‹ Discours sur les revolutions de la surface du globe et sur les changemens qu'elles ont produits dans le regne animalChapitre 13 sur 26 · U8 DISCOURS SLR LUS RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

U8 DISCOURS SLR LUS RÉVOLUTIONS

Principe HeureusemeiU l’analoinie comparée possédait

de celle , ^ . , ; , .

le'terniiiia* un principe qui , bien développé , était capable de faire évanouir tous les embarras ; c’était celui de la corrélation des formes dans les êtres orjjanisés , au moyen duquel chaque sorte d'être pourrait, à la rigueur, être reconnue par chaque fragment de chacune dé ses parties.

Tout être organisé forme un ensemble, un système unique et clos, dont les parties se correspondent mutuellement, et concourent à la mémo action définitive par une réaction réciproque. Aucune de ces parties ne peut changer sans que les autres changent aussi , et par conséquent chacune d'elles, prisé séparémént, indique et donne toutes les autres.

Ainsi , comme je l'ai dit ailleurs ,*si lés intestins d'un animal sont organisés de manière à né digérer que de la chair et de la chair récente , il faut aussi que ses mâchoires soient construites pour dévoref une proie ; ses griffes pour la saisir et la déchirer ; ses dents pour la couper et la * diviser; le système entier de ses organes du

n’ont été publiés que depuis les premières éditions de ce discours.

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mouvemenl pour la poui’suivre et pourl’atieindre; ses organes des sens pour l’apercevoir de loin ; il faut même que la nature ait placé dans son cerveau l’instinct nécessaire pour savoir se cacher et tendre des pièges à ses victimes. Telles seront les conditions générales du régime carnivore; tout animal destiné pour ce régime les réunirainfailliblement, car sa race n’aurait pu subsister sans elles ; mais sous ces conditions générales il en existe de particulières, relatives à la grandeur, à l'espèce, au séjour de la proie pour laquelle l’animal est disposé ; et de chacune de ces conditions particulières résultent des modifications de détail dans les formes qui dérivent des conditions générales : ainsi, non seulement la classe, mais l'ordre, mais le genre, et jusqu’à l espèce , se trouvent exprimés dans la forme de chaque partie.

En effet, pour que la mâchoire puisse saisir , il lui faut une certaine forme de condyle, uq certain rapport entre la position de la résistance et celle de la puissance avec le point d’appui , un certain volume dans le muscle crotaphite qui exige une certaine étendue dans la fosse qui le reçoit, et une certaine convexité de l’arcade zy-

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gomatiqne souslaquclle il passe; celte arcade zygomatique doitaussi avoir une certaine force pour donner appui au muscle massoter.

Pour que l’animal puisse emporter sa proie , il lui faut une certaine vigueur dans les muscles qui soulèvent sa tête , d’où résulte une forme déterminée dans les vertèbres où cesmusclesont leurs attaches, et dans l’occiput où ils s’insèrent.

Pour que les dents puissent couper la chair , il faut quelles soient tranchantes , et qu’elles le soient plus ou moins , selon qu’elles auront plus ou moins exclusivement de la chair à couper.

Leur base devra être d’autant plus solide qu’elles auront plus d'os , et de plus gros os à briser. Toutes ces circonstances influeront aussi sur le développement de toutes les parties qui servent à mouvoir la mâchoire.

Pour que les griffes puissent saisir cette proie, il faudra une certaine mobilité dans les doigts , une certaine force dans les ongles , d'où résulteront des formes déterminées dans toutes les phalanges , et des distributions nécessaires de muscles et de tendons; il faudra que l’avhntbras ait une certaine facilité à se tourner , d'où résulteront encore des formes déterminées dans

Digi^ize^y Goo<^le

DE LA SURFACE DU ULORE. dOl

les OS qui le competent ; mais les os de l'avantbras, s’articulant sur l'humérus, ne peuvent changer de formes sans entraîner des changemens dans celui-ci. Les os de l’épaule devront avoir un certain degré de fermeté dans les animaux qui emploient leurs bras pour saisir, et il en résultera encore pour eux des formes particulières. Le jeu de toutes ces parties exigera dans tous leurs muscles de certaines proportions , et les impressions de ces muscles ainsi proportionnés , détermineront encore plus particulièrement les formes des os.

