‹ Discours sur les revolutions de la surface du globe et sur les changemens qu'elles ont produits dans le regne animalChapitre 10 sur 26 · G8 DISCOURS SLR LES RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

G8 DISCOURS SLR LES RÉVOLUTIONS

quelques uns des vastes déserts qui occupent le milieu de l’Asie , de l'Afrique , des deux Améri> ques et de la Nouvelle-Hollande.

U J a peu Cependant, que l'dn examine bien quelles sor •

d eiperao* r » * i

ce de dé- t(»s de quadrupèdes l’on a découvertes réeemnouvelles ment 6t daos quelles circonstances on les a dé-

cipéceide ,

grands couvertes , et 1 on verra qu il reste peu d espoir g^drapè jroyygp un jour celles que nous n’avons encore vues que fossiles.

Les îles d’étendue médiocre , et placées loin des grandes terres , ont très-peu de quadrupèdes , la plupart fort petits : quand elles en possèdent de grands , c’est qu’ils y ont été apportes d’ailleurs. Bougainville et Cook n’ont trouvé que des cochons et des chiens dans les îles de la

mer du Sud. Les plus grands quadrupèdes des Antilles étaient les agoutis.

A la vérité les grandes terres , comme l’Asie , l'Afrique , les deux Amériques et la Nouvelle- Hollande y ont de grands quadrupèdes , et généralement des espèces propres à chacune d’elles ; en sorte que toutes les fois que l’on a découvert de ces terres que leur situation avait tenues isolées du reste du monde , on y a trouvé la classe

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des quadrupèdes enlièremcnl différenie de ce qui existait ailleurs. Ainsi , quand les Espa{jnols parcoururent pour la première fois l’Amérique méridionale, ils n'y trouvèrent pas un seul des quadrupèdes de l’Europe , de l’Asie , ui de l’Afrique. Le puma, le ja{îuar, le tapir, le cabiai, le lama , la vieof^ne , les paresseux , les tatous, les sarigues , tous les sapajous furent pour eux des êtres entièrement nouveaux , et dont ils n’avaient nulle idée. Le meme phénomène s’est renouvelé de nos jours quand on a commencé à examiner les côtes de la Nouvelle-Hollande et les îles adjacentes. Les divers kanguroos , les phascolomes, les dasyures, les péramèles, les phalangers volans , les oriiitliorinques, les échidnés sont venus étonner les naturalistes par des conformations étranges qui rompaient toutes les règles et échappaient à tous les systèmes.

Si donc il restait quelque grand continent à découvrir, on pourrait encore espérer de connaître de nouvelles espèces parmi lesquelles il pourrait s’en trouver de plus ou moins semblables à celles dont les entrailles de la terre nous ont montré les dépouilles; mais il suflit de jeter un coup d’œil sur la mappemonde , de voir les innombrables

directions selon lesquelles les navigateurs ont sillonné l'Océan , pour juger qu’il ne doit plus y avoir de grande terre , à moins qu’elle ne soit vers le pôle austral, où les glaces n’y laisseraient subsister aucun reste de vie.

Ainsi ce n’est que de l'intérieur des grandes parties du monde que l'on peut encore attendre des quadrupèdes inconnus.

Or, avec un peu de réflexion, on verra bientôt que l’attente n’est guère plus fondée de ce côté que de celui des îles.

Sans doute le voyageur européen ne parcourt pas aisément de vastes étendues de pays, désertes ou nourrissant seulement des peuplades féroces , et cela est surtout vrai à j’égard de l’Afrique i mais rien n’empêche les animaux de parcourir ces contrées en tous sens , et de se rendre vers les côtes. Quand il y aurait entre les côtes et les déserts de l’intérieur de grandes chaînes de montagnes , elles seraient 'toujours interrompues à quelques endroits pour laisser passer les fleuves ; et , dans ces déserts brûlans', les quadrupèdes suivent de préférence les bords des rivières. Les peuplades des cotes remontent aussi ces rivières, et prennent promptement connaissance , soit par

elles-mêmes ,'soit par le commerce et la tradition des peuplades supérieures, de toutes les espèces remarquables qui vivent jusque vers les sources.

11 n’a donc fallu à aucune époque un temps bien loii{j pour que les nations civilisées (jui ont fréquenté les côtes d'un grand pays en connussent assez bien les -animaux considérables , ou frappans par leur configuration.

