‹ Discours sur les revolutions de la surface du globe et sur les changemens qu'elles ont produits dans le regne animalChapitre 4 sur 26 · S4 DISCOURS SUR LES REVOLUTIONS · texte numérisé non relu

S4 DISCOURS SUR LES REVOLUTIONS

de la cohésion , pour former ainsi au pied d carpementune croupe plus ou moins élevée, que les chutes de débris soilt plus ou moins . danles ; ces croupes fortnent les flancs des v dans toutes les hautes montagnes , et se coi d’une riche végétation quand les éboüleme périeurs commencent à devenir moins fréq mais leur défaut de solidité les rend suje s’ébouler elles-mêmes quand elles sont miné les ruisseaux ; et c’est alors que des villes des cantons riches et peuplés se trouvent en lis sous la chute d’une montagne ; que le coui rivières est intercepté ; qu’il se forme de • ' dans des lieux auparavant fertiles et rians. ces grandes chutes heureusement sont rah . la principale influence de ces collines de d< c’est de fournir des matériaux pour les ra' des torrens.

Aiiuvions. Les eaux qui tombent sur les crêtes et les mets des montagnes , ou les vapeurs qui s’y densent, ou les neiges qui s’y liquéfient , de dent par une infinité de filets le long de pentes; elles en enlèvent quelques parcelle y tracent par leur passage des sillons lé|

» pigriized by Goçgle

Bientôt ces filets se réunissent dans les creux plus marqués dont la surface des montagnes est labourée ; ils s’écoulent par les vallées profondes qui en entament le pied , et vont former ainsi les rivières et les fleuves qui reportent à la merles eaux que la mer avait données à l’atmosphère. A la fonte ' des neiges , ou lorsqu’il survient un orage , le volume de ces eaux des montagnes, subitement augmenté , se précipite avec une vitesse proportionnée aux pentes ; elles vont heurter avec violence le pied de ces croupes de débris qui couvrent les flancs de toutes leshautes vallées ; elles entraînent avec elles les fragmens déjà arrondis qui les composent -, elles les émoussent , les polissent encoro par le frottement ; mais à mesure qu'elles arrivent à des vallées plus unies où leur chute diminue , ou dans des bassins plus larges où il leur est per- ]mis de s’épandre , elles jettent sur la plage les • plus grosses de ces pierres qu'elles roulaient; les débris plus petits sont déposés plus bas ; et il n’ar rive guère au grand canal de la rivière que les parcelles les i)lus menues ou le limon le plus iraperccptible. Souvenlmémc le cours de ces car x, avant de former le grand fleuve inférieur , (;st obligé de IruYerscriiiIac vasieet pioluadjfiuleur

36 Discouns sur les révolutions

limon se dépose , et d’où elles ressortent limpides. Mais les fleuves inférieurs , et tous les ruisseauK qui naissent des montafj^nes plus basses, ou des collines , produisent aussi , dans les terrains . qu’ils parcourent, des eflels plus ou moins analo(^ue3 à ceux des torrens des hautes montag^nes. Lorsqu'ils sont gonflés par de grandes pluies , ils attaquent le pied des collines terreuses ou sableuses qu'ils rencontrent dans leurs cours , et en portenUes débris sur les terrains bas qu'ils inondent, et que chaque inondation élève d’une quantité quelconque : enfin , lorsque les fleuves arrivent aux grands lacs ou à la mer, et que cette rapidité qui entraînait les parcelles de limon vient à cesser lout-à-fait , ces parcelles se déposent aux côtés de l’embouchure ; elles finissent par y former des terrains qui prolongent la côte; et si cette * côte est telle que la mer y jette de son côté du sable, et contribue à cet ace roissement , il se crée ainsi des provinces , des royaumes entiers , ordinairement les plus fertiles, et bientôt les* plus i riches du monde , si les gouvernemens laissent l’indusirie s’y exercer en paix.

