‹ Discours sur les révolutions de la surface du globe avec des notes et un appendice, d'aprés les travaux récents de MM. Humboldt, Flourens, Lyell, Lindley, etcChapitre 15 sur 22 · Jbid., pag. 352 et · texte numérisé non relu

Jbid., pag. 352 et

nant, et toutefois aucune espèce n’y était absolument la même.

Parmi ces animaux se montrait surtout l'éléphant appelé mammouth par les Russes ( e/ephas primigenius, Blumemb. ), haut de quinze et dix-huit pieds, couvert d’une laine grossière et rousse, et de longs poils roides et noirs qui Jui formaient une crinière le long du dos; ses énormes défenses étaient implantées dans des alvéoles plus longs que ceux des éléphants de nos jours ; mais du reste il ressemblait assez à l'éléphant des Indes ". Il a laissé des milliers de ses cadavres depuis l’Espagne jusqu'aux rivages de la Sibérie, et l’on en retrouve dans toute l'Amérique septentrionale ; en sorte qu’il était répandu des deux côtés de l'Océan, si toutefois l'Océan existait de son temps à la place où il est aujourd’hui. Chacun sait que ses défenses sont encore si bien conservées dans les pays froids, qu’on fes emploie aux mêmes usages que l’ivoire frais; et comme vous lPavons fait remarquer précédemment, on en a trouvé des individus avec leur chair, leur peau et leurs poils, qui étaient demeurés gelés depuis la dernière catastrophe du globe. Les Tartares et les Chinois ont imaginé que c'est un animal qui vit sous terre, et qui périt sitôt qu’il aperçoit le jour.

Après lui, et presque son égal, venait aussi dans les pays qui forment les deux continents actuels, le mastodonte à dents etroiles, semblable à l'éléphant, armé comme lui d'énormes défenses, mais de défenses revêtues d'émail, plus bas sur jambes, et dont les mâchelières, mamelonnées et revêtues d'un émail épais et brillant,

* Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. 1, pas. 76 à 195 et 335 ; tom. IH, pag. 371 et 405; tom. IV, pag. 451.

ont fourni pendant longtemps ce que l’on appelait turquoises occidentales".

Ses débris, assez communs dans l’Europe tempérée, ne le sont pas autant vers le nord, mais on en retrouve dans les montagnes de l'Amérique du Sud avec deux espèces voisines ?.

L'Amérique du Nord possède en nombre immense les débris du grand mastodonte, espèce plus grande que la précédente, aussi haute à proportion que l'éléphant, à défenses non moins énormes, et que ses mâchelières, hérissées de pointes, ont fait prendre longtemps pour un animal carnivore?.

Ses os étaient d’une grande épaisseur et de beaucoup de solidité; on prétend avoir retrouvé jusqu’à ses sabots et son estomac, encore conservés et reconnaissables, et l’on assure que l'estomac était rempli de branches d'arbre concassées. Les sauvages croient que cette race a été détruite par les dieux, de peur qu’elle ne détruisît l'espèce humaine.

Avec ces énormes pachydermes vivaient les deux genres, un peu inférieurs, desrhinocéros et des hippopotames.

L’hippopotame de cette époque étaitassez commun dans les pays qui forment aujourd’hui la France, l'Allemagne, l’Angieterre ; il l'était surtout en Italie. Sa ressemblance avec l’espèce actuelle d'Afrique était telle, qu'il faut une comparaison attentive pour en saisir les distinctions 4.

Il y avait aussi dans ce temps-là une petite espèce

1 Voyez mes Recherches sur Les Ossements fossiles, tom. 1, pag. 250 à 265 el pag. 335; tom. IV, pag. 493.

2 Voyez note 20 de l’Appendice. ,

* Voyez mes Recherches sur Les Ossements fossiles, tom. FT, pag. 206 à 249; tom. IT, pag. 376.

4 Ibid. , pag. 304 à 322; tom, IUT, pag. 380; tom. IV, pag. 495.

d'hippopotame de la taille du sanglier, à laquelle on ne peut rien comparer maintenant.

Les rhinocéros de grande taille étaient au moins au nombre de trois, tous bicornes.

L'espèce la plus répandue en Allemagne, en Angleterre (mon rh. fichorhinus), et qui, comme l'éléphant, se retrouve jusque près des bords de la mer Glaciale, où elle a aussi laissé des individus entiers, avait la tête allongée , les os du nez très-robustes, soutenus par une cloison des narines osseuse, et non simplement cartilagineuse, et manquait d’incisives?.

