinum. Outre ses caracteres sousgénériques , il diffère des anoplothériums et des xiphodons par deux doigts petits et grêles qu’il a à chaque pied, aux côtés des deux grands doigts.

Nous ne savons pas si ces doigts latéraux existent dans les deux autres dichobunes, qui sont petits et surpassent à peine le cochon d’Inde:.

Le genre des anthracothériums est à peu près intermédiaire entre les paléothériums, les anoplothériums et les cochons. Je lai nommé ainsi, parce que deux de ces espèces ont été trouvées dans les lignites de Cadibona, près de Savone. La première approchait du rhinocéros pour la taille ; la seconde était beaucoup moindre. On en trouve aussi en Alsace et dans le Velai. Leurs mâchelières ont des rapports avec celles des anoplothériums ; mais ils ont des canines saillantes ?.

Le genre chéropotame vient de nos plâtrières, où il accompagne les paléothériums et les anoplothériums , mais où il est beaucoup plus rare. Ses molaires postérieures sont carrées en haut, rectangulaires en bas, et ont quatre fortes éminences coniques entourées d’éminences plus petites. Les antérieures sont des cônes courts, légèrement comprimées et à deux racines. Ses canines sont petites. On ne connaît pas encore ses incisives ni ses pieds. Je n’en

1 Sur les anoplothériums, voyez tout le tome IIT de mes Recherches, et particulièrement les pages 250 et 396.

2 Jbid., tom. If, pag. 398 et 404; tom. IV, pag. 501; tom. V, deuxième partie, pag. 506.

ai qu’une espèce, de la taille d’un cochon de Siam :.

Le genre adapis n’a également qu’une espèce, au plus de la taille du lapin : il vient aussi de nos plâtrières, et devait tenir de près aux anoplothériums?.

Ainsi voilà près de quarante espèces de pachydermes de genres entièrement éteints, et dans des tailles et des formes auxquelles le règne animal actuel n'offre de comparables que trois tapirs et un daman.

Ce grand nombre de pachydermes est d'autant plus remarquable, que les ruminants, aujourd’hui si nombreux dans les genres des cerfs et des gazelles , et qui arrivent à une si grande taille dans ceux des bœufs, des girafes et des chameaux, ne se montrent presque pas dans les terrains dont nous parlons maintenant.

Je n’en ai pas vu le moindre reste dans nos plâtrières, ettout ce qui m’en est parvenu consiste en quelques fragments d’un cerf de la taille du chevreuil , mais d’une autre espèce, recueillis avec les paléothériums d'Orléans * , et dans un ou deux autres petits morceaux de Suisse, et peut-être d’origine équivoque.

Mais nos pachydermes n'étaient pas pour cela les seuls habitants des pays'où ils vivaient. Dans nos plâtrières, du moins , nous trouvons avec eux des carnassiers, des rougeurs, plusieurs sortes d'oiseaux, des crocodiles et des tortues ; et ces deux derniers genres les accompagnent aussi dans les mollasses et les pierres marneuses du milieu et du midi de la France.

A la tête des carnassiers je place une chauve-souris tout

1 Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. IT, pag. 260.

2? Jbid., pag. 265.

3 Jbid., tom. IV, pag. 105.

récemment découverte à Montmartre, et du propre genre des vespertilions”. L'existence de ce genre à une époque si reculée est d'autant plus surprenante, que ni dans ce terrain ni dans ceux qui lui ont succédé je n'ai pas vu d’autre trace ni des cheiroptères ni des quadrumanes. Aucun os, aucune dent de singe ni de maki ne se sont jamais présentés à moi dans mes longues recherches.

Montmartre a aussi donné les os d’un renard, différent du nôtre, et qui diffère également des chacals, des isatis et des différentes espèces de renards que nous connaissons en Amérique ?; ceux d’un carnassier voisin des ratons et des coatis, mais plus grand que ceux qui sont connus ?: ceux d’une espèce particulière de genette {, et de deux ou trois carnassiers impossibles à déterminer, faute d’en avoir des portions assez complètes.