11 est aisé de voir que l’on peut tirer des conclusions semblables pour les extrémités postérieures qui contribuent à la rapidité des mouvemens généraux ; pour la composition du tronc et les formes des vertèbres , qui influent sur la facilité , la flexibilité de ces mouvemens ; pour les formes des os du nez , de l'orbite , de l’oreille , dont les rapports avec la perfection des sens de l'odarat , de la vue , de l’ouïe sont évidens. En un mot , la forme de la dent entraîne la forme du condyle , celle de l’omoplate , celle des ongles , tout comme l’équation d’une courbe entraîne toutes ses propriétés ; et de même qu’en

jO‘2 discours sur les RÊNOI.U'flOiNS

prenant chaque propriété séparément pour base d’une équation particulière , on retrouverait , et l’équation ordinaire, et toutes les autres propriétés quelconques , de même l ongle , l’omoplate , le condyle , le fémur , et tous les autres os pris chacun séparément , donnent la dent ou se donnent réciproquement ; et en commençant par chacun d’eux , celui qui posséderait rationnellement les lois de l’économie organique pourrait refaire tout l’animal. '

Ce principe est assez évident en lui-même , dans cette acception générale , pour n’avoir pas besoin d’une plus ample démonstration ; mais quand il s’agit de l’appliquer , il est un grand nombrcde cas où notre connaissance théorique des rapports des formes ne suffirait point , si elle n’était appuyée sur l’observation.

Nous voyons bien , par exemple , que les animaux à sabots doivent tous être herbivores , puisqu’ils n’ont aucun moyen de saisir une proie ; nous voyons bien encore que , n’ayaût d’autre usage à faire de leurs pieds de deyant que de soutenir leur corps , ils n’ont pas besoin d’une épaule aussi vigoureusement organisée , d’où résulte l’absence de olavinile et d’acromion,

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l’éli oilcsse de l'omoplate ; n'ayant pas non plus besoin de tourner leur avant-bras , leur radius sera soudé au cubitus , ou du moins articulé par ginf^lyme, et non par arihrbdie avec l’humérus ; leur régime herbivore exigera des dénis à couronne piale pour broyer les semences elles herbages ; il faudra que cette couronne soit inégale, et , pour cet effet , que les parties d’émail y alternent avec les parties osseuses ; celte sorte de couronne nécessitant des mouveniens horizontaux pour la trituration , le condyle de la mâchoire ne pourra être un gpnd aussi serré que dans les carnassiers ; il devra être aplati , et répondre aussi à une facette de l'os des tempes plus ou moins aplatie ; la fosse temporale , qui n'aura qu’un petit muscle à loger , sera peu large et peu profonde , etc. Toutes ces choses se déduisent l’une de l’autre , selon leur plus ou moins de généralité , et de manière que les unes sont essentielles et exclusivement propres aux animaux à sabots, et que les autres, quoique également nécessaires dans ces animaux, ne leur seront pas exclusives , mais pourront se retrouver dans d’autres animaux, où le reste des conditions pormellra encore' celles-là.

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Si l’on descend ensuite aux ordres ou subdivisions de la classe des animaux à sabots, et (|ue l’on examine quelles modibeations subissent les conditions générales», ou plutôt quelles conditions particulières il s’y joint , d’après le cai aclère propre à chacun de ces ordres , les raisons de ces conditions subordonnées commencent à paraître moins claires. On conçoit bien encore en gros la nécessité d’un système digestif plus compliqué dans les espèces où le système dentaire est plus imparfait -, ainsi l’on peut se dire que ceux-là devaient être plutôt des animaux ruminans , où il manque tel ou tel ordre de dents -, on peut en déduire une certaine forme d’œsophage et des formes correspondantes des vertèbres du cou , etc. Mais je doute qu’on eûtdeviné, si l'observation ne l’avait appris, que les ruminans auraient tous le pied fourchu, et qu’ils seraient les seuls qui l’auraient : je doute qu’on eût deviné qu'il n’y aurait de cornes au front que dans cette seule classe ; que ceux d’entre eux qui auraient des canines aiguës , manqueraient , pour la plupart , de cornes, etc.

Cependant , puisque ces rapports sont constans, il faut bien qu’ils aient une cause suffisante ;

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mais comme bous ne la connaissons pas , uons devons suppléer au défaut de la théorie par le nmyen de l'observaiion ; elle nous sert à établir des lois empiriques qui deviennent presque aussi certaines que les lois rationnelles , quand elles reposent sur des observations assez répétées ; en sorte qti’aujourd’hui , quelqu’un qui voit seulement la piste d’un pied fourchu , peut en conclure que l'animal qui a laissé cette empreinte ruminait ; et cette conclusion est tout aussi certaine qu'aucune autre en physique ou en morale. Cette seule piste donne donc à celui qui l'observe, et la forme des dents, et la forme des mâchoires, et la forme des vertèbres , et la forme de tous les os des jambes , des cuisses , des épaules et du bassin del’animal qui vient de passer.C’estune marque plus sûre que toutes celles de Zadig.

