‹ Discours sur les révolutions de la surface du globeChapitre 10 sur 17 · tome v, deuxième partie, pages 3io et suivantes · texte numérisé non relu

tome v, deuxième partie, pages 3io et suivantes

2 Ibid . , page i63.

dans un gavial. Il a été trouvé près de Dax par leu le président de Borda 1 .

Un autre , des faluns du département de l’Orne., avait aussi le museau long, mais un peu autrement conformé 2.

Le genre entier des lamantins est aujourd’hui habitant des mers de la zone torride; et celui des morses, dont on ne connaît qu’une espèce vivante, est confiné dans la mer Glaciale. Cependant nous trouvons des ossemens de ces deux genres réunis dans les couches de calcaire grossier au milieu de la France; et cette réunion d’espèces , dont les plus semblables sont aujourd’hui dans des zones opposées , se reproduira plus d’une fois.

Nos lamantins fossiles sont différons des lamantins connus, par une tête plus allongée et autrement configurée 3. Leurs côtes, très-reconnaissables à leur épaisseur arrondie et à la

1 Yoyez mes Recherches sur les ossemens fossiles ? tome v, première partie, page 3 16.

2 Ibid. , page 3 17.

3 Ibid. , page 266.

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densité de leur tissu , ne sont pas rares dans nos différentes provinces.

Quant au morse fossile, on n’en a encore que de petits fragmens insuffîsans pour en caractériser l’espèce \

Ce n’est que dans les couches qui ont succédé au calcaire grossier , ou tout au plus dans celles qui auraient pu se former en même temps

que lui , mais dans des lacs d’eau douce ,

que la classe des mammifères terrestres commence à se montrer dans une certaine abondance.

Je regarde comme appartenant au même âge , et comme ayant vécu ensemble , mais peut-être sur différens points , les animaux dont les ossemens sont ensevelis dans les molasses et des couches anciennes de gravier du midi de la France; daps les gypses mêlés de calcaire, tels que ceux des environs de Paris et d’Aix , et dans

1 Yoyez mes Recherches sur les ossemens fossiles , tome v, première partie , page 234 5 et deuxième partie, page 52i .

]gs bancs marneux d’eau douce recouverts de bancs marins de l’Alsace, de l’Orléanais et du Berry.

Cette population animale porte un caractère très-remarquable dans l’abondance et la variété de certains genres de pachydermes, qui manquent entièrement parmi les quadrupèdes de nos jours, et dont les caractères se rapprochent plus ou moins des tapirs , des rhinocéros et des chameaux.

Ces genres , dont la découverte entière m’est due , sont : les palœotïieriums , les lophiodons , les anoplotheriums , les anthracGtheriums , les cheropotames , les adapis.

Les palæotheriums ressemblaient aux tapirs par la forme générale, par celle de la tête, notamment par la brièveté des os du nez qui annonce qu’ils avaient, comme les tapirs, une petite trompe; enfin par les six dents incisives et les deux canines à chaque mâchoire; mais ils ressemblaient aux rhinocéros par leurs dents mâchelières dont les supérieures étaient carrées, avec des crêtes saillantes diversement configurées, et les inférieures en forme de doubles

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croissons , et par leurs pieds , tous les quatre divisés en trois doigts , tandis que dans les tapirs ceux cle devant en ont quatre.

C’est un des genres les plus répandus et les plus nombreux en espèces dans les terrains de cet âge.

Nos plâtrières des environs de Paris en fourmillent : on y en trouve des os de sept espèces, la première (P. magnum ), grande comme un cheval ; trois autres de la taille d’un cochon , mais une (P. medium') avec des pieds étroits et longs; une (P. crassum) avec des pieds plus larges; une (P. latum) avec des pieds encore plus larges et surtout plus courts; la cinquième espèce (P. curtum) , de la taille d’un mouton, est bien plus basse et a les pieds encore plus larges et plus courts à proportion que la précédente; une sixième (P. minus) est de la taille d’un petit mouton, et a des pieds grêles dont les doigts latéraux sont plus courts que les autres; enfin il y en a une (P. minimum) qui n’est pas plus grande qu’un lièvre : elle a aussi les pieds grêles 1 .