Une autre espèce, plus rare et de pays plus tempérés (rh. incisivus)$, avait des incisives comme nos rhinocéros actuels des Indes Orientales, et ressemblait surtout à celui de Sumatra f ; ses caractères distinctifs dépendaient des formes un peu différentes de sa tête.

La troisième (r}. leptorhinus) manquait d’incisives, comme la première et comme le rhinocéros du Cap d’aujourd’hui; mais elle se distinguait par un museau plus pointu et des membres plus grêles °. C’est surtout en Italie que ses os sont enfouis, dans les mêmes couches que ceux d'éléphants, de mastodontes et d’hippopotames.

l'out nouvellement je viens de recevoir de Sicile, par M. le comte de Ratti-Menton, des os d’un hippopotarhe un peu plus petit que l’ordinaire, trouvés en abondance dans une caverne du voisinage de Palerme. |

Voyez nofe 21 de l’Appendice.

* Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. II , première partie, pag. 64 ; et tom. IV, pag. 496.

$ Jbid. , tom. IN, première partie, pag. 89; tom. III, pag. 399 ; et tom. V, deuxième partie, pag. 501.

À 1bid., tom. I, pag. 385.

® Ibid, tom. II, première partie, pag. 71.

Il y a ensuite une quatrième espèce (7h. minulus), munie, comme la deuxième, de dents incisives, mais de taille beaucoup moindre, et à peine supérieure au cochon". Elle était rare, sans doute; car on n’en a encore recueili les débris que dans quelques endroits de France ?.

A ces quatre genres de grands pachydermes s’en joignait un qui les égalait pour la taille, dont les mâchelières ressemblaient à celles du tapir; mais dont la mâchoire inférieure portait deux énormes défenses, presque égales à celles d’un éléphant. Ceux qui ont complété, par ce dernier caractère , la connaissance de cet animal, lui ont, imposé Île nom de deinotherium. Il était au moins double de l’hippopotame pour la longueur *.

On en trouve les mâchelières en plusieurs lieux de France et d'Allemagne ; et presque toujours accompagnant celles de rhinocéros, de mastodontes ou d’éléphants.

Il s’y joignait encore, mais, à ce qu’il. paraît, en un trèspetit nombre de lieux, un grand pachyderme dont on ne connait que la mâchoire inférieure, et dont les dents étaient en doubles croissants et ondulées. M. Fischer, qui l’a découvert parmi des os de Sibérie, l'a nommé e/asmotherium .

Le genre du cheval existait aussi dès ce temps-là *. Ses

© Voy.mes Rech.sur les Ossements fossiles, t. IE, {°° part., pag. 89.

2? Voy. note 22 de l’Appendice.

3 Voy. mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. I, première partie, pag. 165. C’est tout nouvellement que la mâchoire in-. férieure de cet animal a été découverte, portant encore ses défenses, dans une sablonnière très-riche en ossements, située à Eppelsheim, dans l’ancien Palatinat. Voyez le Mém. de M. Kaup, dans l’/sis de 1829, p. 409: J’en parlerai en détail dans mon Supplément.

4 Voy.mes Rech. sur les Ossements fossiles, t. 1, 1"° part., pag. 95.

> Jbid., pag. 109.

dents accompagnent par milliers celles que nous venons de nommer dans presque tous leurs dépôts; mais il n’est pas possible de dire si c'était ou non une des espèces aujourd’hui existantes, parce que les squelettes de ces espèces se ressemblent tellement, qu’on ne peut les distinguer d’après les fragments isolés.

Les ruminants étaient infiniment plus nombreux qu’à l’époque des paléothériums; leur proportion numérique devait même assez peu différer de ce qu’elle est aujourd'hui; mais on s’est assuré pour plusieurs espèces qu'elles étaient différentes.

C'est ce que l’on peut dire surtout avec beaucoup de certitude d’un cerf de taille supérieure même à l'élan, qui estcommun dans les marnièreset les tourbières de l’Irlande et de l’Angleterre, et dont on a aussi déterré des restes en France, en Allemagne et en Italie dans les mêmes lits qui recèlent des os d’éléphant : ses bois, élargis et branchus, ont jusqu’à douze et quatorze pieds d’une pointe à l’autre en suivant les courbures (pl. V }*.

La distinction n’est pas aussi claire pour les os de cerfs et de bœufs que l’on a recueillis dans certaines cavernes et dans les fentes de certains rochers ; ils y sont quelquefois, et surtout dans les cavernes de l'Angleterre, accompagnés dos d’éléphant , de rhinocéros, d’hippopotame , et de ceux d'une hyène qui se rencontre aussi dans plusieurs couches meubles avec ces mêmes pachydermes : par conséquent ils sont du même âge; mais il n’en reste pas moins difficile de dire en quoi ils diffèrent des bœufs et des cerfs d'aujourd'hui ?.

