‹ Discours sur les revolutions de la surface du globe et sur les changemens qu'elles ont produits dans le regne animalChapitre 6 sur 26 · Î54 DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

Î54 DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIONS

choisi là des exemples extrêmes, et que tous les géologistes n'ont pas porté la hardiesse des conceptions auss o n que ceux que nous venons de citer ; mais , parmi ceux qui ont procédé avec plus de réserve , et qui n’ont point cherché leurs moyens liors de la physique ou de la chimie ordina re , combien ne règne-t-il pas encore de diversité et de contradiction !

Divergtn- Chez l’un tout s’est précipité successivement Jes cristallisation , tout s’est déposé à peu près

comme il l’est encore ; mais la mer , qui couvrait tout , s’est retirée par degrés (1).

Chez l’autre, les matériaux des montagnes sont sans cesse dégradés et entraînés par les rivières pour aller au fond des mers se faire échauffer sous une énorme pression, et former des couches que la chaleur qui les durcit relèvera un jour avec violence (2).

Un troisième suppose le liquide divisé en une

(1) M. Delaméthorie admet la cristallisation conmio cause principale dans sa Géologie.

(2) Ilulton et riaj fair : Illustrations of tlie Iluttonian Uicory of tlic Eailh. Edinib. 1802.

multitude de lacs placés en amphithéâtre les uns au dessus des autres, qui, après avoir déposé nos couches coquillières , ont rompu successivement leurs digues pour aller remplir le bassin de l’Océan (1).

Chez un quatrième , des marées de sept à huit cents toises ont au contraire emporté de temps en temps le fond des mers , et l’ont jeté en montagnes et en collines dans les vallées , ou sur les plaines primitives du continent (2).

Un cinquième fait tomber successivement du ciel , comme les pierres météoriques , les divers fragmens dont la terre se compose , et qui portent dans les êtres inconnus dont ils recèlent les dépouilles l’empreinte de leur origine étrangère (3).

Un sixième fait le globe creux , et y place un noyau d’aimant qui se transporte, au gré des co-

(1) Lamanon, en divers endroits du Journal de Pbj'sique , d'après Michaëlis et plusieurs autres.

(2) Doloniieu, iLid.

(3) MM. de Marschall : Recherches sur l’origine et le développement de l’ordre actuel du Monde. Giessen, dSÛ2.

mêles , d'ua pôle à l'aulre , enlrainant avec lui le centre de gravité et la masse des mers , et noyant ainsi alternativement les deux hémisphères (1).

Nous pourrions citer encore vingt autres systèmes tout aussi divergens que ceux-là : et, que l’on ne s’y trompe pas , notre intention n'est pas d’en critiquer les auteui's : au contraire , nous reconnaissons que ces idées ont généralement été conçues par des hommes d’esprit et de savoir, qui n’ignoraient point les faits , dont plusieurs même avaient voyagé long-temps dans l’intention de les examiner, et qui en ont procuré de nombreux et d'importans à la science.

Cîujcï3c pem (Jqjjc venir une pareille opposition

g. n.es. (Jans les solutions d’hommes qui partent des mêmes principes pour résoudre le même problème ?

Ne serait-ce point que les conditions du problème n’ont jamais été toutes prises en considération; ce qui l’a fait rester, jusqu’à ce jour, indéterminé et susceptible de plusieurs solution >,

(t) M. Bertrand ; Remruvellcinenl périodique des C n> tinens terrestres, Hambourg. 179J.

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toutes également bonnes quand on fait abstraction de telle ou telle condition ; toutes également mauvaises, quand une nouvelle condition vient à se faire connaître , ou que l’attention se reporte vers quelque condition connue , mais négligée ?

Pour quitter ce langage mathématique , nous Nature e

, , couditiuns

dirons que presque tous les auteurs de ces sys-duproMètèmes , n’ayant eu égard qu’à certaines difficultés qui les frappaient plus que d’autres , se sont attachés à résoudre celles-là d’une manière plus ou moins plausible, et en ont laissé de côté d’aussi nombreuses , d'aussi importantes. Tel n’a vu, par exemple, que la difficulté de faire changer le niveau des mers ; tel autre , que celle de faire dissoudre toutes les substances terrestres dans un seul et môme liquide \ tel autre enfin , que celle de faire vivre sous la zone glaciale des animaux qu’il croyait de la zone torride. Épuisant sur ces questions les forces de leur esprit , ils croyaient avoir tout fait en imaginant un moyen quelconque d’y répondre : il y a plus , en négligeant ainsi tous les autres phénomènes, ils ne songeaient pas môme toujours à déterminer avec précision la mesure et les limites de ceux qu'ils cherchaient à expliquer.

