FIN DU DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIONS DE LA SURFACE DU GLOBE
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NoTE 1 (Page 7).
L'auteur fait ici allusion à la célèbre théorie de M. Élie de Beaumont sur le soulèvement des chaînes de montagnes parallèles. Dans cette théorie M. de Beaumont cherche à établir que des chaînes de montagnes, indépendantes les unes des autres, ont été soulevées subitement à de certaines époques ; et que toutes les chaînes contemporaines ainsi soulevées ont conservé leur parallélisme, même dans les régions les plus éloignées entre elles.
© « L'histoire de la terre, dit l’illustre géologue, présente, d’une part , de longues périodes de repos comparatif, pendant lesquelles le dépôt de la matière sédimentaire s’est opéré d’une manière aussi régulière que continue; et de l’autre, des périodes de très-courte durée, pendant lesquelles ont eu lieu de violents paroxysmes qui ont interrompu la continuité de cette action. Chacune de ces époques de paroxysme ou de révolution dans l’état de la surface de la terre à déterminé la formation subite d’un grand nombre de chaînes de montagnes. Toutes ces chaînes soulevées par la même révolution ont une direction uniforme, et sont parallèles les unes aux autres , à un petit nombre de degrés près , lors même qu’elles
se trouvent situées dans des contrées très-éloignées entre elles. Quant aux chaînes soulevées à des époques différentes, elles ont, pour la plupart, des directions différentes.
« Chacune de ces révolutions a toujours coïneidé avec un autre phénomène, savoir le passage d’une formation sédimentaire à une autre, caractérisée par une différence considérable dans ses types organiques. Outre que ces mouvements viO-
lents de paroxysme ont eu lieu depuis les époques géologiques les plus anciennes, ils peuvent encore se reproduire à l'avenir; de sorte que l’état de repos dans lequel nous vivons actuellement sera peut-être un jour interrompu par le soulèvement subit d’un nouveau système de chaînes de montagnes parallèles. On peut dire qu’une de ces révolutions a eu lieu dans les temps historiques, lorsque les Andes atteignirent leur hauteur actuelle ; car cette chaîne, qui probablement a été soulevée. la dernière, est la plus nettement tranchée de toutes celles qu’on observe aujourd’hui à la surface du globe, et celle qui présente les traits les moins altérés.
« Comme l'émersion subite des grandes masses de montagnes hors de l'Océan doit occasionner une agitation violente dans les eaux, ne se pourrait-il pas que le soulèvement des Andes eût donné lieu à ce déluge temporaire dont les traditions d’un si grand nombre de peuples font mention? Enfin, les révolutions successives dont nous venons de parler ne peuvent être rapportées à des forces volcaniques ordinaires ; mais il est probable qu’elles sont dues au refroidissement séculaire de l’intérieur de notre planète. » ( {nnales des Sciences naturelles, septembre, novembre et décembre 1829.)
Voici le résumé des preuves sur lesquelles repose la théorie de M. Élie de Beaumont, qui a imprimé à la géologie une marche vraiment scientifique :
Lorsqu'on examine avec soin la plupart des chaînes de montagnes, on voit que les couches les plus récentes s'étendent horizontalement jusqu’au pied de ces chaînes, comme il est à croire que cela aurait eu lieu si elles se fussent déposées dans des mers ou dans des lacs dont ces montagnes auraient en partie formé les rivages ; tandis que les autres lits sédimentaires, redressés, et plus ou moins contournés sur les flancs des montagnes, s'élèvent quelquefois jusqu’à leurs cimes les plus hautes. Il existe done dans chaque chaîne de montagnes, et dans leur voisinage immédiat, deux classes de roches sédimentaires, les strates anciennes ou inclinées et les couches ré-
centes ou horizontales. D’après cela, n'est-il pas évident que le soulèvement de la chaîne elle-même a dû avoir lieu entre l’époque à laquelle se sont déposés les lits aujourd'hui inclinés, et celle où se sont formées les couches horizontales qu'on observe à ses pieds?
C’est ainsi, par exemple, que la chaîne A prit sa forme actuelle après laccumulation dés strates D, qui ont subi de grands mouvements, et avant la formation du groupe c, dont les couches n’ont éprouvé aucun dérangement. C’est le cas du soulèvement des Pyrénées (b indique la période crétacée et c des strates tertiaires ).
Si dans une autre chaîne B, non-seulement le groupe b mais aussi les couches c se trouvent dérangés de leur position primitive, et qu’elles reposent sur leurs tranches, on doit en conclure que cette chaîne B est d’une date postérieure à la chaîne A; car B doit avoir été soulevée aprés la formation de €, et avant celle de d, tandis que le soulèvement de la chaîne A a eu lieu avant l'accumulation des strates c.
On déduit de là que pour savoir si d’autres chaînes de montagnes sont contemporaines de A et de B, ou si elles doivent
être rapportées à des époques différentes, il suffit de rechercher si dans chacune d'elles les séries de couches inclinées et horizontales correspondent à celles des types A et B, ou si elles en diffèrent.
Lyell (Principes de Géologie, t. 1) fait observer que ce raisonnement est parfaitement exact tant que l’on ne confond pas les périodes de l’accumulation des groupes b et c avec les époques pendant lesquelles vécurent les animaux et les plantes que l’on a trouvés à l’état fossile dans ces formations. Le mot contemporain ne doit pas alors s'appliquer à un simple moment, mais à tout le temps qui s’est écoulé entre deux événements, savoir entre l’accumulation des strates inclinées et celle des couches horizontales. Ce serait une supposition entièrement gratuite d'admettre que les couches inclinées (b, A,) qui s'appuient sur les flancs des Pyrénées sont précisément les dernières qui furent déposées durant la période crétacée, ou qu’aussitôt qu’elles eurent été redressées , toutes ou au moins presque toutes les espèces d'animaux et de plantes qu'elles renferment aujourd’hui à l’état fossile furent subitement détruites.
NOTE 2 ( Page 24 ).