Les faits connus répondent à ce raisonnement. •Quoique les anciens n’aient point passé rimaüs et le Gange , en Asie , et qu’ils n’aient pas été fort loin, en Afrique , au midi de l’Atlas , ils ont réellement connu tous les grands animaux de ces deux parties du monde; et, s'ils n’en ont pas distingué toutes les espèces , ce n’est point parce qu’ils n’avaient pu les voir ou en entendre parler, mais parce que la ressemblance de ces espèces n’avait pas permis d’en reconnaîtreles caractères . La seule grande exception que l’on puisse m’opposer est le tapir de Malacca , récemment envoyé des Indes par deux jeunes naturalistes de mes élèves, MM. Duvaucel et Diard, et qui forme en effet l une des plus belles découvertes dont I bistoire naturelle se soit enrichie dans ces derniors temps.

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Les anciens connaissaient très-bien rélcphant, et l’histoire de ce quadrupède est plus exacte dans Aristote que dans Buffon.

Ils n’ignoraioni même pas une partie des différences qui distinguent les éléplians d’Afrique de ceux d’Asie (1).

Ils connaissaient les rhinocéros à deux cornes que l'Kurope moderne n’a point vus vivans. Domitien en montra à Rome . et en fit {graver sur des médailles. Pausanias les décrit fort bien (2). •

Le rhinocéros unicorne , tout éloignée qu’est sa patrie, leur était également connu. Pompée en fit voir un à Rome. Strabon en décrivit exactement un autre à Alexandrie.

Le rhinocéros de Sumatra décrit par M. Bell » et celuide Java découvertet envoyé par MM. Duvaucel et Diard , ne paraissent point habiter le continent. Ainsi il n’est point étonnant que les anciens les ignorassent ; d’ailleurs ils ne les auraient peut-être pas distingués à cause de leur

(1) Voyez dans le tome l"de mes Beclierches lécha* pitre (les Ëléphans.

(2) Voyez dans le tome ir, première partie, le chapitre des Rliinocéros.

trop grande ressemblance avec les autres espèces.

L'hippopotame n'a pas été si bien décrit que les espèces précédentes ; mais on en trouve des figures très-exactes sur les monumens laissés par les Romains , et représentant des choses relatives à l’Egypte , telles que la statue du Nil, la mosaïque de Paleslrine , et un grand nombre de médailles. En effet, les Romains en ont vu plusieurs fois; Scaurus, Auguste, Antonin, Commode, Iléliogabale , Philippe et Carin (1) leur en montrèrent.

Les deux espèces de chameaux , celle de Bactriane et celle d’Arabie, sont déjà fort bien décrites et caractérisées par Aristote (2).

Les anciens ont connu la girafe , ou chameau léopard ; on en a même vu une vivante à Rome , dans le cirque, sous la dictature de Jules César, l'an de Rome 70S ; il y en avait eu dix de rassemblées par Gordien III, qui furent tuées aux jeux séculaires de Philippe (3), ce qui doit étonner nos

(1) Vojez mon chapitre de l’Hippupulsme dans la fouie 1"' (les Recherches.

(2) Hisl. an m.,lih. ii, cap. i.

(Z) Jul. Cupilol , Gord, iii, cap. 23.

7i DISCOUBS SÜR LES RÉVOLUTIONS

modernes qui n’en ont vu qu’une dans le treizième et une dans le quinzième siècle (1) , et qui ont si fort admiré celle que la France a reçue du paclia d'Égypte , et qui vit aujourd'hui au Jardin du Roi-

Si onlit avec attention les descriptions de l'hippopolame , données par Hérodote et par Aristote, et que l'on croit empnintées d'Hécatéede Milet, on trouvera qu’elles doivent avoir été composées avec celles de deux animaux diflérens , dont l’un était peut-être le véritable hippopotame, et dont l’autre était certainement le gnou {Antilope gnu, Gmel.), ce quadrupède dont nos naturalistes n’ont -entendu parler qu’à la fin du dix-huitième siècle. C’était le même animal dont on avait des relations fabuleuses sous le nom de caioblepas ou do calablepon ( 2 ).

Le sanglier d’Éthiopie d’Agatharchides , qui avait des cornes , était bien notre sanglier d’É-

(t) Celle que posséda l'empereur Frédéric 11 , et cH!c que le Soudan d'Egypte envoya à Laurent de Médicis , et qui est peinte dans les fresques de Poggio Cajano.

(2) Voyez Pline, lib. tiii, cap. 32; et surtout Ælicu, |ib. vu , cap. 5.

t1)iopie d’aujourd'hui y dont les énormes défenses méritent presque autant le nom de cornes que les défenses de l’éléphant (1).