Dune», Les clTets que la mer produit sans le cnneours

des fleuves sont beaucoup moins heureux. Lorsque la côte est basse et le fond sablonneux , les vagues poussent ce sable vers le bord ; ù chaque reflux il s’en dessèche un peu , et le vent qui souffle presque toujours de la mer en jette sur la plage. Ainsi se forment les dunes, ces monticules sablonneux qui , si rindustrie de l'homme ne parvient à les fixer par des végétaux convenables, marchent lentement, mais invariablement , vers l’intérieur des terres , et y couvrent les champs et les habitations, parce que le même vent qui élève le sable du rivage sur la dune jette celui du sommet de la dune à son revers opposé à la mer : que si la nature du sable et celle de l’eau qui s’élève avec lui sont t< 1les qu’il puisse s’en former un ciment durable ; les coquilles , les os jetés sur le rivage en seront incrustés ; les bois , les troncs d'arbres , les plantes qui croissent près de la mer seront saisis dans ces agrégats ; et ainsi naîtront ce que l’on pourra appeler des dunes durcies , comme on en voit Sur les côtes de la Nouvelle-Hollande. On peut en prendre une idée nette dans la description qu’en a laissée feu Pérou (1).

(1) Dan^i ion Vo).^ge aux Terres AusiraUs, t. t,ii. i'ùi.

Falaise». Quand , au contraire , la côte est élevée , la mer , qui n’y peut rien rejeter, y exerce une action destructive : scs values en ron{;ent le pied et en escarpent toute la hauteur en falaise , parce que les parties plus hautes se trouvant sans appui tombent sans cesse dans l’eau ; elles y sont a{jitces dans les Ilots jusqu’à ce que les parcelles les plus molles et les plus déliées disparaissent. Les portions plus dures , à force d’être roulées en sens contraires par les vagues , forment ces galets arrondis , ou cette grève qui finit par s’accumuler assez pour servir de rempart au pied de la falaise.

Telle est l’action des eaux sur la terre ferme; et l’on voit qu’elle ne consiste presque qu’en nivellemens, et en nivollcmens qui ne sont pas indéfinis. Les débris des grandes crêtes charriés dans les vallons , leurs particules , celles des collines et des plaines , portées jusqu’à la mer ; des alluvions étendant les côtes aux dépens des hauteurs, sont des e fiels bornés auxquels la végétation met en général un terme, qui supposent d'ailleurs la préexistence des montagnes, celle des vallées, celle des plaines, en un mot toutes les inégalités du globe , et qui no

peuvent par conséquent avoir donné naissance à ces inégalités. Les dunes sont un phénomène plus limité encore , et pour la hauteur et pour rétendue horizontale ; elles n’ont point de rapport avec ces énormes masses dont la géologie cherche l’origine.

Quant à l’action que les eaux exercent dans leur propre sein , quoiqu’on ne puisse la connaître aussi bien , il est possible cependant d’en déterminer jusqu’à un certain point les bmites.

Les lacs, les étangs , les marais , les ports de mer où il tombe des ruisseaux , surtout quand ceux-ci descendent des coteaux voisins et escarpés , déposent sur leur fond des amas de limon qui finiraient par les combler si l’on ne prenait le soin de les nettoyer. La mer jette également dans les ports , dans les anses , dans tous les lieux où ses eaux sont plus tranquilles, des vases et des sédimens. Les courans amassent entre eux ou jetteçt sur leurs côtés le sable qu'ils arrachent au fond de la mer , et en composent des bancs et des bas-fonds.

DepAti sont les eaux.

Certaines eaux, après avoir dissous des subs-stiiacüti-». tances calcaires au moyen de l'acide cat'i^onitpao

4ü DISCOL’P.S SUP. LES HÉVOLLTiONs

surabondant dont elles sont inpré{;nées , les lais* sent cristalliser quand cet acide peut s’évaporer, et en forment des stalactites et d’autres concrétions. Il existe des couches cristallisées confusément dans l'eau douce , assez étendues pour être comparables à quelques unes de celles qu’a laissées l’ancienne mer. Tout le monde connaît les fameuses carrières de travertin des environs de Rome , et les roches de cette pierre que la rivière du Teverone accroît et fait sans cesse varier en figure. Ces deux sortes d’actions peuvent se combiner ; les dépôts accumulés par la mer peuvent être solidifiés par la stalactite ; lorsque, par hasard, des sources abondantes en matière calcaire, ou contenant quelque autre substance en dissolution, viennent à tomber dans les lieux où ces amas se sont formés , il se montre alors des agrégats où les produits de la mer et ceux de l’eau douce peuvent être réunis. Tels sont les bancs de lu Guadeloupe , qui offrent à lu fois des coquilles de mer et de terre', et des squelettes humains. Telle est encore cette carrière d’auprès de Messine , décrite par de Saussure , et où le grès se reforme par les sables que la mer y jette , et qui s’y consolident.