Les masses calcaires désignées sous le nom de récifs polypiers ne sont pas exclusivement l’ouvrage des lithophytes : un grand nombre de coquilles contribuent à augmenter ces masses. Dans la partie méridionale de l’océan Pacifique, de grands banes d’huîtres, de moules, de pinnæ marinæ, de tridènes et de divers autres coquillages recouvrent presque tous les récifs ; et sur les rivages des îles de coraux on voit des têtes d’échinites, des fragments brisés de crustacés , des dents de poissons, etc. En 1780 un naturaliste allemand, Forster, le compagnon de Cook, émit l'opinion que les bancs de corail avaient la faculté d’élever du fond de mers très-profondes des murs escarpés et presque perpendiculaires. Mais
l'observation a démontré que ces zoophytes ne peuvent pas vivre à de grandes profondeurs. Suivant M. Darwin, les espèces qui concourent le plus à la formation des récifs pros: pèrent rarement à une profondeur supérieure à vingt brasses (près de 37 mètres). M. Ehrenberg, qui a consacré plus d’une année à l’examen des coraux de la mer Rouge, pense qu’ils ne se développent pas dans cette mer au delà de huit brasses de profondeur; on y trouve pourtant plusieurs espèces de zoophytes, dont quelques-unes sont pourvues de tiges calcaires ou cornées , et vivent dans des eaux dont la profondeur atteint quelquefois jusqu’à cent quatre-vingts brasses.
Parmi les nombreuses espèces de zoophytes qui concourent à la production des récifs pierreux, les plus communs appartiennent aux genres astrée, madrépore, méandrine , porite, caryophyllie, ete. Ces polypiers sont exelusivement limités aux régions chaudes : rarement on en trouve à plus de deux ou trois degrés au delà des tropiques, excepté dans quelques locafités particulières, comme aux îles Bermudes , sous 32° latitude nord, où la mer Atlantique est échauffée par le Guilfstream. L'’océan Pacifique renferme sous les tropiques une quantité prodigieuse de coraux ; on en trouve aussi beaucoup dans les golfes Arabique et Persique, ainsi que dans la partie de l'océan Indien comprise entre la côte du Malabar et l’île de Madagascar. Flinders donne à un récif de polypiers situé sur la côte orientale de la Nouvelle-Hollande une longueur de trois cent soixante-deux lieues, et il le.décrit comme ne présentant aucune solution de continuité dans une étendue de cent vingt-sept lieues. Quelques-uns des groupes d’ile de coraux de la mer Pacifique ont de trois cent quatre-vingt-dixhuit à quatre cent trente-quatre lieues de longueur, sur cent neuf à cent quarante-cinq de large; tels sont, entre autres, l’Archipel-Dangereux, et celui auquel Kotzebue a donné le nom de Radack; mais les îles qui constituent ces groupes ne forment que des points peu étendus, et souvent très-clairsemés.
Le développement des bancs de lithophytes est en général extrêmement lent. Ehrenberg a observé dans le golfe Arabique des polypiers isolés de deux à trois mètres de diamètre, appartenant aux genres méandrine et favie, d’une forme globulaire, et qui, dit-il, doivent être d’une ancienneté prodigieuse, c’est-à-dire avoir probablement plusieurs milliers d'années ; de sorte que Pharaon put voir les mêmes masses d'individus dans la mer Rouge. Les polypiers de genres différents semblent exercer les uns sur les autres une action répulsive. De là l’admirable symétrie que présentent quelquesunes des grandes méandrines qui font l’ornement de nos musées. Cependant des balanes et des serpules peuvent s’attacher à des coraux vivants, de même que des mollusques saxicaves peuvent y percer des trous. À Taaopoto , île de l’océan Pacifique méridional , on a trouvé à sept brasses de profondeur, l'ancre d’un vaisseau naufragé depuis cinquante ans environ, qui avait conservé sa forme primitive, mais qui était entièrement incrustée de corail. |
Les récifs de coraux affectent toute espèce de forme: les plus remarquables et les plus nombreux dans la mer Pacifique consistent en bandes de terre sèche, circulaires ou ovales, entourant un lac ou une lagune d’eau dormante peu profonde, où abondent des zoophytes et des mollusques. Ces récifs annulaires dépassent à peine le niveau de la mer, et sont environnés d’eau, dont en beaucoup de points on n’a pu encore atteindre la profondeur. Sur les trentre-deux îles de corail visitées par Beechey, dans son voyage à la mer Pacifiqué, vingt-neuf avaient des lagunes dans leur centre. Le diamètre de la plus grande égalait trente mille ( près de 11 lieues); celui de la plus petite n’atteignait pas un mille. L'aspect de ces îles avec leurs lagunes au centre est aussi remarquable par sa singularité que par sa beauté. Qu’on se figure une bande de terre de quelques centaines de mètres de large, couverte de cocotiers très-élevés, au-dessus desquels s’étend la voûte azurée du ciel. Cette bande de verdure est limitée par un banc
de sable blanc, de l’éclat le plus vif; le bord extérieur est entouré d’un anneau de brisants dont la blancheur peut être comparée à celle de la neige, et au delà desquels on apercoit les eaux noirâtres et oscillantes de l'Océan. Le banc intérieur entoure l’eau claireet tranquille de la lagune, qui, bien qu’elle repose en très-grande partie sur un sable blanc, paraît d’un vert très-vif lorsquelle est éclairée verticalement par les rayons du soleil.