Qu'il y ail cependant des raisons secrètes de tous ces rapports , c'est ce que l’observation même fait entrevoir indépendamment de la philosophie {générale.

Cn effet, quand on forme un tableau de ces rapports , on y remarque non seulement une constance spécifique, si l’on peut s'exprimer ainsi , entre telle forme de tel or^jane et telle

Diqr -Td by Googlt

100 DISCOLRS SL'U I.Lh lii: \ 0 1. 1. I lü.\ S

.'uitrc forme d'un orgone différent ; mais l'on aperçoit aussi une constance classique et une gradation correspondante dans le développement de ces deux organes , qui montrent , presque aussi bien qu'un raisonnement effectif, leur influence mutuelle.

Par exemple , le système dentaire des animaux à sabots , non ruminans , est en général plus parfait que celui des animaux à pieds fourchus ou ruminans, parce que les premiers ont des incisives ou des canines, et presque toujours des unes et des autres aux deux mâchoires , et la structure de leur pied est en général plus compliquée , parce qu’ils ont plus de doigts , ou des ongles qui enveloppent moins les phalanges, ou plus d os distincts au métacarpe et au métatarse , ou des os du tarse plus nombreux , ou un péroné plus distinct du tibia, ou bien enfin parce qu'ils reunissent souvent toutes ces circonstances. Il est impossible de donner des raisons de ces rapports ; mais ce qui prouve qu’ils ne sont point l’effet du hasard , c’est que toutes les fois qu'un animal à pied fourchu montre dans l'arrangement de ses dents quelque tendance à se ra[>procher des animaux dont nous parlons , i|

ni: LA SLi'u’ACi: nu globe. 1ü7

moiilre aussi une tendance semblable dans l'arrangement de ses pieds. Ainsi les chameaux qui ont des canines , et même deux ou quaire incisives à la mâchoire supérieure , ont un os de pins au tarse , parce que leur scaphoïde n’est pa.^ soudé au cuboïde , et des ongles très-petits avec des phalanges onguéales coirrespondantes. Les chevrotains , dont les canines sont très-dévelop pées , ont un péroné distinct tout le long de leur tibia , tandis que les autres pieds fourchus n’oni pour tout péroné qu'un petit os articulé au bas du tibia. Il y a donc une harmonie constante en tre deux organes en apparence fort étrangers l'un à l'autre , et les gradations de leurs formes se correspondent sans interruption, même dans les cas où nous ne pouvons rendre raison de leurs rapports.

Or , en adqitant ainsi la méthode de l’observation comme un moyen supplémentaire quami la théorie nous abandonne, on arrive à des détails faits pourétonner. La moindre facette d’os, la moindre apophyse ont un caractère déterminé , relatif à la classe , à l'ordre , au genre et à l'espèce auxquels elles appartiennent, au point que toutes les fois que l'on a seulement une ex-

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trémité d’os bien conservée , on peut , avec de Tapplication , et en s'aidant avec un peu d'adresse de l'analogie et de la comparaison eflective , déterminer toutes ces çhoses aussi sûre ment que si l'on possédait l’animal entier. J'ai fait bien des fois l'expérience de cette méthode sur des portions d'animaux connus , avant d’y mettre entièrement ma confiance pour les fossiles ; mais elle a toujoin-s eu des succès si infaillibles, que je n’ai plus aucun doute sur la certitude des résultats qu’elle m'a donnés.

if est vrai que j”^ai joui de tous les secours qui pouvaient m'être nécessaires , et que ma position heureuse et une recherche assidue pendant près de trente ans m'ont procuré des squelettes de tous les genres et sous-genres de quadrupèdes , et môme de beaucoup d’espèces dans certains genres , et de plusieurs individus dans quelques espèces. Avec de tels moyens il m'a été aisé de multiplier mes comparaisons , et de vérifier dans tous leurs détails les applications que je faisais de mes lois.