1 Voyez mes Recherches sur les osseuiens fossiles ?

de la surface du globe. 3 17

On a trouve aussi des palœotlieriums dans d’autres contrées de la France : au Puy en Velay, dans des lits de marne gypseuse, une espèce, {P. velcumum ) * 1 très-semblable au P. medium , mais qui en diffère par quelques détails de sa mâchoire inférieure; aux environs d’Orléans, dans des -couches de pierre marneuse, une espèce ( P. aurelianense ) 2 qui se distingue des autres parce que ses 'molaires, inférieures ont l’angle rentrant de leur croissant fendu en une double pointe , et par quelques différences dans les collines des molaires supérieures; auprès disse! , dans une couche de gravier ou de molasse , le long des pentes de la Montagne -Noire, une espèce ( P. isselanum ) 3 , qui a le même caractère que celle d’Orléans , et dont la taille est

dans tout le tome m, et spécialement page i5o ; et tonies, deuxième partie, page 5o5.

1 Ibid. , tome v, deuxième partie , page 5o5.

2 Ibid. , tome ni , page 2-54; et tome iv, pages 498

et 499.

3 ïbid. , tome m, page 258.

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plus petite; mais c’est surtout dans les molasses du département de la Dordogne, que le palæotherium s’est retrouvé non moins abondamment que dans nos plâtrières de Paris.

M. le duc Decaze en a découvert , dans les carrières d’un seul parc, des os de trois espèces qui paraissent différentes de toutes celles de nos environs b

Les lophiodons se rapprochent encore un peu plus des tapirs que ne font les palæotheriums, en ce que leurs mâchelières inférieures ont des collines transverses comme celles des tapirs.

Ils diffèrent cependant de ces derniers, parce que celles de devant sont plus simples, que la dernière ^de toutes a trois collines , et que les supérieures sont rliomboïdales et relevées d’arêtes fort semblables à celles des rhinocéros.

On ignore encore quelle est la forme de leur museau et le nombre de leurs doigts. J’en ai découvert jusqu a douze espèces, toutes de France,

1 Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles , tome v, deuxième partie , page 5o5.

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ensevelies dans des pierres marneuses formées dans l’eau douce , et remplies de limnées et de planorbes qui sont des coquilles d’étang et de marais.

La plus grande se trouve près d’Orléans dans la même carrière que les palæotheriums ; elle approche du rhinocéros.

Il j en a dans le même lieu une autre plus petite; une troisième se trouve à Montpellier; une quatrième près de Laon ; deux près de Buchsweiler, en Alsace; cinq près d’Argenton , en Berry; et l’une des trois se retrouve près d’Issel , où il y en a encore deux autres. Il y en a aussi une très-grande près de Gannat 1 .

Ces espèces diffèrent entre elles par la taille , qui dans les plus petites devait égaler à peine celle d’un agneau de trois mois ; et , par des détails dans les formes de leurs dents qu’il serait trop long et trop minutieux d’exposer ici.

1 Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles , tome n, première partie , pages 177 et 218; tome m , page 3q4 ; et tome iv, page 498.

Les anoplotheriums ne se sont trouvés jusqu’à présent que dans les seules plàtrières des environs de Paris. Ils ont deux caractères qui 11e s’observent dans aucun autre animal; des pieds à deux doigts dont les métacarpes et les métatarses demeurent distincts et ne se soudent pas en canons comme ceux des ruminans, et des dents en série continue et que n’interrompt aucune lacune. L’homme seul a les dents ainsi contiguës les unes aux autres sans intervalle vide ; celles des anoplotheriums consistent en six incisives à chaque mâchoire; une canine et sept molaires de chaque côté , tant en haut qu’en bas; leurs canines sont courtes et semblables aux incisives externes. Les trois premières molaires sont comprimées; les quatre autres sont, à la mâchoire supérieure, carrées avec des crêtes transverses et un petit cône entre elles; et à la mâchoire inférieure en double croissant , mais sans collet à la base. La dernière a trois croissans. Leur tête est de forme obîongue, et n’annonce pas que le museau se soit terminé ni en trompe ni en boutoir.