Chamisso, naturaliste qui accompagna Kotzebue dans ses voyages, décrit ainsi la transformation des récifs lithozoophytiques en îles. « Quand le récif, dit-il, est d’une hauteur telle qu’il se trouve presqu’à sec au moment de la basse mer, les coraux abandonnent leurs travaux. Au-dessus de cette ligne on observe une masse pierreuse continue, composée de coquilles, de mollusques et d’échinites avec leurs pointes brisées, et des fragments de coraux, cimentés par un sable calcaire provenant de la pulvérisation de coquilles. Il arrive souvent que la chaleur du soleil pénètre cette masse quand elle est sèche, et occasionne des pertes en plusieurs’endroits ; alors les vagues ont assez de force pour diviser des blocs de coraux qui ont jusqu’à six pieds de long, sur trois ou quatre d’épaisseur, et pour les lancer sur les récifs, ce qui finit par en élever tellement la crète, que la haute mer ne la recouvre qu’à certains moments de l’année. Le sable calcaire n’éprouve ensuite aucun changement, et offre aux graines de plantes que les vagues y amènent un sol sur lequel ces végétaux croissent assez rapidement pour ombrager bientôt sa surface, éblouissante de blancheur. Les troncs d’arbres entiers qui sont transportés par les rivières d’autres pays et d’autres îles y trouvent enfin un point d’arrêt après une longue course. Quelques petits animaux, tels que des insectes et des lézards, sont transportés avec eux, et deviennent, d'ordinaire, les premiers habitants de ces récifs. Même avant que les arbres soient assez touffus pour former un bois, les oiseaux de mer y construisent leurs nids ; les oiseaux de terre égarés viennent y cher-
cher un refuge dans les buissons; et plus tard enfin, lorsque le travail des polvpiers est depuis longtemps achevé, l’homme paraît et bâtit sa hutte sur le sol devenu fertile. » ( Foyages de Kotzebue, 1815-1818, vol. IE, p. 331 et suiv.)
NorE 3 (Page 69 ).
Ces remarques s'appliquent non-seulement aux os, mais aussi aux fonctions, dont la corrélation est constante, comine l’a si bien fait ressortir M. Flourens. « Une corrélation nécessaire, dit ce célèbre observateur, lie toutes les fonctions les unes aux autres. La respiration, quand elle se fait dans un organe respiratoire circonserit , ne peut se passer de la circulation; car il faut que le sang arrive dans l'organe respiratoire, dans l'organe qui recoit l’air, et c’est la circulation qui l’y porte. La cireulation ne peut se passer de Pirritabilité ; car c’est l’irritabilité qui détermine les contractions du cœur, et par suite les mouvements du sang; l’irritabilité musculaire ne peut se passer, à son tour, de l’action nerveuse. Et si l’une de ces choses change , il faut que toutes les autres changent.
« Si la circulation manque, la respiration ne peut plus être circonscrite ; il faut qu’elle devienne générale, comme dans les insectes : le sang n’allant plus chercher l'air, il faut que Pair aille chercher le sang. Il y adonc, comme je l’ai déjà dit, des conditions organiques qui s'appellent; il y en a qui s'excluent. Une respiration circonserite appelle nécessairement une circulation pulmonaire ; une respiration générale rend une circulation pulmonaire inutile, et l’exclut.
« Tout se règle et se détermine par des rapports nécessaires. Le mode de respiration est dans une dépendance constante de la circulation, laquelle porte le sang à l’air ou à l'organe quireçoit l'air; la force des mouvements est dans une dépendance constante de l'étendue de la respiration; car c’est la respiration qui rend à la fibre musculaire son irritabilité épuisé. La quantité de respiration décide partout de la vigueur,
APPENDICE. à 231
de la rapidité, et même de l’espèce du mouvement. Le mouvement qui demande le plus d'énergie musculaire est celui du vol; et l’oiseau a une respiration double. Le mammifère à des mouvements plus bornés , et il a une respiration simple. Le reptile a des mouvements plus faibles encore, et il n’a qu’une respiration incomplète.
« L'oiseau respire par ses poumons et par tout son corps. L'air, après avoir traversé les poumons, qui sont percés comme un crible, se rend dans les cellules de l'abdomen, dans les cavités des os, etc. Ce n’est donc pas seulement le sang des poumons, c’est le sang de tout le corps qui respire.
« Le mammifère n’a qu’une respiration simple ; ear il n’y a que le sang de ses poumons qui respire : ses poumons sont clos; mais cette respiration simple est complète, car tout le sang du corps passe par les poumons avant de retourner aux parties.
« Enfin, les reptiles n’ont qu’une respiration incomplète ; leur circulation pulmonaire n’est qu’une fraction de la circulation générale; il n’y a qu’une partie de leur sang qui respire, ou qui, revenu des parties au cœur, passe du cœur aux poumons avant de retourner aux parties. Aussi les reptiles n’ontils qu’un sang froid, que des mouvements lents et interrompus par de longs repos ; ils sont tous soumis à la torpeur hibernale, etc.
« D'un autre côté, les poissons ont une circulation pulmonaire complète ; mais ils n’ont qu’une respiration aquatique, c’est-à-dire imparfaite, puisqu'ils n’ont pour respirer que la petite quantité d’air contenue dans l’eau.
« C’est tout le contraire de ce qui vient d’être dit des reptiles, lesquels ont une respiration aérienne ou parfaite et une circulation pulmonaire incomplète. Or, ces deux choses se compensent l’une par l’autre : une respiration aérienne ou parfaite par une circulation pulmonaire incomplète , et une circulation pulmonaire complète par une respiration aquatique ou imparfaite. Les poissons n’ont done qu’un sang froid ,
comme les reptiles; ils n'ont que des mouvements qui demandent peu d'énergie musculaire , etc.
«Il y a done dans les animaux vertébrés quatre degrés déterminés de respiration : la respiration double des oiseaux; la respiration simple, mais complète, des mammifères; et la respiration incomplète , et incomplète par deux moyens différents , des reptiles et des poissons. Et il y a quatre espèces de mouvements qui correspondent à ces quatre degrés de respiration : le vol de l’oiseau, qui répond à la respiration double; la marche, le saut, le cours des mammifères , qui répondent à la respiration complète, mais simple; le rampement du reptile, mouvement par lequel l’animal ne fait plus que se traîner à terre; et le nagement du poisson, mouvement pour lequel l’animal a besoin d’être soutenu dans un liquide dont la pesanteur spécifique est presque égale à la sienne.
«Ilen est de la digestion comme des mouvements. Plus la respiration est étendue, plus la digestion est rapide. La digestion la plus rapide est celle de l'oiseau, la digestion la plus lente est celle du reptile ; l'oiseau nous étonne par la fréquence de ses repas, le reptile nous étonne par La longueur de ses jeûnes, etc.
« Tout dans l'oiseau est fait pour le vol. Il lui fallait une aile d’une grande surface pour frapper l'air ; il fallait à cette aile de grands muscles pour la mouvoir ; il fallait à ces muscles des os très-larges pour leur insertion. Et l'oiseau à un Sternum qui se développe en lame saillante ou crête; ila un muscle pectoral énorme, etc.