Nousne pouvons traiter plus au long de cette méthode , et nous sommes obligés de renvoyer à la grande anatomie comparée que nous ferons

bienlüt paraître , (!t où l'on en trouvera toutes les règles. Cependant un lecteur intelligent pourra déjà en abstraire un grand nombre de l’ouvrage sur les os fossiles , s’il prend la peine de suivre toutes les applications que nous y en avons faites. Il verra que q’estpar cette méthode seule que nous nous sommes dirigés , et qu’elle nous a presque toujours suffi pour rapporter chaque os à son espèce , quand il était d’une espèce vivante ; à son genre, quand il était d’une espèce inconnue ; à son ordre , quand il était d’un genre nouveau ; à sa classe enfin , quand il appartenait à un ordre non encore établi ; et pour lui assigner , dans ces trois derniers cas , les caractères propres à le distinguer des ordres, des genres ou des espèces les plus semblables. Les naturalistes n’en faisaient pas davantage , avant nous , pour des animaux entiers. C’est ainsi que nous avons déterminé et classé le^ restes de plus de cent cinquante mammifères ou quadrupèdes ovipares (I).

(d) [Tout ce chapitre, et notamment les phrases qui la terminent , font connaître clairement cl la valeur cl Ici limites du principe de la délcriiiinatiou des ossemens foa*

'i klilraux.

des lesiii- Considérés par rapport aux espèces , plus de

i!|is gcni*- • 1* 1 ■ 1 •

r;,i.x d< quatre-vingt-dix de ces animaux sont bien cer- ’ che"/ '' talnement inconnus jusqu’à ce jour des naiura-

siles , fondé sur celui de la corrélation des formes dans les êtres organisés. Mon oncle n’a rien avancé ici que n’ait depuis confirmé l’expérience de tous les jours; et on peut dire que si de tels principes étaient faux , non seulement il faudrait renoncer à la déterminslion des espèces fossiles, mais que celle même des espèces vii'antes deviendrait impossible , puisque pour elles également on ne peut procéder que par la comparaison des individus nouveaux avec d’antres déjà connus.

Néanmoins un savant professeur de Taris, M. de Blniiiville, a cru trouver récemment, dans de préleudues erreurs que mon oncle aurait commises sur la classilicaliou de deux animaux anciens, le mègalhcriuiu et le dinolliéliuin , des motifs de mettre en question l'efljcacitè de ce priuc pc. Nul doute que les progrès de la science ne doivent compléter un jour, et reciinerau besoin , les notions 4]:i’il a été possible à mon onde de donner sur un c< ri.iin nombre d'animaux fossiles; mais cela ne pronveia pas plus contre le principe de leur déterminât on, que les reclifications que l’on peut avoir à faire aux calculs d’un gland géomètre ne prouvent coirtre les niélliodes de la Si icncc mathématique.

E/^l'il d'ailleni's bien certain que le niégallièriiim n’ait P s au G les paresseux et les ruuiiui.ici.f l’.iniiiilè que

DE LA SURFACE DU GLOBE. ill

listes ; onze ou douze ont une ressemblance si absolue avec des espèces connues , que l’on ne peut (ïiière conserver de doute sur leur identité ;

mon oncle avait reconnue? Le savant professeur croit pouvoir en faire de préférence un animal voisin des tatous. Mais on sait aujourd’hui que cette grande car rapace, que M. de Blainville attribue au mégathérium, et qui lui parait une si forte démonstration de la place de cet animal parmi les tatous, appartient vérilablcment à un genre de tatou fossile gigantesque , découvert également dans l’Amérique du sud, et que M. Owen a désigné sous le nom de glyptodon. Déjà cependant , avant cette découverte , on pouvait douter de l’exactitude de l’attribution faite par M. de Blainville; car les vertèbres lombaires du mégalbérium sont totalement dépourvues de ces apophyses qui surmontent, dans les tatous , leurs apophyses articulaires , et qui ser* vent à supporter leur carapace. Je puis encore donner comme une nouvelle preuve de l’affinité établie par mou oncle, celle qui résulte de pièces qu’il n’a point possédées , et notamment des détails du carpe et du tarse. Ici l’affinité est telle, que l’on peut dire que la forme de chacun des 08 de ces parties est un composé de celles des paresseux et des fourmiliers. Je citerai plus particultcremenl l’exemple de l’astragale et du scaphoïde. Le rebord interne de la poulie tibiale do l’astragale a presque aussi complètement disparu que dans l’aï; son rebord externe n’est pas dirigé d’arrière en avant et dans le sens du pro-

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