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Dans la zone torride , où les lilbophyles sont Liiiioph^nombreux en espèces et se propagent avec une grande force , leurs troncs pierreux s’entrelacent en rochers , en récifs , et , s’élevant jusqu’à fleur d’eau , ferment l’entrée des ports , tendent des pièges terribles aux navigateurs. La mer , jetant des sables et du limon sur le haut de ces écueils, en élève quelquefois la surface au dessus de son propre niveau , et en forme des îles p'ates qu’une riche végétation vient bientôt vivifier (1).

Il est possible aussi que dans quelques endroits i„cru*tales animaux à coquillages laissent en mourant ieurs dépouilles piçrrousçs, et que, liées par des vases plus ou moins concrètes, ou par d’autres cimens , elles forment des dépôts étendus ou des espèces de bancs coquilliers ; mais nous n’avons aucune preuve que la mer puisse aujourd’hui incruster ces coquilles d’une pâte aussi compacte que les marbres , que les grès , ni

(1) \oyvz les observations faites dans la mer du Sud , psr R. Forster. Quelques uns pensent que ces îles de corail ont toujours un noyau d’une autre nature qui forme la plus grande masse de leur barc.

même que le calcaire grossier dont nous voyons les coquilles de nos couches enveloppées. Encore moins trouvons-nous qu’elle précipite nulle part de ces couches plus solides , plus siliceuses qui ont précédé la formation des bancs coquilliers.

Enfin toutes ces causes réunies ne changeraient pas d'une quantité appréciable le niveau de la mer , ne relèveraient pas une seule couche au dessus de ce niveau , et surtout ne produiraient pas le moindre monticule à la surface de la terre.

On a bien soutenu que la mer éprouve une diminution générale , et que l’on en a fait l’observation dans quelques lieux des bords de la Baltique (1). En d’autres endroits, comme l’Écossc

(1) C’est une opinion commune en Suède , que la mer s’abaisse , et -qu’on passe à gué ou à pied sec dans beaucoup d’endroits où cela ii’était pas possible autrefois. Des Iiommcs très-savans ont partagé cette opinion du peuple; et M. de Buch l’adopte tellement, qu’il v .1 jusqu’à supposer que le sol de toute la Suède s’élève petit à petit. Mais il est singulier que l’on n’ait pas fait ou du moins publié des observations suivies et précises propres à constater un fait mis en avant depuis si long-temps , et

et divers points de la Méditerranée, on croit avoir aperçu , au contraire , que la mer s’élève , et qu’elle ycouvre aujourd’hui des plages autrefois supérieures à son niveau (1). Mais quelles que soient les causes de ces apparences, il est certain qu’elles n’ont rien de général; que dans le plus grand nombre des ports où l’on a tant d’intérêt à observer la hauteur de la mer , et où des ouvrages fixes et anciens donnent tant de moyens d’en mesurer les variations , son niveau moyen est constant ; il n’y a point d’abaissement

qui ne laisserait lien à aucun doute si, comme le dit Liiinæus , cette différence de niveau allait à quatre et cinq pieds par an.

(1) M. Robert Stevenson, dans ses Observations sur le lit de la mer du Nord et de la Manche, soutient que le niveau de ces mers s'est élevé continuellement et très-sensiblement depuis trois siècles. Fortis dit la même chose de quelques lieux de la mer Adriatique; mais l’exemple du temple de Sérnpis , près de Fouzzoles , prouve que les bords de cette mer sont en plusieurs endroits de nature à pouvoir s’élever et s’abaisser localement. On a en revanche des milliers de quais , de chemins , et d’autres con- Elructions faites le long de la mer par les Romains , depuis Alexandiic jusqu’en Belgique , et dont le niveau relatif ii’a pas varié.

Ai DISCOLHS SLR LES RÉVOLUTIONS linivcrsel ; il n'y a point d’empiétement général.