« Voilà pour l'extérieur. A l’intérieur il a une respiration double , une chaleur animale, une énergie museulaire qui répondent à cette respiration; et pour cette respiration double il a des poumons percés comme un crible, des cellules aériennes qui sont comme des appendices de ses poumons, etc. Et tout cela ne suffit pas encore. Mes expériences ont montré que l’encéphale se compose de trois parties essentiellement distinctes : le cerveau proprement dit, siége exclusif de l’intel-
ligence ; le cervelet , siége du principe qui règle ou coordonne les mouvements de locomotion, {a moelle allongée, siége du principe qui règle les mouvements de respiration.
« Or, dans l'oiseau la partie de l’encéphale qui, relativement à l’encéphale des autres animaux vertébrés, domine est précisément celle qui règle ou coordonne les mouvements de locomotion , c’est le cervelet.
« Toutes les parties, toutes les fonctions , sont donc faites les unes pour les autres , et toutes pour un but donné.
« On vient de le voir, en particulier, pour la respiration, pour le vol, etc. Il est aisé de le faire voir pour la digestion.
« Ce n’est pas non plus, en effet, une chose arbitraire que le régime d’un animal. Ce n’est pas par hasard que des dents tranchantes coïncident avec un estomac simple; des dents plates , avec un estomac multiple; des dents plates, un estomac multiple, avec un régime herbivore, etc. Une seule de ces choses suppose nécessairement toutes les autres, ou les exclut toutes. Un animal à intestins longs , à estomac multiple, à dents plates, est nécessairement herbivore. Un animal carnivore a nécessairement des dents tranchantes , un estomac simple, des intestins courts ; il a de plus, et tout aussi nécessairement, des doigts divisés, mobiles, pour saisir sa proie; il a , jusque dans le cerveau, un instinct particulier qui le pousse à se nourrir de chair.
« Jamais un pareil instinct, jamais une dent tranchante et faite pour découper la chair, ne coëxisteront dans un même animal avec un pied enveloppé de corne; car ces choses sont incompatibles et se contredisent , car l'animal qui les offrirait ne pourrait subsister.
« Pour qu’un animal puisse subsister, il faut que toutes ses fonctions se coordonnent entre elles de manière à rendre son existence possible. Il y a done entre toutes les fonctions une harmonie nécessaire.
« Les lois des corrélations organiques, bien vues , sont les
ds
condilions mêmes de l'existence des étres. » (FLOURENS, Histoire des Travaux de Cuvier, p.151 et suiv.)
NOTE 4 ( Page 78 ).
Pour concevoir la transformation d’une espèce en une autre, on est forcé d'admettre des modifications lentes et graduées, et par conséquent des événements ou des causes qui aient agi graduellement aussi. Or, de telles causes n’ont point existé. Les catastrophes qui sont venues détruire les espèces ont été subites , instantanées. La preuve en est dans ces grands quadrupèdes du Nord saisis par la glace et conservés jusqu’à nos jours avec leur peau , leur poil, leur chair.
Lors donc qu’on irait jusqu’à accorder que les espèces anciennes auraient pu, en se modifiant, se transformer en celles qui existent aujourd’hui, cela ne servirait à rien ; « car, « comme le dit encore M. Cuvier, elles n’auraient pas eu le « temps de se livrer à leurs variations. »
Nos espèces actuelles ne sont donc point de simples modifications des espèces perdues ; ces espèces perdues n’ont point changé ; et nos espèces acluelles, prises en elles-mêmes, sont constantes et immuables. (FLOURENS, /Listoire des Travaux de Cuvier.)
NoTe 5 ( Page 84).
A ces observations de Cuvier sur la fixité de l'espèce nous ajouterons celles de M. Flourens : « .. Mais voici quelque chose de plus décisif encore. Il y a deux espèces qui sont les plus voisines qu’il soit possible, si voisines que, comme je lai déjà dit, on n’a vu jusqu'ici aucune différence caractéristique entre leurs squelettes. Ces espèces sont l’âne et le cheval. L’âne ne diffère du cheval que par les proportions d’un petit nombre de ses parties, de ses sabots , de
ses oreilles, de sa croupe, de sa queue, etc. De plus, les deux espèces s'unissent et produisent ensemble depuis des siècles.
« Assurément, si jamais on a pu imaginer une réunion complète de toutes les conditions les plus favorables à la transformation d’une espèce en une autre, cette réunion se trouve ici. Et cependant y a-t-il eu #ransformation ? L’espèce de l’âne s’est-elle transformée en celle du cheval, ou celle du cheval en celle de l'âne? Ne sont-elles pas aussi distinctes aujourd’hui qu’elles laient jamais été? Au milieu de toutes ces races, presque innombrables, qu'on à tirées de chacune d’elles , y en a-t-il une seule qui soit passée de l’espèce du cheval à celle de l'âne, ou , réciproquement, de l’espèce de l’âne à celle du cheval?
« L'espèce est done fixe. Les variétés de chaque espèce, déterminées par des circonstances extérieures (la chaleur, la lumière, le climat, la nourriture, la domesticité), ont leurs limites. Les variations qui résultent du croisement des espèces voisines ont aussi les leurs : car, d’une part , si les métis, C'est-à-dire les individus provenant de ces unions croisées, s'unissent entre eux, ils deviennent bientôt inféconds, et de l’autre , s’ils s'unissent à l’une des deux espèces primitives , ils retournent à cette espèce.
« Le mulet, produit de l’union de l’âne avec la jument, ou du cheval avec l’ânesse, est généralement infécond dès la première génération, du moins dans nos elimats. Les mélis du loup et du chien, de la chèvre et du bélier, cessent d’être féconds dès les deux ou trois premières générations. De plus, si l’on unit ces métis à l’une ou à l'autre des deux espèces primitives, on les ramène promptement, comme je viens de le dire, à celle des deux espèces à laquelle on les unit.