Ce qui est bien plus notable encore , il y a des squelettes d’un petit sarigue, voisin de la marmose, mais différent, et par conséquent d’un animal dont le genre est aujourd’hui confiné dans le Nouveau-Monde °, et celui d’une espèce beaucoup plus grande de la même famille , d’un thylacine, genre qui ne s’est retrouvé vivant qu’à la Nouvelle-Hollande ©. On y a recueilli aussi des squelettes de deux pe-

? Jen dois la connaissance à M. le comte de Bournon. Voyez Recherches sur les Ossements fossiles, tom.T, planche II, fig 1 et 2.

2 Voyez 1bid., tom. III, pag. 267.

3 Jbid., pag. 269.

4 1bid., pag. 272.

® Ibid., pag. 284.

6 Je donnerai la description de ses débris dans un volume de Supplément à mes Recherches sur Les Ossements fossiles , qui paraîtra

dans quelque temps.

tits rongeurs du genre des loirs " et une tête du genre des écureuils ?.

Nos plâtrières sont plus fécondes en os d'oiseaux qu’aucun des autres bancs antérieurs et postérieurs : on y en trouve des squelettes entiers et des parties d’au moins dix espèces de tous les ordres ÿ,

Les crocodiles de l’âge dont nous parlons se rapprochent de nos crocodiles vulgaires par la forme de la tête, tandis que dans les bancs de l’âge du Jura on ne voit que des espèces voisines du gavial.

Il y en avait à Argenton une espèce remarquable par des dents comprimées, tranchantes, et à tranchant dentelé comme celle de certains monitors 4. On en voit aussi quelques restes dans nos plâtrières *.

Les tortues de cet âge sont toutes d'eau douce; les unes appartiennent au sous-genre des émydes ; et il yen a, soit à Montmartre ©, soit surtout dans les mollasses de la Dordogne 7, de plus grandes que toutes celles que l’on connaît vivantes ; les autres sont des trionyx, ou tortues molles à. Ce genre, que l’on distingue aisément à la surface vermiculée des os de sa carapace, etqui n’existe aujourd’hui que daus les rivières des pays chauds, telles que le Nil, le : Gange, l’Orénoque, était très-abondant sur les terrains qu'habitaient les paléothériums. Il y en à une infinité de

* Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. UE, pag. 297 et 300.

? Ibid., tom. V, deuxième partie, pag. 506.

* Ibid., tom. IT, pag. 304 et suivantes.

4 Jbid., tom. V, deuxième partie, pag. 166.

- Ibid., tom. HIT, pag, 335; tom. V, deuxième partie, pag. 166.

6 1bid., tom. HI, pag. 333.

7 Ibid., tom. V, deuxième partie, pag. 232.

$ Ibid. tom. HF, pag. 329; tom, V, deuxième partie, pèg. 222.

débris à Montmartre ‘, et dans les mollasses de la Dordogne et autres dépôts de graviers du midi de la France ?.

Les lacs d’eau douce autour desquels vivaient ces divers animaux , et qui recevaient leurs ossements, nourrissaient, outre les tortues et les crocodiles, quelques poissons et quelques coquillages. Tous ceux que l'on a recueillis sont aussi étrangers à notre climat, et même aussi inconnus dans les eaux actuelles, que les paléothériums et les autres quadrupèdes- leurs contemporains .

Les poissons appartiennent même en partie à des genres inconnus.

Ainsi l’on ne peut douter que cette population , que l'on pourrait appeler d'âge moyen, cette première grande production de mammifères, n’ait été entièrement détruite ; et en effet partout où l’on en découvre les débris il y a au-dessus de grands dépôts de formation marine, en sorte que la mer a envahi les pays que ces races habitaient, et s’est reposée sur eux pendant un temps assez long.

