‹ Discours sur les revolutions de la surface du globe et sur les changemens qu'elles ont produits dans le regne animalChapitre 12 sur 26 · DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIO^S · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIO^S

Jlais , dira-t-on , quel animal à deux cornes a pu donner l’idée de l’oryx et présente les traits que l’on rapporte de sa conformation, même en faisant abstraction de l’unité de corne? Je réponds, avec Pallas, que c’est l'antilope ù cornes droites, mal à propos nommée pasan par BufTon. {Antilope oryx , Gmel.)Elle habite les déserts de l’Afrique, et doit venir jusqu’aux confins de l’Éfjypte ; c’est celle que les hiéroglyphes paraissent représenter; sa forme est assez celle du cerf; sa taille égale celle du bœuf ; son 'poil du dos est dirigé vers la tête; ses cornes forment des armes terribles, aiguës comme des dards, dures comme du fer; son poil est blanchâtre; sa face porte des traits et des bandes noires ; voilà tout ce qu’en ont dit les naturalistes, et, pour les fables

corne impaire aurait dû èire attachée sur une suture , ce qui leur paraissait impossible. Toutefois il ne résulte pas de là que la licorne existe ; et en effet, bien que partout la croyance populaire admette la réalité de cet animal, l)ien que partout on trouve des hommes qui piéten- <!ent l’avoir vu , tous les efforts des voyageurs européens } our le retrouver, out jusqu’à présent été inutiles. » 3

Fiéd. Ci'v.

des prêtres d’Égypte qui ont motivé l’adoption de son image parmi les signes hiéroglyphiques , U n’est pas nécessaire qu’elles soient fondées en ^ nature. Qu’on ait donc vu un oryx privé d’une corne ; qu'on l’ait pris pour un être régulier, type de toute l’espèce; que cette erreur, adoptée par Aristote, ait été copiée par ses successeurs, tout cela est possible , naturel même , et ne prouvera cependant rien pour l'existence d’une espèce unicorne (1).

Quant à l'àne des Indes, qu'on lise les propriétés anti-vénéneuses attribuées a sa corne par les anciens , et l'on verra qu’elles sont absolument les mêmes que les Orientaux attribuent aujourd'hui à la corne du rhinocéros. Dans les premiers temps où celte corne aura été apportée chez les Grecs , ils n’auront pas encore connu l’animal qui la portait. En elTct, Aristote ne fait point mention

(i) M. Lirhiensicin, considérant que l’antilope oryx de Pallas n'habite que le midi de l’Afrique, pense que t’oryx des anciens est plutôt Vtmtilofe gasella, Linn., qui diffère de l’autre espèce par des cornes arquées. II paraît en effet que c’est elle qui est représentée le plus souvent sur les moniimcns égyptiens.

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02 DISCOLUS SLI\ LES nÊVOLUTlONS (lu rhinocéros, et Agalharchicics est le premier qui l’ait décrit. C’est ainsi que les anciens ont eu de l'ivoire lon{j-temps avant de connaître l’éléphant. Peut-être même quelques uns de leurs voyageurs auront-ils nommé le rhinocéros âne des Indes avec autant de justesse que les Romains avaient nommé l’éléphant hœuf de Lucanie. Tout ce qu'on dit de la force , de la grandeur et de la férocité do cet ûne sauvage convient d’ailleurs très-bien au rhinocéros. Par la suite ceux qui connaissaient mieux le rhinocéros, trouvant dans des auteurs antérieurs cette dénomination à'âne d‘'s Indes, l’auront prise, faute de critique, pour celle d’un animal particulier ; enfin de ce nom l’on aura conclu que l'animal devait être sohpède . Il y a bien une description plus détaillée de l’âno des Indes par Ctésias (1); mais nous avons vu plus haut qu’elle a été faite d'après les bas-reliefs d<! Pcrsépolis ; elle ne doit donc entrer pour rien dans l’histoire positive de l'animal.

Quand enfin il sera venu des descriptions un peu plus exactes qui parlaient d’un animal à une seule corne, mais à plusieurs doigts, l'on en aura

(1) Ælian., Anim., iv, 52; Plioliiis, Bibl.,pag. J54.

luit encore «ne troisième espèce sons le nom do iïionocéros. Ces sortes de doubles emplois sont d'autant pins fréqnens dans les naturalistes anciens , que prestpie tons ceux dont les oiivra^jes nous restent étaient de simples compilateurs; qii’Ariuoie lui-méme a fréquemment mêlé des faits empruntés ailleurs avec ceux qu’il a observés lui-même ; qn’enfin l’art de la critique était aussi peu connu alors des naturalistes que des bisioriens , ce qui est beaucoup dire.

De tous ces raisonnemens , de toutes ces digressions, il résulte que les grands animaux qno nous connaissons dans l’ancien continent étaient connus des anciens, et que les animaux d-crils par les anciens et inconnus de nos jours, étaient l'abnieux ; il en résulte donc aussi qu’il n’a pas fallu beaucoup de temps pour que le < grands animaux des trois premières parties du monde fussent connus des peuples qui en fré(|uentaicnt les côtes.