« De quelque côté que l’on envisage la question qui nous oCeupe, l'immutabilité des espèces est donc le grand fait, le fait qui ressort de tout, et que tout démontre. » (FLOURENS, Histoire des Travaux de Cuvier.)
NOTE 6 (Page 87).
Il était naturel que ceux qui attribuaient toutes les pétrifications au déluge fussent disposés à voir partout des ossements humains, et que, par suite de cette préoccupation , ils prissent pour humains des débris qui n'étaient que ceux de quelques espèces , ou détruites, ou dont l’ostéologie était mal connue. Aucune illusion sur ce sujet n’a été plus complète et plus célèbre que celle de Scheuchzer, médecin théologien , qui accueillit avec transport un schiste d'OEningen qui lui sembla offrir l'empreinte très-évidente du squelette d’un homme. Il décrivit ce morceau en abrégé dans les Transactions philosophiques pour l’année 1726 (t. XXXIV, p. 38). Enfin il en fit l’objet d’une dissertation particulière intitulée l'Homme témoin du déluge, qu’il publia avec une figure en bois, qui a été, jusqu’à la publication de l'ouvrage de Cuvier, la meilleure représentation qu’on eût du morceau en question. Plus tard Scheuchzer reproduisit son assertion, affirmant de nouveau « qu’il est indubitable que son morceau contient une moitié, ou peu S'en faut, du squelette d’un homme; que la substance même des os et, qui plus est, des chairs et des parties encore plus molles que les chairs y sont incorporées dans la pierre; en un mot, que c’est une des reliques les plus rares que nous ayons de cette race maudite qui fut ensevelie sous les eaux. » Cependant il fallait, comme l'a fait remarquer Cuvier, tout l’aveuglement de l'esprit de système pour qu’un homme tel que Scheuchzer, qui était médecin , et qui devait avoir vu des squelettes humains , pût se tromper aussi grossièrement ; car cette imagination qu’il a reproduite si opiniâtrément, et que l’on a si longtemps répétée sur sa parole, ne peut supporter le plus léger examen. Malgré l'évidence des faits, l'erreur propagée par Scheuchzer persista longtemps. Pierre Camper fut peut-être le premier, en 1787, à la signaler d’une manière positive, en indiquant
même la classe, sinon la famille de l'animal auquel appartenaient les débris incrustés dans la roche d’OEningen. « Un lézard pétrifié, dit-il en parlant du prétendu homme fossile , a pu passer pour un anthropolithe. »
Depuis cette époque, Cuvier à donné la démonstration la plus positive de ce qu'avait annoncé Pierre Camper. L’animal , en effet, n’est qu’une salamandre gigantesque. Prenez un squelette de salamandre, et placez-le à côté du fossile, sans vous laisser détourner par la différence de grandeur, comme vous le pouvez aisément en comparant un dessin de salamandre de grandeur naturelle avec le dessin du fossile réduit au sixième de sa grandeur, et tout s’expliquera de la manière la plus claire.
« Je suis persuadé même, disait dans une publication ancienne notre grand naturaliste, que si l’on pouvait disposer du fossile et y chercher un peu plus de détails , on trouverait des preuves encore plus nombreuses dans les faces articulaires des vertèbres, dans celles de la mâchoire, dans les vestiges de très-petites dents, et jusque dans les parties du labyrinthe de l'oreille; »et il invitait les propriétaires ou dépositaires du précieux fossile à procéder à cet examen.
L'examen que Cuvier demandait pour la confirmation de ses idées, il a eu depuis l’avantage de le faire lui-même. S’étant trouvé à Harlem , le directeur du musée lui permit de faire creuser la pierre qui contenait le prétendu homme fossile, afin d’y mettre à découvert les os qui pouvaient encore y être cachés. L'opération se fit en présence du savant directeur du musée et d’un autre naturaliste. Un dessin du squelette de la salamandre avait été placé près du morceau fossile, par Cuvier; il eut la satisfaction de reconnaître qu'à mesure que le ciseau ereusait la pierre, il mettait au jour quelqu'un des os que ce dessin avait annoncés d'avance. (BER- TRAND, Lettres sur les Révolutions du Globe, p. 224.)
NOTE 7 (Page 90).
Les débris humains qui se trouvent dans les mêmes circonstances que les ossements fossiles peuvent se conserver pendant des périodes géologiques. C'est ce qui arrive quand les hommes périssent dans la mer, et que leurs cadavres se recouvrent d’une enveloppe terreuse et calcaire. Une autre circonstance favorable, c’est que l’eau de mer conserve les corps comme dans une saumure, en raison des sels qu’elle tient en dissolution. Ils se conserveraient certainement moins bien dans l’eau douce des rivières. On s'explique ainsi comment On pourrait rencontrer des squelettes humains entiers à une profondeur énorme dans la terre d’alluvion des deltas formés aux embouchures des grands fleuves. La quantité de limon et de sable que plusieurs fleuves déposent dans le golfe du Bengale, pendant la saison des inondations, est si considérable, que la mer ne reprend sa transparence qu’à vingt cinq lieues environ de la côte, c’est-à-dire dans un point où lä mer a quelquefois plus de deux cent mètres de profondeur. C’est ce qu'on observe, par exemple , à la base du delta du Gange. Or, cette dépression doit se combler peu à peu , et cela d’au tant plus facilement qu’à l’époque où règnent les moussons la mer, chargée de limon et de sable, est repoussée dans cette direction vers le delta. Si donc un vaisseau avec son équipage vient à se perdre en un tel endroit, il n’y a rien d’impossible à ce que dans un millier d’années il se trouve enterré à la profondeur de plus de cent mêtres dans le sédiment, Si l’on découvre dans le delta du Gange ou du Nil des ossements humains à une certaine profondeur, cela ne prouve pas qu’ils soient d’une grande antiquité, et encore moins qu’ils soient fossiles.
Les pièces de canon et autres objets métalliques qu’on à retirés du fond des eaux sont presque toujours dans un élat d’intégrité remarquable. La pierre incrustante qui les
recouvre renferme des coquilles et des corallines telles qu'on les trouve souvent à l’état fossile ; elles adhèrent si fortement a la gangue, qu'il faut autant de force pour les en détacher que pour briser un fragment de roche très-dure.
