‹ Discours sur les revolutions de la surface du globe et sur les changemens qu'elles ont produits dans le regne animalChapitre 5 sur 26 · DISCOURS SUR LES RÉVOLU 110, VS · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LES RÉVOLU 110, VS

des géologistes tendirent à expliquer l'état actuel , en imaginant un certain état primitif, modifié ensuite par le déluge , dont chacun imaginait aussi à sa manière les causes, l'action et les effets.

Ainsi, selon l’un (1) , la terre avait reçu d’abord une croûte égale et légère qui recouvrait l’abîme des mers , et qui se creva pour produire lè déluge : ses débris formèrent les montagnes. Selon l’autre (2), le déluge fut occasioné par une suspension momentanée de la cohésion dans les minéraux : toute la masse du globe fut dissoute, et la pâte en fut pénétrée par les coquilles. Selon un troisième (3), Dieu souleva les montagnes pour faire écouler les eaux qui avaient produit le déluge, et les prit dans les endroits où il y avait le plus de pierres, parce qu’autrement elles n’auraient pu se soutenir. Un quatrième (4) créa la terre avec l’atmosphère d’une comète , et la fit inonder parla queue d’uneautre : la chaleur qui

(1) Bnrnet. Telliiris Tlienria sarra. LoncL IGSl.

(2) Wuodward. Essay towards ihe natural liistury of ih-j Eailh. Lond. ■1702.

(3) Scheuclizer. Mém. de l’Acad. J7üS.

('i) Wliiston. A new llieon of the Farlh. T,''r’d i70S.

DE L.V SLr.I'ACE DU GLOCE. i'.)

lui restait de sa première origine fut ce qui excita tous les êtres vivans au péché ; aussi furentils tous noyés, excepté les poissons, qui avaient apparemment les passions moins vives.

On voit que , tout en se retranchant dans les limites fixées par la Genèse , les naturalistes se donnaient encore une carrière assez vaste : ils se trouvèrent bientôt à l’clroit; et, quand ils eurent réussi à faire envisager les six jours de la création comme autant de périodes indéfinies , les siècles ne leur coûtant plus rien , leurs systèmes prirent un essor proportionné aux espaces dont ils purent disposer.

Le grand Leibnitz lui -même s'amusa à faire , comme Descartes, de la terre un soleil éteint (1), un globe vitrifié , sur lequel les vapeurs , étant retombées lors de son refroidissement, formèrent des mers qui déposèrent ensuite les terrains calcaires.

Demaillet couvrit le globe entier d’eau pendant des milliers d’années ; il fit retirer les eaux graduellement; tous les animaux terrestres avaient d’abord été marins ; l'homme lui-même avait

(1) Le'.Imitz. Proto;:æa. Act. Lips. 16S3iGt>tt. 1749.

commencé par être poisson; et l’auteur assure qu'il n’est pas rare de rencontrer dans l'(V:éan des poissons qui ne sont encore devenus hommes qu'à moitié , mais dont la race le deviendra toutà-fait quelque jour (1).

Le système de Buffon n’est guère qu’un développement de celui de Leibnitz ; avec l’addition seulement d’une comète qui a fait sortir du soleil , par un choc violent , la masse liquéfiée do la terre , en meme temps que celle de toutes les planètes ; d’où il résulte des dates positives : car, parla température actuelle de la terre , on peut savoir depuis combien de temps elle se refroidit ; et , puisque les autres planètes sont sorties du soleil «en même temps qu’elle , on peut calculer combien les grandes ont encore de siècles à refroidir , et jusqu’à quel point les petites sont déjà glacées (2).

esprits plus libres que ja- Tcïux, lïjQÎs ont aussi voulu s’exercer sur ce grand su-

(1) Telliamed. Amslerd. d7<}8.

(2) Théorie de la Terre, 1749; et Époques de la nature,

jet. Quelques écrivains ont reproduit et prodigieusement étendu les idées de Demaillet : ils disent que tout fut liquide dans l’origine ; que le liquide engendra des animaux d’abord très-simples , tels que des monades ou autres espèces infusoires et microscopiques ; que , par suite des temps, et en prenant des habitudes diverses, les races animales se compliquèrent et se diversifièrent au point où nous les voyons aujourd’hui. Co sont toutes ces races d’animaux qui ont converti par degrés l’eau de la mer en terre calcaire; les végétaux , sur l’origine et les métamorphoses desquels on ne nous dit rien , ont converti de leur coté cette eau en argile ; mais ces deux terres, à force d’être dépouillées des caractères que la vie leur avait imprimés se résolvent, en dernière analyse, en silice; et voilà pourquoi les plus anciennes montagnes sont plus siliceuses que les autres. Toutes les parties solides de la terre doivent donc leur naissance à la vie, et sans la vie le globe serait entièrement liquide (1).

' (t) Voyez la Physique de Rodig , page 40G, Leipsig, 4801; et la page 160 du deuxième tome de Telliamed, ainsi qu’une inGnitè de nouveaux ouvrages allemands.

52 UiSCOUnS SLR les révolutions

D’autres écrivains ont donne la préférence aux idées de Képler : comme ce fji’and astronome , ils accordent au globe lui-méme les facultés vitales ; un fluide , selon eux , y circule ; une assimilation s'y fait aussi bien que dans les corps animés ; chacune de ses parties est vivante ; il n’est pas jusqu’aux molécules les plus élémentaires qui n’aient un instinct , une volonté ; qui ne s'attirent et ne se repoussent d’après des antipathies et des sympathies ; chaque sorte de minéral peut convertir des masses immenses en sa propre nature , comme nous convertissons nos alimens en chair et en sang; les montagnes sont les organes de la respiration du globe , et les schistes ses organes sécrétoires; c’est par ceux-ci qu’il décompose l’eau delà mer pour engendrer les déjections volcaniques ; les liions enfln sont des caries, des abcès du règne minéral, et les métaux un produit de pourriture et de maladie :

M. (le Lamarck est celui qui a développé dans ces der* niers temps ce système en France avi« le plus de suite dans son Hydrogéologie et dans sa Philosophie zoologiqiic.

voili pourquoi ils sentent presque tous mauvais (1).

Plus nouvellement encore , une philosophie qui substitue des métaphores aux raisonnemens, parlant du système de l'identité absolue ou du panthéisme, fait naître tous les phénomènes ou, ce qui est à ses yeux la même chose, tous les êtres, par polarisation comme les deux électricités , et appelant polarisation toute opposition , toute différence , soit qu’on la prenne de la situation , de la nature^ ou des fonctions , elle voit successivement s’opposer Dieu et le monde ; dans le monde le soleil et les planètes; dans chaque planète le solide et le liquide ; et poursuivant celle marche, changeant au besoin ses figures et ses allégories, elle arrive jusqu’aux derniers détails des espèces organisées (2).

Il faut convenir cependant que nous avons

(1) FeuM. Falrin a mis beaucoup d'esprit à soutenir ces dées fanlastiques dans plusieurs articles du ^ouvcau Dictionnaire d’Histoire naturelle.

(2) C'est surtout dans les ouvrages de M. SteiTens et de M. Oken qu'il faut voir cette application du panthéisme

In géologie.

Page 1