Le bubale , le nagor sont décrits par Pline (2); la gazelle, par Élien (3) ; l’oryx, par Oppien (4); l’axis l’était dès le temps de Ctésias (5) ; l’algazel et la corine sont parfaitement représentés sur les inonumens égyptiens (6).

Élien décrit bien le yak, ou l>os grunnien» y sous le nom de bœuf dont la queue sert à faire des chasse-mouches (7),

Le buflle n'a pas été domestique chez les anciens ; mais le bœufdes Indes, dont parle Élien (8), et qui avait des cornes assez grandes pour tenir trois amphores , était bien la variété du budlc appelée ami.

(1) Ælian., Anini., v, 27.

(2) Pline, lib. viii , cap. 4S, et lib. xt) cap. 37,

(3) Ælian., Anini., xiv, 14.

(4) 0pp., Cjneg., Il, V. 445 et suiv.

(5) Pline , lib. viii, cap. 21.

(6) Vo}ez le grand ouvrage sur l’Égypte , Anliq., ir, pl. 49 et pl. 66.

(7) Ælitin., Anini., xr, 14.

Ælian., Anini.,iii, 3t.

70 Discours sur lus révolutions

Et même ce bœuf sauvage à cornes déprimées, qu Aristote place dans l’Arachosie (1), no peut être que le buffle ordinaire.

Les anciens ont connu les bœufs sans cornes (2) ; les bœufs d’Afrique , dont les cornes nitachées seulement à la peau se remuaient avec elle (3) ; les bœufs des Indes , aussi rapides à la course que des chevaux (4) ; ceux qui ne surpassent pas un bouc en grandeur (5) ; les moutons à large queue (6) -, ceux des Indes , grands cpmmp deS ânes (7\

Toutes mêlées de fables que sont les indications données par les anciens sur l'auruchs, sur le renne, et sur l’élan, elles prouvent toujours qu'ils en avaient quelque connaissance ; mais que cette connaissance, fondée sur le rapport do

(1) Arist., llist. an. lib, ii, cap. 5.

(2) Ælian., ii, 53.

(3) Idem , u , 20.

(^) Idem , XV, 24.

(5) Idem , ibid.

(G) Idem , Anini., iii , 3.

^7) îdetn . 1 ». 32.

DM l.\ SLRFACn DU Gl-ORE. 77

peuples grossiers, n’avait point été soumise à une critique judicieuse (1).

Ces animaux habitent toujours les pays que les anciens leur assignent , et n’ont disparu que dans les contrées trop cultivées pour leurs habitudes ; l’aurochs , l’élan , vivent encore dans les forêts de la Lithuanie qui sp continuaient au* trefois avec la forêt Hercynienne. Il y a des aurochs au nord de la Grèce comme du temps de Pausanias. Le renne vit dans le nord , dans les pays glacés où il a toujours vécu ; il y change de couleur, non pas à volonté comme le croyaient lesGrecs, mais suivant les saisons. C’est par suite de méprises à peine excusables qu’on a supposé qu'il s'en trouvait au quatorzième siècle dans les Pyrénées (2).

(t) Voyez dans mes Reclierclies , toiii. iv, le chapitre lies Cerfs et celui des Bœufs.

{%) Biiffon, ayant lu dans Pu Fouilloux un passage tronqué de Gaston-Phébus , comte de Foix , où ce prince décrit la chasse du renne . avait imaginé qu'au temps de Gaston cet animal vivait dansifs Pyrénées ; et les éditions !• primées de Gaston étaient si fautives , qn’il était difTicile de savoir au juste ce que cet antenr avait voulu dire; mais ayant recouru à son manuscrit original, qui est con-

78 DISCOURS SUR LUS Rt;VOLU^10^S

L’ours blanc a élé vu môme en É{;yple sour les Ptolémées (4).

Les lions. , les panthères , étaient communs à Rome dans les jeux : on les voyait par centaines; on y a vu même quelques li{jres ; l’hyène rayée, le crocodile du Nil, y ont paru. Il y a dans les mosaïques antiques , conservées à Rome , d’excellens portraits des plus rares de ces espèces ; on voit entre autres l’hyène rayée , parfaitement représentée dans un morceau conservé au Muséum du Vatican, et pendant que j’étais à Rome ( en 4809 ) , on découvrit dans un jardin du côté de l'arc de Galien , un pavé en mosaïque de pierres naturelles assorties à la manière de Florence , représentant quatre tigres de Bengale supérieurement rendus. Il a élé depuis divisé et placé dans les salons de l'iiôtel de M. Torlonia , duc de Bracciano.