NorTE 8 (Page 93).
Il importe de traduire iei textuellement une hypothèse qui fait le plus grand honneur au génie d'Hérodote. Lib. II (Euterpe), cap. 11 : « Dans l’Arabie, tout près de Égypte , dit cet historien , est un golfe long et détroit (golfe Arabique), dépendant de la mer Érythrée (océan Indien). Pour le parcourir dans sa longueur, depuis l'extrémité la plus enfoncée jusqu’à la grande mer, il faut quarante jours de navigation à la rame, tandis que sa plus grande largeur n’est que d’une demi-journée. Le flux et le reflux ( Engin xai durorw) s'y font sentir chaque jour. Je pense que l'Égypte pourrait bien avoir été un golfe semblable (£repov rotcbrov xOATGY xat Tv AÏVUTTOV J'exéw yevéotar xeu), formé par la mer Septentrionale (Bopnin Gaxdoon, mer Méditerranée), pénétrant jusqu’à l’Éthiopie, comme le golfe d'Arabie est formé par la mer Méridionale (à vorin, océan Indien) ; l’un et l'autre auraient aussi creusé des enfoncements (wvyo6s ), en ne laissant qu’un petit espace de terre intermédiaire. Or, si le Nil venait à détourner son cours pour se jeter dans le golfe Arabique, qui empécherait que ce golfe ne fût comblé par les terres que le fleuve y déposerait dans un espace de vingt mille ans? (ei dv éfehricet éxrpsdat To péebpov 6 Neïnce Éc TUdTOY TOY A pd oy MOATOY , TE pui XADEL béovroc robrou ÉxOO0RVOL ÉVTOG JE d'isuuptoy éTEOv). »
Rennell fait observer que la configuration et la composition du sol de la basse Égypte, appelée le Delta, ne permettent pas de douter que jadis la mer baignait le pied des rochers sur lesquels reposent les pyramides de Memphis, dont la base actuelle, quoique élevée de vingt à vingt-quatre mètres audessus du niveau de la Méditerranée , est baignée par les eaux du Nil, lors de ses débordements. Suivant Wilkinson, lelit du
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fleuve subit une augmentation graduelle d’élévation à partir de son embouchure. Ainsi, le sol près d’Éléphantine, ou la première cataracte, à 24° 5’ lat. nord, n’a été élevé que 2,7 en dix-sept eents ans; à Thèbes (25° 43’ lat.) cette élévation a été d'environ deux mètres , et à Héliopolis, ainsi qu’au Caire (lat. 30°), elle a été de 1,78. A Rosette et aux embouchures du Nil (81° 30’ lat.) l'épaisseur perpendiculaire du dépôt diminue dans une proportion beaucoup plus grande que dans l’étroite vallée de l'Égypte moyenne et supérieure ; ce qui tient à la vaste étendue sur laquelle l’inondation se répand , tant à l’est qu’à l’ouest. Or c’est par cette raison que le dépôt d’alluvion ne donne pas lieu à un accroissement rapide du Delta, bien que plusieurs villes anciennes se trouvent aujourd'hui à près d’une demi-lieue dans lintérieur des terres, que plusieurs branches du Nil mentionnées par les anciens aient été envasées, et que le contour de la côte ait subi un changement complet. D’après les calculs de Girard et Wilkinson, le dépôt que le Nil laisse chaque année au Caire n’excède pas l’épaisseur d’une feuille de carton mince, et un strate de deux à trois pieds représente l’accumulation produite en dix siècles. Un courant puissant longe, en les balayant , les rivages de l'Afrique, depuis le détroit de Gibraltar jusqu’à la saillie convexe de l'Égypte; ce courant nonseulement empêche la terre d'acquérir aucune augmentation, mais il entraîne d’anciennes parties du Delta. C’est à cette eause que l’on attribue la destruction de Canopus et de quelques autres villes.
D’après les observations de M. Niccolini, un célèbre monument de l'antiquité, le temple de Sérapis à Pouzzole, dans le golfe de Bayes, offre l'épreuve non équivoque que le niveau relatif de la terre ferme et de la mer a changé dix fois sur cette côte depuis l’ère vulgaire, et que chaque mouvement, soit d’élévation, soit d’abaissement, a excédé six mêtres. C’est le phénomème grandiose d’une marée séculaire. — Si l'on côtoie le rivage depuis Naples.jusqu'à Pouzzoles, on voit, en approchant de cette dernière ville que les falaises abruptes
et élevées de tuf durci, analogue à celui dont Naples est bâti, s’éloignent peu à peu de la mer, et qu'une étendue basse et unie de terre fertile, d’un aspect tout différent, se trouve entre le rivage actuel et celui qui, suivant toute apparence , formait l’ancienne ligne de côte. On voit la même chose vers le nord , au delà de Pouzzoles. Les pentes du Monte-Barbaro deviennent plus abruptes à peu de distance de la côte, et se terminent par une falaise intérieure que la mer doit, à quelque époque ancienne, avoir atteinte. Entre cette falaise et là mer, une plaine basse ou terrasse , appelée la Starza, correspond à celle qui se trouve au sud-est de la ville.