‘Voyez mes Recherches sur Les Ossements fossiles, tom. EV, p.70: > J'en parlerai dans le volume de Supplément à mes Recherches sur les Fossiles.

Les fentes des rochers de Gibraltar, de Cette, de Nice, d'Uliveto près de Pise, et d’autres lieux des bords de la Méditerranée, sont remplies d’un eiment rouge et dur, qui enveloppe des fragments de rochers et des coquilles d'eau douce avec beaucoup d’os de quadrupèdes, la plupart fracturés : c’est ce que l’on a nommé des brèches osseuses. Les os qui les remplissent offrent quelquefois des caractères suffisants pour prouver qu’ils viennent d'animaux inconnus au moins en Europe. On y trouve, par exemple, quatre espèces de cerfs, dont trois ont à leurs dents des caractères qui ne s’observent que dans les cerfs de l'archipel des Indes.

Il y en a près de Vérone une cinquième, dont les bois surpassent en volume ceux des cerfs du Canada '. MM. Jobert et Croiset ont découvert beaucoup d'autres nouvelles espèces de cerfs dans la montagne de Perrier ou de Boulade, près d'Issoire, en Auvergne ?.

On trouve aussi dans certains lieux, avec des os de rhinocéros et d’autres quadrupèdes de cette époque, ceux d’un cerf tellement semblable au renne, qu’il serait très-difficile de lui assigner des caractères distinctifs; ce qui est d'autant plus extraordinaire, que les rennes sont aujourd’hui confinés dans les climats les plus glacés du Nord, tandis que tout le genre des rhinocéros appartient à la zone torride *.

Il existe dans les couches dont nous parlons des restes

: Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. IV, pag. 168 à 225.

2? Recherches sur les Ossements fossiles du département du Purde-Dôme ; Clermont , 1829.

3 Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. IV, pag. 89.

d’une espèce fort semblable au daim, mais d’un tiers plus grande , et des quantités innombrables de bois très-ressemblants à ceux des cerfs d’aujourd’hui ?, ainsi que des os très-analogues à ceux de l’aurochs * et à ceux du bœuf domestique À, deux espèces fort distinctes que les naturalistes qui nous ont précédés avaient mal à propos confondues. Cependant les têtes entières, semblables à celles de ces deux animaux , ainsi qu’à celle du bœuf musqué du Canada *, que l’on a souvent retirées de la terre, ne viennent pas de positions assez bien constatées pour qu’on puisse assurer que ces espèces aient été contemporaines des grands pachydermes que nous venons de mentionner.

Les brèches osseuses des bords de la Méditerranée ont ‘aussi donné deux espèces de /agomys $, animaux dont le genre n’existe aujourd’hui qu’en Sibérie; deux espèces de lapins 7, des campagnols, et des rats de la taille du rat d’eau et de celle de la souris $. Les cavernes de l'Angleterre en ont donné également 2. |

Les brèches osseuses contiennent jusqu’à des os de musaraignes et de petits lézards °°

Il y a dans certaines tes sableuses de T Toscane

‘ Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. IV. pag. 94.

? 1bid., pag. 98. ve e

5 1bid., pag. 140; et tom. V, deuxième partie, pag. 509.

4 1bid., pag. 150; tom. V, deuxième partie, pag. 510.

» Ibid, tom. IV, pag. 155.

6 Jbid., pag. 199 à 204.

7 Ibid., pag. 174, 177 et 196; tom. V, première partie, pag. 55

8 Jbid., pag. 178, 202 et 206; tom. V, première partie, pag. 54.

9 Ibid., tom. V, première partie, pag. 55.

19 Jbid., tom. IV, pag. 206.

des dents d’un pore-épie ’, et dans celles de la Russie des têtes d’une espèce de castor, plus grande queles nôtres, que M. Fischer a nommée érogontherium ?.

Mais c’est surtout dans la classe des édentés que ces races d'animaux de l’avant-dernière époque reprennent une taille bien supérieure à celle de leurs congénères actuels, et s'élèvent même à une grandeur tout à fait gigantesque.

Le megatherium (pl. LV } * réunit une partie des caractères génériques des tatous avec une partie de ceux des paresseux, et pour la taille il égale les plus grands rhinocéros. Ses ongles devaient être d'une longueur et d’une force monstrueuses : toute sa charpente est d’une solidité excessive. On n’en a déterré encore que dans les couches sableuses de l'Amérique septentrionale 4.