On peut en conclure que nous n’àvons do même aucune grande espèce à découvrir eu Amérique. S'il y en existait, il n’y aurait aucune raison pour que nous ne les connussions pas ; et ca eCTet, depuis cent cinquante ans, on n’y en a

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découvert aucune. Le tapir, le jaguar, le puma, le cabiai, le lama , la vigogne , le loup rouge , le Lufialo ou bison d’Amérique , les fourmiliers , les paresseux , les tatous , sont déjà dans Margrave et dans Hernandès comme dans Buffon ; on peut même dire qu’ils y sont mieux ; car CulFon a embrouillé l’histoire des fourmiliers , méconnu le jaguar et le loup rouge, et confondu le bison d’Amérique avec l'aurochs de Pologne. A la vérité , Pennant est le premier naturaliste qui ait bien distingué le petit bœuf musqué ; mais il était depuis long-temps indiqué par les voyageurs.

Le cheval à pieds fourchus, de Molina, n’esi point décrit par les premiers voyageurs espagnols; mais il est plus que douteux qu'il existe , et l'autorité de Molina est trop suspecte pour le faire adopter. Il serait possible de mieux caractériser qu'ils ne le sont, les cerfs de l’Amérique et des Indes ; mais il en est à leur égard, comme chez les anciens à l’égard des diverses antilopes; c’est faute d’une bonne méthode pour les distinguer, et non pas d’occasions pour les voir, qu’on ne les a pas mieux fait connaître. Nous pouvons donc dire que le mouflon des montagnes Bleues est jusqu’à présent le seul quadrupède d’Amé-

rlqiie un peu considérable , dont la découverte soit tout-à-fait moderne ; et peut-être n’est-ce qu’un ar{j[ali venu de la Sibérie sur la glace.

Comment croire, après cela, que les immenses mastodontes, les gigantesques mégatliériums , dont on a trouvé les os sous la terre dans les deux Amériques , vivent encore sur ce continent ?

Comment auraient-ils échappé à ces peuplades errantes qui parcourent sans cesse le pays dans tous les sens , et qui reconnaissent elles-mêmes qu’ils n’y existent plus , puisqu’elles ont imaginé une fable sur leur destruction , disant qu’ils furent tués par le Grand Esprit , pour les empêcher d’anéantir la race humaine? Maison voit que celte fable a été occasionée par la découvecto des os, comme celle des habitans de la Sibérie sur leur mammouth, qu’ils prétendent vivre sous terre à la manière des taupes , et comme toutes celles des anciens sur les tombeaux de géans qu’ils plaçaient partout où l’on trouvait des os d’éléphans.

Ainsi l’on peut bien croire que si, comme nous le dirons tout à 1 heure, aucune des grandes espèces de quadrupèdes aujourd’hui enfouies dans des couches pierreuses régulières, ne s'est iroii-

06 Discorns slk i,î;s r.i';voixTioNS

véc sembla! )lc aii\ espèces vivantes que l’on connaît, ce n'est pas l'elfet d’un simple hasard, ni parce que précisément ces espèces, dont on n’a que les os fossiles, sont cachées dans les déserts, cl ont éciiappé jnsqn’ici à tons les voyageurs : l'on doit au contraire regai'dcr ce phénomène comme tenant à des causes générales, et son élude comme l’une des plus propres à nous f lire remonter à la nature de ces causes.

Los jfais si celle étude est plus satisfaisante par

foSSlIc&iIrS ‘ '

q.iadrui.i scs résultats que celle des autres restes d’ani- «i.fliciios à maux fossiles , elle est aussi hérissée de difliculîir.""'* lés beaucoup plus nomJjreuses. Les coquilles fossiles se présentent pour l'ordinaire dans leur entier, et avec tous les caractères qui peuvent les faire rapprocher de leurs analogues dans les collections ou dans les ouvrages des naturalistes ; les poissons mêmes offrent leur squelette plus on moins entier ; on y distingue presque toujours lu forme générale de leur corps, et le plus souvent leurs caractères génériques et spécifiques qui se tirent de leurs parties solides. Dans les quadrupèdes au contraire, quand on rencontrerait le squelette entier, on aurait de la peine à

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DE LA SURFACE DU GI.OIiE. 07

y appliquer des caractères lires, pour la plupart, des poils , des couleurs et d'autres marques qui s'évanouissent avant l'incrustation ; et meme il est infiniment rare de trouver un squelette fossile un peu complet; des os isolés, et jetés pêlemêle , presque toujours brisés et réduits à des fragmens, voilà tout ce que nos couches nous fournissent dans cette classe , et la seule ressource du naturaliste. Aussi peut-on dire que la plupart des observateurs, effrayés de ces difficultés , ont passé léj^èrement sur les os fossiles de quadrupèdes ; les ont classés d’une manière vague, d’après des ressemblances superficielles, ou n’ont pas même hasardé de leur donner un nom ; en sorte que celte partie de l’histoire des fossiles , la 'plus importante et la plus instructive de toutes , est aussi de toutes la moins cultivée li'.

(J) Je ne prétends point par cette remarque , ainsi que je l’ai déjà dit plus haut , iliniinner leiiiérilc des observations de MM. Camper, Pallas , niumenbach.Soçmmeri ing, Merk, Faiijas, Rosenmüller, Home, etc. ; mais leurs travaux estimables , qui m'ont été fort utiles , et que je cite partout, ne sont que partiels , et pinsieuis de ces travaux

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