Cela est vrai surtout pour les terrains secondaires , qui forment cependant la partie la plus importante et la plus difficile du problème. Pendant long-temps on ne s’est occupé que bien faiblement de fixer les superpositions de leurs couches , et les rapports de ces couches avec les espèces d’animaux et de plantes dont elles renferment les restes.

Y a-t-il des animaux , des plantes propres à certaines couches, et qui ne se trouvent pas dans les autres ? Quelles sont les espèces qui paraissent les premières, ou celles qui viennent après? Ces deux sortes d’espèces s’accompagnent-elles quelquefois? Y a-t-il des alternatives dans leur retour ; ou, en d’autres termes, les premières reviennent-elles une seconde fois , et alors les secondes disparaissent-elles? Ces animaux , ces plantes , ont-ils tous vécu dans les lieux où l’on trouve leurs dépouilles , ou bien y en a-t-il qui y aient été transportés d’ailleurs ? Vivent-ils encore tous aujourd’hui quelque part , ou bien ontils été détruits en tout ou en partie? Y a-t-il un rapport constant entre l’ancienneté des couches et la ressemblance ou la non-ressemblance des fossiles avec les êtres vivans ? Y en a-t-il un de

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climat entre les fossiles et ceux des êtres vivans qui leur ressemblent le plus ? Peut-on en conclure que les transports de ces êtres , s’il y en a eu , se soient faits du nord au sud , ou de l'est à l’ouest, ou par irradiation et mélange, et peut-on distinguer les époques de ces transports par les couches qui en portent les empreintes ?

Que dire sur les causes de l’état actuel du globe, si l’on ne peut répondre à ces questions, si l’on n’a pas encore de motifs sulfisans pour choisir entre l'affirmative ou la négative? Or, il n’est que trop vrai que pendant long-temps aucun de ces points n'a été mis absolument hors de doute, qu’à peine même semblait-on avoir songé qu’il fût bon de les éclaircir avant de faire un système.

On trouvera la raison de cette singularité si Raison

, pour la-

l'on réfléchit que les géologistes ont tous été, ou<|ueiie us des naturalistes de cabinet qui avaient peu exa- ont elë UCminé par eux-mêmes la structure des montagnes, ou des minéralogistes qui n’avaient pas étudié avec assez de détail les innombrables variétés des animaux , et la complication inflnie de leurs diverses parties. Les premiers n’ont fait que des systèmes ; les derniers ont donné d’excellentes

Progre!

de 1.1 peu logic mi Dcrale.

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observations ; ils ont vérilab emc.âl posé les basoà de la science , mais ils n’ont pu eu achever l’cdifice.

En efiiet, la partie purement minérale du grand problème de la théorie de la terre a été éiiicliée avec un soin admirable par de Saussure, et portée depuis à un développement étonnant par Werncr, et par les nombreux et savans élèves qu'il a formés.

Le premier de ces hommes célèbres , parcourant péniblement pendant vingt années les cantons les plus inaccessibles , attaquant en quelque sorte les Alpes par toutes leurs faces , par tous leurs défilés , nous a dévoilé tout le désordre des terrains primitifs et a tracé plus nettement la limite qui les distingue des terrains secondaires. Le second, profitant des nombreuses excavations faites dans le pays qui possède les plus anciennes mines, a fixé les lois de la succession des couches ; il a montré leur ancienneté respective et poursuivi chacune d'elles dans toutes ses métamorphoses. C’est de lui, et de lui seulement , que datera la géologie positive , en ce qui concerne la nature minérale des couches ; mais ni

Werner ni de Saussure n’ont donné à la déler- ' minalion des espèces organisées fossiles , dans chaque genre de couche, la rigueur devenue nécessaire depuis que les animaux connus s’élèvent à un nombre si prodigieux.

D’autres savans étudiaient, à la vérité, les débris fossiles des corps organisés; ils en recueillaient et en faisaient représenter par milliers ; leurs ouvrages seront des collections précieuses de matériaux; mais, plus occupés des animaux ou des plantes, considérés comme tels, que de la théorie de la terre, ou regardant ces pétrifications comme des curiosités plutôt que comme des documens historiques , ou bien enfin se contentant d’explications partielles sur le gisement de chaque morceau , ils ont presque toujours négligé de rechercher les lois générales de position ou de rapport des fossiles avec les couches.

Cependant l’idée de cette recherche était bien impornaturelle. Comment ne voyait-on pas que c’est r*”Xsea aux fossiles seuls qu’est due la naissance de théorie de la terre ; que , sans eux , l’on n'aurait peut être jamais songé qu’il y ait eu dans la formation du globe des époques successives et une

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