Le Muséum du Vatican possède un crocodile

serré à la Bibliotlièqne du Roi, j'ai constaté que c’était en Xxieden et en Nourvègve (en Suède et en Norwége) qu’il’ disait avoir vu et chassé des rennes.

(4) Athénée , lib v.

en basalte , d’une exactitude presque parfaite (1). On ne peut guère douter que V hippotigre ne fût le zèbre , qui ne vient cependant que des parties méridionales de l’Afrique (2).

Il serait facile de montrer que presque toutes les espèces un peu remarquables de singes ont été assez distinctement indiquées par les anciens sous les noms de pitlièqucs , de sphinx , de satyres , de cébus , de cynocéphales, de cercopithèques (3).

Ils ont connu et décrit jusqu'à d’assez petites espèces de rongeurs, quand elles avaient quelque conformation ou quelque propriété notable (à). Mais les petites espèces ne nous impor»

(1) Il n’y a d’erreur qu’un ongle de trop au pied de der< riëre. Auguste en avait montré (rcnie-six. Dion , lib. lt.

(2) Caracatia en tua undansleciiqiie.Uion.lib. ixxvii. Coiif. Gisb. Cuperi de Elepb. in nunimis obviis , es. ii , cap. 7.

(3) Voyez Lichtenstein : Comment, de Simiarum quolqnut veteribus innotuerunt furniis. Hamburg. 179t. Et en général consultez sur tous ces animaux les notes que j’ai nsérées dans le Pline de l’édition de Lemaire, ainsi que dans la traduction de Pline publiée par M. Panckoucke.

(4) La gerboise est gravée sur les médailles de Cyrène, indiquée par Aristote sous le nom de Hat à deux f>itds.

80 DISCOURS SUR l.ES RÉVOLUTIONS

ent point relativement 5 noire objet , ei il nous suffit d’avoir moniré que toutes les grandes espèces remarquables par quelque caractère frappant, que nous connaissons en Europe , en Asie et en Afrique, étaient déjà connues des anciens; d'où nous pouvons aisément conclure que s'ils ne font pas mention des petites, ou s’ils ne distinguent point celles qui se ressemblent trop , comme les diverses gazelles et autres, ils en ont été empêchés par le defaut d'attention et de mé-: diode, plutôt que parles obstacles du climat. Nous conclurons également que si dix-huit ou vingt siècles, et la circumnavigation de l'Afrique et des Indes , ont si peu ajouté en ce genre à ce que les anciens nous ont appris , il n'y a pas d'apparence que les siècles qui suivront apprennent beaucoup à nos neveux.

Mais peut-être quelqu’un fera- 1- il uq argument inverse , et dira que non seulement les anciens , comme nous venons de le prouver, ont connu autant de grands animaux que nous, mats qu'ils en ont décrit plusieurs que nous n'avons pas ; que nous nous hâtons de regarder ces animaux comme fabuleux; que nous devons les chercher encore avant de croire avoir épuisé

DE LA StinrACE DU GLODE.

riiisloirc de la ciéaiion existante; enfin que parmi ces animaux prétendus fabuleux se trouveront peut-être, lorsqu'on les coniiaîtra mieux, les originaux de nos ossemens d'espèces inconnues. Quelques uns penseront même que ces monstres divers, ornemens essentiels de l’iiistoii e Jiéroïquc de presque tous les peuples, sont précisément ces espèces qu’H a fallu détruire pour permettre à la civilisation de s'établir. Ainsi les Thésée et les lîellérophon auraient été plus heureux que tous nos peuples d’aujourd’hui , qui ont Iticn repoussé les animaux nuisibles , mais qui ne sont encore parvenus à en exterminer aucun.

Il est facile de répondre à cette objection en examinant les descriptions de ces êtres inconnus, et eu remontant à leur origine.

Les plus nombreux ont une source purcuicnt mythologique , et leurs descriptions en portent l'empreinte irrécusable ; car ou ne voit dans presque toutes que des parties d’animaux connus , réunies par une imagination sans frein, et contre touies'les lois de la nature.

Ceux qu’ont inventés ou arrangés les Grecs ont au moins de la grâce dans leur composition ; semblables à ces arabesques qui décorent quel-

ques restes d’édifices antiques , et qu’a multipliés le pinceau fécond de Raphaël , les formes qui s’y marient , tout en répug^nant à la raison , offrent à l’œil des contours agréables ; ce sont des produits légers d'heureux songes ; peut-être des emblèmes dans le goûtoriental, où l’on prétendait voiler sous des images mystiques quelques propositions de métaphysique ou de morale. Pardonnons à ceux qui emploient leur temps à découvrir la sagesse cachée dans le sphinx de Thèbes , ou dans le pégase de Thessalie , ou clans le minolaure de Crète, ou dans la chimère de l’Epire ; mais espérons que personne ne les cherchera sérieusement dans la nature : autant vaudrait y chercher les animaux de Daniel , ou la bêle de l’Apocalypse.