Ce genre extraordinaire, qui ne peut se com-

parer à rien dans îa nature vivante , se subdivise en trois sous-genres : les anoplotheriums proprement dits, dont les molaires antérieures sont encore assez épaisses, et dont les postérieures d’en bas ont leurs croissans à crête simple; les xiphodons , dont les molaires antérieures sont minces et tranchantes, et dont les postérieures d’en bas ont vis-à-vis la concavité de chacun de leurs croissans une pointe qui prend aussi en s’usant la forme d’un croissant , en sorte qu’ alors les croissans sont doubles comme dans les ruminans ; les dichobunes , dont les croissans extérieurs sont aussi pointus dans le commencement, et qui ont ainsi sur leurs arrièremolaires inférieures des pointes disposées par paires.

U anoplotheriiun le plus commun dans nos plâtrières {An. commune ) est un animal haut comme un sanglier, mais bien plus allongé, et portant une queue très-longue et très-grosse , en sorte qu’au total il a à peu près les proportions de la loutre , mais plus en grand. Il est probable qu’il nageait bien et fréquentait les lacs, dans le fond desquels ses os ont été incrustés

par le gypse qui s’y déposait. Nous en avons un un peu plus petit , mais d’ailleurs assez semblable {An. s ecundarium ).

Nous ne connaissons encore qu’un xipbodon , mais très-remarquable, celui que je nomme An. gracile. Il est svelte et léger comme la plus jolie gazelle.

Il y a un dicliobune à peu près de la taille du lièvre, que j’appelle An. leporinum. Outre ses caractères sous-génériques, il diffère des anoplotlieriums et des xiphodons par deux doigts petits et grêles quil a à chaque pied aux côtés des deux grands doigts.

Nous ne savons pas si ces doigts latéraux existent dans les deux autres dichobunes , qui sont petits et surpassent à peine le cochon d’Inde b

Le genre des antracotheriums est à peu près intermédiaire entre les palæotheriums , les anopîotlieriums et les cochons. Je l’ai nommé ainsi

1 Sur les anoplotheriums , voyez tout le tome m de mes Recherches , et particulièrement les pages 2Ôo et 396.

parce que deux de ses espèces ont été trouvées dans les lignites de Cadibona , près de Savone. La première approchait du rhinocéros pour la taille; la seconde était beaucoup moindre. On en trouve aussi en Alsace et dans le Vélay. Leurs maehelières ont des rapports avec celles des anoplotheriums; mais ils ont des canines saillantes h Le genre cheropotamev iept de nosplâtrières, où il accompagne les palæotlieriums et les anoplotheriums , mais où il est beaucoup plus rare. Ses molaires postérieures sont carrées en haut , rectangulaires en bas , et ont quatre fortes éminences coniques entourées d’éminences plus petites. Les antérieures sont des cônes courts, légèrement comprimées et à deux racines. Ses canines sont petites. On ne connaît pas encore ses incisives ni ses pieds. Je n’en ai qu’une espèce de la taille d’un cochon de Siam 1 2.

1 Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles > tome ih , pages 398 et 4c>4 5 tome îv, page 5oi ; tome v* deuxième partie, page 5o6.

2 Ibid. , tome m , page 260.

Le genre adapis n’a également qu’une espèce, au plus de la taille d’un lapin : il vient aussi de nos plâtrières , et devait tenir de près aux anoplotlieriums 1.

Ainsi voilà près de quarante espèces de pachydermes de genres entièrement^ éteints , et dans des tailles et des formes auxquelles le règne animal actuel n’offre de comparables que deux tapirs et un daman.

Ce grand^nombre de pachydermes est d’autant plus remarquable, que les ruminans, aujourd’hui si nombreux dans les genres des cerfs et des gazelles, et qui arrivent à une si grande taille dans ceüx des bœufs , des giraffes et des chameaux , ne se montrent presque pas dans les terrains dont nous parlons maintenant.

Je n’en ai pas vu le moindre reste dans nos plâtrières, et tout ce qui m’en est parvenu consiste en quelques fragmens d’un cerf de la taille du chevreuil , mais d’une autre espèce , recueillis

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