Le megalonyx lui ressemblait beaucoup pour les caractères, mais était un peu moindre; ses ongles étaient plus lougs et plus tranchants. On en a trouvé quelques os et des doigts entiers dans certaines cavernes de la Virginie et dans une île de la côte de la Géorgie *.

Ces deux énormes édentés n’ont encore donné de leurs restes qu’en Amérique; mais l’Europe en possédait un qui ne leur cédait point pour la force. On ne le connaît que par une seule phalange onguéale ; mais cette phalange

' Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. V, deuxième partie, pag. 517.

2? 1bid., première partie, pag. 59.

3 Ce nom signifie grand animal (de péyas grand, et Ongiov, animal). (H.)

4 Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. V, première partie, pag. 174 ; et deuxième partie, pag. 519.

® 1bid., première partie, pag. 160.

CUVIER. — DiSC. SUR LES RÉVOL, 19

suffit pour nous assurer qu’il était fort semblable à un pangolin, mais à un pangolin de près de vingt-quatre pieds de longueur. Il vivait dans les mêmes cantons que les éléphants, les rhinocéros et les deinotheriums; car on en à trouvé les os avec les leurs dans une sablonnière du pays de Darmstadt, non loin du Rhin :.

Les brèches osseuses contiennent aussi, mais très-rarement, des os de carnassiers ?, qui sont beaucoup plus nombreux dans les cavernes, c’est-à-dire dans les cavités plus larges et plus compliquées que les fentes ou filons à brèches osseuses. Le Jura en a surtout de célèbres dans sa partie qui s’étend en Allemagne, où depuis des siècles on en a enlevé et détruit des quantités incroyables, parce qu’on leur attribuait des vertus médicales particulières ; et néanmoins il en reste encore de quoi étonner l’imagination; ce sont principalement des os d’une espèce d'ours très-grande (wrsus spelœus ), caractérisée par un front plus bombé que celui d'aucun de nos ours vivants $; avec ces os se mêlent ceux de deux autres espèces d’ours (u. arctoidens et u. priseus); ceux d’une hyène (X. fossilis) voisine de l’hyène tachetée du Cap, mais différente par quelques détails de ses dents et des formes de sa tête ?; ceux de deux tigres ou panthères ©, ceux d’un loup 7, ceux

1 Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. V, première partie, pag. 193.

2 Jbid., tom. IV, pag. 193.

3 Jbid., pag. 351.

4 Jbid., pag. 356 et 357.

5 Jbid., pag. 392 et 507.

6 Jbid., pag. 459.

7 Ibid., pag. 158.

dun renard , ceux d’un glouton ?, ceux de belettes, de venettes et d’autres petits carnassiers %

On peut remarquer encore ici cet alliage singulier d’animaux dont les semblables vivent maintenant dans des climats aussi éloignés que le Cap, pays des hyènes tachetées, et la Laponie, pays des gloutons actuels ; c’est ainsi que nous avons vu dans une caverne de France un rhinocéros et un renne à côté l’un de l’autre.

Les ours sont rares dans les couches meubles. On dit cependant en avoir trouvé en Autriche et en Hainaut de la grande espèce des cavernes; et il y en a en Toscane d'une espèce particulière, remarquable par ses canines comprimées (U. cultridens) *. Les hyènes sv voient plus fréquemment : nous en avons, en France, trouvé avec des os d’éléphant et de rhinocéros. On a découvert depuis peu en Angleterre une caverne qui en recélait des quantités prodigieuses , où il y en avait de tout âge, dont le sol offrait même de leurs excréments bien reconnaissables. 11 paraît qu’elles y ont vécu longtemps , et que ce sont elles qui y ont entraîné les os d’éléphants, de rhinocéros , d’hip- popotames, de chevaux, de bœafs , de cerfs et de divers rongeurs qui y sont avec les leurs , et portent des marques sensibles de la dent des hyènes. Mais que devait être le sol de l'Angleterre lorsque ces énormes animaux y servaient de proie à des bêtes féroces ? Ces cavernes recèlent

‘ Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom IV, pag. 461.

2 Jbid., pag. 475. °

3 Jbid., pag. 167.

4 Jbid., pag. 378 et 507; etiome V, deuxième partie ,

pag. 516.

aussi des os de tigres, de loups et de renards ; mais ceux d'ours y sont d’une rareté excessive ‘.

Quoi qu'il en soit, on voit qu'à l’époque dont nous passons en revue la population animale la classe des carnassiers était nombreuse et puissante ; elle comptait trois ours à canines rondes, un ours à canines comprimées, un grand tigre ou lion, un autre felis de la taille de la panthère, deux hyènes, un loup, un renard, un glouton, une marte ou mouffette, une belette.