Les pays inondés par elle à cette époque étaient-ils considérables en étendue? C’est ce que l'étude de ees anciens bancs formés dans leurs lacs ne perinet pas encore de décider

J'y rapporte nos plâtrières et celles d'Aix, plusieurs carrières de pierres marneuses et les mollasses, du moins celles du midi de la France. Je crois pouvoir y rapporter aussi les portions des mollasses de Suisse, et des lignites

1 Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. V, deuxième partie, pag. 223 et 227.

? M. Graves vient de me communiquer la carapace bien entière d'un très-grand trionyx des terres noires de Beauvais.

3 Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles ; tom. I, pag. 338.

de Ligurie et d'Alsace, où l’on trouve des quadrupèdes des familles que je viens de faire connaître; mais je ne sache pas qu’aucuns de ces animaux se soient encore retrouvés en d’autres pays. Les os fossiles de l'Allemagne, de l'Angleterre et de l’Italie, que je connais, sont ou plus anciens ou plus nouveaux que ceux dont nous venons de parler, et appartiennent ou à ces antiques races de reptiles des terrains jurassiques et des schistes cuivreux, ou aux dépôts de la dernière inondation universelle, aux terrains diluviaux.

Il est done permis de croire, jusqu’à ce que l’on ait la preuve du contraire, qu’à l'époque où vivaient ces nombreux pachydermes le globe ne leur offrait pour habitations qu’un petit nombre de plaines assez fécondes pour qu'ils s’y multipliassent , et que peut-être ces plaines étaient des régions inSulaires, séparées par d’assez grands espaces des chaînes plus élevées, où nous ne voyons pas que nos animaux aient laissé des traces.

Grâce aux recherches de M. Adolphe Brongniart, nous connaissons aussi la nature des végétaux qui couvraient ces terres peu nombreuses. On recueille dans les mêmes couches que nos paléothériums des troncs de-palmiers et beaucoup d’autres de ces belles plantes dont les genres ne croissent plus que dans les pays chauds ; les palmiers, les crocodiles, les trionyx, se retrouvent toujours en plus ou moins grand nombre là où se trouvent nos anciens pachydermes '.

Mais la mer, qui avait recouvert ces terrains et détruit leurs animaux, laissa de grands dépôts, qui forment encore

" Voyez mes Recherches.sur les Ossements fossiles, tom: HT, pag. 351 ef suivantes.

aujourd’hui , à peu de profondeur, la base de nos grandes plaines ; ensuite elle se retira de nouveau , et livra d'im- : menses surfaces à une population nouvelle, à celle dont les débris remplissent les couches sablonneuses et limoneuses de tous les pays connus.

C’est à ce dépôt paisible de la mer que je crois devoir rapporter quelques cétacés fort semblables à ceux de nos jours : un dauphin, voisin de notre épaulard ', et une baleine?, très-semblable à nos rorquals, déterrés l’un et l’autre en Lombardie par M. Cortesi ; une grande tête de baleine trouvée dans l'enceinte même de Paris ?, et décrite par Lamanon et par Daubenton ; et un genre entièrement nouveau , que j'ai découvert et nommé ziphius, et qui se compose déjà de trois espèces. II se rapproche des cachalots et des hypérodons {.

Dans la population qui remplit nos couches meubles et superficielles, et qui a vécu sur le dépôt dont nous venons de parler, iln’y a plus ni paléothériums, nianoplothériums, ni aucun de ces genres singuliers. Les pachydermes cependant y dominaient encore; mais des pachydermes gigantesques, des éléphants, des rhinocéros, des hippopotames, accompagnés d'innombrables chevaux et de plusieurs grands ruminants. Des carnassiers de lataille du lion, du tigre, de l’hyène, désolaient ce nouveau règne animal. En général, son caractère, même dans l'extrême Nord et sur les bords de la mer Glaciale d’aujourd’hui, ressemblait à celui que la seule zone torride nous offre mainte-

1 Voyez mes Recherches. sur Les Ossements fossiles, tom. V, pre: mière partie, pag. 309.

2bid, pag: 390:

3 Hbid., pag. 393.

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