Dans la Manche et dans la mer du Nord on a observé, au contraire, que la mer empiète sans cesse sur le continent ; ainsi les falaises de la côte de l'Angleterre se dégradent de plus en plus. L'Océan et le Rhin se disputent le terrain qu'occupe aujourd’hui la Hollande, en s’efforçant de former, l'un un estuaire, et l’autre un delta. Le fleuve dut avoir l'avantage à l'époque où la configuration de la côte et le régime des marées étaient probablement très-différents de ce qu'ils sont aujourd'hui. Mais depuis les vingt siècles derniers, pendant lesquels l’homme a été témoin de ce combat, et y a pris une part active , le résultat a été en faveur de l'Océan. Pendant cette période, les limites du territoire hollandais se sont de plus en plus restreintes, des barrières naturelles et artificielles ont été détruites successivement, et plusieurs centaines de milliers d'hommes ont péri dans les flots. 11 paraît qu'au temps de Tacite plusieurs lacs existaient à la place qu’occupe actuellement le Zuyder-Zée , entre la Frise et la Hollande. Les envahissements successifs qui déterminèrent la transformation de ces lacs et d’une partie considérable du territoire environnant en un grand golfe commencèrent vers les premières années du treizième siècle. Alting rend compte de cet événement d’a près des documents manuscrits dus aux habitants contemporains de provinces voisines. « En 1205, dit-il, l’île située au sud du Texel, et que l’on nomme aujourd’hui Wieringen,
faisait encore partie du continent ; mais lors de plusieurs inondations, dont la dernière eut lieu en 1251 , elle en fut entierement séparée. La mer, dans des invasions postérieures, engloutit plusieurs portions de l’isthme riche et populeux constituant la basse terre qui s’étendait au nord du lac Flevo, entre Staveren, dans la Frise, et Mademblik en Hollande, jusqu’à ce que, vers 1282, la rupture devint enfin complète; depuis cette brèche s’est encore élargie. Quand la mer s’y précipita pour la première fois , elle entraîna un vaste espace de terrain et plusieurs villes ; mais ensuite une réaction partielle ayant eu lieu, de grandes étendues, qui d’abord avaient été submergées , furent peu à peu remises à sec. »
Le célèbre naturaliste suédois Celsius conclut d’un grand nombre d'observations que les eaux de la mer Baltique et de la mer du Nord s’abaissent de près d’un mètre par siècle. À lappui de cette opinion il citait, d’une part, les rochers situés sur les bords de la Baltique et de l'Océan , qui , après avoir été jadis de bas récifs, fort dangereux pour la navigation, se trouvaient de son temps au-dessus du niveau de la mer; d’un autre côté, il alléguait l’empiétement graduel de la terre ferme sur le golfe de Bothnie, phénomène attesté, disait-il, par la transformation de plusieurs anciens ports en villes intérieures, par la réunion de diverses petites îles au continent , et par l’abandon d'anciennes pêcheries , devenues trop bassès ou mises entièrement à sec. Celsius soutint aussi que la preuve de ces changements reposait, non-seulement sur des observations modernes , mais sur l'autorité des anciens géographes , qui avaient constaté que la Scandinavie était autrefois une île.
Quelques-uns de ceux qui n’admettent pas cette opinion attribuent l’accroissement de la terre ferme et l’abaissement de la mer, signalés d’abord par Celsius , et ensuite par Linné, à un dépôt de sédiment accumulé aux embouchures des rivières, comme on le voit dans les plaines du P6 et de l'Adige. — En 1802 , Playfair émit l'opinion que ce changement de niveau provient d’un mouvement de la terre ferme plutôt que
de la diminution des eaux. En 1807, M. de Euch, à son retour d’un voyage en Suède, déclara qu’il était convaineu « que toute la région comprise entre Frédérickhall en Norvège et Abo en Finlande, ou même peut-être Saint-Pétersbourg , s’élève lentement et insensiblement. » Il ajoute « qu'il se pourrait que la Suède s’élevât plus que la Norvège, et la partie septentrionale de cette première contrée plus que la partie méridionale. » Le célèbre géologue fut conduit à ces conclusions, non-seulement par les renseignements qu’il avait recueillis auprès des habitants et des pilotes, mais aussi par la présence de coquilles marines d’espèces récentes, qu'il trouva en différents points sur la côte de la Norvège au-dessus du niveau de la mer, et par d'anciennes marques tracées sur les rochers.
La plupart des causes encore maintenant agissantes suffisent pour expliquer certaines formations qu’on avait COnSIdérées comme le résultat d’irruptions successives des mers sur le continent. C’est ce qu’un de nos géologues les plus éminents, M. Constant Prévost, a fait ressortir avec une sagacité rare et avec cet esprit d'indépendance qui fait la gloire du savant. (Cf. Constant Prévost, Les continents actuels ont-ils été à plusieurs reprises submergés par la mer? Acad. des Sciences, 1827 ; — la Chronologie des Terrains : Comptes- Rendus à l'Académie, 1835 ; — articles GÉOLOGIE et FORMAion dans le Dict. Univ. d’Hist. Nat.)
NoTE 9 (Page 106).
La production de la tourbe s’opère ou complétement sous l’eau , ou dans des endroits humides , d’une température peu élevée. Une certaine espèce de mousse, le sphagnum palustre, constitue en très-grande partie les tourbières du nord de l'Europe : cette plante a la propriété de produire de nouvelles tiges à sa partie supérieure , tandis que ses extrémités inférieures se pourrissent. Des roseaux, des jones, des conifères , se rencontrent souvent dans la tourbe , dans un tel état de conservation , qu’on peut facilement reconnaître les diffe-
rentes espèces auxquelles ils appartiennent. Suivant les recherches de Mac-Culloch, la tourbe est intermédiaire entre la matière végétale simple et la lignite. Rarement, ou peutêtre jamais, on n’en a trouvé entre les tropiques; elle est même très-rare dans les vallées du sud de la France et de l'Espagne. Non-seulement elle abonde de plus en plus à mesure qu'on s'éloigne de l'équateur ; mais elle devient plus fréquente encore et plus facilement combustible dans les latitudes septentrionales. Le même phénomène se reproduit dans l’hémisphère austral. Cela peut s’expliquer par la différence d’évaporation , conséquemment par une différence de décomposition des matières végétales entre le midi et le nord.
Dans la tourbière de Hatfield, en Angleterre, qui paraît avoir été une forêt il y a dix-huit cents ans , on a trouvé des sapins de quatre-vingt-dix pieds de long, que l’on a vendus pour en faire des mâts et des quilles de vaisseaux. On a découvert dans cette même tourbière des routes romaines, à la profondeur de huit pieds. Les pièces de monnaie, les haches , les armes et autres objets trouvés dans les tourbières d'Angleterre et de France sont aussi d’origine romaine; ce qui prouve que la formation d’un grand nombre des tourbières d'Europe n'est pas antérieure à l’époque de Jules César. Selon Delue, l'emplacement des forêts aborigènes, jadis désignées sous les noms de Hercynia, de Semana, etc., est
ecupé maintenant par des marais et des tourbières ; et il paraît extrêmement probable qu’une grande partie de ces changements doivent être attribués aux ordres donnés par quelques empereurs romains d’abattre tous les bois dans les provinces conquises.