L’action des volcans est plus bornée, plus locale encore que toutes celles dont nous venons de parler. Quoique nous n’ayons aucune idée nette des moyens par lesquels la nature entretient à de si grandes profondeurs ces violens foyers, nous jugeons clairement par leurs effets des changemens qu'ils peuvent avoir produits à la surface du globe. Lorsqu’ un volcan se déclare, après quelques secousses , quelques tremblemens de terre , il se fait une ouverture. Des pierres, des cendres sont lancées au loin ; des laves sont vomies; leur partie la plus fluide s’écoule en longues traînées ; celle qui l’est moins s’arrêta aux bords de l’ouverture , en élève le contour , y forme un cône terminé par un cratère. Ainsi les volcans accumubmt sur la surface , après U s avoir modifiées , des matières auparavant ensevelies dans la profondeur; ils forment des montagnes ; ils en ont couvert autrefois quelques parties de nos continens ; ils ont fait naître subitement des îles au milieu des mers ; mais c’était toujours de laves que ces montagnes , ces îles étaient composées -, tous leurs matériaux avaiei.t

subi l aciiun du feu : ils sont disposés comme doivent l’être des matières qui ont coulé d’un point élevé. Les volcans n’élèvent donc ni ne culbutent les couches que traverse leur soupirail : et si quelques causes agissant de cos profondeurs ont contribué dans certains cas à soulever de grandes montagnes , ce ne sont pas des agens volcaniques tels qu'il en existe de nos jours. ^

Ainsi , nous le répétons , c'est en vain que l’on cherche, dans les forces qui agissent maintenant à la surface de la terre , des causes suffisantes pour produire les révolutions et les catastrophes dont son enveloppe nous montre les traces ; et, si l'on veut recourir aux forces extérieures constantes connues jusqu à présent, Ion ny trouve pas plus de ressources.

Te nôle de la terré se meut dans un cercle Causct auiour du pôle de l’écliptique ; son axe s incline qucs con»plus ou moins sur le plan de celte même éclip-‘*“^'* tique ; mais ces deux mouvemens , dont les causes sont aujourd’hui appréciées, s exécutent dans des directions et des limites connues, et qui n'ont nulle proportion avec des effets tels que ceux dont nous venons de constater la grandeur.

Digilized by Goc^le

Dans tous les cas , leur lenteur excessive empêcherait qu'ils ne pussent expliquer des catastrophes que nous venons de prouver avoir été subites.

Ce dernier raisonnement s’applique à toutes les actions lentes que l’on a imaginées, sans doute dans l’espoir qu’on ne pourrait en nier l’existence, parce qu’il serait toujours facile de soutenir que leur lenteur môme les rend imperceptibles, Vraies ou non, peu importe; elles n’expliquent rien , puisque aucune cause lente ne peut avoir produit des effets subits. Y eût-il donc une diminution graduelle des eaux , la mer transportât-elle , dans tous les sens des matières solides, la température du globe diminuât ou augmentât-elle, ce n’est rien de tout cela qui a renversé nos couches , qui a revêtu de glace do grands quadrupèdes avec leur chair et leur peau, qui a mis à sec des coquillages aujourd'hui encore aussi bien conservés que si on les eût pêchés vivans , qui a détruit enfin des espèces et des genres entiers.

Ces argumens ont frappé le plus grand nombre des naturalistes, et, parmi ceux qui ont cherché à expliquer l’état actuel du globe , il

DE LA SUnFACE OU GLOBE.

D’en est presque aucun qui l’ait attribué eu entier à des causes lentes, encore moins à des causes a{}issant sous nos yeux. Cette nécessité où ils se sont vus de chercher des causes différentes de celles que nous voyons agir aujourd’hui, est même ce qui leur a fait imaginer tant de suppositions extraordinaires , et les a fait errer et se perdre en tant de sens contraires , que le nom même dè leur science, ainsi que je l’ai dit ailleurs, a été longtemps un sujet de moquerie (1) pour quelques personnes prévenues qui ne voyaient que les systèmes qu’elle a fait éclore, et qui oubliaient la longue et importante série des faits certains qu’elle a fait connaître.

Pendant long temps on n’admit que deux évé- „ nemens, que deux époques de mutations sur le

’ * * ■ «CS geo. O-

globe ; la création et le déluge; et tous les efforts

(1) Lorsque j’ai dit ce’a, j’ai énoncé un fait dont on est chaque jour témoin; mais je n’ai pas prétendu exprimer ma propre opinion, comme des géologistes estimables ont paru le croire. Si quelque équivoque daus ma phrase a été la cause de leur erreur, je leur en fais ici mes excuses.

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