N'y cherchons pas davantage les animaux biythologiques des Perses , enfans d’une imagination encore plus exaltée; cette mortieftore ou dettructeur d'hommes , qui porte une tête humaine sur un corps de lion , terminé par une queue de scorpion (1) ; ce griffon ou gardeur de trésors^

(1) Plin. vin , 3i ; ArisI.y lib. ii, cap. ; Phot., Bib!., art. 72; Indie. ; Æliai)., Aniœ., iv, 2i.

DE I.A SüI'.FACE DU GLODE. 83

à raoilié aigle, à naoilié lion (1); ce cartazonon (2) ou âne sauvage , dont le front est armé d'une longue corne.

Ctcsias , qui a donné ces animaux pour existans, a passé, chez beaucoup d’auteurs, pour un inventeur de fables, tandis qu’il n’avait fait qu’attribuer de la réalité à des figures emblématiques. On a retrouvé ces compositions fantastiques sculptées dans les ruines de Persépolis (3); que signifiaient-elles? Nous ne le saurons probablement jamais ; mais à coup sûr elles ne representent pas des êtres réels.

Agatharebides , cet autre fabricateur d’animaux , avait probablement puisé à une source analogue : les monumens de l’Egypte nous montrent encore des combinaisons nombreuses de parties d’espèces diverses ; les dieux y sont souvent représentés avec un corps humain et une

(f) Ælian., Anim., iv, 27.

(2) Idem, xvi, 20; Pliolius , B.bl. , ail. 72; Clcs , Indic.

(3) Voyez Corneille Lebrun , Voyage en Moscorie , cir Perse et aux Indes, tom. ii , et l’onvrage allemand de M. llcercn , sur le cointnerce des ancien-.

8i DISCOURS SUR LES RÉVOLLTiü.NS

lélc d’animal -, on y voit des animaux avec des tètes d’homme , qui ont produit les cynocéphales, les sphinx cl les satyres des anciens naturalistes. L'habitude d’y représenter dans un même tableau des hommes de tailles très différentes , le roi ou le vainqueur gigantesque, les vaincus ou les sujeis trois ou quatre fois plus petits, aura donné naissance à la fable des pygmées. C’est dans quelque recoin d'un de ces monumeus qu’Agalharchides aura vu son taureau carnivore, dont la gueule fendue jusqu’aux oredles, n’épargnait aucun autre animal (1), mais qu’assurémeni les naturalistes n'avoueront pas ; car la nature ne combine ni des pieds fourchus, ni des cornes , avec des dents tranchantes.

Il y aura peut être eu bien d'autres figures tout aussi étranges , ou dans ceux de ces monumens qui n’ont pu résister au temps , ou dans les temples de l’Ethiopie et de l’Arabie , que les Mahométans et les Abyssins ont détruits par zèle religieux. Ceux de l’lude en fourmillent j mais

(1) Photins, Bibl., ait. 250; Agalharcliid. , Excerpt. cap. xxxix ; Ælian. , Anim , xvii , 45 ; Plin., viii ,

DK I.A SLîRl’ACE DU ULODK.

les combinaisons en sont trop exli avajjaules pour 'avoir trompé quelqu’un ; des monstres à ccnt bras , à vingt têtes toutes différentes, sont aussi par trop monstrueux 4

i II n'est pas jusqu’aux Japonais et aux Chinois qui n’aient des animaux imaginaires qu'ils donnent comme réels, qu’ils représentent mémo dans leurs livres de religion. Les Mexicains en avaient. C’est l’habitude de tous les peuples, soit aux époques où leur idolâtrie n'est point encore raffinée, soit lorsque le sens de ces combinaisons emblématiques a été perdu. Mais qui oserait prétendre trouver dans la nature ces enfans de l’ignorance ou de la superstition ?

Il sera arrivé cependant que des voyageurs , pour se faire valoir , auront dit avoir observé ces êtres fantastiques, ou que, faute d’alienlion, et trompés par une ressemblance légère, ils auront pris pour eux des êtres réels. Les grands singes auront paru de vrais cynocéphales, de vrais sphinx, de vrais hommes à queue; c’est ainsi que saint Augustin aura cru avoir vu un satyre.

Quelques animaux véritables mal observés et mal décrits , auront aussi donné naissance à des iJées monstrueuses, bien que fondées sur quel

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