Selon les belles observations de M. Ehrenberg, la couche d'ocre ou minerai de fer limoneux qui se trouve quelquefois au fond des tourbières , n’est autre chose qu’un aggrégat de myriades de carapaces silico-ferrugineuses d’un animal microscopique , appelé gaillonella ferruginea.
Une circonstance intéressante, qui se rattache à l’histoire des tourbières, est l'état de conservation, vraiment extraor-
dinaire , dans lequel se maintiennent les substances animales pendant un grand nombre d'années. En juin 1747 le corps d'une femme fut trouvé à six pieds de profondeur dans un marais tourbeux de Pile d'Axholme. Les sandales antiques qui recouvraient ses pieds offraient la preuve évidente de son enfouissement dans ce lieu depuis plusieurs siècles ; et -cependant ses ongles, ses cheveux, sa peau sont déerits comme ayant à peine présenté quelques traces d’altération. On rencontre aussi dans la tourbe des ossements de bœufs , de cochons, de chevaux , de moutons et de plusieurs autres herbivores. A ces débris sont mélés, en Irlande et dans l'ile de Man, des squelettes d’un élan gigantesque. M. Morren a découvert dans la Flandre des ossements de loutres et de castors. ( Bulletin de la Soc. Géolog. de France, t. 11, p. 26.)
NoTE 10 (Page 182 ).
Voy. M. J. DESNOYERS, Voie sur les cavernes et les brèches à ossements des environs de Paris, broch. in-8°, Pans, 1842; et l’article GROTTES ou CAVERNES dans le Dict. Univ. d'Hist. Nat. On trouve dans ces travaux, fruits d’un excellent esprit d'observation, plusieurs faits importants.
Poissons fossiles. Agassiz, qui à examiné dix-sept cents espèces de poissons fossiles, et qui porte à huit mille le nombre des espèces actuelles décrites ou conservées dans nos collections, affirme, dans son grand ouvrage, « que, sauf un seul petit poisson fossile, particulier aux géodes argileuses du Groënland , il n’a jamais rencontré dans les terrains de transition, ni dans les terrains secondaires et tertiaires, d'animal de cette classe qui fût identique avec un poisson actuellement vivant. Il ajoute cette importante remarque : « Déja le tiers des fossiles du calcaire grossier et de l'argile de Londres appartient à des familles éteintes ; sous la eraie on ne trouve plus un seul genre de poisson de l’époque actuelle, et la singulière famille des sauroïdes (poissons dont les écailles sont recou-
2 le
vertes d'émail, qui se rapprochent presque des reptiles, et remontent de la formation earbonifère, où gisent leurs plus grandes espèces, jusqu’à la craie, où on en rencontre encore quelques individus} présente avec deux espèces qui habitent aujourd'hui le Nil et certains fleuves de l'Amérique (le lepidosteus et le polypterus) les mêmes rapports qui existent entre nos éléphants ou nos tapirs et les mastodontes ou les anoplothériums du monde primitif. » (AGASSIZ, Poissons fossiles, t. ALT, p. 1-52; BuGKLAND, Geology, vol. I, p. 273.)
NoTE 11 (Page 184).
Les plus anciens vertébrés, les poissons, se rencontrent dans toutes les formations, à partir des strates siluriennes de transition jusqu'aux couches de l’époque tertiaire. De même les sauriens commencent au zechstein. Si nous ajoutons que la formation jurassique (schiste de Storesfield ) nous présente les premiers mammifères (le thylacotherium Prevostii et thylacotherium Bucklandi, allié aux marsupiaux, d’après Valenciennes ), et que le premier oiseau a été trouvé dans le plus ancien dépôt de la formation crétacée, nous aurons indiqué les limites inférieures des quatre grandes divisions de la.série des vertébrés. Tel est, sur ce point, l’état actuel de la paléontologie.
Quant aux animaux sans vertèbres, les coraux pierreux et les serpulites se trouvent dans les plus anciennes formations, avec des céphalopodes et des crustacés d’une organisation très-éle vée : ainsi les ordres les plus différents de cette partie de la sérieanimalesont confondus. Toutefois, on a pu découvrir des lois fixes pour beaucoup de groupes isolés appartenant à un même ordre. Des coquilles fossiles de même espèce, des goniatites, des trilobites. des nummulites, forment des montagnes entières. Là où différents genres sont mélés il existe souvent une relation régulière entre la série des organismes et celles des formations ; on a même observé que l'association de certaines familles et de certaines espèces suit une loi régulière dans les strates superposées dont l’ensemble constitue une même formation.
C’est ainsi qu'après avoir classé les ammonites en familles bien définies, à l’aide de son ingénieuse loi de la disposition des lobes, Léopold de Buch a montré que les cératites appartiennent au muschelkalk (calcaire coquillier), les variétés au lias, les goniatites au calcaire de transition et à la grauwake. Les bélemnites ont leur limite inférieure dans le keuper, situé au-dessous du calcaire jurassique, et leur limite supérieure dans la craie. On sait aujourd’hui que les eaux ont été habitées aux mêmes époques et dans les zones les plus éloignées par des testacés identiques, du moins en partie, aux fossiles de l'Europe. Par exemple, Léopold de Buch a signalé dans l’hémisphère austral (volcan de Maypo, Chili), des exogyres et des trigonies, d'Orbigny a indiqué des ammonites et des gryphées de l'Himalaya et des plaines indiennes de Cutch, qui sont exactement la même espèce que celles de l'ancienne mer jurassique, en France et en Allemagne. (Hum- BOLDT, Cosmos, 1, p. 319.)
Explication des figures de coquilles fossiles, empruntées au bel ouvrage de notre grand conchyliologiste M. DesnaYyes (Description des Coquilles fossiles des environs de Paris, 3 vol. in-4° ).
Fig. 1. Lucina concentrica, Lamk.; de grandeur naturelle,
vue en dessus.
2. Venericardia squammosa, Lam.; un peu grossie, vue en dessus.
3. Chama rusticula, Desh.; les valves réunies, vues en dessus.