La classe des rongeurs, composée en général d'espèces faibles et petites, a été peu remarquée par les collecteurs de fossiles ; et toutefois ses débris, dans les couches et dépôts dont nous parlons, ont aussi offert des espèces inconnues. Telle est surtout une espèce de lagomys des brèches osseuses de Corse et de Sardaigne, un peu semblable au lagomys alpinus des hautes montagnes de la Sibérie; tant il est vrai que ce n’est pas, à beaucoup près, toujours dans la zone torride qu’il faut chercher les animaux semblables à ceux de cette avant-dernière époque.

Ce sont là les principaux animaux dont on ait recueilli les restes dans cet amas de terres, de sables et de limons, dans ce diluvium qui recouvre partout nos grandes plaines, qui remplit nos cavernes, et qui obstrue les fentes de plusieurs de nos rochers : ils formaient incontestablement la population des continents à l’époque de la grande catastrophe qui a détruit leurs races, et qui a préparé le sol sur lequel subsistent les animaux d'aujourd'hui.

Quelque ressemblance qu’offrent certaines de ces espèces avec celles de nos jours, on ne peut disconvenir que l’en-

Voyez l'excellent ouvrage de M. Buckland, intitulé Reliquiæ diluvianæ.

semble de cette population n’eût un caractère très-différent, et que la plupart des races qui la composaient ne soient anéanties.

Ce qui étonne, c’est que parmi tous ces mammifères , dont la plupart ont aujourd’hui leurs congénères dans les pays chauds, iln’y ait pas eu un seul quadrumane, que l’on n’ait pas recueilli un seul os, une seule dent de singe, ne fût-ce que des os ou des dents de singes d'espèces perdues.

Il n’y a non plus aucun homme; tous les os de notre espèce que l’on a recueillis avec ceux dont nous venons de parler s’y trouvaient accidentellement x, et leur nombre est d’ailleurs infiniment petit, ce qui ne serait sûrement pas si les hommes eussent fait alors des établissements sur les pays qu'habitaient ces animaux.

Où était donc alors le genre humain? Ce dernier et ce plus parfait ouvrage du Créateur existait-il quelque part ? Les animaux qui l’accompagnent maintenant sur le globe, et dont il n’y a point de traces parmi ces fossiles, l’entouraient-ils? Les pays où il vivait avec eux ont-ils été engloutis lorsque ceux qu’il habite maintenant, et dans lesquels une grande inondation avait pu détruire cette

2 Voyez dans le Reliquiæ diluvianæ de M. Buckland ce qui concerne le squelette d’une femme trouvé avec des épingles d'os dans la caverne de Pavyland, et dans mes Recherches, tom. IV, pag. 194, ce qui regarde un fragment de mâchoire trouvé avec les brèches osseuses de Nice. L

M. de Schlotheim a recueilli des os humains dans des fentes de Kéæstritz, où il y a aussi des os de rhinocéros; mais Ini-même annonce ses doutes sur l’époque où ils y ont été déposés. Quelques os humains de certaines cavernes du Midi, que j'ai eu l’occasion d’exaiiner, m’ont paru y avoir été déposés après les os de quadrupèdes inconnus.

population antérieure, ont été remis à sec? C’est ce que l'étude des fossiles ne nous dit pas, et dans ce discours nous ne devons pas remonter à d’autres sources,

Ce qui est certain, c’est que nous sommes maintenant au moins au milieu d'une quatrième succession d'animaux terrestres, et qu'après l’âge des reptiles, après celui des paléothériums, après celui des mammouths, des mastodontes et des mégathériums , est venu l’âge où l’espèce humaine, aidée de quelques animaux domestiques, domine et féconde paisiblement la terre , et que ce n’est que dans les terrains formés depuis cette époque, dans les alluvions, dans les tourbières, dans les concrétions récentes que l’on trouve à l’état fossile des os qui appartiennent tous à des animaux connus et aujourd’hui vivants.

Tels sont les squelettes humains de la Guädeloupe, incrustés dans un travertin avec des coquilles terrestres de l’îleet des fragments de coquilles et de madrépores de la mer environnante ; les os de bœufs, de cerfs, de chevreuils, de castors, communs dans les tourbières, et tous les os d'hommes et d'animaux domestiques enfouis dans les dépôts des rivières, dans les cimetières et sur les anciens champs de bataille.

Aucuns de ces restes n'appartiennent ni au grand dépôt de la dernière catastrophe, ni à ceux des âges précédents.

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